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Page créée en 2012
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Vers 1200, au lieudit du Roule, la confrérie des ouvriers monnayeurs fonda une léproserie. En 1216, l'évêque Pierre de Nemours autorisa la léproserie à disposer d'une chapelle. Dédiée aux saints Jacques et Philippe, ce lieu de culte servit aussi aux habitants du quartier.
Restaurée à plusieurs reprises, notamment au XVIIe siècle, elle devint paroisse le 1er mai 1699. Un cimetière fut créé à côté. Menaçant ruine, l'édifice est détruit en 1739 et le culte transféré dans une grange.
Sous Louis XV, le faubourg du Roule (village intégré à la capitale en 1722) devient un quartier huppé.
En 1768, l'Académie d'architecture approuve les plans que Jean-François Chalgrin (1739-1811) lui soumet pour une nouvelle église. Une fois les terrains acquis (de 1769 à 1772), la construction commence en 1774. Le manque de fonds ralentit les travaux et l'église n'est consacrée que le 30 avril 1784, avec toutefois la voûte de la nef inachevée.
En 1791, à la Révolution, Saint-Philippe-du-Roule fait partie des 24 paroisses parisiennes conservées par l'Assemblée Constituante (sur les 52 paroisses urbaines que compte la capitale). Toutefois, sa circonscription territoriale est modifiée.
L'édifice est fermé en 1793, puis rendu au culte en 1795.
En 1802, avec le Concordat, la paroisse catholique est rétablie.
Au XIXe siècle, la population du faubourg s'accroît et, en 1845, l'architecte Étienne-Hippolyte Godde (1781-1869) agrandit l'église en lui ajoutant un déambulatoire (flanqué de colonnes antiques) et une chapelle axiale.
En 1853, Victor Baltard construit, à gauche du chœur, la chapelle des catéchismes.
Saint-Philippe-du-Roule reprend le plan des basiliques romaines, un style prisé par les architectes jusqu'à la fin de la Restauration. Prévus au niveau des croisillons, les deux clochers n'ont jamais été construits faute de financement.
L'édifice est enrichi d'une très belle décoration typique du XIXe siècle. Dédiée à la Vierge, sa splendide chapelle axiale est couverte de peintures réalisées par Claudius Jacquand de 1857 à 1860.
Les onze vitraux du premier niveau, datés de 1892, sont dus à l'atelier Émile Hirsch (1832-1904). Parmi eux, ceux des bas-côtés relatent les vies de saint Philippe et de saint Jacques,
Les six vitraux de la voûte, de style Art nouveau et datés de 1894, sont des créations de l'atelier Charles Champigneulle et Fils, sur des cartons d'Albert Maignan. Ils représentent des saints.
Cliquez sur les vitraux donnés dans cette page pour les afficher en gros plan.

Vue d'ensemble de la nef
La nef de l'église Saint-Philippe-du-Roule avec ses colonnes cannelées à chapiteaux ioniques.
Dès l'entrée, la Descente de croix peinte sur la voûte en cul-de-four du chœur attire le regard.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE

La façade et son péristyle à colonnes doriques.
Les deux ailes, à gauche et à droite, s'ouvrent sur les anciennes chapelles du vestibule.

Allégorie de la Religion sur le fronton :
la Religion tient la Croix et le calice.
François-Joseph Duret (1732-1816).
ASPECT INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE

La nef et le bas-côté gauche.
Il n'y a pas de chapelles latérales dans les bas-côtés.
Les vitraux, qui relatent la vie de saint Philippe et de saint Jacques, sont dus à Émile Hirsch (1832-1904).

Plan de l'église Saint-Philippe-du-Roule.

