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Page créée en 2011
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Érigée sous le Second Empire, l'église Saint-Augustin est le seul édifice cultuel construit par l'architecte Victor Baltar, par ailleurs bâtisseur des Halles de Paris. Baltard a néanmoins restauré de nombreuses églises dans sa carrière.
Avec 94 mètres de long, 80 mètres de haut au lanternon et une coupole de 25 mètres de diamètre, Saint-Augustin en impose dans son quartier. C'était la première fois qu'on élevait une église de cette taille avec une ossature métallique couverte de pierres.
Baltard ne chercha pas à cacher le métal : l'ossature se voit au niveau de la voûte et des colonnes. Des piliers en fonte dorée ornés d'anges polychromes soutiennent tout l'édifice. Le chœur circulaire accueille un grand ciborium en fonte et s'ouvre sur trois chapelles, chacune surmontée d'une tribune ouverte.
L'église est aménagée en style romano-byzantin, parfois éclectique : roman pour la nef avec ses arcs en plein cintre, byzantin pour le chœur avec sa coupole, mais aussi antique pour le ciborium, style vaguement Renaissance ailleurs.
C'est un édifice assez austère comme aucun autre à Paris (plusieurs photos de cette page ont été éclaircies). On est loin de la beauté de Saint-François-Xavier ou de La Sainte-Trinité, deux églises bâties à la même époque. Néanmoins, Victor Baltard a mêlé les critères artistiques du Second Empire aux besoins spirituels de la communauté des fidèles.
Au premier niveau de l'élévation de la nef, les vitraux sont à figures géométriques ; au troisième niveau, ils représentent des saints et des martyrs. Il n'y a pas de vitraux en verre blanc. Ce qui explique que la nef soit assez sombre.
Quant à la coupole, elle est ceinturée par une procession vitrée, là encore, de saints et de martyrs sur des cartons du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).

La nef de l'église Saint-Augustin à Paris
La nef de Saint-Augustin et son impressionnante austérité.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-AUGUSTIN

L'église vue du chevet.
Le dôme, entouré de ses quatre tourelles,
se dresse fièrement sur le boulevard Malesherbes.

La façade et son architecture inspirée de l'art roman.


La façade de l'église.
Les trois arcades de l'entrée sont en plein cintre et surmontées d'une frise sculptée par François Jouffroy (1806-1882) où Jésus est entouré des apôtres. Dans les quatre niches latérales se tiennent Moïse, Élie, Augustin et Thomas d'Aquin. Au-dessus, la grande rose possède une armature en fonte.



Galerie de la façade : Jésus est entouré des apôtres. À gauche, Thomas d'Aquin.

Le lanternon.
Forme et couleur choisies par Victor Baltard sont tout à fait originales.
Durant la guerre de 1870, Baltard étant protestant, les critiques de l'église l'assimilèrent à un casque prussien. L'aigle sur la cuve de la chaire à prêcher pourrait subir la même critique.


Le lanternon au-dessus du dôme cumine à 80 mètres.

Hommage au métal : vue partielle du lanternon.

