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Page créée en déc. 2017
Chapiteau roman dans la nef, détail

La collégiale Saint-Pierre-aux-Liens du Dorat n'est pas l'édifice roman le plus connu du Limousin. Pourtant, de l'avis des historiens, c'est celui qui représente le mieux la perfection romane limousine.
On sait qu'un monastère existait au Dorat vers 940. Vers la fin du Xe siècle, il fut transformé en collège de chanoines. L'édifice qui servait d'église collégiale brûla vers 1080, mais il est probable que les murs restèrent debout. Une restauration provisoire permit de ne pas interrompre le service du culte. Quoi qu'il en soit, il fallait reconstruire.
Les historiens partent de l'hypothèse d'un chantier lancé vers 1110-1120. À cette époque, le financement abondait car Le Dorat était un carrefour où transitaient le fer et le sel. De plus, le chapitre défendait ardemment son autorité contre la noblesse locale. La construction commença probablement par le bloc «crypte-abside-transept-travée orientale», ce qui englobait le lieu de culte réservé aux chanoines. Elle continua à l'ouest par un clocher massif et une façade assez austère qui font ressembler l'église à une forteresse. La collégiale a dû être achevée dans la seconde moitié du XIIe siècle.
Le chœur est enrichi d'un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes. Cette architecture souligne l'importance de la collégiale dans le culte des reliques des saints locaux. En effet, en même temps que fut décidée la construction du nouveau bâtiment, le chapitre commanda la rédaction des vitae des deux saints chanoines du Dorat des Xe et XIe siècles, Israël et Théobald. Ainsi qu'un recueil de miracles. Le but était de lier la construction (et son coût), non pas à la rénovation d'un culte ancien (phénomène bien connu des médiévistes), mais carrément à la création de deux nouveaux cultes. En fait, exprimé en termes modernes, le chapitre s'était fixé un business plan audacieux, découpé en quatre phases : utiliser les fonds disponibles pour élever une grande collégiale (80 mètres de long) ; créer deux nouveaux cultes sur les saints chanoines du Dorat afin d'attirer les pèlerins ; encaisser les offrandes qu'ils ne manqueront pas de laisser ; et ainsi se rembourser des frais de la construction (!) Dans son article du Congrès archéologique de France tenu en Haute-Vienne en 2014, Éric Sparhubert écrit : «Dans ce contexte, la présence d'une crypte et le choix d'un chevet à déambulatoire et chapelles rayonnantes procédaient autant d'une recherche de prestige que d'une réflexion sur la valeur de promotion et de célébration associée alors à ce type architectural.» L'installation officielle des reliques dans la crypte eut lieu en janvier 1130 : ce fut l'instant-clé de la campagne de promotion de l'édifice.
Au niveau architectural, la collégiale du Dorat devint un modèle pour les contrées voisines en Haut-Limousin. Non seulement le système de façade et d'élévation de la nef fut copié, mais l'ensemble de la construction constitua un «répertoire de formes et de techniques» ([Sparhubert] pour les architectes limougeauds à partir de la seconde moitié du XIIe siècle.
Au XVe siècle, l'abbé Guillaume l'Hermite fit relever les remparts de la ville et fortifier l'édifice. Un chemin de ronde en encorbellement vint couronner les murs de la collégiale. Les huguenots s'emparèrent du Dorat en 1567 et pillèrent le mobilier de l'église. Au XIXe, l'essentiel du système défensif fut supprimé (chemin de ronde, créneaux et mâchicoulis). En conséquence, la collégiale, telle que nous la voyons aujourd'hui, est quasiment l'image du bâtiment créé au XIIe siècle.
L'édifice ne possède pas beaucoup d'œuvres d'art (l'essentiel est dans la sacristie). Le visiteur peut néanmoins admirer la profusion de chapiteaux romans en granit à thèmes floral et animal. Ces chapiteaux constituent réellement la parure de l'église. Enfin, il faut noter qu'il est impossible d'accéder au côté extérieur sud de la collégiale car il est inclus dans le domaine d'une congrégation religieuse : la maison mère des sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde. Cette congrégation se consacre à la rééducation et à la réinsertion des détenus à leur sortie de prison.

Scène de la vie de saint Pierre, détail (Atelier Didron, fin XIXe siècle)
Vue d'ensemble de la nef depuis le haut des escaliers
Vue d'ensemble de la nef depuis le haut des escaliers, après avoir franchi le portail occidental.
Si la nef est dans la pénombre, on est frappé, dès l'entrée, par le puits de lumière qui éclaire la croisée et le chœur.

Le bourg du Dorat s'étend, au milieu des boccages, sur une pente inclinée vers le sud et l'est. La collégiale Saint-Pierre étant dirigée vers l'est (c'est-à-dire «orientée»), ses bâtisseurs ont compensé la déclivité du terrain par une petite plate-forme haute de douze marches dans l'avant-nef (donc à l'ouest) et par une crypte à l'est.
Un des grands thèmes de l'architecture de cet édifice est la légère déviation vers le sud de l'élévation méridionale. Sur la photo ci-dessus, on voit nettement que la succession des piles de la nef, au nord et au sud, n'est pas symétrique. Sur le côté sud, les piles «se cachent» davantage les unes les autres : l'axe de la nef dévie vers le sud (voir commentaire plus bas sur les étapes de la construction).

