 |
 |
Cette seconde page sur l'église Saint-Sulpice
propose des illustrations de toutes les chapelles du déambulatoire,
notamment la très belle chapelle
de la Vierge avec sa statue
de Jean-Baptiste Pigalle. Elle se termine par des photos de l'orgue
de tribune et une présentation rapide de cet instrument célèbre,
toujours tenu par des maîtres de renom.
La page contient un long texte
sur un phénomène très actuel, mais qui est vu ici à l'aune du XVIIIe
siècle : l'aide sociale telle que l'a conçue Monsieur de Terssac,
entré en fonction en 1777 à la cure de Saint-Sulpice. Son objectif
était de gérer la pauvreté dans sa vaste paroisse.
Les caractéristiques de cette aide, dûment formalisée et orchestrée,
sont instructives.
|
 |
|
LE DÉAMBULATOIRE ET LES
CHAPELLES RAYONNANTES
|
|

Entrée du déambulatoire sud.
Tout le style de l'église est un mariage heureux
entre le classique et le baroque.
|
| LA CHAPELLE
RAYONNANTE SAINT-DENIS |
|

«Saint Denis et ses compagnons conduits au supplice».
Peinture murale de Félix Jobbé-Duval, 1859.
Chapelle Saint-Denis. |

Chapelle Saint-Denis.

«««--- Les deux compagnons
de saint Denis sont
Rustique et Eleuthère. Tous trois furent
décapités
sur ordre du préfet Fescennius, envoyé depuis
Rome contre les chrétiens de Paris (Légende dorée). |
|
|
|
|

«Saint Denis et ses compagnons conduits au supplice», détail.
Peinture murale de Félix Jobbé-Duval, 1859.
Chapelle Saint-Denis. |
 |
|
Architecture
du déambulatoire et des chapelles (2/2).
---»» Son successeur, Gilles-Marie Oppenord (1672-1742)
ne changera rien au style architectural de la nef,
qu'il bâtira cinquante ans plus tard grâce à
la loterie du curé Languet de Cergy.
La hauteur des chapelles est impressionnante. Le curé
Jean-Jacques Olier (1608-1657), qui a lancé le
chantier, voulait disposer de la plus grande église
Paris.
Dans la photo ci-dessus, une suite d'oculi surmonte
l'entablement qui coiffe l'arcature. Ces verrières de
la fin du XVIIe siècle possèdent une bordure circulaire
à motif floral, semblable à celles des vitraux des chapelles
de la nef.
La majeure partie du vitrail est en verre blanc, concrétisant
la recherche permanente de lumière.
|
|
|
| LA CHAPELLE RAYONNANTE
SAINTE-GENEVIÈVE |
|

Sainte Catherine d'Alexandrie
Médaillon du vitrail de la chapelle Sainte-Geneviève.
1691. |
|
L'aide
aux pauvres dans la paroisse Saint-Sulpice au XVIIIe
siècle (1/4).
Dans l'histoire du christianisme, l'aide aux pauvres
s'est toujours insérée dans le concept don - contre-don.
Concrètement, l'aide est échangée contre un travail.
L'Angleterre élisabéthaine en donne un exemple. Après
les Poor Laws de 1563 et 1569, légiférant sur
la répression et les punitions qui devaient frapper
les mendiants et les vagabonds, l'Act de 1576
mit l'accent sur le travail : les villes devaient offrir
des emplois aux pauvres pour les détourner de l'oisiveté.
On les occupa à travailler les matières premières, notamment
la laine.
Les pauvres qui refusaient de travailler étaient mis
dans une prison de la ville, financée par une taxe,
the rates.
En 1597, l'Act for the Relief of the Poor posa
les fondations de l'aide aux pauvres en Angleterre pour
les deux cent cinquante années suivantes.
---»» Suite 2/4
à droite.
|
|
|

L'autel de la chapelle Sainte Geneviève. |

«L'intercession de sainte Geneviève délivre
Paris de la peste des Ardents»
Peinture murale de Louis-Charles Timbal, 1864
Chapelle Sainte-Geneviève. |
|

