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Page créée en nov. 2017
Le Combat des Trente, vitrail de Jacques Gruber, détail

Avant le XIIe siècle, l'édifice qui s'élèvait à l'emplacement actuel de la basilique était la chapelle d'un château élevé par Guéthénoc, vicomte de Porhoet. En 1108, cette chapelle fut offerte aux moines du prieuré Saint-Martin (dont les ruines subsistent à la périphérie du bourg) qui relevait de l'abbaye de Marmoutier. En 1158, Henri II Plantagenêt s'empara de Josselin, détruisit le château, brûla la ville et la rasa. Une deuxième chapelle fut alors bâtie, mais pas avant le dernier quart du XIIe siècle (les restes romans dans le chœur - intérieur et extérieur - interdisent de remonter plus avant). Au XIVe siècle, Olivier de Clisson (†1407) fit de Josselin le lieu privilégié de la seigneurie de Rohan. En 1370, ce puissant seigneur, qui fut connétable des armées royales, se fit bâtir une chapelle privée à droite du chœur (chapelle Sainte-Marguerite), lieu destiné à abriter sa dépouille. Il entreprit probablement aussi la transformation du petit édifice (ajout d'une nef et de bas-côtés). La paix revint avec la fin de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) et l'expansion urbaine transforma la chapelle en église paroissiale.
La première moitié du XVe siècle, au temps du duc Jean V, est regardée comme l'âge d'or de la Bretagne. À Josselin, les travaux sur la nef et les bas-côtés se poursuivirent, essentiellement grâce à deux mécènes : la famille de Rohan tout d'abord (illustrée dans le grand vitrail de la baie d'axe), puis par l'évêque de Saint-Malo, Jean de l'Épervier, dont le diocèse englobait Josselin. Les deux mécènes offriront notamment des vitraux. «Les membres de l'illustre famille des Rohan possessionnée à Josselin ne cessèrent, à l'égal des princes et avec un sens politique très affirmé, d'«utiliser» le vitrail pour manifester leur prééminence seigneuriale, si bien qu'un grand nombre d'édifices de leur domaine d'influence en possèdent encore le témoignage» [Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne]. Après la mort de Jean de l'Épervier, on entreprit en 1491 la construction de la chapelle au nord du chœur (actuelle chapelle Notre-Dame du Roncier).
Dans la première moitié du XVIe siècle, deux chapelles s'élevèrent dans le bas-côté nord ainsi qu'une tour en demi-hors œuvre (démolie au XIXe siècle). Cette tour était destinée à abriter les objets précieux et les liquidités - ce qui est un signe évident de la richesse de la paroisse. À partir du XVIe siècle, l'église et la ville ont profité du développement constant du pèlerinage à Marie. L'édifice devint même basilique en 1891. L'ancienne appellation de Notre-Dame du Château fit place, à l'époque moderne, à celle de Notre-Dame du Roncier (voir le vitrail relatif à la légende de la découverte d'une statue de la Vierge dans un buisson de ronces en l'an 808.)
L'église actuelle a été remaniée au XIXe siècle. À côté d'un cachet architectural très séduisant, rehaussé par le contraste entre la pierre de granit et les voûtes en bois, l'édifice est riche en vitraux des XVe et XIXe siècles. L'importance de la vitrerie de la fin du XIXe donne d'ailleurs un aperçu très diversifié de la création artistique des ateliers de peintres verriers à cette époque. Cette page offre un panorama étoffé de l'ensemble des vitraux de la basilique.

Saint Jean-Baptiste, détail d'un vitrail du XVe siècle
Vue d'ensemble de la nef de la basilique (XVe siècle).
Vue d'ensemble de la nef de la basilique (XVe siècle).
L'ASPECT EXTÉRIEUR DE LA BASILIQUE NOTRE-DAME DU RONCIER
Vue d'ensemble de la basilique.
Vue d'ensemble de la basilique.
Sur la partie gauche de la photo, la façade occidentale avec son beau portail du XVe siècle en accolade.
Le portail occidental et sa magnifique accolade à voussure triple (XVe siècle).
Le portail occidental et sa magnifique accolade à voussure triple (XVe siècle).
La Vierge à l'Enfant (XVe siècle)
La Vierge à l'Enfant (XVe siècle)
sur le trumeau du portail.
Une gargouille avec deux animaux monstrueux et un grotesque
Une gargouille qui mêle deux animaux monstrueux et un grotesque !
Christ en croix sur le clocher.
Christ en croix sur le clocher.
Le clocher de la basilique vu des jardins du château.
Le clocher de la basilique vu des jardins du château.
Ornement sur un vantail du portail ouest.
Ornement sur un vantail du portail ouest.
La façade orientale et le clocher.
La façade orientale et le clocher.
La tour porte l'empreinte du début du XVIe siècle.
Le toit dissymétrique de la basilique vu depuis le clocher.
Le toit dissymétrique de la basilique vu depuis le haut du clocher.

Architecture extérieure. La basilique, achevée vers 1470, se rapproche des églises halles : les voûtes des bas-côtés sont aussi élevées que celle du vaisseau central. La construction est de «parti haut», donc l'élévation est à un seul niveau et l'éclairage ne peut venir que des ouvertures des bas-côtés. D'où le beau cachet de la pierre de granit, notamment sur le côté sud qui est percé de grandes fenêtres à pignons rapprochés. Cet aspect est typique de bien des églises bretonnes, comme l'est également le chevet plat et son grand vitrail des Rohan.
Le visiteur ne manquera pas d'admirer l'accolade à triple voussure du portail ouest. Son trumeau est orné d'une Vierge du XVe siècle. Une jolie porte en anse de panier s'ouvre sur le bas-côté sud (ci-dessous). Elle est surmontée d'une séduisante croix en granit ornée du visage d'un Christ de douleur (ci-contre).
Quant à la tour, sa partie basse est la partie la plus récente de l'édifice (début du XVIe siècle). Elle est encastrée entre deux contreforts du XVe siècle.

Croix en granit avec Christ de douleur
Croix en granit avec Christ de douleur
au-dessus de la porte sud (XVe siècle).
Le château de Josselin vu depuis le clocher de la basilique.
Le château de Josselin vu depuis le clocher de la basilique.
La porte du côté sud.
La porte du côté sud (XVe siècle).
LA NEF DE LA BASILIQUE NOTRE-DAME DU RONCIER
Vue des grandes arcades de la nef vers le bas-côté nord.
Vue des grandes arcades de la nef vers le bas-côté nord.
Plan de la basilique Notre-Dame du Roncier.
Plan de la basilique Notre-Dame du Roncier.