Aspect extérieur de la collégiale Saint-Pierre-aux-liens.
L'aspect extérieur de la collégiale Saint-Pierre-aux-liens est celui d'un bâtisse massive et austère.
Le clocher de la croisée et le chevet Saint Pierre tenant la clé du Paradis
Saint Pierre tenant la clé du Paradis
au-dessus du portail ouest.
«««--- Le clocher de la croisée et le chevet,
ici, vus du nord.
Notez la tour de défense du XVe siècle
au-dessus de la chapelle axiale.
Le portail de style mozarabe
Le portail de style mozarabe
de la façade occidentale (XIIe siècle).
Les voussures de style mozarabe sont très rares en Limousin.
La façade occidentale de la collégiale.
La façade occidentale de la collégiale.
L'austérité du clocher, scandé d'une arcature aveugle,
est quelque peu adoucie par le style mozarabe du portail.
Le clocher de la croisée et le transept nord.
Le clocher de la croisée et le transept nord.
On remarquera le processus d'amincissement vers le haut
qui caractérise le clocher octogonal.
Le portail Saint-Jean dans le transept nord.
Le portail Saint-Jean dans le transept nord.
Le porche est en berceau brisé. En avant , il s'ouvre par
une voussure limousine sous archivolte à retours.
Les étages romans de la tour–lanterne
Les étages romans de la tour-lanterne : fenêtres limousines au
premier étage ; pans surmontés de trilobes au deuxième ; enfin, au dernier, fenêtres en plein cintre cachant les cloches.
Le porche roman du transept nord
Le porche roman du croisillon nord du transept.
Le premier étage de la tour–lanterne est riche de belles fenêtres à trois voussures limousines.
Le premier étage de la tour-lanterne est riche de belles fenêtres à trois voussures limousines.

«««--- À GAUCHE. Le porche roman du croisillon nord du transept accueille le visiteur par une archivolte ornée d'une voussure limousine.
Encadrant les vantaux de bois de la porte, trois voussures limousines reposent sur des chapiteaux (qui sont bien dégradés aujourd'hui), prolongés jusqu'au sol par de simples colonnettes.

La tour de défense et ses bretèches au–dessus de la chapelle axiale (XVe siècle)
La tour de défense et ses bretèches au-dessus de la chapelle axiale (XVe siècle).

Les fortifications. L'abbé Guillaume IV l'Hermite dirigea le chapitre de la collégiale de 1420 à 1430. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. Ce prélat dynamique va faire relever les remparts du Dorat, établir un chemin de ronde en encorbellement sur les murs de l'église et édifier une tour au-dessus de la chapelle axiale (photo ci-dessus). Malheureusement, les restaurateurs du XIXe siècle ont cru utile de tout supprimer : le chemin de ronde, les créneaux et les mâchicoulis. Seule subsiste cette tour à l'est avec ses trois bretèches percées chacune d'une archère. Une paire de jumelles est nécessaire pour observer les masques ornant les corbeaux qui supportent la bretèche nord (photo ci-contre). On peut voir encore une autre archère dans le massif du clocher occidental sur le côté nord (photo ci-dessous). Les autres traces des fortifications ont disparu.
Ces fortifications, dignes d'une citadelle, n'ont pas empêché les huguenots de prendre la ville en 1567 et de piller la collégiale.
Source : Congrès archéologique de France tenu à Limoges en 1921.

Modillons romans sur le côté nord.
Modillons romans sur le côté nord.
Masques sur les corbeaux qui soutiennent la bretèche nord de la tour de défense.
Masques sur les corbeaux qui soutiennent la bretèche nord de la tour de défense.
Un des derniers vestiges des fortifications du XVe siècle : une archère dans le mur nord
Un des derniers vestiges des fortifications du XVe siècle : une archère dans le mur nord.
Une fenêtre à voussure limousine sur le côté nord
Une fenêtre à voussure limousine sur le côté nord.
Petit chapiteau roman ornant une voussure limousine
Petit chapiteau roman sans tailloir à la jonction
de la voussure limousine et de la colonnette.

La voussure limousine est caractéristique de la région. À Saint-Pierre-aux-liens, on la rencontre dans les encadrements de fenêtres, à l'extérieur et à l'intérieur de l'édifice. Elle se définit par un simple tore (ou boudin), souvent dessiné en plein cintre, qui vient souligner le contour de l'archivolte. La colonnette par laquelle elle tombe jusqu'à la base de la fenêtre a souvent pour point de départ un petit chapiteau assez frustre, sans tailloir (photo à droite), un chapiteau que les éléments ont eu le temps de dégrader quand il se trouve à l'extérieur. Compte tenu de son aspect assez primitif, on pourrait presque qualifier la voussure limousine de «voussure du pauvre».

L'INTÉRIEUR DE LA COLLÉGIALE SAINT-PIERRE-AUX-LIENS
Les robustes arcades romanes du côté nord vues depuis le chœur.
Les robustes arcades romanes du côté nord vues depuis le chœur.
Les bas-côtés étonnent par leur largeur inhabituelle : environ 2,50 mètres, ce qui est beaucoup pour un édifice roman limousin de la première moitié du XIIe siècle.

Architecture. La collégiale du Dorat possède une nef limousine atypique. En général, dans l'architecture romane, la nef se caractérise par des arcades assez resserrées. En conséquence, les travées sont barlongues et non pas carrées. Quant aux bas-côtés, ils sont assez larges et la nef marque nettement la césure en trois vaisseaux. Au contraire, la «nef limousine» s'oriente vers le concept de nef unique : le vaisseau central est valorisé, donc large, au détriment des bas-côtés qui sont proportionnellement plutôt étroits.
Bien évidemment, les constructeurs jouaient sur un effet visuel : plus les bas-côtés sont étroits, plus les murs gouttereaux se rapprochent des piles du vaisseau central. Visuellement, les bas-côtés rétrécissent, assurant par là l'impression de se trouver dans une nef unique. Les bas-côtés de la collégiale Saint-Pierre ont une largeur plus importante que la «norme limousine» puisqu'ils dépassent les 2,50 mètres. De ce fait, l'impression de se trouver dans une nef unique est réduit. Ajoutons que les architectes ont fait porter la voûte en berceau directement sur les grandes arcades (il n'y a pas de «clair-étage»). L'importance des bas-côtés en est rehaussée car ils