«Sainte Geneviève distribuant des vivres aux habitants de Paris»
Peinture murale de Louis-Charles Timbal, 1864.
Chapelle Sainte-Geneviève. |
|
L'aide
aux pauvres dans la paroisse Saint-Sulpice... (2/4)
---»» Chaque paroisse administrative (parish)
était déclarée responsable de l'aide, avec désignation
de superviseurs pour veiller au respect de ses principes
de base : proposer du travail et aider les pauvres qui
ne pouvaient pas travailler. Avec sanctions (fouet,
galère, voire pendaison dans les cas graves) pour ceux
qui ne voulaient rien faire. L'un des points importants
était l'existence d'une Poor tax pour financer
cette aide, renforcée par le droit donné aux parishes
de saisir les biens de ceux qui refusaient de la payer.
En France, l'aide aux indigents, laissée à la seule
charité, a été pendant très longtemps l'un des ministères
de l'Église. Les religieux jugés dignes de la canonisation
ont souvent brillé par leur action en faveur des pauvres
et de leur instruction.
Au XVIIIe siècle, l'église Saint-Sulpice offre un exemple
intéressant de cette aide en la personne de son curé,
monsieur de Terssac.
Arrivé en 1777, celui-ci s'informe de la situation de
la pauvreté dans sa paroisse. Sur cent mille habitants,
les pauvres sont évalués à 20%. Dès le départ, M. de
Terssac applique ses principes humanitaires : sur ces
vingt mille pauvres, il faut distinguer les vrais des
faux, «ceux qui ne sont pauvres que par leur faute,
parce qu'ils ne veulent pas travailler... et dépensent
en un jour ce qui les ferait subsister des semaines
entières.»
---»» Suite 3/4
plus bas.
|
|
|
| LA CHAPELLE RAYONNANTE
SAINTE-ANNE |
|

Chapelle Sainte-Anne. |

|

«La Naissance de Marie»
Peinture murale de Lepneveu, 1864.
Chapelle Sainte-Anne.

«««--- «L'Éducation de la
Vierge»
Groupe en plâtre patiné avec un décor doré.
Julien-Jean Gourdel, 1841. |
|

«L'Éducation de la Vierge», détail (Gourdel, 1841). |

«La Naissance de Marie», détail.
Peinture murale de Lepneveu, 1864.
Chapelle Sainte-Anne. |

«La Présentation de la Vierge au Temple»
Peinture murale de Lepneveu, 1864.
Chapelle Sainte-Anne. |
|
L'aide
aux pauvres... (3/4)
---»» Ainsi parle le curé dans sa brochure Ordre d'administration
pour le soulagement des pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice,
un document essentiel pour l'étude de l'aide apportée par
l'Église aux indigents à la veille de la Révolution.
Le curé estime les faux pauvres à la moitié. Restent donc
dix mille pauvres, soit deux mille familles. Concrètement,
la paroisse est découpée en quatre secteurs. Chacun d'entre
eux dispose d'un registre où sont consignés les noms, domiciles,
mœurs et besoins des nécessiteux. Les prêtres visitent les
familles ; les dames de charité prêtent leur concours. On
rédige des notes et on se réunit tous les mois pour faire
le point sur les besoins constatés sur le terrain.
Quelle est la nature de l'aide ?
Là encore, M. de Terssac applique ses principes : aide directe
en argent exclue ; création de cartes mensuelles donnant droit
à du pain ; paiement partiel (et jamais total) des loyers
; fourniture d'habits et de layette ; délivrance des prisonniers
pour dettes si c'est à l'avantage de la famille ; soins apportés
aux malades ; pensions modestes données aux vieillards avec
placement dans un hôpital si personne n'est là pour s'occuper
d'eux.
---»»» Suite 4/4
plus bas.
|
|

|

L'autel de la chapelle Sainte-Anne.

«««--- L'Éducation de la
Vierge.
Médaillon central d'un vitrail du XVIIe siècle, refait en 1872.
Chapelle Sainte-Anne. |
|
| LA CHAPELLE AXIALE
DITE «DE LA VIERGE» |
|

La chapelle de la Vierge et sa voûte.
Elle est la plupart du temps plongée dans la pénombre.
La photo ci-dessus a été éclaircie.
Il est difficile de voir les peintures : coupole de François
Lemoyne (1688-1737) et tableaux de Carl Van Loo (1705-1765). |
«L'Assomption» par
François Lemoyne (1688-1737) ---»»»
Coupole de la chapelle de la Vierge.
Cette photo a été éclaircie. Il est très difficile d'observer
cette peinture dans de bonnes conditions. |
|