Architecture de la nef. L'élévation, très élégante, de la nef est dite «de parti haut» (donc sans fenêtre), comme celle de Ploërmel. Elle a été construite à partir de 1460. Cette élégance est synonyme de fragilité : un couvrement en granit est impossible (voir les détails techniques plus bas). La voûte lambrissée en berceau dite «à chevrons formant fermes» permet en revanche l'éclosion d'un programme pictural riche et varié (voir les détails et les photos de la voûte). La nef n'étant éclairée d'aucune fenêtre en hauteur (caractéristique du parti haut), son éclairage est indirect : il vient des fenêtres des bas-côtés. D'où le développement de pignons latéraux très scandés, essentiellement sur la façade méridionale qui comporte de grandes ouvertures passantes en lucarnes. L'historien Rogier Barrié ajoute : «L'espace ainsi créé apparaît, tel celui d'une église halle, sans rythme fort, mais propice à la fréquentation populaire et à la spiritualité de masse suscitée dès 1418 par la prédication de saint Vincent Ferrier à Josselin et par le succès du pèlerinage marial par la suite.»
Le parti haut et le décor du portail ouest constituent d'ailleurs une des options de l'architecture bretonne au XVe siècle. En privilégiant le parti haut, l'architecte doit accorder une importance capitale à la lumière. Il est indispensable de «faire vivre et colorer l'espace intérieur unifié» [Barrié]. D'où la présence, dès le XVe siècle, de grandes verrières à personnages sur le côté sud.
Source : Congrès archéologique de France tenu dans le Morbihan en 1988, article sur la basilique par Roger Barrié.

Les grandes arcades, la chaire à prêcher et le collatéral  nord.
Les grandes arcades, la chaire à prêcher et le collatéral nord.
Dans la moitié droite : le grand vitrail du Combat des Trente par l'atelier Gruber. Sur la gauche, les deux vitraux de l'atelier Mauméjean.
La chaire à prêcher date de 1783.
La chaire à prêcher date de 1783.
Cette magnifique œuvre d'art, en fer forgé et en tôle, de style rocaille,
a été réalisée par un ferronnier de Josselin, Eustache Roussin.

Les vitraux. On ne sait pas grand-chose des vitraux anciens de Notre-Dame du Roncier. L'église actuelle abrite quatre verrières du XVe siècle partiellement conservées. L'évêque de Saint-Malo, Jean de l'Épervier, est le commanditaire de celle de la baie 10. Dans celle de la baie 13 (non présentée ici), seul le tympan est du XVe. Toutes ont été restaurées et/ou complétées par l'atelier manceau de Ferdinand Hucher. Ce sont des verrières à grands personnages et à hauts dais, le tout peint à la grisaille et au jaune d'argent. Ce qu'il nous en reste est très dégradé. On ne sait rien de plus sur les verrières de l'époque. La lumière avait acquis un rôle capital dans la volonté d'éclairer l'espace intérieur unifié. Y en avait-il vraiment d'autres ou était-ce du verre blanc? Le Corpus Vitrearum indique que ces verrières «se situent dans les bas-côtés de l'édifice, principalement dans le bas-côté sud, et forment un ensemble relativement homogène, réalisé vers 1470-1480, date généralement attribuée à l'achèvement des bas-côtés.»
En revanche, l'église offre un panorama intéressant de la création artistique des peintres verriers au XIXe siècle. Trois ateliers français reçurent des commandes : le Carmel du Mans du peintre verrier Ferdinand Hucher, Meuret et Lemoigne à Nantes et Noël Lavergne, de Paris. Au XXe siècle, c'est Jacques Gruber qui sera sollicité par la famille de Rohan pour créer un vitrail, très art-déco, sur le Combat des Trente (vers 1931-1933). En 1939, l'atelier Mauméjean, au style si caractéristique, réalisera deux vitraux sur la Naissance de la Vierge et le Mariage de la Vierge. Suite ci-dessous ---»»

Le pied de la chaire est composé des attributs des quatre évangélistes
Le pied de la chaire est composé des attributs des quatre évangélistes :
l'homme de Matthieu, l'aigle de Jean, le lion de Marc et le taureau de Luc.
Le Combat des Trente (extrait).
Le Combat des Trente
(détail).
LE VITRAIL DU COMBAT DES TRENTE, atelier Jacques Gruber, vers 1931-1933
Baie 5 : le Combat des Trente (1351)
Baie 5 : le Combat des Trente (26 mars 1351)
Atelier Jacques Gruber, Paris, vers 1931-1933.

Les vitraux (suite et fin). Parmi les vitraux du XIXe siècle, il faut signaler celui consacré à sainte Anne d'Auray et à son pèlerinage, réalisé par Meuret & Lemoigne en 1875 (baie n°6).
Les autres verrières datent de la période 1890-1895. Noël Lavergne crée deux vitraux dont celui d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, visible dans la chapelle Sainte-Marguerite qui abrite le cénotaphe du connétable.
Le vitrail de la baie 16, illustrant le combat de l'archange Michel contre le démon, échappe à un atelier français puisque c'est l'atelier Burckhardt et fils de Munich qui le réalise en 1893. L'atelier Burckhardt choisit de rester fidèle au célèbre tableau de Raphaël. Le commanditaire le lui a-t-il demandé?
Plus intéressant encore est le vitrail de la baie d'axe commandé par la famille de Rohan en 1893. Dans son article pour le Congrès archéologique de France tenu dans le Morbihan en 1988, Roger Barrié regarde cette œuvre comme «une grande composition archéologique dans un style éclectique qui donne une lumière peu heureuse pour le chœur (...)» En fait, l'intérêt de ce vitrail est d'abriter une galerie historique des Rohan inspirée de photographies. Roger Barrié parle ainsi de la «manière très proustienne» avec laquelle ce vitrail évoque la haute société de l'époque. Les six personnages de la famille de Rohan, alignés dans le soubassement, sont donnés intégralement plus bas. Quant aux lancettes, elles illustrent les mystères du Rosaire. À voir également un vitrail tableau de fort belle belle facture : celui illustrant le célèbre thème des «aboyeuses», femmes affectées d'hystérie ou d'épilepsie, signé Hucher, du Mans. Il présente ici la guérison miraculeuse, en 1728, de trois enfants de Camors atteints de ce mal mystérieux.
Sources : 1) Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005 ; 2) Congrès archéologique de France, Morbihan, 1988, article sur la basilique par Roger Barrié.

Le Combat des Trente, partie centrale.
Le Combat des Trente, partie centrale.
Atelier Jacques Gruber, Paris, vers 1931-1933.
Dans la photo du vitrail entier (à gauche), on remarquera les attributs des évangélistes dans la partie basse du tympan.

Le combat des Trente. La mort sans héritier, en 1341, du duc de Bretagne, Jean III, fit s'affronter deux partis qui se disputaient son héritage. La cruelle guerre de Succession de Bretagne se déclencha alors et ne prit fin que vingt-trois ans plus tard, en 1364. Deux partis s'opposèrent : Charles de Blois, soutenu par l'armée française, et Jean de Montfort, soutenu par les Anglais. Les seigneurs les plus puissants de Bretagne étaient du côté de Charles. En 1345, le parti de Blois possédait Nantes, Rennes et Quimper et semblait devoir l'emporter, d'autant plus que Jean de Montfort mourut la même année.
Cependant, 1346 est l'année de la terrible défaite française de Crécy face aux Anglais. En Bretagne, le parti anglais se renforce et la défaite sanglante de Charles de Blois à la Roche-Derrien, en juin 1347, provoque un retournement complet de la situation. De 600 à 700 hommes d'armes français périrent dans une attaque nocturne lancée par le chef anglais Thomas Dagworth qui veut défendre la forteresse de la Roche-Derrien occupée par ses troupes. L'historien Heinrich Denifle écrit : «Les chefs des plus grandes familles de Bretagne, comme les Rohan, les Laval, les Rougé, les Châteaugiron, les Châteaubriant succombèrent en combattant à côté de leur duc (...)» D'autres sont faits prisonniers, dont Charles de Blois «après qu'il eut reçu dix-sept blessures» [Denifle]. Les Anglais occupèrent la Bretagne et assurèrent le rôle d'oppresseurs, sans ménagement pour des gens qui n'étaient pas de leur nation, même quand ils relevaient du parti des Montfort. En lançant sa petite troupe dans une guérilla permanente contre l'ennemi, Bertand Du Guesclin commença à acquérir quelque gloire. Mais les Anglais se montraient trop forts pour leurs adversaires. La Bretagne était pillée, couverte de ruines. La bataille rangée d'Auray en 1364 fut décisive : Charles de Blois trouva la mort et Du Guesclin fut capturé. En 1365, le traité de Guérande sonna la fin de la guerre en abandonnant au fils de Jean de Montfort le duché si âprement disputé.   Suite et fin ci-contre ---»»

Le Combat des Trente, détail.

