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La collégiale Saint-Pierre-aux-Liens
du Dorat n'est pas l'édifice roman le plus connu du Limousin.
Pourtant, de l'avis des historiens, c'est celui qui représente
le mieux la perfection romane
limousine.
On sait qu'un monastère existait au Dorat vers 940. Vers
la fin du Xe siècle, il fut transformé en collège
de chanoines. L'édifice qui servait d'église collégiale
brûla vers 1080, mais il est probable que les murs restèrent
debout. Une restauration provisoire permit de ne pas interrompre
le service du culte. Quoi qu'il en soit, il fallait reconstruire.
Les historiens partent de l'hypothèse d'un chantier lancé
vers 1110-1120. À cette époque, le financement abondait
car Le Dorat était un carrefour où transitaient le
fer et le sel. De plus, le chapitre défendait ardemment son
autorité contre la noblesse locale. La construction commença
probablement par le bloc «crypte-abside-transept-travée
orientale», ce qui englobait le lieu de culte réservé
aux chanoines. Elle continua à l'ouest par un clocher massif
et une façade assez austère qui font ressembler l'église
à une forteresse. La collégiale a dû être
achevée dans la seconde moitié du XIIe siècle.
Le chur
est enrichi d'un déambulatoire
à trois chapelles
rayonnantes. Cette architecture souligne l'importance de la
collégiale dans le culte des reliques des saints locaux.
En effet, en même temps que fut décidée la construction
du nouveau bâtiment, le chapitre commanda la rédaction
des vitae des deux saints chanoines du Dorat des Xe et XIe
siècles, Israël et Théobald. Ainsi
qu'un recueil de miracles. Le but était de lier la construction
(et son coût), non pas à la rénovation d'un
culte ancien (phénomène bien connu des médiévistes),
mais carrément à la création de deux nouveaux
cultes. En fait, exprimé en termes modernes, le chapitre
s'était fixé un business plan audacieux, découpé
en quatre phases : utiliser les fonds disponibles pour élever
une grande collégiale (80 mètres de long) ; créer
deux nouveaux cultes sur les saints chanoines du Dorat afin d'attirer
les pèlerins ; encaisser les offrandes qu'ils ne manqueront
pas de laisser ; et ainsi se rembourser des frais de la construction
(!) Dans son article du Congrès archéologique de
France tenu en Haute-Vienne en 2014, Éric Sparhubert
écrit : «Dans ce contexte, la présence
d'une crypte et
le choix d'un chevet à déambulatoire
et chapelles
rayonnantes procédaient autant d'une recherche de prestige
que d'une réflexion sur la valeur de promotion et de célébration
associée alors à ce type architectural.» L'installation
officielle des reliques dans la crypte
eut lieu en janvier 1130 : ce fut l'instant-clé de la
campagne de promotion de l'édifice.
La collégiale du Dorat devint un modèle architectural
pour les contrées voisines, en Haut-Limousin. Non seulement
le système de façade et d'élévation
de la nef fut copié, mais l'ensemble de la construction constitua
un «répertoire de formes et de techniques» [Sparhubert]
pour les architectes limougeauds à partir de la seconde moitié
du XIIe siècle.
Au XVe siècle, l'abbé Guillaume
l'Hermite fit relever les remparts de la ville et fortifier
l'édifice. Un chemin de ronde en encorbellement vint couronner
les murs de la collégiale. Les huguenots s'emparèrent
du Dorat en 1567 et pillèrent le mobilier de l'église.
Au XIXe, l'essentiel du système défensif fut supprimé
(chemin de ronde, créneaux et mâchicoulis). En conséquence,
la collégiale, telle que nous la voyons aujourd'hui, est
quasiment l'image du bâtiment créé au XIIe siècle.
L'édifice ne possède pas beaucoup d'uvres d'art
(l'essentiel est dans la sacristie). Le visiteur peut néanmoins
admirer la profusion de chapiteaux
romans en granit à thèmes floral et animal. Ces
chapiteaux constituent réellement la parure de l'église.
Enfin, il faut noter qu'il est impossible d'accéder au
côté extérieur sud de la collégiale
car il est inclus dans le domaine d'une congrégation religieuse
: la maison mère des surs de Marie-Joseph et de la
Miséricorde. Cette congrégation se consacre à
la rééducation et à la réinsertion des
détenus à leur sortie de prison.
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Vue d'ensemble de la nef depuis le haut des escaliers, après
avoir franchi le portail occidental.
Si la nef est dans la pénombre, on est frappé, dès
l'entrée, par le puits de lumière qui éclaire
la croisée et le chur. |
Le bourg du Dorat s'étend,
au milieu des boccages, sur une pente inclinée vers
le sud et l'est. La collégiale Saint-Pierre étant
dirigée vers l'est (c'est-à-dire «orientée»),
ses bâtisseurs ont compensé la déclivité
du terrain par une petite plate-forme haute de douze marches
dans l'avant-nef (donc à l'ouest) et par une crypte
à l'est.
Un des grands thèmes de l'architecture de cet édifice
est la légère déviation vers le sud de
l'élévation méridionale. Sur la photo
ci-dessus, on voit nettement que la succession des piles de
la nef, au nord et au sud, n'est pas symétrique. Sur
le côté sud, les piles «se cachent»
davantage les unes les autres : l'axe de la nef dévie
vers le sud (voir commentaire plus bas sur les étapes
de la construction).
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L'aspect extérieur de la collégiale Saint-Pierre-aux-liens
est celui d'un bâtisse massive et austère. |
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Saint Pierre tenant la clé du Paradis
au-dessus du portail ouest. |
«««---
Le clocher de la croisée et le chevet,
ici, vus du nord.
Notez la tour de défense du XVe siècle
au-dessus de la chapelle axiale. |
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Le portail de style mozarabe
de la façade occidentale (XIIe siècle).
Les voussures de style mozarabe sont très rares en Limousin. |

