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Page créée en mai 2012
Soldat romain

Les musées lapidaires et archéologiques ne font pas partie des musées les plus courus de France. Pourtant celui de Saintes vaut vraiment le détour. Une salle moderne expose des objets de la vie courante à l'époque gallo-romaine au pays des Saintons (métallurgie, verrerie, ivoire, céramiques et objets en bois). À côté, un ancien abattoir, reconverti en musée lapidaire, expose des sculptures gallo-romaines de toute nature.
Le musée archéologique de Saintes est l'un des plus riches de France, tant par ses blocs sculptés provenant de monuments antiques (de nombreux exemples en sont donnés dans cette page), que par ses inscriptions lapidaires qui nous apportent des renseignements précieux sur la vie en Saintonge à l'époque gallo-romaine. Certaines pièces sont exceptionnelles et d'une grande beauté comme la statue impériale, joyau de la collection.
L'Arc de Germanicus se dresse à côté du musée. Construit vers 18-19 de notre ère, il a été offert à la ville par un notable santon romanisé, Caïus Julius Rufus. Cet arc était une porte monumentale de la ville. La Charente élargissant son lit au fil des siècles, il se retrouva au Moyen Âge sur un pont de pierre. Vers les années 1840, il était prévu de le détruire. Il ne doit sa survie qu'à l'intervention énergique de Prosper Mérimée et de la Commission des Monuments historiques. Cette épopée est longuement rappelée dans un texte plus bas.

Taureau dans une frise
Le musée lapidaire dans l'ancien abattoir
Le musée lapidaire de Saintes dans l'ancien abattoir
Au centre, la plus belle pièce du musée : la statue impériale
Vue du musée lapidaire depuis un pont sur la Charente
Vue du musée lapidaire depuis un pont piétonnier sur la Charente
Les ornements de l'Arc de Germanicus : corniches, pilastres, chapiteaux...
Les ornements de l'Arc de Germanicus : corniches, pilastres, chapiteaux...
L'Arc de Germanicus et la Charente
L'Arc de Germanicus et la Charente
L'Arc de Germanicus et la Charente
Le pont sur la Charente, l'Arc de Germanicus et la cathédrale Saint-Pierre sur la droite
Dessin exposé au musée Dupuy-Mestreau. Il date nécessairement d'avant 1840.
Au même musée, vous pouvez voir un autre dessin du pont vu de face avec l'arc.

L'origine des pierres du musée lapidaire. Au IVe siècle; la ville de Saintes se protégea par un rempart. Il fut édifié avec les restes des monuments gallo-romains qu'on avait construits dans la ville depuis l'occupation romaine (entre 27 avant J.C. et 275 de notre ère).
Le rempart fut détruit à partir du XVIIe siècle. En étudiant les entablements, les chapiteaux et les bases des colonnes, on retrouve différents ordres architecturaux.
Source : Panneau affiché dans le musée

L'Arc de Germanicus près de la Charente
L'Arc de Germanicus près de la Charente

L'Arc de Germanicus (1/3). Le lit de la Charente s'est élargi au cours des siècles. Ainsi, au Moyen Âge, on dut prolonger vers l'est le pont qui reliait les deux rives du fleuve. L'arc, initialement sur la berge, se retrouva sur le pont. Comme c'en était la tradition aux temps médiévaux et classiques, ce pont était fort encombré. On y trouvait des moulins, des chapelles, des tours... et l'arc. En 1840, la municipalité de Saintes décida de détruire le pont. Que faire de l'arc?
Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques écrit à son ami et président de la Commission, Ludovic Vitet, une lettre datée du 28 juillet 1840 : «J'ai trouvé ici l'arc romain horriblement déjeté. Il s'est affaissé d'une façon notable depuis mon passage à Saintes, et je crains fort qu'il ne tombe dans la Charente lorsqu'on détruira le vieux pont qui sert d'arc butant. Un architecte qu'on n'a pu me nommer a offert au Conseil municipal de restaurer et de redresser l'arc au moyen d'un procédé analogue à celui dont on s'est servi au Conservatoire des arts et métiers, c. à d. avec une armature en fer appliquée au rouge et solidement fixée, laquelle en se refroidissant doit serrer les pierres disjointes.] Je verrai demain ce projet que je ne comprends guère et que le sous-préfet ne m'a pas trop clairement expliqué.»
Lorsqu''il repasse à Saintes en septembre 1844, Mérimée y est attendu «comme un proconsul dans une province romaine». Il écrit une nouvelle lettre à Ludovic Vitet pour lui exposer les tenants et les aboutissants de ce problème d'arc et de pont qui tient la ville de Saintes en haleine depuis plusieurs années. Même si la relation de Mérimée est parfois un peu embrouillée, on finit par comprendre le nœud du problème, qui est en fait de nature commerciale.
L'ancien pont dessert le faubourg de Saint-Palaye. La route qui passe sur le pont (et donc sous l'arc - qui lui-même se dresse sur le pont) se prolonge dans le faubourg - en ligne droite. Au fil des siècles, cette voie de passage a créé une véritable artère commerciale où tous les corps de métier ont installé leur échoppe et où de belles bâtisses ont été construites pour les bourgeois de la ville. Détruire le pont jusqu'à la partie qui soutient l'arc et en reconstruire un autre cent mètres plus loin (distance donnée par Mérimée lui-même), c'est mettre à bas tout cet édifice commercial et social fondé sur... la ligne droite ! C'est ruiner le commerce et la vie des habitants du quartier ! C'est vouloir la mort du bourg de Saint-Palaye ! Sur pression insistante de tous les artisans de Saint-Palaye regroupés en véritable lobby, la municipalité propose de construire une passerelle devant l'arc pour remplacer l'ancien pont. Fureur et refus indigné de Mérimée pour qui cette passerelle avec ses hauts piliers et ses éléments métalliques constituera une véritable insulte au monument antique ! La Commission campe donc sur sa position : l'ancien pont sera détruit, sauf la partie près de la berge qui soutient l'arc, et un autre pont sera construit - faisant de ce fait dériver la route. Pas de passerelle butant sur l'arc ! Rappelons que, pendant ce temps-là, des travaux d'ingénierie - aux frais de la Commission - sont en cours pour démonter l'arc pierre par pierre et le remonter tout près, sur la terre ferme. Dans une réunion animée avec Mérimée, le maire de Saintes défend l'intérêt de ses concitoyens. Il veut une passerelle car il refuse toute dérivation de la route. Les arguments de l'écrivain sur un transfert possible du commerce d'une zone dans une autre n'arrivent pas à le fléchir : «(...) il me répondait : la ligne droite! la ligne droite!». Excédé, le maire finit par mettre sa démission dans la balance.
Enfin Mérimée rencontre l'ingénieur de la ville, un certain Forestier, auteur du projet de la passerelle.  --»» Suite ci-dessous 2/3