La construction de l'église Saint-Augustin.
Jusqu'au début du Second Empire, ce quartier de Paris , dans le 8e arrondissement, était surnommé la Petite Pologne en raison de la misère qui y sévissait.
La volonté de Napoléon III de créer, dans la capitale, de grands axes de circulation bordés d'immeubles modernes remodela le profil de la population. La Petite Pologne fut vite transformée en un quartier bourgeois. Le besoin de le doter d'une église digne du standing de ses habitants se fit pressant.
L'espace n'était pas large : il y avait juste un trapèze délimité par le boulevard Malesherbes et l'avenue Portalis (aujourd'hui César Caire). De plus, sur une carte de Paris, on constate qu'il existe un changement d'angle dans le boulevard Malesherbes à cet endroit. Y ériger une grande église, pensait le baron Haussmann, dissimulerait cette obliquité dans la perspective.
C'est à Victor Baltard (1805-1874) que fut confiée cette tâche. Il avait su régler, à la satisfaction du Prince-Président, le problème des Halles en 1852.
Le chantier commença en 1860 et fut suivi de près par l'empereur. Reprenant l'innovation de l'architecte Louis-Auguste Boileau pour l'église Saint-Eugène, Baltard proposa une ossature métallique couverte de parois de pierre et d'une voûte de brique. Ce mode de construction était, argumenta-t-il, économique et solide. Il n'y avait pas besoin de contreforts ni d'arcs-boutants.
Utiliser le métal pour bâtir, c'était moderne. Et c'était aussi ce que souhaitaient les catholiques parisiens de l'époque : allier la modernité aux besoins spirituels sans perdre de vue les formules stylistiques habituelles.
Victor Baltard choisit l'éclectisme : porches néo-romans, coupole byzantine, arcades en plein cintre dans la nef, ciborium à l'antique, le tout en privilégiant les techniques artistiques nouvelles.
L'église Saint-Augustin fut inaugurée le 28 mai 1868 et ne déchaîna pas l'enthousiasme.
Très vite, on reprocha à l'architecte la part trop importante donnée à la technique. D'autres regrettèrent que le tracé des rues s'imposât à l'architecture et non pas l'inverse, privant l'édifice d'une harmonie à sa mesure.
Durant la guerre de 1870, les moqueurs n'hésitèrent pas à assimiler le lanternon à un casque prussien et à railler la religion calviniste de l'architecte, ce qui le disqualifiait, disait-on, pour construire des églises catholiques.
Autre détail similaire sans doute non relevé : l'aigle de Jean sur la cuve de la chaire à prêcher rappelle l'aigle allemand de Guillaume II !
L'édifice a bénéficié d'une restauration extérieure en 1991-1992.
Source : L'église Saint-Augustin, article de Georges Poisson (conservateur général du Patrimoine), revue Napoléon III, 2e trimestre 2010.


La Charité.

La Foi.

Le fronton de la façade.
Le fronton de chacun des trois portails est orné d'un médaillon en lave émaillée.
Œuvres de Jean-Paul Balze (1815-1884), ces médaillons représentent les vertus théologales.

ARCHITECTURE INTÉRIEURE DE L'ÉGLISE SAINT-AUGUSTIN

La nef et son élévation droite.
La nef donne directement dans les espaces latéraux. Il n'y a pas de bas-côté.
Le terrain étant en trapèze, les espaces latéraux s'élargissent à mesure qu'on avance vers le chœur.
Seule une partie d'entre eux est éligible au titre de chapelle.

Plan de l'église Saint-Augustin.

Longueur totale : 94 mètres
Largeur du vaisseau central : 16 mètres.
Diamètre de la coupole : 25 mètres.

Architecture intérieure de la nef.
L'église comprend une nef de seize mètres de large s'étalant sur huit travées. La nef est bordée d'espaces latéraux trapézoïdaux qui s'élargissent en allant vers le chœur. Seuls les plus larges sont devenus chapelles. L'élévation est à trois niveaux : grandes arcades en plein cintre, tribunes ouvertes sur la nef par une série d'arcatures triples logées dans des baies elles aussi en plein cintre, et enfin fenêtres hautes au dernier niveau.
Les piliers en fonte dorée sont ornés d'anges disposés sur des chapiteaux corinthiens juste sous la corniche qui souligne le passage du deuxième au troisième niveau de l'élévation. Ces fines colonnes en fonte, réalisées par Louis Schroeder (1828-1898), constituent un véritable élément décoratif.
La voûte en léger berceau repose sur une charpente en fer soutenue par des armatures métalliques ornées d'une belle ferronnerie (photo ci-dessous).
Les vitraux des hautes fenêtres offrent de magnifiques peintures sur verre de personnages des premiers siècles de l'Église (évêques et martyrs). Toutes les sources attribuent ces créations à l'atelier Maréchal de Metz. Pourtant leur style ne correspond guère aux œuvres connues de ce peintre verrier, mais rappelle plutôt celui d'Édouard Didron, d'Eugène Oudinot ou encore d'Antoine Lusson. La commande passée à Maréchal de Metz aurait-elle été sous-traitée par un atelier parisien ?