La façade occidentale de la collégiale.
L'austérité du clocher, scandé d'une arcature
aveugle,
est quelque peu adoucie par le style mozarabe du portail. |
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Le clocher de la croisée et le transept nord.
On remarquera le processus d'amincissement vers le haut
qui caractérise le clocher octogonal. |

Le portail Saint-Jean dans le transept nord.
Le porche est en berceau brisé. En avant , il s'ouvre par
une voussure limousine sous archivolte à retours. |

Les étages romans de la tour-lanterne : fenêtres limousines
au
premier étage ; pans surmontés de trilobes au deuxième
; enfin, au dernier, fenêtres en plein cintre cachant les cloches.
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Le porche roman du croisillon nord du transept.
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Le premier étage de la tour-lanterne est riche de belles
fenêtres à trois voussures limousines. |
«««---
À GAUCHE. Le porche roman du croisillon nord
du transept accueille le visiteur par une archivolte
ornée d'une voussure limousine.
Encadrant les vantaux de bois de la porte, trois voussures
limousines reposent sur des chapiteaux (qui sont bien
dégradés aujourd'hui), prolongés
jusqu'au sol par de simples colonnettes.
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La tour de défense et ses bretèches au-dessus
de la chapelle axiale (XVe siècle). |
Les
fortifications. L'abbé Guillaume
IV l'Hermite dirigea le chapitre de la collégiale
de 1420 à 1430. Nous sommes en pleine guerre
de Cent Ans. Ce prélat dynamique va faire relever
les remparts du Dorat, établir un chemin de ronde
en encorbellement sur les murs de l'église et
édifier une tour au-dessus de la chapelle axiale
(photo ci-dessus). Malheureusement, les restaurateurs
du XIXe siècle ont cru utile de tout supprimer
: le chemin de ronde, les créneaux et les mâchicoulis.
Seule subsiste cette tour à l'est avec ses trois
bretèches percées chacune d'une archère.
Une paire de jumelles est nécessaire pour observer
les masques ornant les corbeaux qui supportent la bretèche
nord (photo ci-contre). On peut voir encore une autre
archère dans le massif du clocher occidental
sur le côté nord (photo ci-dessous). Les
autres traces des fortifications ont disparu. Ces fortifications,
dignes d'une citadelle, n'ont pas empêché
les huguenots de prendre la ville en 1567 et de piller
la collégiale.
Source : Congrès archéologique
de France tenu à
Limoges en 1921.
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Modillons romans sur le côté nord. |

Masques sur les corbeaux qui soutiennent la bretèche
nord de la tour de défense. |
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L'INTÉRIEUR
DE LA COLLÉGIALE SAINT-PIERRE-AUX-LIENS |
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Les robustes arcades romanes du côté nord vues depuis
le chur.
Les bas-côtés étonnent par leur largeur inhabituelle
: environ 2,50 mètres, ce qui est beaucoup pour un édifice
roman limousin de la première moitié du XIIe siècle. |
Architecture.
La collégiale du Dorat possède une
nef limousine atypique. En général, dans
l'architecture romane, la nef se caractérise par des
arcades assez resserrées. En conséquence, les
travées sont barlongues et non pas carrées.
Quant aux bas-côtés, ils sont assez larges et
la nef marque nettement la césure en trois vaisseaux.
Au contraire, la «nef limousine» s'oriente vers
le concept de nef unique : le vaisseau central est valorisé,
donc large, au détriment des bas-côtés
qui sont proportionnellement plutôt étroits.
Bien évidemment, les constructeurs jouaient sur un
effet visuel : plus les bas-côtés sont étroits,
plus les murs gouttereaux se rapprochent des piles du vaisseau
central. Visuellement, les bas-côtés rétrécissent,
assurant par là l'impression de se trouver dans une
nef unique. Les bas-côtés de la collégiale
Saint-Pierre ont une largeur plus importante que la «norme
limousine» puisqu'ils dépassent les 2,50 mètres.
De ce fait, l'impression de se trouver dans une nef unique
est réduit. Ajoutons que les architectes ont fait porter
la voûte en berceau directement sur les grandes arcades
(il n'y a pas de «clair-étage»). L'importance
des bas-côtés en est rehaussée car ils
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jouent un rôle essentiel
dans l'équilibre de la structure.
Grâce à ses grandes arcades, la nef est abondamment
éclairée par des fenêtres assez larges
: la collégiale Saint-Pierre compte parmi les édifices
romans les plus lumineux du Limousin.
Le décor architectural de l'édifice repose essentiellement
dans ses multiples chapiteaux. Ceux de la nef sont en granit
du pays, pour la plupart à thème floral. En
revanche, on en trouve de beaucoup plus sophistiqués
dans le transept, le déambulatoire et les chapelles
attenantes. Taillés dans de la pierre calcaire importée,
ils sont le produit d'un art de série issu du Bas-Limousin
qui a envahi le Haut-Limousin au cours de la première
moitié du XIIe siècle. Le calcaire étant
plus facile à travailler que le granit, on s'explique
facilement l'importation de cette pierre. Mais cette raison
est loin de suffire : il faut y ajouter la présence
d'un foyer dynamique de création artistique, animé
par des sculpteurs prêts à se déplacer,
et le goût pour une certaine préciosité.
Source : articles des Congrès
archéologiques de France sur la collégiale.
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Plan de la collégiale et étapes de la construction. |

