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Page créée en 2012
et refondue en juin 2021
L'Adoration des mages par Louis Licherie, détail

L'église Saint-Jacques et Saint-Christophe offre l'exemple d'un édifice cultuel bâti exclusivement avec les dons des habitants de la ville. Ni le clergé ni les seigneurs locaux n'ont participé à son financement. Et la construction aura pris deux cent cinquante ans... Au début du XIIe siècle, il y avait à Houdan deux églises : Saint-Jacques-le-Majeur et Saint-Jean. La première datait du XIe siècle et se trouvait à l'emplacement de l 'église actuelle ; la seconde a disparu. Un troisième petit édifice, la chapelle Saint-Matthieu, a été détruit en 1860 pour permettre l'arrivée du chemin de fer.
Au tout début du XVIe siècle, la ville de Houdan décide de reconstruire l'église Saint-Jacques. Grâce au commerce du grain, les marchands se sont enrichis et les dons affluent. Sans oublier que le vicaire général de Chartres, évêché dont dépend Houdan, a accordé quarante jours d'indulgence aux marguillers et à tous les fidèles qui donneront pour l'église et son ornementation. En 1510, le patronyme de saint Christophe est venu s'ajouter à celui de saint Jacques.
Les historiens situent le démarrage des travaux entre 1525 et 1540 : d'abord la façade, puis la nef jusqu'au transept, de l'ouest vers l'est. Le style retenu est bien sûr celui de l'époque, à savoir le gothique flamboyant. En 1545 commence l'élévation du chœur où l'on voit un début d'influence du style Renaissance avec des chapiteaux à grotesques et à têtes humaines dans les piliers est du transept. Puis, en 1561, on façonne les terrasses des chapelles rayonnantes, des chapelles qui ne seront d'ailleurs terminées que vers 1610. Cinquante années pour les bâtir. Est-ce la conséquence des guerres de Religion qui frappent le Royaume, qui refroidissent le commerce et qui assèchent les bourses ? Quoi qu'il en soit, le style architectural est cette fois clairement le style Renaissance avec son retour à l'antique : colonnes carrées surmontées d'un bandeau en forte saillie ; absence de chapiteaux ; clés pendantes et, à l'extérieur, colonnes cylindriques séparant les chapelles. Notons qu'en 1633 la voûte du chœur s'effondre. La nouvelle ne sera achevée qu'en 1647. En 1672, on note l'installation du retable du chœur et du maître-autel, œuvres de Thomas Rousseau, menuisier à Houdan.
En 1712, on reconstruit la voûte de la nef, on refait certains piliers et le mur qui termine le transept au nord. Remarquons que le transept de l'église ne possède pas de croisillon au nord et que le clocher reste inachevé, sans doute par manque de fonds. Louis-Alexandre Clicquot commence la construction de ses grandes orgues en 1734. Mobilier et ornementation suivent : banc d'œuvre et chaire à prêcher en 1744, stalles du chœur et lutrin en 1747.
Sous la Révolution, début juin 1794, l'église Saint-Jacques est transformée en temple de la Raison. Le linteau supérieur de sa façade possède à ce titre une très rare inscription à l'Être suprême (voir plus bas). Mais tout prend fin avec la chute de Robespierre. Au XIXe siècle, on met en place de nouvelles cloches et un orgue de chœur (ce qui va conduire au délaissement de l'orgue Clicquot qui ne reprendra vie qu'en 1972).
L'église Saint-Jacques et Saint-Christophe a été classée Monument historique en 1840. Avec une construction qui s'étale sur trois siècles, du XVIe au XVIIIe, elle illustre la transition du gothique flamboyant au style Renaissance. Longue de 50 mètres, avec un intérieur assez dépouillé, elle n'en vaut pas moins la visite pour sa juxtaposition des différents styles artistiques, ses élévations gothiques, son déambulatoire Renaissance et son beau retable du maître-autel daté de 1672. On mentionnera aussi une fresque de 1582 dans la chapelle rayonnante dédiée à Notre-Dame de Montserrat.
La verrière a compté de nombreuses œuvres du XVIe siècle. Malheureusement, il n'en reste plus aujourd'hui que des fragments insérés dans des matrices losangées en verre blanc. Cette page en donne de nombreux extraits. On pourra regarder aussi avec intérêt le grand vitrail peu banal de 1862, situé dans la chapelle Sainte-Célestine. Offert par Étienne Flèche en ex voto de sa guérison, il s'y est fait représenter avec sa famille sous les traits de saints et saintes.

Vitrail de saint Roch, XVIe siècle, détail

Vue générale de la nef avec son aspect gothique flamboyant.
Les vitraux en verre blanc assurent à l'église une exceptionnelle luminosité.
La chaire à prêcher date de 1744, le retable du chœur de 1672.
La façade occidentale
La façade occidentale.
Le chevet de Saint-Jacques
Le chevet de l'église Saint-Jacques.
Le style architectural a quitté le monde du gothique pour aborder celui de la Renaissance.

La façade occidentale.
Le portail date du XVIe siècle. Sa partie supérieure est de style Renaissance.
Sous la Révolution, en juin 1794, l'église de Houdan fut transformée en temple de la Raison. Le linteau supérieur porte l'inscription assez surprenante à cet emplacement :
«LE PEUPLE FRANÇAIS RECONNOÎT L'EXISTENCE DE L'ÊTRE SUPRÊME ET DE L'IMMORTALITÉ DE L'ÂME»
Il devait y avoir quelques républicains très zélés à Houdan à cette époque...
Le culte de l'Être suprême ne durera que cinquante jours. Tout s'arrêta avec la chute de Robespierre le 10 Thermidor de l'an II (28 juillet 1794).

La façade occidentale, Inscription révolutionnaire
«LE PEUPLE FRANÇAIS RECONNOÎT
L'EXISTENCE DE L'ÊTRE SUPRÊME
ET DE L'IMMORTALITÉ DE L'ÂME»
Cette inscription sur le linteau supérieur de la façade a été peinte sous la Terreur.
Le côté nord de l'église
Le côté nord de l'église. Le transept n'a pas de de croisillon au nord.
Les arcs-boutants du chevet
Les arcs-boutants de la nef sur le côté nord.

STYLE GOTHIQUE FLAMBOYANT
Identité des remplages en tiers point au premier niveau, différentiation au second.

STYLE RENAISSANCE
Baies en plein cintre, simplification du dessin du remplage, colonnes monocylindriques séparant les chapelles.
LA NEF DE SAINT-JACQUES ET SAINT-CHRISTOPHE
La nef et le bas-côté nord
La nef et le bas-côté nord.

Plan de l'église Saint-Jacques et Saint-Christophe
Une travée de la nef
Une travée de la nef avec un vitrail typique de l'église Saint-Jacques :
un réemploi de fragments de vitraux du XVIe siècle
dans une baie en verre blanc.
Ici, la BAIE 14 avec les saints Roch et Sébastien.

Architecture intérieure.
La longueur de Saint-Jacques-le-Majeur est de 50 mètres. On voit, sur le plan à gauche, que le chœur occupe la plus grande partie de l'édifice comme si tout avait été fait pour favoriser la déambulation des fidèles autour des reliques... qui n'ont jamais existé ici. Notons quand même que l'église était une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Le chœur affiche 28 mètres de large contre 17 pour la nef. Quant à la voûte, elle s'élève, de manière uniforme sur toute sa longueur, à 19 mètres.
La construction semble avoir commencé en 1525 par la nef qui est de style gothique flamboyant : arcades en tiers point avec intrados à moulure multiple ; absence de chapiteaux, mais retombées en pénétration sur les piles. Une mince corniche peu saillante sépare les deux niveaux de l'élévation. Le gothique flamboyant s'observe aussi dans le remplage des baies dont le dessin est identique au premier niveau. Au second, il diffère dans chaque fenêtre, tout en adoptant une forme très simple.
Le couvrement de l'église est voûté d'ogives, mais l'influence de la Renaissance se voit dès le transept avec la présence de clés pendantes. Trois photos les donnent en gros plan. On en trouve d'autres dans la voûte du chœur. Les chapiteaux du transept (qui se situent si haut qu'il faut un téléobjectif ou une paire de jumelles pour les observer vraiment) marquent aussi l'entrée dans la Renaissance : ils sont riches de grotesques et de têtes humaines. Enfin, le remplage des baies des chapelles rayonnantes a totalement abandonné le style flamboyant.
En s'étalant sur plus de deux siècles, la construction de Saint-Jacques-le-Majeur offre l'image d'une église illustrant une transition douce du style gothique vers le style Renaissance.