---»»   Le combat des Trente intervient à l'époque de la guérilla de Du Guesclin. En septembre 1347, la trêve de Calais suspend les combats entre Français et Anglais. En Bretagne, la trêve s'impose aussi - pour quatre ans. Heinrich Denifle, dans son ouvrage La Désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de Cent Ans, précise la réalité des choses : «en dépit des trêves, il y avait partout des hostilités, des incursions continuelles, des assauts, des dévastations, des pillages qui ruinaient et décourageaient les populations.» Et ceci en Bretagne comme partout en France dès lors qu'on trouvait des soldats anglais, des routiers et des chefs de bande.
C'est dans ce climat de tension permanente que le 26 mars 1351, le Combat des Trente opposa trente et un champions du parti de Blois contre trente et un champions du parti des Montfort, dont vingt-et-un étaient anglais. La bataille eut lieu sur la lande autour du chêne de la Mi-Voie, entre Ploërmel et Josselin. Les Bretons finirent par l'emporter. Mais cette victoire, toute ponctuelle, n'eut aucune conséquence. En 1352, la guerre de Succession reprit de plus belle en une suite ininterrompue d'escarmouches et de guet-apens. Les manoirs furent pris et repris. Et la Bretagne sombra dans la désolation.
Sources : 1) La Désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de Cent Ans, Heinrich Denifle, 1899 ; 2) Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons, Joël Cornette, éditions du Seuil, 2015.

«««--- À GAUCHE
Le Combat des Trente, détail.
La victime ne ressemble guère à un soldat.
S'agit-il de l'archange saint Michel terrassant le démon?

Le Combat des Trente, soubassement avec écussons des Rohan-Chabot.
Le Combat des Trente, soubassement avec écussons des Rohan-Chabot.
Atelier Jacques Gruber, Paris, 1933.

Le combat des Trente - le récit. Le célèbre chroniqueur de l'époque, Jean Froissart, a bien sûr décrit la bataille dans son volumineux ouvrage. Ce récit a été rapporté et commenté par Aristide Guilbert en 1846 dans son Histoire des villes de France. C'est ce dernier texte que nous utilisons ici.
Au cours de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), la trêve de Calais fut signée en 1347 pour interrompre les combats pendant quatre ans. Sur le terrain cependant, les escarmouches sanglantes continuaient ; toute la paysannerie souffrait. Ploërmel était tenu par les auxiliaires anglais de Jean de Montfort. Richard Bembro (ou Benborough) commandait la troupe. Josselin et son château étaient la possession de Robert de Beaumanoir, maréchal de Bretagne. Il défendait le parti de Charles de Blois et du roi de France. Exaspéré par ces violations incessantes du traité et, peut-être aussi, touché par les plaintes des paysans, Robert de Beaumanoir sortit de Josselin en mars 1351 avec une très forte troupe. Son but : provoquer au combat les Anglais de Ploërmel. Pourtant, Beaumanoir arriva devant les portes de la ville sans avoir rencontré personne. Là, Benborough sortit et, plutôt que de s'en remettre au sort d'une bataille en ligne qui tuerait beaucoup d'hommes, il proposa un combat de vingt ou trente chevaliers d'un camp contre ceux de l'autre. Robert de Beaumanoir accepta. On se mit d'accord sur le chiffre de trente. Avec les chefs, Robert et Bernborough, cela faisait donc trente-et-un dans chaque camp.
Le lieu choisi fut une vaste lande couverte de bruyères, connue sous le nom de Mi-Voie, à peu près à égale distance de Ploërmel et de Josselin. Au milieu de cette lande s'élevait un gros chêne isolé et connu de tous - qui servit de point de rassemblement. Jean Froissart n'en parle pas, mais, comme le pense Aristide Guilbert, il devait y avoir une nombreuse foule pour observer ce combat singulier. Quant à la date, Guilbert parle du 27 mars 1351 ; d'autres sources donnent le 26 mars. Beaumanoir eut du mal à choisir ses frères d'armes : il y avait un trop-plein de volontaires ; Bernborough, quant à lui, s'appuya sur une majorité d'Anglais, renforcés de Flamands et de quelques Bretons du parti de Montfort.
Le combat devait avoir lieu entre chevaliers à pied et non à cheval. Juste avant la bataille, on convint des conditions : aucun spectateur ne devait interférer dans la lutte et aucun combattant ne devrait fuir. Il n'y avait que deux sorties possibles : la mort ou la capture (ou la victoire finale d'un camp évidemment). La mort de celui qui avait capturé son adversaire rendait la liberté à son captif.
Le combat commença. Les deux lignes de chevaliers se ruèrent l'une sur l'autre. Assez rapidement, les Anglais eurent l'avantage. Deux compagnons de Beaumanoir furent tués ; trois autres furent capturés par Bernborough. Mais l'acharnement des combattants et la lourdeur de leurs équipements (tuniques protectrices et armes) finirent par épuiser tout le monde. On convint donc d'une trêve pour reprendre haleine. Quatre chevaliers du parti français étaient morts ; deux du parti anglais.

Après un long repos, la lutte reprit. Encore plus féroce, d'après Froissart. Très malmené et actif dans tous les duels, Beaumanoir fut blessé ; la perte de sang l'affaiblit. Assoiffé, il demanda de l'eau. C'est ici que Froissart place la fameuse réponse de Geoffroy de Blois à son chef : Bois ton sang, Beaumanoir, et ta soif passera ! Peu après, Bernborough fut frappé d'un coup de lance mortel à travers sa visière et tomba sans vie. Sa mort libéra aussitôt ses trois prisonniers bretons qui revinrent dans la bataille. Du côté anglais, Croquart, aventurier normand, prit le commandement et encouragea ses hommes avec fougue : ils réussirent à opposer une muraille infranchissable à la fureur offensive des chevaliers français. Le combat s'enlisait et le jour avançait.
Soudain, un écuyer breton, Guillaume de Montauban, eut l'idée d'un stratagème. Il s'écarta de la mêlée (sous les reproches de ses compagnons), chaussa ses éperons et s'élança sur son cheval comme s'il quittait la bataille. En fait, il fit un grand cercle et revint sur les Anglais pour les culbuter du haut de sa monture. Profitant de la dislocation de l'adversaire, les Français se ruèrent à l'assaut de plus belle : les Anglais furent tués ou forcés de se rendre. Enfin, le combat s'acheva. Quatre Français et neuf Anglais avaient péri. L'épuisement était général, tous les chevaliers survivants portaient des blessures. Fiers de leur victoire, Beaumanoir et ses compagnons rejoignirent le château de Josselin avec leurs vingt-et-un prisonniers. Tout le monde pansa ses plaies et le même soin fut apporté aux Anglais et aux Français. Quand les prisonniers furent remis sur pied, ils furent libérés «au prix d'une modique rançon» [Guilbert].
L'historien Aristide Guilbert précise que Froissart a rencontré plus tard, à la cour de Charles V, l'un des chevaliers bretons du Combat des Trente, Yvain Charruel. Son visage était couvert de balafres. Il était l'un des trois combattants capturés par Bernborough au début de l'engagement. C'est sans aucun doute le récit que ce chevalier fit de la bataille qui permit au chroniqueur de rapporter les faits.
Ajoutons qu'un monument fut élevé au milieu de la lande de Mi-Voie pour célébrer cette noble victoire et que, à partir de cette époque, Beaumanoir prit pour devise et cri de guerre : Beaumanoir, bois ton sang. Ploërmel fut libéré du joug anglais par Du Guesclin vingt-deux ans plus tard, en 1373.
Le récit du combat des Trente laisse perplexe. En effet, comme on l'a vu plus haut, il avait été décidé que les chevaliers combattraient à pied et non à cheval. Si bien qu'on ne comprend pas comment le breton Guillaume de Montauban a pu avoir le front d'enfreindre la règle fixée en se précipitant avec sa monture au milieu de ses adversaires. À l'époque de la chevalerie, ce genre de traîtrise était qualifié de félonie. Bizarrement, les historiens du combat des Trente n'en parlent pas.
Source : Histoire des villes de France par Aristide Guilbert, Paris 1844

Le bas–côté nord avec les chapelles latérales Sainte–Anne et Saint–Joseph.
Le bas-côté nord avec les chapelles latérales Sainte-Anne et Saint-Joseph.
Les deux vitraux, dans les baies 7 et 9, viennent de l'atelier Mauméjean (1929).
Le Monument aux morts.
Le Monument aux morts et ses statues.
L'autel latéral du Sacré-Cœur dans le bas-côté  sud.
L'autel latéral du Sacré-Cœur dans le bas-côté sud.
Chapiteau roman du XIIe siècle
Chapiteau roman de la fin du XIIe siècle.
Chapiteau roman du XIIe siècle à l'entrée nord du chœur
Chapiteau roman de la fin du XIIe siècle à l'entrée nord du chœur.

À DROITE ---»»»
Baie 9 : le Mariage de Joseph et Marie, détail.
Atelier Mauméjean, 1939.

Baie 7 : la Naissance de Marie
Baie 7 : la Naissance de Marie
Atelier Mauméjean, 1939.
L'Éducation de la Vierge, statue contemporaine.
L'Éducation de la Vierge, statue contemporaine.
Baie 9 : le Mariage de Joseph et Marie, atelier Mauméjean
Les grandes arcades de la nef et le bas-côté sud.
Le bas-côté nord et les grandes arcades de la nef. À l'arrière-plan, le bas-côté sud.
BAIE 10 - VERRIÈRE À GRANDS PERSONNAGES (vers 1470-1480 et vers 1890-1895)
Baie 10 (vers 1470-1480 et vers 1890-1895)
Baie 10 (vers 1470-1480 et vers 1890-1895)
Baie 10, saint Vincent Ferrier, détail.
Baie 10, saint Vincent Ferrier, détail.
Vers 1470-1480, restauré vers 1890-1895.
Baie 10, saint Pierre (vers 1470-1480), détail.
Baie 10, saint Pierre (vers 1470-1480), détail.

Verrière de la baie 10. Cette verrière à grands personnages (vers 1470-1480) a été offerte par Jean de l'Épervier (†1493) , évêque de Saint-Malo de 1450 à 1486. On peut voir huit saints (et pas de saintes) nichés sous de hauts dais, en particulier ceux du registre supérieur. Le grand dais de droite, qui surplombe l'archange saint Michel, est coiffé des armoiries de l'évêque Jean de l'Épervier. À l'opposé, à gauche, l'écusson porte les armoiries de Monseigneur Bécel, évêque de Vannes de 1866 à 1897. Ces deux écussons sont visibles dans le haut de la photo ci-dessous.
Ce vitrail, restauré par l'atelier Hucher vers 1890-1895, est typique des grandes vitraux à personnages du XVe siècle (comme l'est aussi celui de la baie 14) : les niches d'architecture font une large place à la grisaille et au jaune d'argent ; les sols sont à dallages ; les fonds sont en damas de couleur. On note dans le registre inférieur : saint Pierre, un saint évêque, saint Christophe et saint Vincent Ferrier. Les dais qui séparent les deux registres sont presque entièrement modernes (atelier Hucher). Ils figurent au bas de la photo ci-dessous. Au registre supérieur : saint Jean l'évangéliste, saint Jacques le Majeur, saint Bernard abbé et saint Michel. Le Corpus Vitrearum nous apprend que le second registre est très restauré, surtout dans les deux lancettes de droite. Enfin, des anges phylactères garnissent le tympan (avec de nombreuses restaurations). La disposition actuelle du vitrail est celle établie par l'atelier Hucher. D'un point de vue général, cette verrière est très dégradée. Les grisailles ont été fortement attaquées par l'empreinte du temps. On donne ci-dessous des gros plans sur saint Vincent Ferrier, saint Pierre, saint Jean l'évangéliste et saint Bernard abbé.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005.

Baie 10, registre du haut avec ses dais (vers 1470-1480).
Baie 10, registre du haut avec ses dais (vers 1470-1480).
Les dais du bas sont presque entièrement modernes (atelier Hucher, fin du XIXe siècle).
De gauche à droite : saint Jean l'évangéliste, saint Jacques le Majeur, saint Bernard abbé et saint Michel.
En haut à gauche, surmontant le dais : les armoiries de Mgr Bécel, évêque de Vannes de 1866 à 1897.
En haut à droite, surmontant le dais : les armoiries du donateur, Jean de l'Épervier, évêque de Saint-Malo de 1450 à 1486.
Baie 10, saint Jean l'évangéliste (vers 1470-1480), détail.
Baie 10, saint Jean l'évangéliste (vers 1470-1480), détail.
Baie 10, saint Bernard abbé (vers 1470-1480), détail.
Baie 10, saint Bernard abbé (vers 1470-1480), détail.
Vue d'ensemble de la nef et de ses arcades depuis l'avant-nef sud.
Vue d'ensemble de la nef et de ses arcades depuis le bas-côté sud.
On remarquera la fausse voûte d'ogives en bois du bas-côté sud (en haut à droite de la photo). Elle retombe
très élégamment sur des consoles de pierre ornées d'anges tenant des écussons.

À DROITE ---»»»
La baie 16 est ornée d'un vitrail montrant, selon le dessin bien connu de Raphaël, l'archange saint Michel terrassant le démon.
C'est le seul vitrail qui n'a pas été réalisé, à la toute fin du XIXe siècle, par Ferdinand Hucher au Carmel du Mans.
Il vient de l'atelier Burckhardt et fils, de Munich (1893).
Dans le soubassement, à gauche : le Mont Saint-Michel ; à droite : une maison de Josselin qui n'existe plus.

Baie 16, l'archange saint Michel
LA CHAPELLE NORD NOTRE-DAME DU RONCIER
  Chapelle nord dite de Notre-Dame du Roncier.
Chapelle nord dite de Notre-Dame du Roncier.
Les deux piliers sur la droite, qui séparent la chapelle du chœur, sont des vestiges romans du XIIe siècle.
Découverte de la statue de N.-D. du Roncier
Découverte de la statue de N.-D. du Roncier
en l'an 808 par un laboureur.
Atelier du Carmel du Mans, F. Hucher, 1893.
Vitrail de la baie 3.
 
Vestige d'un chapiteau roman du XIIe siècle : un renard dévaste un poulailler
Vestige d'un chapiteau roman du XIIe siècle : un renard dévaste un poulailler.
Vestige d'un chapiteau roman du XIIe siècle : un chien
Vestige d'un chapiteau roman du XIIe siècle : un chien.
À DROITE ---»»»
La Communion, bas-relief du soubassement, XIXe siècle.

La chapelle Notre-Dame du Roncier resplendit d'un magnifique autel du XIXe siècle, lui-même entouré de deux anges au dynamisme très aérien. L'autel est en pierre blanche des Charentes. Son soubassement offre une très belle scène de communion. Sous l'arche néo-gothique trône la statue de Notre Dame du Roncier, qui est du XIXe siècle (la statue d'origine a été brûlée à la Révolution). C'est cette statue qui est portée en procession lors du grand Pardon du 8 septembre. À droite et à gauche, sur les répliques de contrefort, se tiennent saint François et saint Dominique.
L'intérêt architectural de la chapelle tient dans ses vestiges romans de la fin du XIIe siècle : les deux piliers qui la séparent du chœur et leur chapiteau. Ceux-ci offent des thèmes assez rares : dans l'un, un renard dévaste un poulailler ; dans l'autre, un chien devance un autre animal qui ressemble à un bélier (photos ci-contre).
Enfin, le mur est percé de deux vitraux recevant deux créations de Ferdinand Hucher (atelier du Carmel du Mans), datées toutes deux de l'année 1893 : la découverte de la statue de la Vierge dans un buisson de ronces en l'an 808 et la petite fille d'un laboureur guérie de la cécité (miracle intervenu à une époque qui semble indéterminée).

Un ange entourant l'autel
Un ange entourant l'autel
Chapelle Notre-Dame du Roncier.
La Communion, bas-relief du soubassement, XIXe siècle.
Les ex–voto sur le mur nord de la chapelle Notre–Dame du Roncier témoignent de la foi des fidèles lors des pèlerinages.
Les ex-voto sur le mur nord de la chapelle Notre-Dame du Roncier témoignent de la ferveur de la foi des fidèles lors des pèlerinages.
Dans les fenêtres, deux vitraux de Ferdinand Hucher, 1893.
À DROITE ---»»»
La petite fille du laboureur est guérie de la cécité (atelier du Carmel du Mans, Ferdinand Hucher, 1893).
Vitrail de la baie 1.
La guérison de la petite fille du laboureur
«Découverte de la statue de Notre-Dame du Roncier au IXe siècle»
«Découverte de la statue de Notre-Dame du Roncier au IXe siècle»
Atelier du Carmel du Mans, Ferdinand Hucher, 1893.
Vitrail de la baie 3, scène centrale.
«Notre Dame du Roncier rend la vue à la petite fille du laboureur»
«Notre Dame du Roncier rend la vue à la petite fille du laboureur»
Atelier du Carmel du Mans, Hucher, 1893.
Vitrail de la baie 1, scène centrale.

Les scènes des deux tableaux se passent au même endroit, comme le montrent, dans la lancette centrale, les vestiges du pilier et de son arche brisée. La chapelle a été érigée à l'endroit de la découverte de la statue, dans un buisson de ronces.

Le bas–côté nord débouche sur la chapelle Notre–Dame du Roncier.
Le bas-côté nord débouche sur la chapelle Notre-Dame du Roncier.
On remarquera les fausses croisées d'ogives en bois qui retombent élégamment sur les piliers. Elles viennent buter sur une console ornée d'un ange.
Peintures murales dans le bas-coté nord, détail.
Peintures murales dans le bas-coté nord, détail.
XIXe siècle.
LA CHAPELLE SUD SAINTE-MARGUERITE
Le cénotaphe d'Olivier de Clisson (XVe siècle, restauré au XIXe).
Le cénotaphe d'Olivier de Clisson (XVe siècle, restauré au XIXe).
Chapelle Sainte-Marguerite.
Les deux gisants du cénotaphe d'Olivier de Clisson.
Les deux gisants du cénotaphe d'Olivier de Clisson.
Les dais ont été presque entièrement refaits au XIXe siècle.
Aux pieds de Marguerite de Rohan, deux «corniauds»
Aux pieds de Marguerite de Rohan, deux «corniauds» sont venus
remplacer, lors de la restauration du monument au XIXe siècle,
les deux levrettes qui s'y tenaient à l'origine.
Olivier de Clisson, connétable de France
Olivier de Clisson, connétable de France
Vitrail de Noël Lavergne, vers 1890, détail.

Les fresques de la chapelle Sainte-Marguerite.
L'historien Roger Grand, dans son article pour le Congrès archéologique de France en 1914 apporte des détails intéressants sur les fresques des chapelles. Il écrit ainsi que, jusque vers le tout début du XXe siècle, on voyait des restes de peinture à fresque dans la chapelle Sainte-Marguerite. Cette peinture pouvait être attribuée au temps d'Olivier de Clisson «car une frise, chargée d'M couronnés, reproduisait, sur des phylactères, la célèbre devise du connétable : Pour ce qu'il me plest.» Il faut regretter leur disparition car on y trouvait, au sein de sujets pieux dont des scènes de la vie de sainte Marguerite, «la représentation probable de châteaux appartenant à Clisson et particulièrement d'une forteresse désignée par les lettres Gosc et qui semblait figurer Josselin tel que l'avait conçu ce grand constructeur.»
Roger Grand nous apprend aussi que, dans la chapelle au nord du chœur, l'actuelle chapelle Notre-Dame du Roncier, il y avait une fresque reproduisant une danse macabre. Et l'historien précise : «Son état de délabrement complet l'a malheureusement fait supprimer, comme la précédente, lors des modernes restaurations.»
Source : Congrès archéologique de France tenu à Brest et à Vannes en 1914, article sur la basilique Notre-Dame du Roncier par Roger Grand.

Les gisants d'Olivier de Clisson et de Margerite de Rohan.
Les gisants d'Olivier de Clisson et de Margerite de Rohan.
Marguerite de Rohan
Marguerite de Rohan
sous un dais refait au XIXe siècle.

Le cénotaphe d'Olivier de Clisson. Ce monument est d'une grande importance car c'est l'une des très rares œuvres du début du XVe siècle en Bretagne. Par observations savantes et comparaison avec d'autres tombeaux, l'historien René Couffon attribue le monument aux sculpteurs de Tournai, la dalle portant les deux gisants étant en pierre noire de la Meuse. Le tombeau a été saccagé à la Révolution.
Le connétable de France, Olivier de Clisson (†1407) repose au côté de sa seconde épouse Marguerite de Rohan (†1406). À ses pieds, il y avait autrefois un lion d'excellente facture. René Couffon, dans son article du Bulletin monumental de 1967, nous apprend qu'il a été volé dans les années 1950. Au pied de son épouse, on voit «deux corniauds dont l'un met une patte dans sa gueule» [Couffon]. À l'origine, il y avait deux petites levrettes (au symbolisme fort), qui ont été brisées par les révolutionnaires. Le choix des restaurateurs du XIXe siècle n'est guère conforme à la réalité. Il est vrai que ceux-ci faisaient parfois preuve d'une grande fantaisie. Ainsi - et René Couffon le rappelle avec malice -, lors de la restauration des tombeaux des ducs de Bourgogne (que l'on peut voir au musée des Beaux-Arts de Dijon), l'architecte restaurateur Claude Saintpère s'était fait représenter en redingote pour remplacer un pleurant qui manquait !
En 1792, le monument d'Olivier de Clisson fut mis en pièces et les ossements furent dispersés. De mausolée, le monument est devenu cénotaphe. René Couffon apporte des détails intéressants : «Les débris en furent recueillis en 1829, sur l'ordre de M. de Chazelles, préfet du Morbihan, et encastrés alors provisoirement dans un mur de l'église ; les statues des gisants furent envoyées à Barré, sculpteur à Rennes, pour remise en état ; elles y demeurèrent longtemps en attente. Interrompue, en effet, par la Révolution de 1830, la restauration ne reprit qu'au milieu du XIXe siècle ; la tête, les mains et les jambes du connétable ont été, notamment, entièrement restituées. La tête originale, extrêmement mutilée, subsiste encore dans une collection particulière de Rennes.» Ajoutons que le côté du soubassement qui est orné de pleurants a été soigneusement martelé par les révolutionnaires : tous les pleurants sont décapités (photo ci-dessous).
Le cénotaphe présente deux particularités étonnantes. Tout d'abord, il ne porte aucune armoirie. Et, sur une gravure ancienne d'avant la Révolution, il n'en porte pas non plus. Plus bizarrement encore, l'inscription lue sur le cénotaphe par l'archéologue Bizeul, chez le sculpteur Barré, ne contient aucun nom de femme. Cette inscription est rapportée par René Couffon : «Cy gist noble et puissant seigneur, monseigneur Olivier de Clisson, jadis connestable de France, seigneur de Clisson, de Porhoet, de Belleville, de la Garnache qui trespassa en apvril le jour Saint-Jorge, l'an MCCCC et VII. Priez Dieu pour son âme. Amen.» Cependant, personne n'a jamais mis en doute le fait que la gisante représentait Marguerite de Rohan, seconde femme du connétable. Car tout le monde se fie au testament - irréfutable - d'Olivier de Clisson dans le passage concernant sa sépulture : «Je vieuil commande et ordonne que mon corps, après mon decez de ce siècle, soit baillé et livré à la sépulture de nostre Mère sainte Eglise, laquelle sépulture je eslis en l'Eglise de Nostre-Dame de Jocelin, joignant de la sépulture de ma très chère et très aimée compagne Marguerite de Rohan que Dieu absolve. Item, vueil et ordonne que une belle tombe et honeste soit faite et mise sur les corps de ma dite compagne et moy et dessus ycelle soient les ymages de nous deux à l'ordonnance de nos exécuteurs cy après nommés.»
La cause semblait entendue, mais, en 1888, le très érudit marquis de Granges de Surgères publie une Iconographie bretonne. Il y inclut une gravure du cénotaphe et indique qu'elle représente le connétable et sa femme, Béatrix de Laval. Selon René Couffon, le marquis de Surgères s'est référé à un document authentique : la déclaration au roi faite le 4 septembre 1679 par Marguerite, duchesse de Rohan lors de la réformation du duché. Dans ce document (reproduit en partie par René Couffon), on associe explicitement Olivier de Clisson et Béatrice de Laval dans ce qui est encore un mausolée : «Dans laquelle église de Notre-Dame et au cœur d'icelle, il y a un tombeau de marbre blanc et noir élevé de trois pieds sur lequel sont en bosse les représentations de feu de Bonne mémoire Monseigneur Olivier de Clisson, jadis connestable de France, comte du dit Porhouet, etc... et de deffunte Madame Béatrix de Laval, son épouse (...)».
Les historiens sont donc en possession de deux actes officiels contradictoires : le testament d'Olivier de Clisson, du XVe siècle, et la déclaration au roi, du XVIIe siècle. Cette anomalie est accentuée par l'absence totale d'armoiries sur la robe de la comtesse et sur le tombeau. Pas d'armoiries non plus sur la gravure du tombeau réalisée par les historiographes de la maison de Rohan, qui pourtant avaient bien des documents en leur possession. René Couffon pose la question : en attribuant la gisante à l'une plutôt qu'à l'autre, y aurait-il eu des complications sérieuses dans la succession du connétable, époux de deux femmes successives? L'historien rappelle d'ailleurs que cette succession a donné lieu à de nombreux procès au XVe siècle. Y avait-il, au XVIIe siècle, nécessité d'attribuer la gisante à Béatrix de Laval pour ne pas ranimer de vieilles querelles? Notre époque n'est pas exempte non plus de ce genre d'affaires où l'on voit les familles des deux épouses successives d'un défunt riche et célèbre se déchirer devant les journalistes et les tribunaux...
On retiendra donc que l'historiographie officielle associe la gisante à Marguerite de Rohan, mais que, dans les faits, on pourrait tout aussi bien l'associer à Béatrix de Laval.
Source : Le cénotaphe du connétable de Clisson par René Couffon, Bulletin Monumental, tome CXXV, 1967.

Le soubassement du cénotaphe et ses statues décapitées en 1792
Le soubassement du cénotaphe et ses statues décapitées en 1792.
Baie 2, Olivier de Clisson et Marguerite de Rohan.
Baie 2, Olivier de Clisson et Marguerite de Rohan.
Vitrail de Noël Lavergne, vers 1890.
Marguerite de Rohan
Marguerite de Rohan
Vitrail de Noël Lavergne, vers 1890, détail.
Scènes de la vie de sainte Marguerite
Scènes de la vie de sainte Marguerite
Vitrail de Noël Lavergne, vers 1890, registre central.
BAIE 14 - VERRIÈRE À GRANDS PERSONNAGES (vers 1470-1480 et vers 1890-1895)
Baie 14 (vers 1470-1480 et vers 1890-1895).
Baie 14 (vers 1470-1480 et vers 1890-1895).
Le registre inférieur est entièrement du XIXe siècle.
Baie 14, ange jouant du luth dans le tympan
Baie 14, ange jouant du luth dans le tympan.
Re-création de l'atelier Hucher (vers 1890-1895).
Baie 14, saint Laurent
Baie 14, saint Laurent
(vers 1470-1480), détail.

Verrière de la baie 14. L'aspect de la baie 14 est très semblable à celui de la baie 10. Comme la précédente, elle fait plus de six mètres de hauteur. Deux registres à quatre grands personnages sont surmontés de dais d'architecture en grisaille et jaune d'argent. Chaque personnage se tient sur un fond à damas de couleur et sur un sol à dallages. Cette fois, le registre inférieur est entièrement du XIXe siècle (atelier Hucher du Mans). On y voit saint Dominique, saint François d'Assise, sainte Thérèse d'Avila et saint Jean Eudes. Au registre supérieur, réalisé vers 1470-1480 et restauré à la fin du XIXe siècle par l'atelier Hucher : Vierge à l'Enfant couronnée, saint Jean-Baptiste, saint Laurent et saint Étienne (photo ci-dessous). Comme pour la baie 10, le verre et la grisaille sont très altérés.
Contrairement à celui de la baie 10, ce vitrail ne comporte pas d'armoiries au-dessus des dais. Au tympan, on remarque la présence d'anges jouant du luth (avec patrons retournés). L'un d'entre eux semble ne pas avoir été trop restauré (voir photo).
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005

Baie 14, registre du haut avec ses dais (vers 1470-1480).
Baie 14, registre du haut avec ses dais (vers 1470-1480).
De gauche à droite : Vierge à l'Enfant couronnée, saint Jean-Baptiste, saint Laurent et saint Étienne.
Baie 14, Vierge à l'Enfant couronnée (vers 1470–1480), détail
Baie 14, Vierge à l'Enfant couronnée (vers 1470-1480), détail.
Baie 14, sainte Thérèse d'Avila
Baie 14, sainte Thérèse d'Avila
Atelier Hucher, fin du XIXe siècle.
Baie 14, saint Jean-Baptiste (vers 1470-1480), détail
Baie 14, saint Jean-Baptiste (vers 1470-1480), détail.
Baie 14, ange jouant du luth dans le tympan (vers 1470-1480)
Baie 14, ange jouant du luth dans le tympan (vers 1470-1480).
LA VOÛTE EN BOIS DU VAISSEAU CENTRAL DE LA BASILIQUE NOTRE-DAME DU RONCIER

La voûte en bois de l'église Notre-Dame du Roncier est semblable à celles de bien des églises bretonnes. La Bretagne, riche en forêts, a privilégié le bois plutôt que la pierre pour le voûtement de ses édifices religieux gothiques. On ne voit pas non plus de piliers se terminant par un début d'arc (comme à l'église Saint-Valentin de Jumièges, en Normandie), anticipant le bâti d'une future voûte en pierre - qui n'aurait jamais été posée par manque de financement.
Le bois est un matériau léger qui ne vient pas déverser sur les murs percés d'arcades ou de fenêtres. Les collatéraux suffisent pour le contrebutement. Dans l'ouvrage Bretagne gothique, aux éditions Picard, Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult donnent des chiffres précieux au sujet des masses volumiques de différentes pierres. Ainsi, le granit, pierre qui abonde en Bretagne, a une masse volumique allant de 2,58 tonnes   ---»»

La voûte du vaisseau central est en bois
La voûte du vaisseau central est en bois
de châtaignier. Elle a été refaite au XIXe siècle.
Ornementation sur l'arche centrale
Ornementation sur l'arche centrale
«Lilium Inter spiras»
Détail de la voûte en bois
Détail de la voûte en bois :
bas-relief sur la sablière et
console à tête d'homme sous la poutre à engoulant.

---»»   par m3 pour la pierre de Locronan à 2,70 tonnes par m3 pour celle de Louvigné-du-Désert. En comparaison, le tuffeau de Touraine affiche une masse volumique comprise entre 1,35 et 1,53 tonne par m3. La célèbre pierre de Caen, que Guillaume le Conquérant fit abondamment venir à Londres pour construire la Tour blanche, partie centrale de la célèbre Tour, est moins lourde que le granit : entre 1,84 et 2,22 tonnes par m3. Dans ces conditions, on comprend aisément qu'une voûte en granit ait exigé des piliers très massifs et des murs épais. Adieu l'élégance des hautes arcades des vaisseaux centraux ! Toutefois, pour certains éléments prestigieux, et quand la voie fluviale le permettait, les Bretons faisaient venir de la pierre moins lourde. C'est le cas de la cathédrale de Saint-Pol, construite en pierre de Caen. Pour ce qui est du bois, tout le monde sait qu'il flotte sur l'eau : sa masse volumique est inférieure à 1 tonne par m3. Le bois est de loin le matériau de construction le plus léger. D'où la possibilité laissée aux architectes de bâtir des élévations élégantes, pas trop épaisses, éventuellement percées d'ouvertures.
Au niveau architectural, la voûte de Notre-Dame du Roncier fait apparaître une charpente à chevrons formant fermes, dite à «chevrons fermes», disposition assez typique des églises bretonnes. On voit sur la photo ci-contre que les liens courbes qui rattachent les chevrons-fermes à la sablière et aux faux entraits créent un véritable berceau continu, semblable à une voûte. Ce qui permet le développement d'un vaste programme pictural. Celui de Notre-Dame du Roncier est certes moins riche que celui de Saint-Armel à Ploërmel, mais on distingue quand même des bonshommes, des anges et des feuillages dans la voussure des sablières. Des têtes humaines ornent les consoles des poutres.
Dans les bas-côtés, on observe une succession de fausses croisées d'ogives en bois (voir photo). Elles retombent latéralement sur de minces culots ornés d'anges (photos ci-dessous). La restauration entreprise à la fin du XIXe siècle a bien sûr respecté ce parti original et l'a même étendu au bas-côté nord.
Source : Bretagne gothique de Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, éditions Picard.

Une sablière du vaisseau central avec ses bas-reliefs.
Une sablière du vaisseau central avec ses bas-reliefs.
Console dans le bas-côté sud Bas-reliefs sur une sablière à la retombée de la voûte  du vaisseau central.
Bas-reliefs sur une sablière à la retombée de la voûte du vaisseau central.

«««--- Consoles ornées d'anges à la retombée des fausses croisées d'ogives dans les bas-côtés ---»»»
Console dans le bas-côté sud
BAIE 8 - VERRIÈRE À GRANDS PERSONNAGES (vers 1470-1480 et vers 1890-1895)
Baie 8 (Atelier Hucher, vers 1890-1895).
Baie 8 (Atelier Hucher, vers 1890-1895).
Seuls les dais et le tympan sont du XVe siècle.
Baie 8, deux dais du XVe siècle
Baie 8, deux dais du XVe siècle.
Partie restaurée par l'atelier Hucher vers 1890-1895.

Le vitrail de la baie 15 illustre la guérison, survenue en 1728, de trois enfants vraisemblablement atteints d'épilepsie. C'est une évocation des «aboyeuses» de Josselin, femmes atteintes d'épilepsie ou d'hystérie.

Verrière de la baie 8. Cette verrière, de la même taille que celles des baies 10 et 14 (six mètres de haut), comporte trois registres à grands personnages entièrement créés par l'atelier Hucher du Mans à la toute fin du XIXe siècle. Le style retenu est bien sûr celui du XVe siècle, quoique la grisaille soit pratiquement absente. Seuls les grands dais au-dessus du registre supérieur sont des parties anciennes (vers 1470-1480).
Au registre inférieur : saint Cado, saint Judicael, saint Charles Borromée, saint Augustin. Registre médian : armoiries, saint Louis et saint Hubert. Registre supérieur : saint Ernest, Annonciation avec l'ange Gabriel et Marie, saint Henri.
Dans le tympan, les anges musiciens ont été restaurés.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005

Baie 8, les deux registres supérieurs (Atelier Hucher, vers  1890-1895).
Baie 8, les deux registres supérieurs (Atelier Hucher, vers 1890-1895).
En bas : armoiries, saint Louis et saint Hubert
En haut : saint Ernest, Annonciation avec l'ange Gabriel et Marie, saint Henri.
BAIE 15 - LES «ABOYEUSES DE JOSSELIN»
Baie 15, la Guérison des trois enfants de Camors en 1728 (Carmel du Mans, Ferdinand Hucher).
Baie 15, la Guérison des trois enfants de Camors en 1728 (Carmel du Mans, Ferdinand Hucher).
LE CHŒUR DE LA BASILIQUE ET LE VITRAIL DES ROHAN
Vue d'ensemble du chœur baigné par les intenses coloris du vitrail des Rohan (1893).
Vue d'ensemble du chœur baigné par les intenses coloris du vitrail des Rohan (1893).
La voûte en pierre, de style angevin, du chœur remonte  au XIIe siècle.
La voûte en pierre, de style angevin, du chœur remonte au XIIe siècle.