Chemin de croix, station IX
«Jésus tombe pour la troisième fois»
Terre cuite de Félix Oudin, 1962. |
La
cuve baptismale est l'une des rares pièces
de mobilier visibles dans la collégiale. Elle
sert actuellement de bénitier. Sa partie convexe,
restée frustre, montre que la cuve devait s'insérer
dans une niche contre un mur. La collégiale ne
proposant rien de tel, René Fage (article du
Congrès archéologique de France)
en conclut qu'elle vient de l'église romane du
XIe siècle. Sa taille et son rebord marqué
d'une feuillure (qui recevait donc un couvercle) ne
laissent aucun doute sur son emploi : c'était
une cuve pour le baptême par immersion. Trois
de ses faces méritent un il attentif :
on y voit, à chaque angle, deux lions affrontés,
tracés en méplat. Leurs queues se terminent
en palmettes.
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L'avant-nef et son escalier de douze marches. La travée
de l'avant-nef est surmontée d'une coupole (voir
plus bas).
On notera que, en plein mois de juillet, la crèche de
Noël est restée en place, au milieu des escaliers... |

Ancienne cuve baptismale en granit et son lion sculpté
en méplat.
Cette cuve servait au baptême par immersion dans
un précédent édifice. |
Trois chapiteaux
romans à thème floral dans la nef
(XIIe siècle) ---»»» |
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Deux lions aux queues terminées en palmettes sur
l'ancienne cuve baptismale. |
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La travée orientale (à gauche) et l'entrée dans
le bas-côté nord (à droite).
La travée orientale a une longueur de 7,40 mètres, contre
6,50 m pour les autres.
C'est dans cette travée que s'installait le chur des
chanoines avec ses stalles.
Plus tard, un jubé fut dressé entre les colonnes qui
ferment cette travée vers l'ouest. |
Les étapes
de la construction de la collégiale (1/3).
La photo du
haut de la page montre que l'axe de l'église dévie
vers le sud. si les trois premières travées
(à savoir l'avant-nef, également appelée
«travée occidentale», et les deux suivantes)
possèdent bien des piles parallèles, le décrochage
se fait à partir de la pile qui ouvre la quatrième
travée. Il est de l'ordre de quelques dizaines de centimètres.
La quatrième travée dévie vers le sud,
puis on constate un redressement au niveau de la cinquième
pour rejoindre le transept, mais le tout conserve une légère
obliquité. C'est donc à l'entrée dans
le transept que la nef présente sa plus grande largeur
: 18,25 mètres. Cette déviation reste visible
au niveau du chur. De la sorte, le vaisseau central
se dirige vers le sanctuaire en s'élargissant légèrement.
L'origine de ce problème repose dans l'axe de la façade
occidentale qui n'est pas parallèle à l'axe
nord-sud du transept (ce qui est très visible sur le
plan). L'architecte
du XIIe siècle a bien essayé de racheter cette
irrégularité en donnant au bas-côté
sud une plus grande largeur dans les deux travées proches
du transept, mais le phénomène n'a pu être
corrigé. Néanmoins ce défaut de parallélisme
n'est pas gênant à l'il et ne nuit pas
à l'homogénéité de l'ensemble.
Il permet même aux archéologues de l'art roman,
grâce aux nombreuses irrégularités qu'il
entraîne dans les travées et les murs goutteraux,
de déterminer les différentes campagnes de construction
de la collégiale (voir plus bas).
Saint-Pierre-aux-liens est construite en granit du pays. Son
appareillage est irrégulier. Dans son article pour
le Congrès archéologique de France en
1921, René Fage note : «Au simple aspect de la
maçonnerie, on peut se rendre compte que toutes les
travées de la nef n'ont pas été élevées
simultanément et que, si les campagnes se sont succédé
sans grand intervalle, la construction a été
faite par tranches verticales.» La précision
est d'importance car il arrive que des églises soient
bâties par tranches horizontales. Voir par exemple l'église
Saint-Jacques
à Reims, au style à la fois médiéval
et Renaissance, dont la nef a été construite
par tranches horizontales.
La collégiale du Dorat n'a pas subi de modifications
notables au cours de son histoire (les fortifications du XVe
siècle et leur suppression au XIXe ne remettent pas
en cause le bâti de l'église). Nous voyons donc
Saint-Pierre dans son état primitif «simplement
brossée et rejointoyée au XIXe siècle»
[Fage].
Pour ce qui est des étapes de la construction, tout
le monde s'accorde sur le fait que le chevet et le transept
ont été élevés dans la première
moitié du XIIe siècle, chur et déambulatoire
calquant exactement le dessin de la crypte romane.
Pour la suite, les analyses diffèrent. L'archéologue
François Deshoulières, à l'occasion du
Congrès archéologique de France tenu
à Limoges en 1921, opte pour une méthode trop
simple : la nef aurait été construite en partant
du transept et en progressant, par étapes, vers l'ouest.
Processus qui est bien sûr réfuté par
l'irrégularité des quatrième et cinquième
travées qu'il serait alors impossible d'expliquer.
René Fage, lors de la même session du Congrès
archéologique de France, défend une autre
idée : une fois l'abside et le transept construits,
on serait passé à la construction de la façade
occidentale et des trois premières travées de
la nef. Puis il y aurait eu une interruption (peut-être
de quelques décennies) dans la construction. Enfin,
lors d'une troisième campagne, on aurait raccordé
les parties est et ouest en intercalant les quatrième
et cinquième travées. René Fage s'appuie
sur les traces de raccordement visibles sur les murs gouttereaux
nord et sud, au niveau de la quatrième travée.
Il s'appuie aussi sur l'aspect plus élaboré
des deux piles qui séparent cette travée de
la cinquième (voir photo ci-contre). Ces piles ont
un plan plus allongé (ce qui les rend un peu plus massives
que toutes les autres) et possèdent deux colonnettes
engagées (à l'est et à l'ouest), terminées
chacune par un étroit chapiteau. Le style étant
plus raffiné, l'ensemble paraît plus jeune. Enfin,
dernier argument : les moulures des arcades de ces deux travées
se rapprochent de celles des autres travées. René
Fage pose la question censée emporter l'adhésion
: «N'était-il pas naturel de se conformer pour
l'ornementation aux profils de la partie de l'édifice
qui sortait en dernier lieu des mains des ouvriers?»
Donc, selon cet auteur, la progression a eu lieu d'ouest en
est avec une interruption plus ou moins longue, une fois achevées
les travées 1, 2 & 3.
Comment justifier cette interruption? René Fage invoque
«les dissensions qui ont agité le pays après
la construction du chevet». Ce qui se serait traduit
par la réduction des ressources, les chanoines étant
alors obligés de réduire leurs ambitions et
d'«utiliser les murs encore debout de la partie occidentale
de l'ancienne nef.» L'hypothèse d'une construction
isolée chevet+transept se heurte d'emblée au
besoin de stabilité de la croisée si la coupole
était déjà en place. Il paraît
indispensable de contre-buter la poussée des voûtes
par une travée vers l'ouest. sous peine de voir au
Dorat ce qui s'est passé à Beauvais,
en 1573, avec l'écroulement du clocher de la cathédrale
Saint-Pierre que rien ne venait soutenir à l'ouest
puisqu'il n'y avait pas de nef.
Lors de la parution de l'ouvrage Limousin roman aux
éditions Zodiaque en 1960, l'historien Jean Maury réfute
le plan proposé par René Fage quarante ans plus
tôt. Il reproche à son confrère de ne
pas avoir pris garde aux multiples irrégularités
qu'un examen approfondi met en évidence. Jean Maury
propose ainsi l'ordre suivant : après l'abside et le
transept, l'architecte poursuit sa tâche par la travée
la plus proche du chur (la «travée orientale»
ou la cinquième dans notre numérotation) avec
l'idée de développer une nef à très
larges arcades, comme à Saint-Junien, dans le Limousin
proche. Ensuite, il change ses plans, peut-être à
cause de la surface disponible ou de la volonté d'utiliser
les vestiges de l'église du XIe siècle. Il élève
alors les deux piles de la travée suivante et le mur
gouttereau méridional qui lui fait face (voir plan).
Puis il jette son dévolu sur la façade occidentale
et sur les deux piles fermant la première travée.
Le mur sud est alors fermé en allant de l'ouest vers
l'est, fermeture accompagnée de l'élévation
des deux piles séparant la deuxième travée
de la troisième. Le mur septentrional, quant à
lui, aurait été bâti en plusieurs tranches,
de l'ouest vers l'est... Ce schéma de construction
paraît bien compliqué. ---»»
2/3
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Chapiteaux et colonnettes viennent orner les deux piles allongées
séparant la quatrième et la cinquième travée
de la nef.
Sur le plan, leur position
est indiquée par une flèche.

Cette paire de piles «décorées» est unique
dans la collégiale.
A-t-elle été conçue pour honorer l'entrée
dans le chur
des chanoines (5e travée) comme le pense Éric Sparhubert?
|
Les
étapes de la construction de la collégiale
(2/3).
---»» D'autres historiens, intéressés
par la collégiale, ont exposé leurs propres
idées. La dernière contribution en date
est celle d'Éric Sparhubert dans son article
pour le Congrès archéologique de France
tenu en Haute-Vienne en 2014. Maître de conférences
à l'Université de Limoges, celui-ci apporte
un peu de rigueur dans cette complexité en rappelant
les impératifs des concepts liturgiques de l'époque.
Citons-en ici l'essentiel. La collégiale accueillait
un chur des chanoines (ce qui d'ailleurs peut
s'entendre à deux titres : architecturalement
et musicalement). Ce chur ne se trouvait pas dans
le sanctuaire, trop étroit, mais dans la «travée
orientale» pourvue du nombre adéquat de
stalles pour le culte. Cette travée ferait donc
- conservons le conditionnel - partie intégrante
de l'espace sacré, réservé aux
clercs. Conséquence : la construction de l'abside
et du transept ne pourrait se concevoir sans celle de
cette travée. Il s'agirait donc là d'un
bloc liturgique bâti lors de la même campagne.
Éric Sparhubert y joint même la crypte
qu'il date, au plus tôt, du tout début
du XIIe siècle. Quant aux deux fameuses piles
allongées, ornées de deux colonnettes
et de deux chapiteaux, et qui se trouvent à l'entrée
de cette travée, elles devraient être regardées
«comme la volonté de constituer une "paire
unique" et de marquer ainsi l'entrée du
chur liturgique» [Sparhubert]. D'autre part,
le fait que la travée orientale soit un peu plus
longue que les autres s'expliquerait par la nécessité
d'y loger tout le chur canonial. Une fois cette
construction terminée, on l'aurait fermé
par une élévation provisoire pour que
les chanoines puissent célébrer le culte
en paix, dans leur espace clos. Enfin, on aurait poursuivi
la construction sur le côté ouest avec
façade, nef et bas-côtés, presque
comme un bâtiment séparé.
Éric Sparhubert modifie l'ordonnancement prévu
par Jean Maury. Une fois fermé l'espace des clercs,
les maçons érigent la façade ouest.
Or celle-ci accuse un léger changement d'axe
par rapport au transept (voir plan).
Comment l'expliquer? Par la présence d'autres
bâtiments? À cause d'une erreur dans la
visée? Par la recherche de meilleures fondations?
On ne connaît pas la réponse, mais peu
importe. Le chantier progresse dorénavant d'ouest
en est. Selon l'idée d'Éric Sparhubert,
l'erreur d'axe aurait été corrigée
travée par travée, mais uniquement du
côté méridional. Comme on l'a vu
plus haut, l'architecte aurait joué également
sur la largeur des bas-côtés, l'essentiel
étant d'assurer un alignement régulier
pour les piles de la nef. Pour la construction des murs
nord et sud, notre historien donne une précision
importante : «Le mur sud fut également
construit plus rapidement que le mur nord, écrit-il,
sans doute afin d'isoler l'espace réservé
aux chanoines, situé de ce côté
de la collégiale, et permettre la mise en place
d'un portique reliant la collégiale à
leurs bâtiments. Le mur nord de la nef resta ouvert
plus longtemps, sans doute pour permettre l'approvisionnement
en matériaux et aménager, à l'intérieur
de la nef en chantier, un espace de travail facile d'accès.»
L'historien justifie cette interprétation (qui
paraît très logique) par la présence
de raccords idoines dans le mur nord. Il ajoute que
la position de ces raccords montre que, après
l'élévation de la façade ouest,
on s'est plu à construire la première
travée (la travée «occidentale»)
et la partie basse du mur nord de la travée suivante
(s'écartant ainsi du plan de construction de
Jean Maury). Le mur nord est alors achevé dans
ses troisième et quatrième travées
: on est désormais tout près du mur de
fortune qui ferme l'espace réservé aux
clercs. Ensuite on implante les piliers des grandes
arcades et on pose le voûtement en berceau brisé
sur les travées 2, 3 et 4 de la nef. À
ce moment-là seulement, on peut détruire
la clôture provisoire et réunir le chur
des chanoines (travée orientale) au reste de
la nef.
L'exposé d'Éric Sparhubert est assez convaincant,
avec des arguments de bon sens. Le bloc «chur-transept-travée
orientale» ne fait pour lui aucun doute. La maçonnerie
y est --»» 3/3
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Le bas-côté sud et ses voûtes d'arêtes. |
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La coupole hémisphérique sous la travée
de l'avant-nef.
Une fois entré et posté en haut des marches qui
dominent la nef, il faut penser à lever la tête
pour la voir.
Bien des visiteurs quittent la collégiale sans avoir
remarqué cette belle coupole sur pendentifs du XIIe siècle. |
Les
étapes de la construction (3/3).
--»» régulière et s'arrête
«quelques mètres après les contreforts
de la travée orientale de la nef.» Il a
en outre l'avantage de garantir la stabilité
de la croisée alourdie par sa coupole (si cette
dernière a bien été bâtie
en même temps.) La principale césure du
chantier repose donc à cet endroit puisqu'on
voit, dans les murs gouttereaux, «des pierres
d'attente sur lesquelles furent alignées les
assises de la travée suivante.» De plus,
un métrage simple montre que le chur, les
bras du transept et la travée orientale s'inscrivent
dans un cercle de 60 pieds [de rayon?]. D'où
l'utilisation probable de cordes tendues depuis le centre
de la future croisée. Dans l'esprit d'Éric
Sparhubert, il s'agit donc bien là d'un bloc
liturgique, ce qui est confirmé d'ailleurs par
l'existence d'un jubé qui se dressait jadis entre
ces fameux piliers allongés et ornés de
colonnettes et de chapiteaux.
Notons qu'il ne dit rien sur la fameuse interruption
du chantier entre les travées 3 et 4. Enfin,
sur les piliers allongés et ornés de colonnettes,
si leur fonction était vraiment de marquer l'entrée
dans le chur des chanoines, il aurait été
bien vu de donner deux ou trois autres exemples en Limousin.
Y en a-t-il ?
On conclura de ce long développement qu'il n'est
pas possible d'établir avec certitude l'ordre
précis des campagnes de construction de la collégiale
Saint-Pierre du Dorat.
Sources : 1) Congrès
archéologique de France, sessions tenues
à Limoges en 1921 et en Haute-vienne en 2014
; 2) Limousin roman, éditions Zodiaque,
1960.
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Vitrail à figures géométriques
Atelier Édouard Didron, 1882. |