Le déambulatoire devant la chapelle de la Vierge.
Malgré la lumière qui descend de la coupole, la chapelle axiale
est
toujours plongée dans la pénombre.
|
|

Vue d'ensemble de la coupole conçue par Charles de Wailly dans
les années 1770.
Le décor central de François Lemoyne (1688-1737) est éclairé
très subtilement par
des fenêtres invisibles situées entre l'entablement ovoïde et
la peinture. |
|
|
L'aide
aux pauvres dans la paroisse Saint-Sulpice au XVIIIe
siècle (4/4).
---»» Enfin, on cherche avant tout à procurer du travail
aux gens. Quand un commerce périclite, on apporte au
marchand un secours remboursable, après s'être assurés
de sa capacité et de sa conduite. Pour contrer l'usure
qui ruine le peuple, on instaure des prêts sur gage.
Dans la pratique, le curé de Terssac demande que les
bienfaiteurs passent par sa paroisse afin que l'information
y soit centralisée : quelle aide ? à qui ?
combien ? et quand ? Si l'aide demeure externe,
il faut en donner les caractéristiques. Son souci majeur
est de conserver une aide efficace et de ne jamais encourager
les faux pauvres.
Les règles sont drastiques. L'aide est soumise à une
vigilance permanente car elle exclut certaines populations
: ceux qui travaillent pour l'opéra ou la comédie, qui
jouent de la musique dans les cabarets ou dans les rues
; les catholiques qui n'accomplissent pas leur devoir
religieux (mais aucune religion n'est exclue du secours)
; les mendiants (le vrai pauvre ne mendie pas) ; les
parents qui n'envoient pas leurs enfants au catéchisme
ou dans une école de charité ; ceux qui produisent des
faux pour réclamer de l'aide ou dont la mauvaise foi
peut être prouvée.
Mis en application dès 1777, ces principes obtiennent
de très bons résultats et le curé, dans sa brochure,
s'en réjouit. Son texte précise la nature du travail
offert : aux femmes, la filature de lin et de chanvre,
la broderie et la couture ; aux hommes, grâce au concours
du lieutenant de police, le nettoyage des rues (en attendant
un travail plus lucratif) ; pour les enfants, des filatures
de soie ou de coton dès l'âge de sept ans afin de les
préserver de l'oisiveté tant que l'âge de l'apprentissage
(treize-quatorze ans) n'est pas atteint.
Le curé le rappelle : «Ces différents moyens de soulager
les familles indigentes sont fondés sur le travail et
ont pour objet de leur en inspirer le goût en les mettant
pour ainsi dire dans la nécessité de ne pas s'y refuser.»
On estime que l'aide apportée s'élevait environ à trois
cent mille livres par an.
Ce règlement acquit une certaine réputation en France
et à l'étranger. L'impératrice Catherine II en reçut
trois exemplaires et remercia le curé en lui envoyant
une médaille en or qui commémorait la dernière paix
avec les Turcs. En 1778, madame Necker demanda au curé
de Terssac de diriger l'hôpital qu'elle venait de créer
et qui porte toujours son nom. M. de Terssac mourut
en 1788.
Sources : 1) De
pierre et de cœur, l'église Saint-Sulpice, 350 ans d'histoire
aux éditions du Cerf, article Monsieur de Terssac
et l'assistance aux pauvres de Michel Portal ; 2)
Britain 1558-1689 aux éditions Collins, série
Flagship History.
|
|
|

Ornementation au-dessous de la coupole : les parties en stuc
et en bois doré (angelots et guirlandes)
sont de Sébastien-Antoine et Paul-Ambroise Slodtz. Le tout est
enrichi de médaillons
peints en camaïeu de gris décrivant des épisodes de la vie de
la Vierge. |

La Vierge à l'Enfant de Jean-Baptiste Pigalle, détail.
L'expression de la Vierge laisse échapper un léger sourire,
mais on le perçoit mieux de loin (voir la photo à droite).
|
|
La
chapelle de la Vierge.
C'est l'un des lieux les plus anciens de l'église.
L'architecte Gamard en a dessiné la forme elliptique.
Le Vau en a élevé les murs. Et Servandoni a réalisé
une partie de sa décoration.
En 1774, Charles de Wailly la surmonte d'une
fort originale coupole qui plonge l'Assomption
de François Lemoyne dans une sorte de lumière
céleste.
La chapelle possède aussi deux toiles de Carl Van
Loo (1705-1765) portant sur la vie de la Vierge
ainsi que des anges des frères Slodtz agrémentés de
guirlandes.
L'élément le plus majestueux est la statue en marbre
blanc, La Vierge à l'Enfant, de Jean-Baptiste
Pigalle (1714-1785). Elle est logée dans
une niche créée par Louis-Philippe Mouchy (1734-1804),
son neveu et élève.
Dans cette chapelle, le classique et le baroque se côtoient
d'heureuse manière, mais, en général, la pénombre empêche
de l'admirer pleinement.
|
|
|