La nef vue de l'autel
La nef et l'élévation sud vus du chœur.
Fragments de vitraux du XVIe siècle assemblés dans une verrière en verre blanc
Fragments de vitraux du XVIe siècle
disposés en «macédoine».
BAIE 20.

Les vitraux de Saint-Jacques Le Majeur. Les vitraux du XVIe siècle ne sont malheureusement plus qu'à l'état de fragments, disséminés dans des verrrières losangées. Ce travail de réintégration de l'ancien dans le moderne date de 1972. Seule la baie axiale (baie 100), donnée ci-contre, garde un semblant de vitrail d'origine. Datée de 1633, elle a cependant été très restaurée. On y voit une Annonciation et saint Jacques le Majeur debout avec son bâton. Dans la nef, les baies 14 et 20 sont les seules dont les lancettes abritent des fragments Renaissance. Les plus intéressants montrent un saint Roch et un saint Sébastien couronné par deux anges. Le reste des vitraux du XVIe est éparpillé dans les tympans des baies, parfois au milieu d'angelots créés au XXe siècle.
Dans le déambulatoire, la chapelle Sainte-Célestine accueille une très belle verrière de 1862 offerte par Étienne Flèche en remerciement de sa guérison. Le donateur s'y est fait représenter avec sa famille.

Saint Roch, vitrail du XVIe siècle
Saint Roch (1er tiers du XVIe siècle)
BAIE 14.
Saint Sébastien couronné par deux anges (1er tiers du XVIe siècle)
Saint Sébastien couronné par deux anges (1er tiers du XVIe siècle)
dans un vitrail en «macédoine» de la BAIE 14.

Le bas-côté sud et sa verrière ouest.
Dans sa lancette centrale, la BAIE 20 abrite quatre fragments
du XVIe siècle assemblés en «macédoine» et donnés à droite.
Dans son tympan, figure l'Agneau pascal
accompagné par deux anges,
le tout également du XVIe siècle.

Autel dans le chœur.

Fragments de vitraux du XVIe siècle
disposés en «macédoine».
BAIE 20.

Le Christ dans un fragment de la BAIE 20 (XVIe s.)
La voûte du transept
Voûte de la croisée et du croisillon sud du transept.
Notez les clés pendantes au sommet des ogives.

Tête de saint Sébastien en grisaille ---»»»
1er tiers du XVIe siècle
BAIE 14.


Piéta (XVIIIe siècle?)
Auteur inconnu.

Saint Roch ---»»»
1er tiers du XVIe siècle
BAIE 14.

Tête de saint Sébastien en grisaille
Saint Roch, vitrail du XVIe siècle

Tympan de la BAIE 20
XVIe siècle.

BAIE 20, Deux anges portant les instruments de la Passion entourent l'Agneau pascal.
XVIe siècle.
Bas-côté sud et entrée dans le déambulatoire
Le bas-côté sud et, à l'arrière-plan, l'entrée dans le déambulatoire.

Tympan de la BAIE 17 : Dieu le Père et les quatre prophètes qui l'entourent sont du XVIe siècle.
La partie haute (Trinité souffrante et deux anges) est du XXe siècle.

Tympan de la BAIE 17, détail : Dieu le Père, deux angelots et deux des quatre prophètes qui l'entourent, XVIe siècle.
Clé de voûte
Clé de voûte
Le gothique flamboyant de la nef et des bas-côtés s'orne de
très belles clés pendantes de style Renaissance.
Clé de voûte
Chapiteau de style Renaissance dans le transept
Chapiteau de style Renaissance dans le transept : têtes humaines et grotesques.
Chapiteau de style Renaissance dans le transept
Chapiteau de style Renaissance dans le transept : têtes humaines, têtes animales et grotesques.

BAIE 15 : Fragments de vitraux du XVI siècle restaurés.
Saint Jacques le Majeur (ou saint Roch), le roi David et un personnage non identifié.

Le tympan de la BAIE 19.

Le Martyre de saint Étienne
Auteur inconnu, XVIIe siècle ?