La voûte de la nef est en berceau légèrement brisé.
Elle est vue ici depuis l'avant-nef.
La voûte est scandée d'arcs doubleaux qui se terminent
par des chapiteaux à feuillages.
L'intrados du doubleau atteint 17 mètres sous la clé. |

Statue d'un saint martyr |
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Vitrail à figures géométriques
Atelier Édouard Didron, 1882. |
«««---
Chapiteau roman à feuillages
dans un bas-côté. |
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Un style
roman limousin ?
Saint-Pierre du Dorat est présentée
comme un symbole de la perfection romane limousine. Au début
du XXe siècle, on rattachait le «style limousin»
à l'École du Languedoc, vaste zone qui s'étalait
du sud du Poitou jusqu'à la Méditerranée,
bordée à l'est par l'Auvergne. Ce territoire,
sillonné par les grandes routes de pèlerinage
vers Saint-Jacques de Compostelle, aurait été
caractérisé par un mélange - un peu informe
- des styles artistiques des régions limitrophes (cf
Vincent Flipo, Mémento pratique d'archéologie
française, éditions Firmin-Didot, 1930).
On joignait à la collégiale du Dorat des monuments
aussi éloignés géographiquement que Saint-Étienne
de Nevers ou Saint-Sernin de Toulouse. Cette idée
est aujourd'hui abandonnée.
En 1960, dans l'ouvrage Limousin roman aux éditions
Zodiaque, Jean Maury relate que, si l'on a rattaché
par erreur l'art du Limousin aux grandes écoles voisines
(Auvergne, Poitou, Berry ou Périgord), c'était
faute de reconnaître que cette région demeure
bel et bien un foyer de créations portant l'image de
ses ressources naturelles et de son comportement historique.
Utilisant le granit, elle reçoit certes les influences
extérieures, mais elle les interprète et les
assemble selon son génie propre. «Puissance des
masses, précision châtiée des lignes,
densité des supports, sobriété de l'ornement»
[Maury] sont les valeurs communes aux grands monuments de
la région. On considère donc aujourd'hui qu'il
y a bien une École romane limousine, mais qu'elle possède
des racines très larges et qu'elle fait la synthèse
des styles des régions voisines.
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Vue de la travée dite «occidentale», côté
sud (à droite sur la photo) et de la deuxième travée
de la nef (à gauche).
La travée «occidentale» est située sous
le clocher massif qui domine l'entrée. |
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Deux scènes de la vie de saint Pierre
Vitrail dans la façade occidentale.
Atelier Édouard Didron, 1882. |

Chemin de croix, station XV
«Jésus ressuscité des morts»
Le Chemin de croix est composé de quinze
terres cuites de Félix Oudin, 1962. |

Chapiteau roman dans la nef.
Conjugaison d'entrelacs et de têtes de grotesques
XIIe siècle. |

Chapiteau roman à quatre feuilles entrecroisées;
XIIe siècle. |

Chapiteau roman aux multiples entrelacs,
XIIe siècle. |
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LA CROISÉE
DU TRANSEPT ET LA COUPOLE |
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Élévations dans la croisée. avec l'entrée
du déambulatoire sud.
La coupole est séparée de ses quatre pendentifs par
un double tore.
L'ensemble repose sur quatre arcades en tiers-points montées
sur des piles à trois colonnes. |

La coupole de la croisée et ses huit fenêtres à
voussures limousines. |
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Fenêtres à triples voussures limousines dans la coupole. |
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Croisillon nord du transept et croisée (vus depuis le transept sud). |

Chapiteau roman montrant un homme
écartelé entre deux démons. |

Chapiteau roman avec animaux. |
CHAPITEAUX
ROMANS, XIIe SIÈCLE |
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Chapiteau roman : un démon emmène une damné. |
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Chapiteau roman : un démon s'empare d'un damné. |
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LE CHUR
DE LA COLLÉGIALE SAINT-PIERRE-AUX-LIENS |
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Le chur et sa voûte en cul-de-four. |