La Vierge à l'Enfant.
Statue en marbre blanc de
Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785)
Chapelle de la Vierge.

|

Vitrail de Chabin, détail
Chapelle de la Vierge. |
| LA CHAPELLE RAYONNANTE
SAINT-LOUIS |
|

« Saint Louis rendant la justice au pied d'un chêne»
Peinture murale de Louis Matout, 1870. |

Baie 3 : «Saint Louis»
Médaillon central du vitrail daté de 1885-1886. |

Chapelle Saint Louis.
Au centre trône la statue de sainte Thérèse de Lisieux.
(La chapelle est également dédiée à sainte Thérèse.) |
| LA CHAPELLE RAYONNANTE
SAINT-JOSEPH |
|

La chapelle Saint Joseph et ses nombreux ex-voto. |

«Saint Joseph portant l'Enfant»
par Giovanni Marchiori, élève du Bernin, début du XVIIe siècle.
Une statue magnifique dont la partie basse est
malheureusement saccagée par des graffitis.
|
|

Baie 5 : «Saint Joseph et l'Enfant Jésus»
Médaillon central du vitrail de la chapelle Saint-Joseph.
Médaillon de 1693, refait en 1872. |

«Le songe de saint Joseph», 1860.
Peinture murale de Charles Landelle (1812-1908). |

Les chapelles rayonnantes du déambulatoire sud. |
|
| LA CHAPELLE RAYONNANTE
SAINT-CHARLES-BORROMÉE ET LA CHAPELLE RAYONNANTE SAINT-JEAN |
|

L'autel de la chapelle Saint-Charles-Borromée
et la partie basse d'une peinture d'Auguste Pichon :
«Charles de Borromée pendant la peste à Milan», 1867. |

Baie 7 : «Saint Charles Borromée en prière» (?), 1686.
Chapelle Saint-Charles-Borromée. |

Baie 9 : «Saint Jean l'Évangéliste», 1692.
Chapelle Saint-Jean. |

Baie 9, détail : «Saint Jean l'Évangéliste» (1692).
Chapelle Saint-Jean. |
|
L'orgue
de Saint-Sulpice.
Il jouit d'une renommée internationale.
Construit par Cliquot en 1781 (avec 5 claviers
et 64 jeux), on le regardait déjà, à l'époque, comme
l'un des meilleurs du royaume.
Aristide Cavaillé-Coll le reconstruisit de 1857
à 1861 (avec cent jeux). Il réutilisa de nombreux éléments
créés par Cliquot pour associer la tradition classique
au romantisme.
Le XXe siècle a respecté cet illustre instrument en
conservant toutes ses caractéristiques d'origine.
Charles-Marie Widor et Marcel Dupré en
furent les titulaires.
|
|
|
|
|

Le très célèbre orgue de tribune de l'église Saint-Sulpice.
Construit par Cliquot en 1781, il a été reconstruit par Cavaillé-Coll
en 1857.
Le buffet a été dessiné en 1781 par Jean-François Chalgrin. |
|

Les personnages du buffet d'orgue. Au centre, David jouant de la harpe. |

Les anges musiciens sur le couronnement de l'orgue. |

Les angelots musiciens sur le couronnement d'une tourelle. |
|

David jouant de la harpe
par François-Joseph Duret (1732-1816).
Femmes tenant une corne
d'abondance ---»»»
sur le buffet d'orgue. |
|
|

La nef et l'orgue de tribune vus du chœur. |
|
Documentation : «Paris d'église en église»,
Massin éditeur
+ «Saint-Sulpice», brochure disponible dans la nef
+ «Louis-Simon Boizot (1743-1809)», Musée Lambinet, Somogy, Éditions
d'Art, 2001
+ «De pierre et de cœur, l'église Saint-Sulpice, 350 ans d'histoire»
Éditions du Cerf, 1996. |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |