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Page créée en fév. 2026
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Saint Benoît dans une statue-colonne de l'entrée, détail

La salle capitulaire (ou salle du chapitre) a été bâtie vers 1160-1170, c'est-à-dire une cinquantaine d'années après le début de la construction de l'église abbatiale Saint-Georges. En construisant l'église abbatiale, les Bénédictins, qui prenaient la relève des moines réguliers chassés par Guillaume de Tancarville, n'ont détruit que partiellement l'église collégiale de leurs prédécesseurs. Celle-ci s'élevait juste au nord de la nouvelle église (voir plan). L'abbé Louis, qui venait d'arriver à Boscherville avec dix autres Bénédictins, mit en effet à profit le chœur de la collégiale qui fut utilisé comme salle du chapitre. Cette salle était en fait un prolongement du bras nord du transept de la nouvelle église.
C'est au cours du long abbatiat de l'abbé Victor (1157-vers 1211) que fut élevée la nouvelle salle capitulaire après démolition de l'ancien chœur. L'abbé s'y fit d'ailleurs inhumer. On voyait encore l'emplacement de la dalle mortuaire avant la Révolution.
L'époque était au style du roman finissant et la somptueuse architecture des arcades de l'entrée s'en ressent. L'intérieur de la salle est gothique. Sa voûte originale s'étale sur trois travées. Les nervures, à la mouluration assez simple, retombent à mi-hauteur sur une jolie corniche de type beauvaisin qui parcourt l'édifice sur trois côtés. Sous la corniche, le mur est nu. Ce qu'on explique par le fait que, lors des assemblées, les moines, assis sur des bancs, devaient pouvoir s'adosser au mur sans être gênés par la pierre.
Le département de la Seine-Inférieure a racheté l'édifice en 1822, ce qui l'a sauvé de la destruction. Riche en chapiteaux historiés, il nous est parvenu intact dans ses grandes lignes. Les intempéries ont malheureusement très altéré les sculptures de l'entrée à la suite de la suppression du cloître par les Mauristes au XVIIe siècle.
En 1992, les chapiteaux et les statues-colonnes ont été refaits. Les originaux se trouvent maintenant au musée des Antiquités de Seine-Maritime et dans des collections particulières.
La salle capitulaire fait partie du circuit touristique du visiteur de l'abbaye. Il faut aller dans les jardins qui longent le côté nord de l'église abbatiale pour en trouver l'entrée. En 1926, dans son étude pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen, l'historien Louis-Marie Michon oppose le nu de l'église abbatiale à «l'élégance de l'architecture, la somptuosité de la décoration, la finesse de la sculpture de cette charmante salle». Il est presque certain, selon lui, que l'abbé Victor a fait appel à des artistes de Paris ou de Chartres pour exécuter un monument «où rien ne rappelle la Normandie».

Dieu demande à Abraham de continuer son chemin, détail d'un chapiteau

L'abbatiale Saint-Georges et la salle capitulaire accolée au bras nord du transept de l'église.
Dans l'encadré : la salle capitulaire vue de l'ouest.
Au XVIIe siècle, les Mauristes ont ajouté un étage au-dessus de la salle.

Les très riches arcades de l'entrée sont d'un style roman finissant.
Les trois statues-colonnes et les chapiteaux sont des copies réalisées dans les années 1990.

Architecture de l'entrée.
Dans la photo ci-dessus, on constate que l'épaisseur du mur d'entrée crée un très profond intrados sous chacune des trois arcades. Pour meubler le vide de ces intrados, l'artiste a eu l'idée fort originale de simuler une voûte ogivale en miniature à six voûtains. De chaque côté de la voûte, les nervures retombent sur les épais tailloirs qui dominent les colonnettes ouvragées.
Parmi toutes ces colonnettes, trois jouent le rôle de statues-colonnes dans la plus pure tradition chartraine, ce qui est quasiment unique en Normandie.
La présence de ces statues-colonnes pourrait renforcer l'idée de Louis-Marie Michon exprimée lors du Congrès archéologique de France tenu à Rouen en 1926. Idée selon laquelle des artistes venus de l'Île-de-France ou de la région chartraine seraient les auteurs des huit chapiteaux historiés de la façade de l'ancienne abbatiale. Certes, cette idée n'a pas été retenue par les historiens dans le cours du XXe siècle, mais on pourrait néanmoins imaginer le schéma suivant :
1) Des sculpteurs d'un atelier de Chartres viennent à Boscherville vers 1120 pour exécuter les chapiteaux historiés de la façade de l'abbatiale ;
2) Deux générations plus tard (cinquante ans), d'autres chartrains arrivent pour réaliser tout ou partie des sculptures de la salle capitulaire, amenant avec eux le principe des statues-colonnes.
Quoi qu'il en soit, la griffe chartraine de ces statues-colonnes est confirmée par la plupart des historiens. Ainsi Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn écrivent dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire : «D'un point de vue stylistique, ces sculptures sont absolument étrangères à la tradition normande et la plupart des spécialistes s'accordent à y reconnaître une influence de l'Île-de-France, plus particulièrement du pays de Chartres
En 2003, lors du Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en Pays de Caux, Arnaud Timbert ne retient que le principe d'une idée originaire d'Île-de-France. Ses comparaisons avec les œuvres contemporaines du Mans et d'Angers le poussent à penser que l'exécution des statues-colonnes de Boscherville «ne fut pas confiée à un atelier issu du Bassin parisien.»
Louis-Marie Michon signale en 1926 qu'il y avait vraisemblablement une quatrième statue-colonne, comme le montre une lithographie du début du XIXe siècle. Cette colonne aurait été brisée à la Révolution, puis remplacée, dans le courant du XIXe, par une colonne venant du cloître.


La salle capitulaire vue depuis l'entrée.
Au Moyen Âge, les voûtains étaient peints.
Au premier niveau, le mur est nu et plat : les moines pouvaient s'y adosser
sans gêne pendant les assemblées présidées par l'abbé.

L'église abbatiale, l'ancienne collégiale du XIe siècle et la salle du chapitre.
Passez la souris sur l'image pour voir la salle du chapitre.

Statue-colonne refaite : la Vie et les chapiteaux.
La femme porte les mots : VITA BEATA VOCOR (Je suis la Vie éternelle).
La statue de la Vie écrase un démon dont on voit les pattes.

Plan de la salle capitulaire construite vers 1170.
Le dessin des nervures (8-6-8) est original.

Statue-colonne refaite : saint Benoît et sa crosse, détail.
Saint Benoît porte le texte : FILI SUSCIPE DISCIPLINAM (Mon fils, reçois la discipline).

Frise ornementale qui sépare les deux niveaux d'élévation de la chapelle.
Cette corniche beauvaisine surmontait les têtes des moines lors des assemblées.

La salle capitulaire vue depuis l'est.
L'élévation occidentale reçoit trois grandes baies au second niveau.

Les colonnes de l'entrée sont terminées par des chapiteaux du XIIe siècle refaits en 1992.

Statues-colonnes : saint Benoît, la Vie et la Mort.
Les trois statues-colonnes des arcades s'identifient à la vie monastique bénédictine et à ses obligations. Le règle de saint Benoît invite les moines à méditer : il faut libérer son âme de la Mort et la faire accéder à la Vie éternelle. La règle donne à l''abbé le droit de frapper les moines coupables de relâchement.
La statue de saint Benoît accueille celui qui rentre dans la salle. Elle est située immédiatement à droite lorsqu'on passe sous l'intrados de l'entrée (voir photo plus haut). Saint Benoît porte le texte : FILI SUSCIPE DISCIPLINAM (Mon fils, reçois la discipline). C'est un rappel impératif au respect de la règle.
Derrière cette statue se tient une allégorie de la Mort sous les traits d'une femme munie de couteaux. Son phylactère exhibe un message menaçant : EGO MORS HOMINEM JUGULO CORRIPIO (Je suis la Mort, je saisis et j'égorge l'homme). Elle est perchée sur un masque qui symbolise la mort.
En face de la Mort se tient la statue de la Vie. C'est une autre femme, couronnée et au visage avenant (donnée ci-contre). Son phylactère porte l'inscription : VITA BEATA VOCOR (Je suis la Vie éternelle). Elle écrase un démon dont le sculpteur a représenté les pattes.
Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn écrivent dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire : «cet ensemble avait donc une fonction didactique en forme d'avertissement : tout manquement à la Règle serait sévèrement sanctionné ici-même par l'abbé, guide des âmes et digne successeur de saint Benoît.» Ces menaces n'étaient pas à prendre à la légère : parmi les chapiteaux qui supportent les arcs des baies, on voit une scène qui montre l'abbé fouettant deux moines indisciplinés.


Statues-colonnes refaites : saint Benoît (à gauche) et la Mort (à droite).
La Mort, une femme tenant un couteau, affiche le message :
EGO MORS HOMINEM JUGULO CORRIPIO (Je suis la Mort, je saisis et j'égorge l'homme).
La statue de la mort surmonte un masque qui symbolise la mort.

Les chapiteaux historiés.
Les chapiteaux qui supportent les arcs des baies ont été très dégradés par les intempéries depuis la suppression du cloître par les Mauristes au XVIIe siècle. En 1974, dans Normandie romane, Lucien Musset dénonçait leur aspect «malheureusement aujourd'hui indéchiffrable».
En 2003, dans son article pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en Pays de Caux, Arnaud Timbert retrace l'histoire récente de ces sculptures.
Grâce aux dessins de ces chapiteaux réalisés au XIXe siècle par Eustache Hyacinthe Langlois, enrichis des aquarelles de ce même auteur peintes en 1822, il a été possible de refaire l'ensemble des sculptures. Tâche accomplie en 1992.
En 1997, le Musée des Antiquités de Seine-Maritime à Rouen a pu acquérir les planches d'E. H. Langlois.
Ce sont donc des copies qui sont en place. Sur les trente chapiteaux, treize sont figurés. Les chapiteaux originaux sont en partie exposés au Musée des Antiquités de Seine-Maritime à Rouen. Les autres sont dans des collections privées.
On peut regrouper ces chapiteaux figurés par catégorie.
D'abord ceux qui illustrent l'Histoire sainte : José arrêtant le soleil, l'Ouverture du Jourdain devant l'Arche d'Alliance, le Sacrifice d'Abraham, Dieu demande à Abraham de poursuivre son chemin. S'y trouveraient aussi Samson renversant la maison des Philistins et l'histoire du Serpent d'airain.
À cette liste on peut ajouter l'histoire récente : l'empereur Constantin triomphant du paganisme.
Une autre catégorie rassemble quelques sculptures autour d'un thème moral ou édifiant comme le combat du vice et de la vertu ou la Conversion de saint Eustache.
Enfin, reprenant le thème des statues-colonnes sur le respect de la loi bénédictine, un chapiteau présente une scène pittoresque : la flagellation de deux moines indisciplinés par leur abbé.
Les chapiteaux refaits ont été replacés comme à l'origine. Le visiteur attentif s'apercevra qu'on n'y décèle aucun ordre logique. Lucien Musset l'exprimait déjà en 1974 : «Le désordre apparent de ces motifs laisse rêveur : est-ce insouciance du maître d'œuvre ? s'agit-il de remaniements postérieurs ? ou existe-t-il, pour tout relier, quelque trame que nous avons perdue ?»
L'auteur privilégie le remaniement ou l'insouciance, mais faisons remarquer aussi qu'un ordonnancement éventuel serait plutôt de la responsabilité du maître d'ouvrage, c'est-à-dire de l'abbé Victor qui a fait construire la salle capitulaire et qui détenait nécessairement la haute main sur l'iconographie sculptée.
Dans leurs symboles, leurs rappels historiques, voire leurs menaces, ces chapiteaux ne s'adressaient pas aux fidèles de base, mais, comme l'écrit Lucien Musset, «à des esprits subtils et doctes, comme l'étaient sans doute les moines de l'abbé Victor.»
Reconnaissons avec notre auteur que l'intérêt actuel des historiens comme des visiteurs porte avant tout sur la beauté plastique des sculptures.


Chapiteaux refaits en 1992 :
Scène de lutte ;
L'empereur-Constantin triomphant du paganisme ;
Josué arrêtant le soleil.

Chapiteaux refaits en 1992 :
Josué arrêtant le soleil ;
L'Ouverture du Jourdain devant l'Arche d'Alliance.

Ce chapiteau refait contient deux saynètes :
La prise de Jéricho ;
La flagellation de deux moines indisciplinés par l'abbé.

Chapiteau refait : Constantin et l'Église triomphant du paganisme.

Chapiteau refait : la Conversion de saint Eustache.

Copie du chapiteau des Musiciens, détail.
Est-ce Salomé dansant devant Hérode ?

Chapiteaux refaits : un homme portant un porc ; scène de lutte.

Chapiteau du XIIe siècle : L'entrée du Christ à Jérusalem.
Détail : le Christ est monté sur un âne.
Il porte une auréole qui est à moitié brisée.
Chapiteau du XIIe siècle: Vie d'Adam et Ève. ---»»»
Ce chapiteau provient de l'ancien cloître démoli par les Mauristes.
Détail : Adam garde les moutons.
Caïn et Abel offrent des présents à Dieu.

Chapiteaux refaits :
Le Sacrifice d'Abraham ;
Dieu demande à Abraham de poursuivre son chemin.

Copie du chapiteau des Musiciens du XIIe siècle, détail.

Chapiteau des Musiciens.
Le chapiteau original des Musiciens se trouve au Musée des Antiquités de Seine-Maritime à Rouen.
Il fournit une information précieuse sur les instruments de musique au Moyen Âge, bien qu'on ne sache pas exactement interpréter les scènes représentées.
Ci-dessus, s'agit-il des vieillards de l'Apocalypse jouant de la musique ou un simple concert de musique profane ?


Chapiteau du XIIe siècle : L'entrée du Christ à Jérusalem, détail.
Ce chapiteau provient de l'ancien cloître démoli par les Mauristes.

Chapiteau de l'Entrée du Christ à Jérusalem.
Ce chapiteau provient de l'ancien cloître de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville. Le cloître a été démoli par les architectes mauristes (arrivés en 1659) lors de l'édification du grand bâtiment qui devait rassembler toutes les dépendances de l'abbaye.
Le chapiteau a été retrouvé (comme celui de la Vie d'Adam et Ève ci-dessous) dans les fondations d'un mur de l'abbaye. Au début du XIXe siècle, il est passé dans une collection particulière.
Une foule nombreuse marche derrière Jésus-Christ monté sur un âne que suit un ânon. Le Christ est accompagné de saint Pierre et des quatre Évangélistes.


Documentation : + «Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire» de Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn, éditions GRAPC, 2008
+ «Congrès archéologique de France, Monuments de Rouen et du Pays de Caux», Société française d'archéologie, 2003
+ «Congrès archéologique de France tenu à Rouen en 1926», Société française d'archéologie, 1927
+ «Normandie romane» de Lucien Musset, éditions Zodiaque, collection La Nuit des Temps, 1974.
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