jouent un rôle essentiel dans l'équilibre de la structure.
Grâce à ses grandes arcades, la nef est abondamment éclairée par des fenêtres assez larges : la collégiale Saint-Pierre compte parmi les édifices romans les plus lumineux du Limousin.
Le décor architectural de l'édifice repose essentiellement dans ses multiples chapiteaux. Ceux de la nef sont en granit du pays, pour la plupart à thème floral. En revanche, on en trouve de beaucoup plus sophistiqués dans le transept, le déambulatoire et les chapelles attenantes. Taillés dans de la pierre calcaire importée, ils sont le produit d'un art de série issu du Bas-Limousin qui a envahi le Haut-Limousin au cours de la première moitié du XIIe siècle. Le calcaire étant plus facile à travailler que le granit, on s'explique facilement l'importation de cette pierre. Mais cette raison est loin de suffire : il faut y ajouter la présence d'un foyer dynamique de création artistique, animé par des sculpteurs prêts à se déplacer, et le goût pour une certaine préciosité.
Source : articles des Congrès archéologiques de France sur la collégiale.

Plan de la Collégiale.
Plan de la collégiale et étapes de la construction.
Chemin de croix, station IX
Chemin de croix, station IX
«Jésus tombe pour la troisième fois»
Terre cuite de Félix Oudin, 1962.

La cuve baptismale est l'une des rares pièces de mobilier visibles dans la collégiale. Elle sert actuellement de bénitier. Sa partie convexe, restée frustre, montre que la cuve devait s'insérer dans une niche contre un mur. La collégiale ne proposant rien de tel, René Fage (article du Congrès archéologique de France) en conclut qu'elle vient de l'église romane du XIe siècle. Sa taille et son rebord marqué d'une feuillure (qui recevait donc un couvercle) ne laissent aucun doute sur son emploi : c'était une cuve pour le baptême par immersion. Trois de ses faces méritent un œil attentif : on y voit, à chaque angle, deux lions affrontés, tracés en méplat. Leurs queues se terminent en palmettes.

L'avant-nef et son escalier de douze marches
L'avant-nef et son escalier de douze marches. La travée de l'avant-nef est surmontée d'une coupole (voir plus bas).
On notera que, en plein mois de juillet, la crèche de Noël est restée en place, au milieu des escaliers...
Ancienne cuve baptismale en granit et son lion sculpté en méplat
Ancienne cuve baptismale en granit et son lion sculpté en méplat.
Cette cuve servait au baptême par immersion dans un précédent édifice.
Trois chapiteaux romans à thème floral dans la nef (XIIe siècle) ---»»»
Deux lions aux queues terminées en palmettes sur l'ancienne cuve baptismale
Deux lions aux queues terminées en palmettes sur l'ancienne cuve baptismale.
Chapiteau roman à thème floral
Chapiteau roman à thème floral
Chapiteau roman à thème floral
Travée «orientale» en entrée dans le bas-côté nord
La travée orientale (à gauche) et l'entrée dans le bas-côté nord (à droite).
La travée orientale a une longueur de 7,40 mètres, contre 6,50 m pour les autres.
C'est dans cette travée que s'installait le chœur des chanoines avec ses stalles.
Plus tard, un jubé fut dressé entre les colonnes qui ferment cette travée vers l'ouest.

Les étapes de la construction de la collégiale (1/3). La photo du haut de la page montre que l'axe de l'église dévie vers le sud. si les trois premières travées (à savoir l'avant-nef, également appelée «travée occidentale», et les deux suivantes) possèdent bien des piles parallèles, le décrochage se fait à partir de la pile qui ouvre la quatrième travée. Il est de l'ordre de quelques dizaines de centimètres. La quatrième travée dévie vers le sud, puis on constate un redressement au niveau de la cinquième pour rejoindre le transept, mais le tout conserve une légère obliquité. C'est donc à l'entrée dans le transept que la nef présente sa plus grande largeur : 18,25 mètres. Cette déviation reste visible au niveau du chœur. De la sorte, le vaisseau central se dirige vers le sanctuaire en s'élargissant légèrement.
L'origine de ce problème repose dans l'axe de la façade occidentale qui n'est pas parallèle à l'axe nord-sud du transept (ce qui est très visible sur le plan). L'architecte du XIIe siècle a bien essayé de racheter cette irrégularité en donnant au bas-côté sud une plus grande largeur dans les deux travées proches du transept, mais le phénomène n'a pu être corrigé. Néanmoins ce défaut de parallélisme n'est pas gênant à l'œil et ne nuit pas à l'homogénéité de l'ensemble. Il permet même aux archéologues de l'art roman, grâce aux nombreuses irrégularités qu'il entraîne dans les travées et les murs goutteraux, de déterminer les différentes campagnes de construction de la collégiale (voir plus bas).
Saint-Pierre-aux-liens est construite en granit du pays. Son appareillage est irrégulier. Dans son article pour le Congrès archéologique de France en 1921, René Fage note : «Au simple aspect de la maçonnerie, on peut se rendre compte que toutes les travées de la nef n'ont pas été élevées simultanément et que, si les campagnes se sont succédé sans grand intervalle, la construction a été faite par tranches verticales.» La précision est d'importance car il arrive que des églises soient bâties par tranches horizontales. Voir par exemple l'église Saint-Jacques à Reims, au style à la fois médiéval et Renaissance, dont la nef a été construite par tranches horizontales.
La collégiale du Dorat n'a pas subi de modifications notables au cours de son histoire (les fortifications du XVe siècle et leur suppression au XIXe ne remettent pas en cause le bâti de l'église). Nous voyons donc Saint-Pierre dans son état primitif «simplement brossée et rejointoyée au XIXe siècle» [Fage].
Pour ce qui est des étapes de la construction, tout le monde s'accorde sur le fait que le chevet et le transept ont été élevés dans la première moitié du XIIe siècle, chœur et déambulatoire calquant exactement le dessin de la crypte romane.
Pour la suite, les analyses diffèrent. L'archéologue François Deshoulières, à l'occasion du Congrès archéologique de France tenu à Limoges en 1921, opte pour une méthode trop simple : la nef aurait été construite en partant du transept et en progressant, par étapes, vers l'ouest. Processus qui est bien sûr réfuté par l'irrégularité des quatrième et cinquième travées qu'il serait alors impossible d'expliquer. René Fage, lors de la même session du Congrès archéologique de France, défend une autre idée : une fois l'abside et le transept construits, on serait passé à la construction de la façade occidentale et des trois premières travées de la nef. Puis il y aurait eu une interruption (peut-être de quelques décennies) dans la construction. Enfin, lors d'une troisième campagne, on aurait raccordé les parties est et ouest en intercalant les quatrième et cinquième travées. René Fage s'appuie sur les traces de raccordement visibles sur les murs gouttereaux nord et sud, au niveau de la quatrième travée. Il s'appuie aussi sur l'aspect plus élaboré des deux piles qui séparent cette travée de la cinquième (voir photo ci-contre). Ces piles ont un plan plus allongé (ce qui les rend un peu plus massives que toutes les autres) et possèdent deux colonnettes engagées (à l'est et à l'ouest), terminées chacune par un étroit chapiteau. Le style étant plus raffiné, l'ensemble paraît plus jeune. Enfin, dernier argument : les moulures des arcades de ces deux travées se rapprochent de celles des autres travées. René Fage pose la question censée emporter l'adhésion : «N'était-il pas naturel de se conformer pour l'ornementation aux profils de la partie de l'édifice qui sortait en dernier lieu des mains des ouvriers?» Donc, selon cet auteur, la progression a eu lieu d'ouest en est avec une interruption plus ou moins longue, une fois achevées les travées 1, 2 & 3.
Comment justifier cette interruption? René Fage invoque «les dissensions qui ont agité le pays après la construction du chevet». Ce qui se serait traduit par la réduction des ressources, les chanoines étant alors obligés de réduire leurs ambitions et d'«utiliser les murs encore debout de la partie occidentale de l'ancienne nef.» L'hypothèse d'une construction isolée chevet+transept se heurte d'emblée au besoin de stabilité de la croisée si la coupole était déjà en place. Il paraît indispensable de contre-buter la poussée des voûtes par une travée vers l'ouest. sous peine de voir au Dorat ce qui s'est passé à Beauvais, en 1573, avec l'écroulement du clocher de la cathédrale Saint-Pierre que rien ne venait soutenir à l'ouest puisqu'il n'y avait pas de nef.
Lors de la parution de l'ouvrage Limousin roman aux éditions Zodiaque en 1960, l'historien Jean Maury réfute le plan proposé par René Fage quarante ans plus tôt. Il reproche à son confrère de ne pas avoir pris garde aux multiples irrégularités qu'un examen approfondi met en évidence. Jean Maury propose ainsi l'ordre suivant : après l'abside et le transept, l'architecte poursuit sa tâche par la travée la plus proche du chœur (la «travée orientale» ou la cinquième dans notre numérotation) avec l'idée de développer une nef à très larges arcades, comme à Saint-Junien, dans le Limousin proche. Ensuite, il change ses plans, peut-être à cause de la surface disponible ou de la volonté d'utiliser les vestiges de l'église du XIe siècle. Il élève alors les deux piles de la travée suivante et le mur gouttereau méridional qui lui fait face (voir plan). Puis il jette son dévolu sur la façade occidentale et sur les deux piles fermant la première travée. Le mur sud est alors fermé en allant de l'ouest vers l'est, fermeture accompagnée de l'élévation des deux piles séparant la deuxième travée de la troisième. Le mur septentrional, quant à lui, aurait été bâti en plusieurs tranches, de l'ouest vers l'est... Ce schéma de construction paraît bien compliqué.  ---»» 2/3

Chapiteaux et colonnettes ornant les piles çà l'entrée du chœur des chanoines
Chapiteaux et colonnettes viennent orner les deux piles allongées
séparant la quatrième et la cinquième travée de la nef.
Sur le plan, leur position est indiquée par une flèche.

Cette paire de piles «décorées» est unique dans la collégiale.
A-t-elle été conçue pour honorer l'entrée dans le chœur
des chanoines (5e travée) comme le pense Éric Sparhubert?

Les étapes de la construction de la collégiale (2/3).
---»»  D'autres historiens, intéressés par la collégiale, ont exposé leurs propres idées. La dernière contribution en date est celle d'Éric Sparhubert dans son article pour le Congrès archéologique de France tenu en Haute-Vienne en 2014. Maître de conférences à l'Université de Limoges, celui-ci apporte un peu de rigueur dans cette complexité en rappelant les impératifs des concepts liturgiques de l'époque. Citons-en ici l'essentiel. La collégiale accueillait un chœur des chanoines (ce qui d'ailleurs peut s'entendre à deux titres : architecturalement et musicalement). Ce chœur ne se trouvait pas dans le sanctuaire, trop étroit, mais dans la «travée orientale» pourvue du nombre adéquat de stalles pour le culte. Cette travée ferait donc - conservons le conditionnel - partie intégrante de l'espace sacré, réservé aux clercs. Conséquence : la construction de l'abside et du transept ne pourrait se concevoir sans celle de cette travée. Il s'agirait donc là d'un bloc liturgique bâti lors de la même campagne. Éric Sparhubert y joint même la crypte qu'il date, au plus tôt, du tout début du XIIe siècle. Quant aux deux fameuses piles allongées, ornées de deux colonnettes et de deux chapiteaux, et qui se trouvent à l'entrée de cette travée, elles devraient être regardées «comme la volonté de constituer une "paire unique" et de marquer ainsi l'entrée du chœur liturgique» [Sparhubert]. D'autre part, le fait que la travée orientale soit un peu plus longue que les autres s'expliquerait par la nécessité d'y loger tout le chœur canonial. Une fois cette construction terminée, on l'aurait fermé par une élévation provisoire pour que les chanoines puissent célébrer le culte en paix, dans leur espace clos. Enfin, on aurait poursuivi la construction sur le côté ouest avec façade, nef et bas-côtés, presque comme un bâtiment séparé.
Éric Sparhubert modifie l'ordonnancement prévu par Jean Maury. Une fois fermé l'espace des clercs, les maçons érigent la façade ouest. Or celle-ci accuse un léger changement d'axe par rapport au transept (voir plan). Comment l'expliquer? Par la présence d'autres bâtiments? À cause d'une erreur dans la visée? Par la recherche de meilleures fondations? On ne connaît pas la réponse, mais peu importe. Le chantier progresse dorénavant d'ouest en est. Selon l'idée d'Éric Sparhubert, l'erreur d'axe aurait été corrigée travée par travée, mais uniquement du côté méridional. Comme on l'a vu plus haut, l'architecte aurait joué également sur la largeur des bas-côtés, l'essentiel étant d'assurer un alignement régulier pour les piles de la nef. Pour la construction des murs nord et sud, notre historien donne une précision importante : «Le mur sud fut également construit plus rapidement que le mur nord, écrit-il, sans doute afin d'isoler l'espace réservé aux chanoines, situé de ce côté de la collégiale, et permettre la mise en place d'un portique reliant la collégiale à leurs bâtiments. Le mur nord de la nef resta ouvert plus longtemps, sans doute pour permettre l'approvisionnement en matériaux et aménager, à l'intérieur de la nef en chantier, un espace de travail facile d'accès.» L'historien justifie cette interprétation (qui paraît très logique) par la présence de raccords idoines dans le mur nord. Il ajoute que la position de ces raccords montre que, après l'élévation de la façade ouest, on s'est plu à construire la première travée (la travée «occidentale») et la partie basse du mur nord de la travée suivante (s'écartant ainsi du plan de construction de Jean Maury). Le mur nord est alors achevé dans ses troisième et quatrième travées : on est désormais tout près du mur de fortune qui ferme l'espace réservé aux clercs. Ensuite on implante les piliers des grandes arcades et on pose le voûtement en berceau brisé sur les travées 2, 3 et 4 de la nef. À ce moment-là seulement, on peut détruire la clôture provisoire et réunir le chœur des chanoines (travée orientale) au reste de la nef.
L'exposé d'Éric Sparhubert est assez convaincant, avec des arguments de bon sens. Le bloc «chœur-transept-travée orientale» ne fait pour lui aucun doute. La maçonnerie y est --»» 3/3

Le bas-côté sud et ses voûtes d'arêtes.
Le bas-côté sud et ses voûtes d'arêtes.
La coupole hémisphérique sous la travée de l'avant-nef.
La coupole hémisphérique sous la travée de l'avant-nef.

Une fois entré et posté en haut des marches qui dominent la nef, il faut penser à lever la tête pour la voir.
Bien des visiteurs quittent la collégiale sans avoir remarqué cette belle coupole sur pendentifs du XIIe siècle.

Les étapes de la construction (3/3).
--»»  régulière et s'arrête «quelques mètres après les contreforts de la travée orientale de la nef.» Il a en outre l'avantage de garantir la stabilité de la croisée alourdie par sa coupole (si cette dernière a bien été bâtie en même temps.) La principale césure du chantier repose donc à cet endroit puisqu'on voit, dans les murs gouttereaux, «des pierres d'attente sur lesquelles furent alignées les assises de la travée suivante.» De plus, un métrage simple montre que le chœur, les bras du transept et la travée orientale s'inscrivent dans un cercle de 60 pieds [de rayon?]. D'où l'utilisation probable de cordes tendues depuis le centre de la future croisée. Dans l'esprit d'Éric Sparhubert, il s'agit donc bien là d'un bloc liturgique, ce qui est confirmé d'ailleurs par l'existence d'un jubé qui se dressait jadis entre ces fameux piliers allongés et ornés de colonnettes et de chapiteaux.
Notons qu'il ne dit rien sur la fameuse interruption du chantier entre les travées 3 et 4. Enfin, sur les piliers allongés et ornés de colonnettes, si leur fonction était vraiment de marquer l'entrée dans le chœur des chanoines, il aurait été bien vu de donner deux ou trois autres exemples en Limousin. Y en a-t-il ?
On conclura de ce long développement qu'il n'est pas possible d'établir avec certitude l'ordre précis des campagnes de construction de la collégiale Saint-Pierre du Dorat.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, sessions tenues à Limoges en 1921 et en Haute-vienne en 2014 ; 2) Limousin roman, éditions Zodiaque, 1960.

Vitrail à figures géométriques
Vitrail à figures géométriques
Atelier Édouard Didron, 1882.
La voûte de la nef est en berceau légèrement brisé.
La voûte de la nef est en berceau légèrement brisé.
Elle est vue ici depuis l'avant-nef.
La voûte est scandée d'arcs doubleaux qui se terminent
par des chapiteaux à feuillages.
L'intrados du doubleau atteint 17 mètres sous la clé.
Statue d'un saint martyr
Statue d'un saint martyr
Chapiteau roman à feuillages
Vitrail à figures géométriques
Vitrail à figures géométriques
Atelier Édouard Didron, 1882.
«««--- Chapiteau roman à feuillages
dans un bas-côté.

Un style roman limousin ? Saint-Pierre du Dorat est présentée comme un symbole de la perfection romane limousine. Au début du XXe siècle, on rattachait le «style limousin» à l'École du Languedoc, vaste zone qui s'étalait du sud du Poitou jusqu'à la Méditerranée, bordée à l'est par l'Auvergne. Ce territoire, sillonné par les grandes routes de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, aurait été caractérisé par un mélange - un peu informe - des styles artistiques des régions limitrophes (cf Vincent Flipo, Mémento pratique d'archéologie française, éditions Firmin-Didot, 1930). On joignait à la collégiale du Dorat des monuments aussi éloignés géographiquement que Saint-Étienne de Nevers ou Saint-Sernin de Toulouse. Cette idée est aujourd'hui abandonnée.
En 1960, dans l'ouvrage Limousin roman aux éditions Zodiaque, Jean Maury relate que, si l'on a rattaché par erreur l'art du Limousin aux grandes écoles voisines (Auvergne, Poitou, Berry ou Périgord), c'était faute de reconnaître que cette région demeure bel et bien un foyer de créations portant l'image de ses ressources naturelles et de son comportement historique. Utilisant le granit, elle reçoit certes les influences extérieures, mais elle les interprète et les assemble selon son génie propre. «Puissance des masses, précision châtiée des lignes, densité des supports, sobriété de l'ornement» [Maury] sont les valeurs communes aux grands monuments de la région. On considère donc aujourd'hui qu'il y a bien une École romane limousine, mais qu'elle possède des racines très larges et qu'elle fait la synthèse des styles des régions voisines.

Déambulatoire de la crypte et entrée dans une chapelle rayonnante
Vue de la travée dite «occidentale», côté sud (à droite sur la photo) et de la deuxième travée de la nef (à gauche).
La travée «occidentale» est située sous le clocher massif qui domine l'entrée.
Deux scènes de la vie de saint Pierre
Deux scènes de la vie de saint Pierre
Vitrail dans la façade occidentale.
Atelier Édouard Didron, 1882.
Chemin de croix, station XV
Chemin de croix, station XV
«Jésus ressuscité des morts»
Le Chemin de croix est composé de quinze
terres cuites de Félix Oudin, 1962.
Chapiteau roman dans la nef.
Chapiteau roman dans la nef.
Conjugaison d'entrelacs et de têtes de grotesques
XIIe siècle.
Chapiteau roman à quatre feuilles entrecroisées.
Chapiteau roman à quatre feuilles entrecroisées;
XIIe siècle.
Chapiteau roman aux multiples entrelacs.
Chapiteau roman aux multiples entrelacs,
XIIe siècle.
LA CROISÉE DU TRANSEPT ET LA COUPOLE
Élévations dans la croisée avec l'entrée du déambulatoire sud
Élévations dans la croisée. avec l'entrée du déambulatoire sud.
La coupole est séparée de ses quatre pendentifs par un double tore.
L'ensemble repose sur quatre arcades en tiers-points montées sur des piles à trois colonnes.
La coupole de la croisée et ses huit fenêtres à voussures  limousines.
La coupole de la croisée et ses huit fenêtres à voussures limousines.
Fenêtres à triples voussures limousines dans la coupole.
Fenêtres à triples voussures limousines dans la coupole.
Transept nord et croisée avec la coupole vus depuis le transept sud
Croisillon nord du transept et croisée (vus depuis le transept sud).
Chapiteau roman
Chapiteau roman montrant un homme
écartelé entre deux démons.
Chapiteau roman avec animaux
Chapiteau roman avec animaux.
CHAPITEAUX ROMANS, XIIe SIÈCLE
Chapiteau roman : un démon emmène une damné.
Chapiteau roman : un démon emmène une damné.

Chapiteau roman : un démon s'empare d'un damné.
Chapiteau roman : un démon s'empare d'un damné.
LE CHŒUR DE LA COLLÉGIALE SAINT-PIERRE-AUX-LIENS
Le chœur et sa voûte en cul-de-four.
Le chœur et sa voûte en cul-de-four.
Chapiteau roman avec un lion.
Chapiteau roman avec un lion.
Chapiteau roman à thème floral.
Chapiteau roman à thème floral.
CHAPITEAUX ROMANS, XIIe SIÈCLE
Chapiteau roman de la collégiale
Un des plus beaux chapiteaux romans de la collégiale :
Un homme tient deux animaux par la mâchoire,
pierre calcaire
(chapelle orientée dans le transept).
Chapiteau roman : un démon emmène un damné.
Chapiteau roman : un démon emmène un damné.
Le chœur et l'orgue de chœur.
Le chœur et l'orgue de chœur.

Le maître-autel est de Philippe Kaeppelin (1973),
L'ambon, la croix et le siège de présidence sont d'Alain Dumas (2013).
Chapiteau roman sur une colonnette d'une chapelle du transept

Deux chapiteaux en pierre calcaire sur des colonnettes
d'une chapelle du transept (reproductions en plâtre)

Chapiteau roman sur une colonnette d'une chapelle du transept
L'orgue de chœur est un authentique Cavaillé-Coll.
L'orgue de chœur est un authentique Cavaillé-Coll.
Il a été construit en 1876, restauré en 1962 et classé
en 1978 [source : notice dans le chœur].
Le chœur vu depuis la chapelle axiale
Le chœur vu depuis la chapelle axiale
L'autel de messe est moderne : œuvre réalisée à la feuille de plomb par Philippe Kaeppelin en 1973.
LES CHAPELLES DU TRANSEPT
Le transept nord avec l'entrée dans le déambulatire et le baptistère
Le croisillon nord du transept avec l'entrée
dans le déambulatoire et le baptistère.
Chapelle Saint-Jean-Baptiste et baptistère
Chapelle Saint-Jean-Baptiste et baptistère
Première moitié du XIIe siècle.
Le Baptême de Jésus
Le Baptême de Jésus (Chapelle Saint-Jean-Baptiste).
Chapelle dans le transept sud, dite «des Saints».
Chapelle dans le transept sud, dite «des Saints».
La Décollation de saint Jean-Baptiste
La Décollation de saint Jean-Baptiste
Vitrail dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, XIXe siècle.
Soubassement de l'autel dans la chapelle des Saints (XIXe siècle).
Soubassement de l'autel dans la chapelle des Saints (XIXe siècle).

La chapelle des Saints se situe dans le bras sud du transept. On y trouve deux sarcophages très simples qui ont jadis recouvert les reliques de saint Israël et saint Théobald. On aperçoit l'un de ces sarcophages dans la photo ci-contre, à la gauche de l'autel. Ces sarcophages étaient auparavant dans la crypte. Au XVIIe siècle, on célébra solennellement le transfert des reliques depuis ces sarcophages dans les châsses de bois qui se trouvent aujourd'hui dans les chapelles rayonnantes.

Scènes de la vie des saints Israël et Théobald
Scènes de la vie des saints Israël et Théobald
Chapelle des Saints
XIXe siècle.
LE DÉAMBULATOIRE
Soubassement de l'autel de la chapelle des Saints, détail .
Soubassement de l'autel de la chapelle des Saints, détail .

Le déambulatoire à chapelles rayonnantes de la collégiale vient rappeler que l'édifice avait été conçu comme un lieu de pèlerinage (et d'offrandes) pour se recueillir sur les reliques de deux saints du Limousin : saint Israël et saint Théobald. En même temps qu'on adoptait ce déambulatoire - dont l'existence dans un bâtiment signalait son importance - le chapitre passa commande des vitae de ces deux saints. Comprenons par-là une rédaction de la vie des deux hommes par des rédacteurs patentés. La simultanéité des phénomènes n'est pas fortuite.
Au niveau architectural, le déambulatoire est séparé du chœur par une série de piles cylindriques couronnées d'un très bel ensemble de chapiteaux à thème floral et animal. Il est intéressant de remarquer que ---»»

Le déambulatoire nord vu depuis la chapelle axiale.
Le déambulatoire nord vu depuis la chapelle axiale.
Le déambulatoire sud et la chapelle axiale

---»» l'architecte du chœur a choisi de rapprocher deux par deux les piles du déambulatoire (voir plan). Les travées situées devant les chapelles rayonnantes sont ainsi davantage mises en valeur. Si l'on y ajoute les moulurations toriques, les petits chapiteaux de calcaire, l'alternance des fenêtres et des entrées des chapelles, on obtient dans le chevet une atmosphère de recueillement un peu précieux qui contraste avec la rigueur et le dépouillement de la nef.
Pour Éric Sparhubert, la voûte du déambulatoire n'est pas vraiment une voûte d'arêtes. Dans son article pour le Congrès archéologique de France en 2014, il écrit que l'architecte «a rejeté la solution des voûtes d'arêtes et des doubleaux qui aurait engendré des articulations marquées, et préféré un berceau légèrement rampant vers l'extérieur entrecoupé de pénétrations qui se rejoignent presque et donnent une grande fluidité au voûtement.» Pour Jean Maury, dans Limousin roman (Zodiaque, 1960), il s'agit bien d'une voûte d'arêtes qu'il qualifie d'assez irrégulière. On pourrait la qualifier aussi de «profonde», par opposition aux voûtes d'arêtes plus «plates».

«««--- À GAUCHE
Le déambulatoire sud et la chapelle axiale
Première moitié du XIIe siècle.
Le déambulatoire nord et le chœur vus depuis la chapelle axiale.
Le déambulatoire nord et le chœur vus depuis la chapelle axiale.
Statue de saint Roch dans le déambulatoire.
Statue de saint Roch dans le déambulatoire.
La voûte du déambulatoire et deux chapiteaux à thème floral
La voûte du déambulatoire et deux chapiteaux à thème floral.
Le déambulatoire nord et le bas-côté nord.
Le déambulatoire nord et le bas-côté nord.
Vue d'ensemble de la nef depuis l'axe central du déambulatoire.
Vue d'ensemble de la nef depuis l'axe central du déambulatoire.
LES TROIS CHAPELLES RAYONNANTES DU DÉAMBULATOIRE
Chapelle rayonnante Saint–Israël avec la châsse de bois du XVII siècle
Chapelle rayonnante Saint-Israël avec la châsse de bois du XVII siècle
contenant les reliques de saint Israël.
LES TROIS CHAPELLES RAYONNANTES DU DÉAMBULATOIRE

Les trois chapelles rayonnantes ont mêmes dimensions et même aspect. Les deux chapelles latérales abritent les châsses de bois doré du XVIIe siècle contenant les reliques des saints Israël et Théobald. Les châsses sont ornées d'émaux de 1967, en médaillon, réalisés par Georges Magadoux (voir plus bas). Dans la chapelle axiale, dédiée à saint Joseph, se dresse un autel un peu particulier : il a été créé en partie avec «les grilles en fer forgé à roses d'or provenant des mausolées de marbre du XIXe siècle qui défiguraient l'entrée du chœur», écrit l'abbé Ph.Schneider dans son fascicule Le Dorat aux éditions Zodiaque (1981). On peut le voir dans la photo ci-dessous. Les chapelles sont éclairées par des vitraux archéologiques ou à thème géométrique de l'atelier Édouard Didron. Ils datent de 1882.

Le Christ dans un vitrail
Le Christ dans un vitrail
archéologique d'une chapelle
rayonnante, XIXe siècle.
La chapelle axiale est dédiée à saint Joseph.
La chapelle axiale est dédiée à saint Joseph.
Ornementations en émail
Ornementations en émail sur la grille protégeant les
châsses de st Israël (en haut) et st Théobald (en bas).
Créations de Georges Magadoux, 1967.
Émail représentant saint Théobald (1967)
À DROITE ---»»»
Trois scènes de la vie de Marie
dans la chapelle Saint-Théobald.
Vitrail archéologique signé Édouard Didron, 1882.
Vitrail archéologique de l'atelier Édouard Didron, 1882
Vitrail archéologique de l'atelier Édouard Didron, 1882
dans une chapelle rayonnante :
La Cène, Le retour du fils prodigue,
L'Apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque (?)
La Cène (atelier Édouard Didron, 1882).
La Cène (atelier Édouard Didron, 1882).
Le Mariage de la Vierge et de Joseph (atelier Édouard Didron, 1882).
Le Mariage de la Vierge et de Joseph (atelier Édouard Didron, 1882).
Vitrail de la vie de Joseph (atelier Édouard Didron, 1882)
Vitrail de la vie de Joseph (atelier Édouard Didron, 1882)
Chapelle rayonnante Saint-Israël.
Le Mariage de la Vierge et de Joseph
La Fuite en Égypte
La Mort de Joseph.
Christ en croix dans la nef, détail.
Christ en croix dans la nef, détail.
(Œuvre du XVIIe siècle ?)
La Fuite en Égypte
La Fuite en Égypte
Vitrail archéologique des scènes de la vie de Joseph
Atelier Édouard Didron, 1882.
Chapelle rayonnante Saint-Israël.
Vue d'ensemble de la nef depuis le chœur

À DROITE ---»»»
Vue d'ensemble de la nef depuis le chœur

LA CRYPTE DES XIe-XIIe SIÈCLES
Plan de la crypte : une chapelle centrale, un déambulatoire
Plan de la crypte : une chapelle centrale, un déambulatoire et trois
chapelles rayonnantes (fin du XIe siècle ou tout début du XIIe siècle)
Le dessin du chœur et du déambulatoire de la collégiale
est calqué sur celui de la crypte.

La crypte (1/2). C'est un lieu qui n'est pas un lieu accessible en visite libre. Il faut se rendre à la sacristie ou à l'Office de tourisme pour s'en faire ouvrir la porte. À cause de la déclivité du terrain, l'endroit n'est pas un lieu enterré : les petites fenêtres romanes donnent toutes sur la lumière du jour, mais elles ne suffisent pas à éclairer l'intérieur. Un appoint électrique est indispensable.
La crypte se compose d'une chapelle centrale autour de laquelle tourne un déambulatoire scandé de trois chapelles rayonnantes. Son plan correspond exactement à la disposition du chœur et du déambulatoire de la collégiale situés au-dessus. L'ensemble de l'ornementation est réduit au minimum. À l'origine, les chapelles rayonnantes devaient accueillir chacune un autel. Elles sont vides depuis longtemps. Et il n'y a aucune trace d'anciennes peintures sur les murs. Déambulatoire et chapelle centrale possèdent une voûte d'arêtes. Les chapiteaux de la chapelle sont simplement épannelés (voir photo ci-contre).
À quelle date remonte cette crypte? Les archéologues repèrent assez rapidement qu'elle n'est pas archaïque. De fait, une réponse est donnée par Jean Maury dans son article sur la collégiale dans Limousin roman, éditions Zodiaque, 1960. L'historien fait référence aux chapiteaux de la chapelle centrale : «(...) une certaine abondance de pierres striées et gravées, dont une en feuille de fougère, incite à placer le début de la construction avant la fin du XIe siècle». Dans son article sur Saint-Pierre pour le Congrès archéologique de France tenu en Haute-Vienne en 2014, l'historien Éric Sparhubert remonte encore moins loin. Il replace l'ensemble de la construction de la collégiale dans une suite logique d'étapes dont la première a servi à effacer la déclivité du terrain. La crypte,   ---»» 2/2

Crypte : vue d'ensemble de la chapelle centrale
Crypte : vue d'ensemble de la chapelle centrale
(Fin du XI siècle ou tout début du XIIe).
Crypte : les chapiteaux (simplement épannelés) et la voûte de la chapelle centrale
Crypte : les chapiteaux (simplement épannelés) et la voûte de la chapelle centrale.
Chapelle rayonnante de la crypte Déambulatoire de la crypte et entrée dans une chapelle rayonnante
Le déambulatoire de la crypte
avec l'entrée dans une chapelle rayonnante.

La crypte (2/2).
---»»  écrit-il en conséquence, peut très bien dater du tout début du XIIe siècle.
Si effacer la déclivité du terrain était un objectif de la crypte, un autre était d'accueillir les reliques des saints Israël et Théobald. Ce qui fut fait en 1130. L'endroit servait donc de lieu de pèlerinage. Éric Sparhubert ajoute que l'aspect archaïque de cette crypte, de par son dépouillement extrême, a sans doute été voulu par ses concepteurs «pour conférer au lieu qui conserve les reliques un aura d'ancienneté.»
Saint Israël est né en 950. Il fut chanoine, puis supérieur de la collégiale. Il prit en charge l'instruction du jeune Théobald, né en 990 et qui montra très tôt de remarquables dons intellectuels. Théobald entra dans le chapitre de Saint-Pierre-aux-liens. L'un et l'autre passèrent toute leur vie à la collégiale et laissèrent un renom de sainteté.
Sources : 1) Congrès archéologiques de France, sessions tenues à Limoges en 1921 et en Haute-Vienne en 2014 ; 2) Limousin roman, éditions Zodiaque, 1960.

«««--- À GAUCHE
Vue d'une chapelle rayonnante de la crypte
depuis la chapelle centrale.

Documentation : «Congrès archéologique de France, session tenue à Limoges en 1921», article sur la collégiale de René Fage et François Deshoulières
+ «Congrès archéologique de France», session tenue en Haute-Vienne en 2014, article sur la Collégiale d'Éric Sparhubert
+ «Limousin roman», éditions Zodiaque, Collection La nuit des temps, 1960
+ «Le Dorat», éditions Zodiaque, texte de l'abbé Philippe Schneider, 1981
+ «Mémento pratique d'archéologie française» de Vincent Flipo, Éditions Firmin-Didot, 1930.
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