Les piles en fonte
dorée font partie
de la décoration
de l'église.

Une suite de belles ferronneries soutient la voûte.

Saint Augustin, docteur de l'Église, détail.
Atelier Maréchal de Metz.

Ange en fonte polychrome
sur un pilier.

Chapelle latérale Saint-Antoine.

L'exiguïté du terrain où est bâtie l'église a transformé les espaces
latéraux en confessionnaux ou en bureaux.
Seule la chapelle Saint-Antoine présente un aspect habituel.

La nef et son élévation droite vues vers l'orgue de tribune.


L'aigle de saint Jean
sur la cuve de la chaire à prêcher.

Si le lanternon ressemble à un casque prussien,
cet aigle martial qui "bombe le torse"
rappelle le rapace associé
à l'empereur allemand Guillaume II !

«««--- La chaire à prêcher est ornée
de l'aigle de l'Évangéliste Jean.

Évêque saint Paul et saint Jérôme
Atelier Maréchal de Metz.
Vitrail dans les hautes fenétres de la nef.

Saint Hilaire et saint Augustin
Atelier Maréchal de Metz.
Vitrail dans les hautes fenétres de la nef.

Une opinion négative sur l'église.
En 1968, Yvan Christ, membre de la Commission du Vieux Paris, rédige une note sur Saint-Augustin pour le Dictionnaire des églises de France (éditions Robert Laffont). Il s'est déjà montré assez négatif sur l'église de la Sainte-Trinité dans le 9e arrondissement, mais il l'est encore plus sur Victor Baltard à Saint-Augustin.
Il écrit :
«Partisan convaincu des matériaux nouveaux, Baltard était également un de ces "éclectiques" qui, faute de pouvoir créer un style, se contentaient d'en emprunter les éléments à toutes les périodes de l'histoire de l'art : les styles roman, byzantin, gothique, renaissance, sont ici mêlés en un conglomérat très déconcertant... Ainsi en témoigne le froid décor de la large nef de huit travées (...).»
Il poursuit à propos du chœur : «Celui-ci forme un grand carré qu'entourent trois chapelles et que coiffe une énorme coupole, métallique comme toute l'armature de cette machine indigente, dépourvue de toute espèce de grâce et de saveur.»
Sa conclusion tempère néanmoins ce jugement sévère : «Il reste que l'ensemble du vaisseau est de bonnes proportions et qu'en dépit de la sécheresse absolue de ses dispositions fonctionnelles et décoratives, le chœur et sa coupole constituent un morceau assez impressionnant.»


Saint Fulgence et saint Léon.
Atelier Maréchal de Metz..
Vitrail dans les hautes fenêtres de la nef.

Saint Basile et saint Grégoire
Atelier Maréchal de Metz.
Vitrail dans les hautes fenêtres de la nef.
LE CHŒUR ET SES CHAPELLES

Le chœur et le ciborium.
Sur la gauche, la chapelle de la Vierge est fermée par trois arcades de hauteur inégale.


L'autel, sous le ciborium, est orné de marbre et de mosaïques. ---»»»

Architecture du chœur.
Au centre du chœur, sous une voûte byzantine, un grand ciborium en bronze et en fonte dorée, surélevé de quelques marches, abrite l'autel orné de marbre et de mosaïques.
La coupole, de 25 mètres de diamètre, est portée par quatre pendentifs décorés de grands médaillons peints par Émile Signol (1799-1881) sur fond d'or et fixés sur des armatures métalliques.
Au-dessus des pendentifs, une galerie de triplets soutient une suite de vitraux accueillant des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament autour du Christ et de la Vierge. Ces vitraux ont été réalisés par un atelier de verriers qui ne semble pas être référencé. Au moins en connaît-on l'auteur des cartons : le peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881),
Sur trois des côtés, le chœur se prolonge par une chapelle en forte saillie fermée par trois arcades surmontées d'une tribune : chapelle de la Vierge dans l'axe ; chapelle Saint-Joseph et chapelle du Sacré-Cœur.
La tribune axiale est éclairée par trois vitraux de Claudius Lavergne (1814-1887) : Annonciation, Visitation et Descente de croix. Les deux autres tribunes reçoivent, sous la voûte, des peintures marouflées de William Bouguereau (1825-1905). Compte tenu de la hauteur et du peu de lumière, l'artiste a opté pour des personnages qui se détachent sur un fond bleu et un paysage très simple.
Un orgue de chœur est installé dans la tribune qui surplombe la chapelle Saint-Joseph.



La coupole avec son arcature surmontée de vitraux.
Cette image est typique de l'église Saint-Augustin : un mélange de pierre et de métal
qui, par endroits, prend presque des allures de bric-à-brac.

Chaque pendentif est orné d'un grand médaillon porté par des armatures métalliques.
La peinture est signée Émile Signol.

Le chœur et le ciborium en fonte dorée. ---»»»
Au second plan, au premier niveau, la chapelle Saint-Joseph.
Dans la tribune au-dessus, l'orgue de chœur.

Une arcature néo-romane regroupée en triplets soutient la coupole.
Les cartons des vitraux sont dus au peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881)

Peintures marouflées au-dessus de l'orgue de chœur, détail :
Baptême de Jésus et Salomé apportant la tête de saint Jean-Baptiste.
William Bouguereau (1825-1905).

Saints évêques et martyrs, détail.
Carton de Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail en grisaile relevée au jaune d'argent dans la coupole.

L'orgue et les sculptures en pierre et en fer au second niveau du chœur.

Chapelle de la Vierge et sa tribune éclairée par les vitraux de Claudius Lavergne.

La Descente de Croix
Atelier Claudius Lavergne (1814-1887).

Élévation de pierre et de fonte dans le chœur.

L'archevêque de Paris François-Richard de La Vergne (1886-1908)
offre l'église Saint-Augustin à la Vierge.

Carton du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.

Saint Sulpice
Carton du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.

Saint Denis
Carton du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.

Saint Séverin
Carton du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.

Chapelle du Sacré-Cœur.
C'est l'une des trois chapelles qui prolongent le chœur circulaire.

L'Annonciation
Atelier Claudius Lavergne (1814-1887).
Vitrail dans la tribune au-dessus de la chapelle de la Vierge.

Chapelle axiale de la Vierge.

Saint François de Sales ---»»»
Saint Vincent de Paul
Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cartons du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.


Vierge à l'Enfant, détail.
Léon Jaley (1802-1866).
Marbre.

Sainte Marthe, détail.
Aimé-Napoléon Perrey (1813-1883).

Saint Louis portant la couronne d'épines, détail. ---»»»
Carton du peintre Jean-Louis Bézard (1799-1881).
Vitrail de la coupole.


La mort de sainte Monique
Eugène-Ulysse Maillart (1840-1926).
(Sainte Monique est la mère de saint Augustin.)

Chapelle Saint-Joseph.
Les chapelles du chœur ont été construites avec des colonnes en marbre rose. Des mosaïques couvrent les autels.

Saint Agoard, détail d'un vitrail de la coupole.
Carton de Jean-Louis Bézard (1799-1881).

L'orgue de tribune est dû au facteur Barker (1868).
Il a été révisé par Cavaillé-Coll en 1899, puis dans la seconde moitié du XXe siècle.
L'orgue se dégage sur une rose de Prosper Lafaye (1806-1883) dont l'armature est en fonte.

Le chœur et son imposant ciborium.
Dans l'église Saint-Augustin, la pierre et la fonte se juxtaposent partout.

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et Ané, 1936
+ «Dictionnaire des églises de France», éditions Robert Laffont, 1968
+ «L'église Saint-Augustin» de Georges Poisson, article de la revue Napoléon III, 2e trimestre 2010
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