Architecture intérieure.
L'église se compose d'un porche encadré de deux vestibules circulaires. La nef, de sept travées, est flanquée de deux bas-côtés qui ont perdu leurs chapelles au profit de boiseries.
Le transept peu saillant s'étend sur deux croisillons qui abritent chacun une chapelle rectangulaire surmontée d'une tribune. Dans le plan de Jean-François Chalgrin, ces croisillons étaient surmontés de tours. Elles n'ont jamais érigées pour des raisons d'économie.
Jadis clos par un mur plein, le chœur a été transformé par l'architecte Étienne-Hippolyte Godde en 1845. Il est depuis formé d'une modeste travée droite qui se prolonge sur cinq travées en hémicycle. Pour les piliers, Godde a repris le style cannelé et ionique de ceux de la nef.
Un déambulatoire, donne accès à l'imposante chapelle axiale, dédiée à la Vierge.
Dans la nef, les colonnes cannelées, de style ionique, portent un entablement assez simple sur lequel repose une voûte en berceau en bois, peinte en caissons et percée de lunettes. Ces lunettes reçoivent les vitraux de style Art nouveau réalisés par l'atelier Charles Champigneulle et Fils en 1894.
Le chœur est voûté d'un cul-de-four décoré d'une Descente de croix, grande fresque de Théodore Chassériau datée de 1855.


Les vitraux Art nouveau de Charles Champigneulle et Fils.
Les six lunettes de la voûte reçoivent des vitraux de l'atelier Charles Champigneulle et Fils. On peut caractériser leur style comme étant de l'Art nouveau de la fin du XIXe siècle, à composition figurative académique et décor végétal stylisé.
En 1894, l'Art nouveau n'a pas encore atteint sa pleine maturité. À travers le crayon d'Albert Maignan, il pénètre le vitrail peu à peu : la figure du saint reste traditionnelle, alors que l'ornementation végétale, très recherchée, devient moderne.
Un détail doit arrêter le visiteur. Avec une paire de jumelles, on perçoit nettement que les visages réalisés par l'atelier Champigneulle ne sont pas des peintures comme peuvent l'être les formes ornementales qui les entourent.
Si l'atelier parisien de Champigneulle pratiquait bien à l'époque les portraits sur verre d'après photographie, il s'agit vraisemblablement ici de l'impression dans le verre de photographies noir et blanc de donateurs. S'agit-il des membres d'une même famille ? On ne sait pas.
Trois visages sont donnés en gros plan dans cette page.


Jésus trouva Philippe et lui dit : suivez-moi
Atelier Émile Hirsch, 1892.

J'ai pitié de cette foule et ne veux pas la congédier à jeun
Atelier Émile Hirsch, 1892.

Prédication de saint Jacques dans le premier concile
Atelier Émile Hirsch, 1892.

Le côté gauche de la nef et la chapelle du croisillon gauche dans le transept.

Le Martyre de saint Jacques
Atelier Émile Hirsch, 1892.


Sainte Geneviève

Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.


Saint Denis
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.

Sainte Clotilde
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.
POSSIBILITÉ DE PHOTO-IMPRESSION DANS LE VERRE


Sainte Geneviève
, détail.
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.


Saint François de Sales
, détail.
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.

Sainte Louis, détail.
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.

Le Martyre de saint Jacques
Atelier Émile Hirsch, 1892.

Saint Jacques est institué Premier évêque
Atelier Émile Hirsch, 1892.

La voûte en berceau de Saint-Philippe-du-Roule.

Simple charpente en bois décorée de rosaces, elle est peinte dans un ton imitant la pierre.
La voûte est percée de six hautes fenêtres à lunettes
où ont pris place des vitraux de style Art nouveau.

«««--- Saint Vincent de Paul
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.

Chapelle du croisillon gauche dans le transept.

Statue de la Vierge à l'Enfant
dans le chœur (1862).

La chaire à prêcher (XIXe ?) est montée sur six colonnes cannelées. Deux anges soutiennent l'abat-son.

Chapelle du Sacré-Cœur
Croisillon droit du transept.

Crucifixion ---»»»
Atelier Émile Hirsch, 1892.

«««-- Appartion du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque
Atelier Émile Hirsch, 1892.

LA DESCENTE DE CROIX

La Descente de croix
Théodore Chassériau (1819-1856)
Peinture sur la voûte en cul-de-four du chœur.

Le Sanhédrin et la mort de Jésus de Nazareth (1/3).
Dans l'histoire occidentale, le peuple juif est regardé comme le peuple déicide, avec le cortège d'exactions et de massacres dont les chrétiens se sont rendus coupables - pour punir les juifs d'avoir crucifié le Sauveur.
Les membres du Sanhédrin peints par Théodore Chassériau ne font rien pour dissiper cette vision des choses. Leurs visages expriment le mépris, l'arrogance. Quant à celui sur la gauche (agenouillé et à moitié en prière), il a l'air de se moquer ostensiblement de ce qu'il voit. Par ses mains jointes, il donne carrément dans la provocation.
Il faut reconnaître que son visage, extrêmement typé «sémite», rappelle les portraits de juifs exhibés au XXe siècle par la propagande antisémite la plus virulente.
Quelques faits historiques.
Au temps de la guerre civile entre César et Pompée, les Juifs prirent le parti de César. Bien leur en prit. César, une fois vainqueur, les récompensa. Rappelons que, dès le IIe siècle avant J.-C., à la suite de la répression menée par les Séleucides, les Juifs avaient commencé à se disperser dans le monde romain, créant la diaspora. Ce mouvement avait repris à partir de 63 av. J.-C. quand Rome arriva en Palestine.
Au début de sa dictature, Jules César eut à combattre l'exclusivisme religieux du sénat. Après avoir autorisé les cultes de Cybèle et de Mythra, César se montra généreux envers les Juifs.
Dérogeant à la sévérité de la loi de Rome qui limitait le droit d'association, il fit inscrire les synagogues (en fait, les associations formées par les Juifs) sur la liste des corporations et collèges autorisés. «Mieux encore, il habilita le grand prêtre de Jérusalem à percevoir sur leurs sociétaires et à se faire transmettre par elles [les synagogues] la taxe du didrachme annuellement exigible de chaque juif pour l'entretien du temple de Jérusalem», écrit Jérôme Carcopino dans Profils de conquérants, chapitres Autour de César.
---»» Suite 2/3 à droite.


La Descente de croix, détail :
les soldats romains tirent au sort celui qui conservera la tunique du Crucifié.

La Descente de croix, détail :
les membres du Sanhédrin regardent, d'un air arrogant,
Joseph d'Arimathie descendre le corps de Jésus.

Le Sanhédrin et la mort de Jésus de Nazareth (2/3).
---»» De fait, en Judée, les Romains, en tant que puissance occupante, garantissaient au Sanhédrin (assemblée suprême garante de la Loi Juive) son pouvoir moral et religieux sur le peuple. Cependant le Sanhédrin n'avait pas le pouvoir de condamner à mort.
Jésus de Nazareth, qui se disait Fils de Dieu, représentait pour lui une menace. Son allégation de quasi-divinité était un blasphème.
Une semaine plus tôt, Jésus était entré dans Jérusalem parmi une foule en liesse qui agitait des rameaux : la menace était réelle. Un peu plus tard, il avait chassé les marchands du Temple à coups de fouet. Or ces marchands vendaient les objets de sacrifice offerts au Temple par les fidèles juifs - objets qui étaient bien sûr récupérés par les prêtres. Ceux-ci étaient à même d'interpréter ce geste de colère comme une provocation : cet agitateur voulait leur couper les vivres et casser leur prééminence sur la société israélite ! Il fallait se débarrasser de lui.
Le Sanhédrin le fit donc comparaître devant le procurateur Pilate, détenteur de l'autorité romaine, en disant en quelque sorte : «Cet individu menace notre pouvoir. Tuez-le !». Et ceci pour n'importe quel motif.
Selon la légende, et bien que les historiens lui attribuent une sévérité certaine dans ses jugements, Ponce Pilate choisit de se laver les mains ostensiblement devant la foule pour bien montrer qu'il refusait de prendre la responsabilité d'une condamnation qu'il ne comprenait pas.
À ses yeux, le dénommé Jésus de Nazareth n'était qu'un brave homme qui n'avait fait de mal à personne. Qu'il se dise Fils de Dieu ou roi des Juifs n'était pas un problème pour un citoyen de Rome, c'est-à-dire un individu épris d'une grande tolérance religieuse qui, de plus, vivait à une époque où ce genre d'«illuminé» prompt à se proclamer «Fils de Dieu» n'était pas rare.
---»» Suite 3/3 ci-dessous.


La Descente de croix, détail :
les provocations des membres du Sanhédrin.

Le Sanhédrin et la mort de Jésus de Nazareth (3/3).
---»» En fin de compte, c'est le motif de sédition qui fut retenu ; Jésus fut condamné à la Crucifixion. Le Sanhédrin avait réglé ses comptes.
La condamnation à mort de Jésus de Nazareth peut donc être regardée comme le symbole du problème le plus important posé à l'espèce humaine : celui de sa gestion. C'est-à-dire celui du jeu des pouvoirs. Aux conflits d'orgueil entre individus répondent les conflits de pouvoir entre groupes d'individus. Qui a le Pouvoir ? Qui décide ? Qui est responsable ?
L'espèce humaine est en conflit permanent avec elle-même uniquement pour savoir comment répondre à ces trois questions.
Dans le cas qui nous occupe, le jeu des pouvoirs oppose le Conseil suprême juif, garant de la Loi, au Galiléen et à ses disciples.
Conclusion : à la question «Qui a tué Jésus ?», on ne répondra pas «les Juifs», mais «le Sanhédrin», c'est-à-dire ceux qui détiennent le pouvoir et qui refusent de le lâcher. Ceci par-delà toutes les époques et toutes les cultures. Soyons abrupt : les Juifs, en tant que Juifs, n'ont rien à voir dans cette histoire.
On regardera donc les membres du Sanhédrin peints par Chassériau, non pas comme des Juifs déicides, moqueurs, vindicatifs, mais comme les détenteurs du Pouvoir, comme des gens qui se sont donné le droit de gérer la vie des autres, et qui voient avec soulagement disparaître un concurrent dangereux, en se disant que cette exécution servira de leçon à ceux qui seraient tentés d'imiter son exemple.
Compte tenu de cette analyse, il est regrettable que le peintre Théodore Chassériau ait cru utile de forcer le trait sur les faciès.


La Descente de croix, détail :
les provocations des membres du Sanhédrin.

La Descente de croix, détail :
Joseph d'Arimathie, aidé de saint Jean, descend de la croix le corps de Jésus.

La Descente de croix, détail :
les saintes femmes en pleurs. Sur la droite, Marie.
LE CHŒUR ET LE DÉAMBULATOIRE

Le chœur et les fonts baptismaux vus depuis le déambulatoire.
Au centre de la photo, les croisillons du transept sont surmontés d'une tribune.

Le vaste déambulatoire a été rajouté par l'architecte Godde en 1845.

Saint François de Sales ---»»»
Atelier Charles Champigneulle et Fils, 1894.
LA CHAPELLE DE LA VIERGE

La chapelle de la Vierge.
Les toiles marouflées et les peintures murales sont l'œuvre de Claudius Jacquand (1804-1878).
Sur la voûte en cul-de-four : le Christ couronnant la Vierge par Jacquand.
Le Christ est entouré de saint Philippe et de saint Jacques.

Les toiles marouflées sur le côté droit.
Claudius Jacquand a représenté, au premier niveau,
des scènes de la vie de la Vierge (en style très narratif).
Au second niveau, les invocations des Litanies.

Notre-Dame de toutes-Grâces, détail.

Notre-Dame de toutes-Grâces
Charles-François Lebœuf Nanteuil (1792-1865).
Marbre.

La Sainte Famille
Claudius Jacquand (1804-1878).

La chapelle de la Vierge est éclairée par un vitrail de plafond.

Le côté gauche de la chapelle de la Vierge.


L'orgue de tribune est un Cavaillé-Coll-Mutin de 1903.



Le Baptême du Christ dans l'avant-nef ---»»»
Atelier Émile Hirsch, 1892.

La nef vue depuis le maître-autel.

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», Letouzey et Aney, 1936.
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