L'Arc de Germanicus (2/3).  --»» Celui-ci propose de changer l'arc de place ou simplement d'opérer sa conversion, c'est-à-dire que l'arc se trouverait sur l'axe de ladite passerelle. Mérimée s'y oppose en évoquant des considérations archéologiques. L'arc portant l'inscription latine : «AD CONFLUENTEM», on se devait de l'installer tout près du fleuve. De même les générations futures jugeraient du travail accompli, des choix pris ; on ne pouvait donc pas faire n'importe quoi.
Mérimée poursuit : «Entre l'existence de l'arc et celle de la passerelle, il y a pour moi une différence d'intérêt immense. Périsse plutôt la passerelle que l'arc ! Nous avons soutenu chacun notre dire avec assez de vivacité, et, comme vous le pensez bien, je suis resté inébranlable comme un roc. Il m'a dépeint avec beaucoup de poésie, toute une ville en alarmes, l'indignation qui retomberait sur moi, les colères de la Presse, c'est le grand cheval de bataille aujourd'hui ;(...).» On comprend dans la suite du texte que le Ministère, sur proposition de Mérimée, a désigné un endroit précis pour reconstruire l'arc (en fait non loin de son endroit d'origine) et qu'un ingénieur est chargé de le faire démonter pierre par pierre.
Un peu plus loin, Mérimée écrit : «Si nous nous soumettons à déloger pour le plus grand plaisir des épiciers du faubourg de St Palaye, nous proclamons que les monuments historiques doivent baisser pavillon devant le moindre établissement d'utilité publique ou soi disant telle. Tranchons le mot, nous confessons la vanité de notre mission et nous ne méritons plus que les chambres s'occupent de nous.
À ces causes, mon cher Président, je remets entre vos mains celle de l'arc de Saintes.

Représentez à Monsieur le Ministre qu'il vaut mieux qu'une douzaine de marchands de sabots se déplacent qu'un beau monument romain ; que dans un an d'ici personne ne pensera plus à la passerelle ; et que le maire donnât-il sa démission, la ville de Saintes n'en mourra pas.
J'oubliais de vous dire qu'on a fait quelques menaces contre les pierres de l'arc romain. Un conseiller municipal a dit que s'il était maire, il chargerait quatre gaillards d'assurer à grands coups de pic la parfaite impossibilité de réparer le monument, qui privera la ville d'une passerelle. La menace est un mouvement de rhétorique, mais je ne serais pas surpris qu'on essayât de l'exécuter. Je ne le serais guère non plus d'attraper une bonne raclée demain en traversant le faubourg pour retourner à Niort.»
Le soir même, une députation d'une vingtaine de commerçants du faubourg de Saint-Palaye vint trouver Mérimée dans sa chambre d'hôtel pour réclamer la passerelle. Manœuvres d'intimidation à l'appui. Tous se plaignent qu'ils ont déjà perdu gros et prétendent que, sans la passerelle, le quartier est ruiné. «J'ai perdu 30.000 francs! et 20 autres voix répondaient : Et moi donc !» À cet endroit du récit, on en déduit que les travaux sur l'ancien pont ont fait fermer toute circulation et que l'artère commerciale du faubourg a commencé à pâtir de la disparition de la fameuse ligne droite.
---»»» Suite ci-dessous 3/3.

Le musée lapidaire
Les collections lapidaires du musée archéologique de Saintes

L'Arc de Germanicus (3/3).
Mérimée rapporte : «Acculé dans mon coin, j'ai commencé par leur dire que je n'avais pas mission pour les écouter, et que je n'étais à Saintes que pour une question d'art, sur laquelle je serais enchanté d'avoir leur avis, mais que je faisais profession de conserver les vieux monuments et non d'en faire de neufs. Puis je leur ai fait une belle parabole pour leur prouver que tous les quartiers de Saintes ne pouvaient prospérer à la fois. Ils l'ont comprise, mais en déclarant qu'ils voudraient que ce fût le quartier de St Palaye qui prospérât. - J'ai perdu 30.000 fr. etc. Un teinturier que j'ai reconnu à ses mains glauques, s'est alors emporté contre l'arc, mais ses collègues l'ont fait taire aussitôt, et ont protesté qu'ils vénéraient les monuments historiques (...)» La discussion dura une heure. Finalement la députation s'en alla, sans heurts. Pendant ce temps, Eugène Viollet le Duc et l'architecte chargé des travaux sur l'arc «étaient dans une chambre à côté à rire comme des fous».

Le bouquet surgit à la fin de la lettre. Mérimée termine sur l'affaire de Saintes à l'adresse de Ludovic Vitet : «Hier, j'ai oublié de vous conter un mot sublime du maire. Son projet était de placer l'arc sur une hauteur, à l'extrémité du cours royal, à l'embranchement de la route de Bordeaux et de celle de la Rochelle. - Mais, lui dis-je, monsieur, l'inscription qu'en ferez-vous? Elle mentionne que le monument a été construit au bord de la Charente. - L'inscription? Monsieur, nous la changerons.»
Au XIXe siècle, ceux qui avaient déjà senti toute la valeur du patrimoine français eurent à batailler pendant des décennies pour arriver à changer la mentalité de ce que nous appellerions aujourd'hui la France profonde.
Source : La naissance des Monuments historiques, la correspondance de Prosper Mérimée avec Ludovic Vitet (1840-1848), Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Ministère de l'Éducation nationale.

Deux scènes de la vie quotidienne
Deux scènes de la vie quotidienne.
Statue impériale
Statue impériale (hauteur : 1,20 m)
Elle a été découverte en 1957 et date du début du 1er siècle de
notre ère. En marbre de Carrare, c'est le portrait d'un prince
de la famille Julio-Claudienne (14-68 après J.-C.).
Stèle de Materna
Stèle de Materna
Cette stèle provient du mur de l'hôpital (1816).
Vers 175-200 de notre ère, hauteur : 1,20 m. Le bras
droit tient un rameau de laurier, symbole d'immortalité.
Trois dalles sculptées
Trois dalles sculptées.
Pierres avec tête de taureau
Pierres avec tête de taureau.
Sculpture : Un jeune homme tenant une bourse
Sculpture : Un jeune homme tenant une bourse.
Sculpture : Trois hommes âgés
Sculpture : Trois hommes âgés.



À gauche et ci-dessus
Chapiteaux à décor végétal
Frises et chapiteaux
Frises et chapiteaux
Vue du musée lapidaire
Vue partielle du musée lapidaire ou le charme des vieilles pierres dans toute leur splendeur.
Inscription sur une pierre : Épitaphe d'un vétéran
Inscription sur une pierre : Épitaphe d'un vétéran de la VIIIe légion.
Sculpture : Tête de monstre
Tête de monstre.
Sculpture : Tête de cavalier
Tête de cavalier.

L'inscription de cette pierre date du milieu du IIe siècle de notre ère. La pierre elle-même a été réemployée dans le mur du rempart lors de sa construction au Bas Empire.

Moulage d'une sculpture d'un char romain
Moulage d'une sculpture d'un char romain
(L'original est à Vaison-la-Romaine)
Tête d'Auguste en marbre, vers 40 ap. J.C.
Tête d'Auguste en marbre, vers 40 ap. J.C.
(Vitrine du musée)

Les brochures sur la ville de Saintes montrent souvent, en tant que pièce du musée archéologique, un char votif reconstitué. L'original a été trouvé détruit dans une fosse - sans doute en offrande aux dieux. Ce char correspond à la tradition gauloise du Ier siècle de notre ère.
Les archéologues l'ont reconstitué patiemment et une copie en était visible dans le musée. Ce n'est plus le cas depuis 2008. Le nouveau conservateur a préféré consacrer la salle d'exposition aux objets de la vie courante. Le char gallo-romain reconstitué est à présent dans les réserves.

Groupe de pierre et sculptures
Groupe de pierres et de sculptures du musée lapidaire.
Vénus acéphale
Vénus acéphale
Terre cuite, époque romaine.
Cavalier romain
Cavalier romain

À DROITE ---»»»
Vue de la salle d'exposition et ses vitrines.
Vue de la salle d'exposition
Le musée lapidaire
Les collections lapidaires du musée archéologique de Saintes.

Documentation : «À la découverte de Saintes», Éditions patrimoines médias, ISBN : 2-910137-50-3 + Panneaux affichés dans le musée
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