Chapiteau roman avec un lion. |

Chapiteau roman à thème floral. |
CHAPITEAUX
ROMANS, XIIe SIÈCLE |
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Un des plus beaux chapiteaux romans de la collégiale
:
Un homme tient deux animaux par la mâchoire,
pierre calcaire
(chapelle orientée dans le transept). |

Chapiteau roman : un démon emmène un damné. |
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Le chur et l'orgue de chur.
Le maître-autel est de Philippe Kaeppelin (1973),
L'ambon, la croix et le siège de présidence sont d'Alain
Dumas (2013). |
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Deux chapiteaux en pierre calcaire
sur des colonnettes
d'une chapelle du transept (reproductions en plâtre)
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L'orgue de chur est un authentique Cavaillé-Coll.
Il a été construit en 1876, restauré en 1962
et classé
en 1978 [source : notice dans le chur]. |
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Le chur vu depuis la chapelle axiale
L'autel de messe est moderne : uvre réalisée à
la feuille de plomb par Philippe Kaeppelin en 1973. |
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LES CHAPELLES
DU TRANSEPT |
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Le croisillon nord du transept avec l'entrée
dans le déambulatoire et le baptistère. |

Chapelle Saint-Jean-Baptiste et baptistère
Première moitié du XIIe siècle. |

Le Baptême de Jésus (Chapelle Saint-Jean-Baptiste). |

Chapelle dans le transept sud, dite «des Saints». |
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La Décollation de saint Jean-Baptiste
Vitrail dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, XIXe siècle. |

Soubassement de l'autel dans la chapelle des Saints (XIXe siècle). |
La
chapelle des Saints se situe dans le bras
sud du transept. On y trouve deux sarcophages très
simples qui ont jadis recouvert les reliques de saint
Israël et saint Théobald. On aperçoit
l'un de ces sarcophages dans la photo ci-contre, à
la gauche de l'autel. Ces sarcophages étaient
auparavant dans la crypte. Au XVIIe siècle, on
célébra solennellement le transfert des
reliques depuis ces sarcophages dans les châsses
de bois qui se trouvent aujourd'hui dans les chapelles
rayonnantes.
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Scènes de la vie des saints Israël et Théobald
Chapelle des Saints
XIXe siècle. |
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Soubassement de l'autel de la chapelle des Saints, détail
. |
Le
déambulatoire à chapelles rayonnantes
de la collégiale vient rappeler que l'édifice
avait été conçu comme un lieu de
pèlerinage (et d'offrandes) pour se recueillir
sur les reliques de deux saints du Limousin : saint
Israël et saint Théobald. En même
temps qu'on adoptait ce déambulatoire - dont
l'existence dans un bâtiment signalait son importance
- le chapitre passa commande des vitae de ces
deux saints. Comprenons par-là une rédaction
de la vie des deux hommes par des rédacteurs
patentés. La simultanéité des phénomènes
n'est pas fortuite.
Au niveau architectural, le déambulatoire est
séparé du chur par une série
de piles cylindriques couronnées d'un très
bel ensemble de chapiteaux à thème floral
et animal. Il est intéressant de remarquer que
---»»
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Le déambulatoire nord vu depuis la chapelle axiale. |
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---»» l'architecte
du chur a choisi de rapprocher deux par deux les piles
du déambulatoire (voir plan).
Les travées situées devant les chapelles rayonnantes
sont ainsi davantage mises en valeur. Si l'on y ajoute les
moulurations toriques, les petits chapiteaux de calcaire,
l'alternance des fenêtres et des entrées des
chapelles, on obtient dans le chevet une atmosphère
de recueillement un peu précieux qui contraste avec
la rigueur et le dépouillement de la nef.
Pour Éric Sparhubert, la voûte
du déambulatoire n'est pas vraiment une voûte
d'arêtes. Dans son article pour le Congrès
archéologique de France en 2014, il écrit
que l'architecte «a rejeté la solution des voûtes
d'arêtes et des doubleaux qui aurait engendré
des articulations marquées, et préféré
un berceau légèrement rampant vers l'extérieur
entrecoupé de pénétrations qui se rejoignent
presque et donnent une grande fluidité au voûtement.»
Pour Jean Maury, dans Limousin roman (Zodiaque, 1960),
il s'agit bien d'une voûte d'arêtes qu'il qualifie
d'assez irrégulière. On pourrait la qualifier
aussi de «profonde», par opposition aux voûtes
d'arêtes plus «plates».
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«««---
À GAUCHE
Le déambulatoire sud et la chapelle axiale
Première moitié du XIIe siècle. |
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Le déambulatoire nord et le chur vus depuis la chapelle
axiale.
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Statue de saint Roch dans le déambulatoire. |
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La voûte du déambulatoire et deux chapiteaux à
thème floral. |

Le déambulatoire nord et le bas-côté nord. |
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Vue d'ensemble de la nef depuis l'axe central du déambulatoire. |
LES TROIS
CHAPELLES RAYONNANTES DU DÉAMBULATOIRE |
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Chapelle rayonnante Saint-Israël avec la châsse de
bois du XVII siècle
contenant les reliques de saint Israël. |
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Vitrail archéologique de l'atelier Édouard Didron, 1882
dans une chapelle rayonnante :
La Cène, Le retour du fils prodigue,
L'Apparition du Sacré-Cur à Marguerite-Marie Alacoque
(?) |