«««- BAIE 19 , tympan.
Les quatre fragments d'une Résurrection des morts
(sur fond blanc) sont du milieu du XVIe siècle.
Le Christ de la mouchette du haut et les anges
de celles du bas (tous sur fond bleu) sont du XXe siècle.
LE CHŒUR DE SAINT-JACQUES ET SAINT-CHRISTOPHE
Le chœur de Saint-Jacques
Le chœur et son retable Renaissance.

Le Père céleste dans le haut du retable.
L'Adoration des mages de Louis Ligerie
«L'Adoration des Mages», 1670.
Peinture de Louis Ligerie (élève, puis collaborateur de Charles le Brun).
Le Concile de Trente a modifié la représentation de la Vierge dans la Nativité.
Elle n’est plus en prière devant l’Enfant, mais elle le présente, assise sur une sorte de trône.
Le retable du maître-autel
Le retable du chœur date de 1672.

Le retable de Thomas Rousseau, menuisier houdanais. Le tableau central est entouré de quatre colonnes cannelées de style corinthien. Ce tableau, daté de 1670, représente l'Adoration des mages. C'est l'œuvre de l'artiste houdanais Louis Licherie qui fut l'élève de Charles le Brun, puis son collaborateur. Le tableau supérieur est une gravure sur bois représentant le Père Céleste. Deux médaillons du XVIIe siècle ornent les côtés. L'un montre le Baptême du Christ, l'autre une Adoration des mages.

Anges musiciens rajoutés au retable en 1675.


Le chœur et les chapelles du déambulatoire.
À l'arrière-plan, au centre, la chapelle du Souvenir.

L'abside avec sa voûte Renaissance. Le vitrail de la baie 100 est daté de l'année 1633.

«L'Adoration des mages»
Médaillon anonyme du XVIIe siècle dans le retable du chœur.

Annonciation et saint Jacques le Majeur
dans la baie axiale.
Le vitrail axial (baie 100) est daté de 1633.
L'Annonciation
L'Annonciation dans la baie 100 (1633).
Saint Jacques le Majeur
Saint Jacques le Majeur (1633).
Le voyageur se tient devant un beau paysage avec maisons et lac,

«Le Baptême du Christ»
Médaillon anonyme du XVIIe siècle dans le retable du chœur.

«««--- Le chœur et son côté nord.
LE DÉAMBULATOIRE ET LES CHAPELLES RAYONNANTES
Le déambulatoire
Le déambulatoire est de style Renaissance.
À gauche, la chapelle Saint-Joseph ; à droite, celle de la Vierge.
Chapelle axiale de la Vierge et son retable
Chapelle axiale de la Vierge et son retable.
La chapelle rayonnante Saint-Roch et son retable
La chapelle rayonnante Saint-Roch et son retable.
CHAPELLE RAYONNANTE SAINTE-CÉLESTINE
Chapelle Sainte-Célestine Chapelle rayonnante Sainte-Célestine avec son retable.
On remarquera, sur la voûte, la croix peinte ornée de bas-reliefs dorés.

Croix peinte ornée de bas-reliefs sur la voûte de la chapelle Sainte-Célestine.

Saint Matthieu et l'Ange.
Bas-relief sur la voûte de la chapelle Sainte-Célestine.
Vitrail du XIXe siècle
Cette grande verrière date de 1862.
Le donateur, Étienne Flèche, s'y est fait représenter avec sa famille sous les traits
de sainte Célestine, saint Étienne, saint Georges et sainte Catherine.
L'inscription du bas en donne l'origine :
« CE VITRAIL A ÉTÉ OFFERT À L'ÉGLISE DE HOUDAN
PAR ÉTIENNE FLÈCHE EN RECONNAISSANCE
DE SA GUÉRISON DU VINGT OCTOBRE 1839».
Le Père Céleste
Le Père céleste et, à droite, saint Jean.
Bas-reliefs sur la voûte de la chapelle Sainte-Célestine.
CHAPELLE RAYONNANTE NOTRE-DAME DE MONTSERRAT

Chapelle rayonnante Notre-Dame de Montserrat dans le déambulatoire nord
et sa fresque de 1582.

La fresque de 1582. Elle a été redécouverte en 1949 cachée sous un badigeon jaune. C'est une vaste peinture murale de 4,60 mètres sur 4,10 mètres qui représente le pèlerinage d’une trentaine de Houdanais à Notre-Dame de Montserrat en Catalogne au XVIe siècle. Ces gens entreprirent le voyage pour demander à la Vierge de faire cesser l'épidémie de peste qui sévissait dans leur région. Les historiens ne savent pas la raison du choix de Montserrat car l'église Saint-Jacques était une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (et l'est toujours). Pourquoi ne pas aller à Compostelle ?
La fresque est assez étonnante dans la personnalisation des participants car les noms sont écrits. Sans doute peut-on aussi compter sur la ressemblance des visages... On y voit des marchands et des artisans, des cordonniers et des tourneurs, mais aucun notable ni seigneur de la contrée.
En 1982, cinq Houdanais refirent le pèlerinage à pied en 45 jours. Ils en rapportèrent la «Morenata», la statue d'une Vierge noire présentant l'Enfant donnée ci-contre.
Source : note affichée dans l'église.

Deux pèlerins en prière dans la chapelle
Notre-Dame de Montserrat (fresque de 1582).

La «Moreneta» : Vierge noire
rapportée de Monserrat en 1982.

Le pèlerinage en Catalogne représenté sur le mur de la chapelle de Montserrat.

Quatre pèlerins en prière dans la chapelle Notre-Dame de Montserrat.

Le pèlerinage en Catalogne, détail de la fresque de 1582.


Chapelle du Souvenir dans le déambulatoire sud ---»»»


AUTRES CHAPELLES RAYONNANTES
Chapelle rayonnante du Souvenir
Chapelle rayonnante Sainte-Geneviève
Chapelle Sainte-Geneviève dans le déambulatoire sud.

Visage de la Vierge ou d'une sainte (XVIIIe siècle?)
dans un tableau d'une chapelle du déambulatoire, détail.

La rose occidentale, détail.

L'orgue Clicquot. Les célèbres grandes orgues de Saint-Jacques ont été construites en 1734 par Louis-Alexandre Clicquot, facteur d'orgues du roi. Les archives de la paroisse conservent toujours l'acte original du marché passé entre la fabrique et le facteur d'orgues. L'instrument commandé possédait 21 jeux et coûta 3200 livres à la fabrique. Cette somme devait être payée en trois fois. D'abord, mille livres le 1er septembre 1734, puis encore mille à la fête de Pâques 1735 - à la condition toutefois que l'instrument «raisonne» (terme utilisé dans le contrat). De son côté, Clicquot s'engageait à avoir terminé le tout dix-huit mois plus tard. Le contrat prévoyait de s'en remettre au jugement d'experts nommés par le curé de Saint-Jacques et les marguillers de la fabrique. Si l'orgue était reçu comme parfait et achevé, le troisième paiement de 1200 livres serait versé six mois après cet avis de bonne fin.
La construction commença dans les normes et Clicquot reçut ses deux premiers paiements. Ce qui veut dire que, à Pâques 1735, l'instrument «raisonnait». Mais, en 1738, il n'était toujours pas achevé. La fabrique, qui ne plaisantait pas, porta l'affaire en Justice. Clicquot perdit le procès et fut en plus condamné à en payer les frais.
La construction du buffet se retrouva aussi devant les tribunaux. Elle avait été confiée au maître menuisier de Houdan, Robert Lisant. Mais, outre le paiement contractuel, celui-ci exigea 425 livres supplémentaires parce qu'il avait dû bâtir un escalier et des colonnes non prévus au devis. Pour la fabrique, ces éléments allaient de soi et n'avaient pas à être inscrits au devis. La Justice donna gain de cause au menuisier. Ces tracasseries retardèrent la réception de l'orgue qui n'eut lieu qu'en avril 1739. On se servait pourtant de l'instrument depuis Pâques 1735...
Le premier organiste, un certain Nicolas Simon, venait de Picardie. Quelques termes de son contrat méritent d'être cités : il reçut 200 livres d'appointement annuel avec exemption de taille et de capitation, ainsi que la suppression de l'obligation de loger les gens de guerre. Après lui, trois autres se succédèrent. On sait que, en 1772, l'organiste en place (un quatrième) s'appelait Saint-Clerc. Il était marchand mercier et, cette année-là, reçut 300 livres pour ses bons services. Fait notable : c'est grâce à lui que la Révolution épargna les grandes orgues de Clicquot. Saint-Clerc plaida habilement que l'orgue était un instrument de valeur et qu'il fallait le conserver pour la postérité. Il eut la chance d'être écouté. Le musicien reprit son poste en 1795, jouant bénévolement. Ce n'est qu'en 1802 que la fabrique recommença à le rétribuer. L'organiste assura sa charge jusqu'à sa mort survenue en 1818. Ensuite, ce sont deux femmes qui se succédèrent au poste de titulaire des orgues.
L'orgue subit une première restauration en 1772. Exécutée par un facteur rouennais, celle-ci n'eut aucune incidence sur la structure de l'instrument qui ne fut en rien modifiée. En 1819, madame Imbaut, l'organiste titulaire, suscita une nouvelle restauration et en chargea une de ses relations, le facteur Momigny de Châteaudun. Mais, en 1873, le contexte musical de l'église se modifia complètement : le chœur de Saint-Jacques reçut un orgue de deux claviers et douze jeux répondant au goût du XIXe siècle. Conséquence : l'orgue de tribune fut délaissé et, au début du XXe siècle, il était devenu pratiquement inutilisable.
En 1931, le curé de l'église, sans doute chagriné de la décrépitude de l'instrument, voulut le faire moderniser. Il fit appel au facteur Jules Boissier de Dijon qui, malheureusement, avait «la réputation d'avoir massacré plusieurs orgues historiques», lit-on dans la note affichée dans l'église. Coup du sort providentiel, le curé décéda peu après et les travaux purent être énergiquement interrompus. Les successeurs à la cure connaissaient la réputation de Boissier. La situation était donc gelée. «Les tuyaux restèrent entassés en vrac sur la tribune», lit-on encore dans la note.
Après 1945, les Monuments historiques lancèrent la restauration des vitraux, ce qui conduisit la municipalité à relancer l'idée de rétablir les grandes orgues dans leur splendeur passée. On prit avis, on délibéra. Finalement, la tâche, qui se révélait ardue, fut confiée à des connaisseurs : Robert et Jean Loup Boisseau, facteurs d'orgue à Poitiers, spécialistes de Clicquot et chargés, entre autres, de l'entretien des grandes orgues de la cathédrale Saint-Pierre à Poitiers et de celles de la cathédrale Notre-Dame à Paris. Cette restauration suscita un grand enthousiasme parmi les Houdanais et des souscriptions furent organisées. L'Administration des Beaux Arts n'apporta aucune aide. Enfin, en 1972, en présence de madame Georges Pompidou, le nouvel instrument résonna comme il l'avait fait au XVIIIe siècle.
Les orgues de Saint-Jacques suscitèrent aussitôt l'engouement des organistes dans le monde entier. Non seulement ses qualités avaient été reconnues comme exceptionnelles dès les années 1750, non seulement l'instrument avait été construit en réutilisant du matériel issu de l'orgue Desenclos Carouge, datant de 1667, de la chapelle de la Charité à Paris, mais les restaurateurs des années 1960 avaient scrupuleusement respecté l'authenticité de l'instrument, refusant de céder à la mode de l'époque qui voulait qu'on modernisât les orgues de manière à y jouer les partitions modernes.
Les orgues Clicquot de Saint-Jacques comptent parmi les orgues les plus anciennes de France. Elles utilisent une excellente mécanique ancienne qui permet de réaliser des prouesses inaccessibles aux instruments modernes. On lit dans la note de l'église : «Houdan est un des rares endroits où l'on peut exécuter et entendre la musique d'orgue des 17e et 18e siècles comme pouvaient le faire les gens qui vivaient à cette époque. (...) Dans le domaine sonore proprement dit, l'orgue a gardé le diapason ancien et est accordé, comme à l'origine, au tempérament inégal.»
Source : note affichée dans l'église.

L'orgue de Louis-Alexandre Cliquot
L'orgue de Cliquot est daté de 1739.
Le buffet d'orgue a été créé par le menuisier houdanais Robert Lisant.

«Christ de pitié», tableau d'un auteur anonyme, XVIIIe siècle ?
La nef vue du maître-autel
La nef de Saint-Jacques-le-Majeur vue du maître-autel.

Documentation : Panneaux affichés dans la nef
+ «Les vitraux de la Région Parisienne et de Picardie», Corpus Vitrearum, éditions du CNRS, 1978
+ site Internet de la paroisse Saint-Jacques.
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