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Page créée en 2011 et
refondue en juil. 2021.
Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, anges dans un vitrail

A la fin du XIXe siècle il y avait à Suresnes (92) une vieille église, Saint-Leufroy. Son état fortement délabré conduisit à sa destruction en 1906. Une nouvelle église s'éleva bientôt dans le quartier de la mairie. La paroisse fut consacrée au Cœur Immaculé de Marie le 31 mai 1907 ; la première pierre de l'édifice fut posée le 1er décembre de la même année.
L'église du Cœur-Immaculé-de-Marie est l'exemple de bâtiment cultuel de style néo-roman qu'on élevait au début du XXe siècle dans les petites villes proches de Paris.
Mise à part une très belle statue de la Vierge à l'Enfant du sculpteur Jean-Pierre Cortot, l'ornementation intérieure est riche de vingt verrières historiées montrant des scènes de la Vie de la Vierge et des scènes de la vie paroissiale à Suresnes au cours des siècles. Elles sont l'œuvre du cartonnier Henry Brémond et du peintre verrier Henri Carot. Il y est notamment question de saint Leufroy (IXe siècle), et d'une sainte locale, Marguerite Nezot (ou Naseau) (1594-1633), paysanne de Suresnes qui se dévoua aux malades et aux miséreux et qui mourut de la peste en 1633.

Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, anges dans un vitrail
Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, la nef
La nef de l'église est l'exemple même de la sobriété.
Le style néo-roman transparaît dans les arcades en plein cintre et les petites fenêtres.


La façade de l'église du Cœur-Immaculé-de-Marie
est faite en briques rouge-ocre
comme les bâtiments alentour construits à l'époque.

Les vitraux de l'église (1/2).
Ils ont été créés par Henri Carot dans les années 1908 et 1909. Les cartons sont d'Henry Brémond. Conformément à la dédicace de l'église, ils sont consacrés au cycle marial et l'on y trouve les thèmes habituels de la Vie de la Vierge.
On remarque toutefois que la Naissance de Marie ne s'y trouve pas, mais le cartonnier a rajouté la Communion de la Sainte Vierge, une scène rarement représentée où Marie reçoit l'Eucharistie de la main d'un ange auréolé. Pour totaliser le nombre de vingt vitraux correspondant aux vingt fenêtres, la scène mythique de saint Antoine de Padoue parlant aux poissons a été rajoutée. --»» Suite 2/2 ci-dessous.

«««--- «Présentation de Marie au Temple»
et «Leufroy dans la solitude»
Atelier Henri Carot, 1909.

Les vitraux de l'église (2/2).
---»» Les verrières de l'église sont constituées de deux parties. Le registre supérieur, traité en tableau, est consacré à la Vierge. Le soubassement reçoit «un quadrilobe sur fond de résille [qui] encadre une composition historiciste liée à la vie paroissiale des siècles passés», écrit Martine Callias Bey dans Un patrimoine de Lumière, 1820-2000, paru aux éditions du Patrimoine en 2003. L'historienne du vitrail précise aussi que cette juxtaposition est un cas isolé en Île-de-France.
Dans cette série de verrières, le rôle du cartonnier doit être précisé. Ce dernier est un peintre qui crée un modèle appelé carton, souvent à la taille d'exécution de la verrière finale. On sait qu'au XVe siècle des artistes de renom fournissaient des cartons aux maîtres verriers et aux tapissiers. Il y avait des artistes de génie qui cumulaient l'art du peintre et celui du peintre verrier : ils réalisaient alors toutes les étapes de la création d'une verrière. On compte parmi eux, au XVe siècle, Enguerrant Quarton et Fouquet ; au XVIe siècle, Valentin Bousch et Arnoult de Nimègue. Mais la plupart du temps, le dessin préparatoire était réalisé par un artiste dont le nom est resté dans l'ombre.
L'association cartonnier-verrier est une nécessité artistique qui n'a aucune raison de s'être modifiée au cours des âges. Martine Callias Bey écrit que, dans la petite couronne parisienne, entre 1830 et 1920, 115 signatures de peintres verriers différents ont été recensées. Et qu'elles sont associées à une cinquantaine de noms de cartonniers. Mais on peut avancer que ce dernier chiffre est inférieur à la réalité car, lorsque le cartonnier était membre salarié de l'atelier de verrerie, son nom était souvent occulté.
Au XIXe siècle, il y a eu des cartonniers célèbres comme Ingres, Devéria, Decaisne, ou encore Gsell, qui apposèrent leur nom sur les vitraux. À Saint-Romain de Sèvres, le professeur de dessin R. Chatel apposa son nom à côté de celui du maître verrier François Fialex dans le vitrail de la Vie de la Vierge. Lorsque la collaboration entre le cartonnier et l'atelier était occasionnelle ou d'«importance locale» [Callias Bey], on observe une double signature. Martine Callias Bey ajoute : «Lorsque les deux noms se côtoient, chacun peut être suivi d'une mention latine expliquant le partage des tâches. Les termes les plus récurrents différenciant le cartonnier étant "délineavit, invenit" souvent écrit en abrégé (...).»
On voit ainsi dans l'église du Cœur-Immaculé de Marie, au bas du vitrail du Mariage de la Vierge, la signature donnée ci-contre : «H. Brémond del / H. Carot, exc.» Pour le verrier, on trouve généralement la mention pinxit. Neuf verrières de l'église sont signées de la sorte.
Source : «Un patrimoine de lumière, 1830-2000», éditions du Patrimoine, 2003 (article de Martine Callias Bey sur le vitrail religieux).


«Marie enfant au Temple»
et «saint Leufroi instruisant les enfants»
Atelier Henri Carot, 1909.

La signature conjointe du cartonnier Henry Brémond et du
peintre verrier Henri Carot figure sur neuf des vingt verrières.
Ici, la signature dans la verrière du Mariage de la Vierge.

«Moines apportant la châsse de saint Leufroi
à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés»
Atelier Henri Carot, 1908.
«««--- «La Fuite en Égypte»
et
«Marie rencontre Jésus»
dans la IVe station du Chemin de croix..

Atelier Henri Carot, 1908.

«Fondation de l'église de Suresnes, Xe siècle»
Atelier Henri Carot, 1908.
À l'arrière- plan, est-ce l'église Saint-Leufroy, détruite en 1906?
Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, le choeur
Le chœur et son abside semi-circulaire ornée de colonnes corinthiennes.
La Vierge à l'Enfant est l'œuvre de Jean-Pierre Cortot, 1829.

«««--- «L'église brûlée par les huguenots au XVIIe siècle»
lors des guerres de Religion.
Atelier Henri Carot, 1908.

Le culte de la Vierge au XIXe siècle (1/3).
L'église de Suresnes est consacrée au Cœur Immaculé de Marie, ce qui nécessite un commentaire historique. Du point de vue religieux, le XIXe siècle français est marqué par une franche opposition entre le gallicanisme et l'ultramontanisme. Le premier courant, plutôt rigoureux, revendique une certaine indépendance, notamment celle du roi, vis-à-vis du Saint-Siège. Le second, animé par la fougue de l'écrivain Louis Veuillot (1813-1883), directeur du journal L'Univers, se veut soumis au pape. Le gallicanisme a été la règle en France jusqu'en 1790, année où la Constitution civile du clergé consacre l'autonomie de l'Église de France face au Pontife romain. Avec le Concordat de 1801 et les Articles organiques, Napoléon Ier transforme le clergé en un véritable instrument de gouvernement, mais renforce aussi le pouvoir papal sur la doctrine. Enfin, en 1905, la loi de Séparation de l'Église et de l'État clôturera définitivement la querelle en refondant le statut de l'Église de France.
La France est fille aînée de l'Église. Et les papes du XIXe siècle vont s'appliquer, à coups de déclarations, de décrets et de dogmes, à saper le terrain du gallicanisme pour ramener les fidèles sous la loi romaine. Le premier coup de boutoir est donné par le pape Grégoire XVI (1834-1846) qui cherche à imposer, dans les années 1840, une liturgie romaine uniformisée. Exit les liturgies gallicanes propres à chaque diocèse. Bien sûr, ce changement prendra du temps, mais il sera néanmoins concrétisé au cours du pontificat suivant, celui de Pie IX (1846-1878) qui sera aussi le plus long de l'histoire de la papauté. Rappelons que ce pape eut en plus à lutter contre les républicains de Garibaldi et leur volonté d'en finir avec les états du Saint-Siège. Comme on le sait, Pie IX perdit la partie et s'enferma dans la Cité du Vatican en 1870.
L'usage de la liturgie romaine se répandit dans les années 1850 pour devenir, en 1863, la seule pratique officielle. En 1860, Pie IX institue le Denier de saint Pierre : deux fois l'an, le résultat de la quête, lors des offices, est envoyé au Vatican en témoignage de l'attachement de la France envers le Saint-Siège...   ---»» Suite 2/3


«La Communion de la Sainte Vierge»
Atelier Henri Carot, 1908.

Le culte de la Vierge au XIXe siècle (2/3).
---»» La proclamation du dogme de l'Immaculée Conception en 1854, et plus encore celle de l'Infaillibilité pontificale en 1870 font triompher l'ultramontanisme. Ne cachons pas les faits : cette «soumission» à Rome eut aussi de bons côtés. Pie IX encouragea l'étude, dans les séminaires, du droit canon et de l'histoire de l'Église (à laquelle les évêques gallicans s'opposaient) ; de plus, à une époque marquée par le souci nouveau de la sauvegarde du patrimoine, il approuva l'immixtion de l'art et de la connaissance archéologique chez les clercs. Tous les curés devaient être capables de porter un jugement éclairé lors des commandes d'œuvre d'art par leur paroisse.
L'ultramontanisme tournait aussi les fidèles vers le culte des saints, notamment saint Antoine de Padoue et saint Augustin. Quant au culte de la Vierge, il a été encouragé au XIXe siècle par les nombreuses apparitions mariales : chapelle de la rue du Bac en 1830, La Salette en 1846, Lourdes en 1858, Pontmain en 1871 et Pellevoisin (Indre) en 1876. Il semble que, de son côté, l'image de Bernadette Soubirous récitant son chapelet au pied de la grotte ait contribué à remettre le saint Rosaire au goût du jour. La pratique ultramontaine de la récitation du chapelet fut fortement encouragée par le pape Léon XIII dans les deux dernières décennies du XIXe siècle.
---»» Suite 3/3


«L'Assomption de Marie»
Soubassement : «Vive Christus est»
Atelier Henri Carot, 1908.

Saint Dominique reçoit le Rosaire
de la main de l'Enfant-Jésus.
Atelier Henri Carot, 1908.

Saint Antoine de Padoue parle aux poissons.
Atelier Henri Carot, 1908.

Le culte de la Vierge au XIXe siècle (3/3).
---»» Revenons à 1836. Cette année-là, un pèlerinage officiel est créé à l'église parisienne de Notre-Dame des Victoires. En 1853, le pape vient en personne couronner la Vierge et l'Enfant de la célèbre statue de l'église, œuvre d'un artiste resté anonyme. Sa visite provoque un regain de dévotion envers Marie, une dévotion qui rebondira en intensité, dès l'année suivante, avec la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. «En lui apportant sa caution, écrit l'historienne Martine Callias Bey dans l'ouvrage Un patrimoine de lumière, 1830-2000, le pape va transformer une pratique populaire en un culte universel. Il s'opère en quelque sorte un transfert de dévotion du personnage du Christ vers celui de la Vierge, en tant que médiatrice.» Livres dévots, tableaux et vitraux sur Marie se multiplient. Le thème de l'Assomption est particulièrement prisé.
En fait, dès les années 1850, la religion catholique accorde de plus en plus de place aux figures féminines : la Vierge bien sûr, mais aussi, en France, les saintes Jeanne d'Arc et Geneviève, patronne de Paris. Rome reconnaît officiellement des nouvelles congrégations féminines axées sur l'enseignement et la scolarisation des filles. Cette «féminisation» s'explique aisément par la disproportion de la pratique du culte entre les hommes et les femmes. 70% des femmes catholiques sont pratiquantes contre 30% seulement chez les hommes.
Soucieux de s'attirer le soutien des catholiques, Napoléon Ier, par un décret impérial de février 1806, avait déclaré la fête du 15 août comme étant celle de la protectrice de la France et du chef de l'État. Ce qui fut confirmé par un décret du Vatican en mars 1807. En 1852, l'empereur Napoléon III revigore cette fête en rappelant son caractère national.
Il y a une dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, il y en a une aussi au Sacré-Cœur de Marie. Martine Callias Bey rappelle que cette dévotion remonte vraisemblablement à 1770, quand la fille de Louis XV, Louise de France, entra au Carmel de Saint-Denis.
Chronologiquement, cette dévotion prend un caractère quasi officiel avec la création de l'archiconfrérie du Sacré-Cœur de Marie, approuvée en 1838. Le dogme de l'Immaculée Conception la fit transformer en «Cœur Immaculé de Marie». L'église de Suresnes fut consacrée à ce Cœur Immaculé en 1908.
Sources : 1) «Un patrimoine de lumière, 1830-2000», éditions du Patrimoine, 2003 (article de Martine Callias Bey sur le vitrail religieux) ; 2) «Les papes», Futura Edizioni, 1997.

Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, élévations
La nef et le bas-côté droit.
Cette image donne une idée assez précise de la taille des fenêtres néo-romanes (1,60m sur 0,90m).
Certaines des verrières portent le nom de leur donateur.

«Le mariage de la Très Sainte Vierge», atelier Henri Carot, 1908.---»»»
Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, vitrail
La consécration de la paroisse au Cœur-Immaculé de Marie
le 31 mai 1907.
Atelier Henri Carot, 1908.

La pose de la première pierre de
l'église du Cœur- Immaculé-de-Marie
le 1er décembre 1907.
Atelier Henri Carot, 1908.
«L'Annonciation» ---»»»
Atelier Henri Carot, 1908.
Eglise du Coeur-Immaculé-de-Marie, statue de la Vierge à l'Enfant
Vierge à l'Enfant, pierre calcaire.
Jean-Pierre Cortot, 1829.

La Vierge à l'Enfant. À l'origine, cette statue de Jean-Pierre Cortot, créée en 1829, se trouvait dans la chapelle du couvent des Pères des Missions du mont Valérien.
En 1832, elle fut transportée à l'église paroissiale Saint-Leufroy, à Suresnes. Lors de la destruction de Saint-Leufroy en 1906, la statue fut placée dans le chœur de l'église du Cœur-Immaculé-de-Marie.


«Les ermites du Mont-Valérien
recevant la visite d'Henri III, XVIe siècle»
Atelier Henri Carot, 1908.

Le Couronnement de la Rosière est une vieille tradition folklorique française. Voir l'encadré qui lui est consacré à l'exposition de porcelaine de Sèvres au musée des Beaux Arts de Troyes. D'après ce qu'écrit Martine Callias Bey dans Un patrimoine de Lumière, 1820-2000, paru aux éditions du Patrimoine, la plus célèbre des rosières, dans le diocèse de Paris, était celle de Nanterre. Chaque année, de 1818 à 1935, le conseil municipal et le curé de la paroisse désignaient une jeune fille pour sa vertu et sa conduite irréprochable. La caisse municipale lui attribuait une dot. «L'heureuse élue, accompagnée de sa devancière, écrit Martine Callias Bey, recevait solennellement à l'église une couronne de roses. Ses principales attributions étaient le port de la bannière de ses compagnes et la quête pour les pauvres du bureau de bienfaisance.»
Les sources historiques indiquent que la rosière était particulièrement fêtée à Suresnes, Nanterre et Fontenay-aux-Roses. Au XIXe siècle, cette conduite exemplaire servit de modèle à l'idéal de la jeune mariée. D'où son association fréquente avec les Noces de Cana comme on peut le voir, dans l'église : la même verrière illustre le premier miracle du Christ et la procession de la première rosière de Suresnes, élue en 1771. Dans un cartouche, on lit qu'il a été «offert par les anciennes rosières de Suresnes».
Source : «Un patrimoine de lumière, 1830-2000», éditions du Patrimoine, 2003 (article de Martine Callias Bey sur le vitrail religieux).


«La première rosière de Suresnes en 1771»
Atelier Henri Carot, 1908.


««--«««--- La rosière, modèle de la jeune mariée idéale,
était souvent associée aux Noces de Cana.
Vitrail de l'atelier Henri Carot, 1908.

La Couronnement de la Rosière
«Dédié à madame la Comtesse de Maleissye»
Gravure anonyme du XIXe siècle.

«Saint Médard couronnant la première rosière»
par Louis Dupré (1769-1837).

Église Saint-Médard à Paris, 5e arrondissement, chapelle de la Vierge.

Documentation : base Palissy du Ministère de la Culture, France
+ «Un patrimoine de lumière, 1830-2000», éditions du Patrimoine, 2003.
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