La Cène (atelier Édouard Didron, 1882). |

Le Mariage de la Vierge et de Joseph (atelier Édouard
Didron, 1882). |
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Vitrail de la vie de Joseph (atelier Édouard Didron, 1882)
Chapelle rayonnante Saint-Israël.
Le Mariage de la Vierge et de Joseph
La Fuite en Égypte
La Mort de Joseph. |
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LA CRYPTE DES
XIe-XIIe SIÈCLES |
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Plan de la crypte : une chapelle centrale, un déambulatoire
et trois
chapelles rayonnantes (fin du XIe siècle ou tout début
du XIIe siècle)
Le dessin du chur et du déambulatoire de la collégiale
est calqué sur celui de la crypte. |
La
crypte (1/2). C'est un lieu qui n'est pas
un lieu accessible en visite libre. Il faut se rendre
à la sacristie ou à l'Office de tourisme
pour s'en faire ouvrir la porte. À cause de la
déclivité du terrain, l'endroit n'est
pas un lieu enterré : les petites fenêtres
romanes donnent toutes sur la lumière du jour,
mais elles ne suffisent pas à éclairer
l'intérieur. Un appoint électrique est
indispensable.
La crypte se compose d'une chapelle centrale autour
de laquelle tourne un déambulatoire scandé
de trois chapelles rayonnantes. Son plan correspond
exactement à la disposition du chur
et du déambulatoire
de la collégiale situés au-dessus. L'ensemble
de l'ornementation est réduit au minimum. À
l'origine, les chapelles rayonnantes devaient accueillir
chacune un autel. Elles sont vides depuis longtemps.
Et il n'y a aucune trace d'anciennes peintures sur les
murs. Déambulatoire et chapelle centrale possèdent
une voûte d'arêtes. Les chapiteaux de la
chapelle sont simplement épannelés (voir
photo ci-contre).
À quelle date remonte cette crypte? Les archéologues
repèrent assez rapidement qu'elle n'est pas archaïque.
De fait, une réponse est donnée par Jean
Maury dans son article sur la collégiale dans
Limousin roman, éditions Zodiaque, 1960.
L'historien fait référence aux chapiteaux
de la chapelle centrale : «(...) une certaine
abondance de pierres striées et gravées,
dont une en feuille de fougère, incite à
placer le début de la construction avant la fin
du XIe siècle». Dans son article sur Saint-Pierre
pour le Congrès archéologique de France
tenu en Haute-Vienne en 2014, l'historien Éric
Sparhubert remonte encore moins loin. Il replace l'ensemble
de la construction de la collégiale dans une
suite logique d'étapes dont la première
a servi à effacer la déclivité
du terrain. La crypte, ---»» 2/2
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Crypte : vue d'ensemble de la chapelle centrale
(Fin du XI siècle ou tout début du XIIe). |

Crypte : les chapiteaux (simplement épannelés)
et la voûte de la chapelle centrale. |
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Le déambulatoire de la crypte
avec l'entrée dans une chapelle rayonnante. |
La
crypte (2/2).
---»» écrit-il en conséquence,
peut très bien dater du tout début du
XIIe siècle.
Si effacer la déclivité du terrain était
un objectif de la crypte, un autre était d'accueillir
les reliques des saints Israël et Théobald.
Ce qui fut fait en 1130. L'endroit servait donc de lieu
de pèlerinage. Éric Sparhubert ajoute
que l'aspect archaïque de cette crypte, de par
son dépouillement extrême, a sans doute
été voulu par ses concepteurs «pour
conférer au lieu qui conserve les reliques un
aura d'ancienneté.»
Saint Israël est né en 950. Il fut
chanoine, puis supérieur de la collégiale.
Il prit en charge l'instruction du jeune Théobald,
né en 990 et qui montra très tôt
de remarquables dons intellectuels. Théobald
entra dans le chapitre de Saint-Pierre-aux-liens. L'un
et l'autre passèrent toute leur vie à
la collégiale et laissèrent un renom de
sainteté.
Sources : 1) Congrès
archéologiques de France, sessions tenues
à Limoges en 1921 et en Haute-Vienne en 2014
; 2) Limousin roman, éditions Zodiaque,
1960.
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«««---
À GAUCHE
Vue d'une chapelle rayonnante de la crypte
depuis la chapelle centrale. |
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Documentation : «Congrès archéologique
de France, session tenue à Limoges en 1921», article
sur la collégiale de René Fage et François Deshoulières
+ «Congrès archéologique de France», session
tenue en Haute-Vienne en 2014, article sur la Collégiale d'Éric
Sparhubert
+ «Limousin roman», éditions Zodiaque, Collection
La nuit des temps, 1960
+ «Le Dorat», éditions Zodiaque, texte de l'abbé
Philippe Schneider, 1981
+ «Mémento pratique d'archéologie française»
de Vincent Flipo, Éditions Firmin-Didot, 1930. |
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