Le chœur de la basilique est dominé par le grand vitrail des Rohan réalisé par Ferdinand Hucher en 1893. Le maître-autel est en granit de Lannion et en marbre de Carrare. Il a été créé par l'atelier V. Henrot de Lannion en 1885.
Mais le point remarquable du chœur est relatif à l'architecture. La destruction d'un premier édifice par Henri II Plantagenêt en 1158 a laissé peu d'éléments anciens dans la nouvelle construction de la fin du XIIe siècle. Les piliers de la croisée datent de la première époque et recevaient probablement une charpente. Dans la séparation entre le chœur et la chapelle Notre-Dame du Roncier, les colonnes massives et les chapiteaux romans sont datés de la fin du XIIe siècle (voir plan). Au XIIIe, la croisée du faux transept reçut une voûte en pierre de forme angevine, mais de structure gothique. Les nervures de la voûte vinrent retomber sur des colonnettes d'angle qu'il fallut construire. Enfin, le chœur roman fut agrandi et voûté d'ogives, elles aussi de forme angevine, selon la mode qui se répandait dans l'Ouest. Ces voûtes retombent sur des colonnes engagées terminées par des culots.
La basilique Notre-Dame du Roncier appartient au style dit «mixte» : nef lambrissée et chœur voûté de pierre. Ici, l'antériorité romane du chœur explique ce choix : les piliers supportent une voûte en pierre ; les fines arcades de la nef exigent une charpente. De la sorte, sans y voir l'influence de difficultés financières, la hiérarchie entre le chœur et la nef est respectée.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu dans le Morbihan en 1988, article sur la basilique par Roger Barrié ; 2) Bretagne gothique de Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, éditions Picard.

Le maître-autel, exécuté par l'atelier V. Hernot  de Lannion, date de 1885.
Le maître-autel, exécuté par l'atelier V. Hernot de Lannion, date de 1885.
La Cène, détail du soubassement du maître–autel (XIXe siècle).
La Cène, détail du soubassement du maître-autel (XIXe siècle).
Vue générale du chœur.
Vue générale du chœur.
Dans le coin près de la grande fenêtre, on peut voir un grand tabernacle du XVIe siècle à deux éléments superposés.
Derrière les arcades de gauche, on aperçoit la chapelle Notre-Dame du Roncier.
Vitrail de la baie d'axe (baie 0)
Vitrail de la baie d'axe (baie 0) : VITRAIL DES ROHAN.
Il illustre les mystères du Rosaire.
Son intérêt vient du soubassement qui rassemble six membres
de la famille De Rohan ayant œuvré à l'édification de l'église.
C'est la famille De Rohan qui a commandité ce vitrail.
Atelier du Carmel du Mans, Ferdinand Hucher. 1893
Le chœur et la grille de granit dans la partie sud.
Le chœur et la grille de granit dans la partie sud.
La grille de granit
À partir de 1370, Olivier de Clisson fit construire sur le mur sud du
chœur un oratoire privé avec claustra et une chapelle funéraire dédiée
à sainte Marguerite (sainte patronne de son épouse). Ci-dessus, la
grille de granit qui sépare le chœur de la chapelle Sainte-Marguerite.
La grille de granit se divise en deux parties :
à gauche, elle est surmontée du «M» de Marguerite
de Rohan ; à droite, d'une fleur de lys qui rappelle
le lien avec la couronne de France ---»»
Vitrail de la baie d'axe (baie n°0) : membres de la famille De Rohan dans le soubassement
Vitrail de la baie d'axe (baie n°0) : membres de la famille De Rohan dans le soubassement :
MARGUERITE DE BRETAGNE, 1428 - ALAIN IX DE ROHAN, 1457 - MARIE DE LORRAINE, 1455.
À PARTIR DU XVIe SIÈCLE, LES ROHAN N'INTERVIENNENT PLUS DANS L'ÉDIFICATION DE L'ÉGLISE PARCE QU'ILS SONT PASSÉS À LA RÉFORME.
Culot avec tête de bonhomme dans le chœur.
Culot avec tête de bonhomme dans le chœur.

Le grand vitrail de la baie d'axe a été offert en 1893 par Alain, prince de Leon et Herminie, princesse de Leon. Il est réalisé par l'atelier du Carmel du Mans, qu'Eugène Hucher avait repris en 1880. Dans le soubassement sont rassemblés les membres de la famille de Rohan qui ont «le plus contribué à l'édification ou à la décoration de cette Basilique», lit-on dans le guide de visite. Ce même guide prête au vitrail «un agréable coloris». En 1988, lors du Congrès archéologique de France, l'historien Roger Barrié exprime son désaccord : cette grande composition archéologique, réalisée dans un style éclectique, apporte «une lumière peu heureuse pour le chœur». En effet, les couleurs sont trop crues pour l'atmosphère sombre et solennelle créée par la pierre de granit. Roger Barrié fait d'ailleurs le même constat pour le grand vitrail de Gruber sur le Combat des Trente dans le bas-côté nord, daté de 1933.

Détail du vitrail de la baie d'axe, 1893
Culot avec tête de bonhomme dans le chœur.
Culot avec tête de bonhomme dans le chœur.
À DROITE ---»»»
Vitrail de la baie d'axe, 1893
Les mystères du Rosaire, détail.
«««--- À GAUCHE
Vitrail de la baie d'axe, 1893
Le donateur, Alain de Rohan, prince de Leon.
Vitrail de la baie d'axe (baie n°0) : membres de la famille De Rohan dans le soubassement.
Vitrail de la baie d'axe (baie n°0) : membres de la famille De Rohan dans le soubassement :
JEHAN DE ROHAN, 1516 - ANNE DE ROHAN, 1517 - PIERRE DE ROHAN, 1513, Maréchal de France.
Vitrail de la baie d'axe : les mystères du Rosaire, détail.
Vitrail de la baie d'axe : les mystères du Rosaire, détail.
Soubassement à gauche : la donatrice, Herminie, princesse de Leon.
L'ORGUE DE TRIBUNE, LE BAPTISTÈRE ET LES VITRAUX DU XIXe SIÈCLE
Chemin de croix, station XIV
Chemin de croix, station XIV
Jésus est mis dans le sépulcre.
Statue de Pierre
Statue de Pierre
XIXe siècle, art sulpicien ?
Monument à saint Étienne dans un bas-côté.
Monument à saint Étienne dans un bas-côté.
Le baptistère dans le bas-côté nord.
Le baptistère dans le bas-côté nord.
Baie 11 : sainte Cécile, sainte Jeanne et sainte Françoise
Baie 11 : sainte Cécile, sainte Jeanne et sainte Françoise
accompagnées de saint Hippolyte et de saint Hervé.
Atelier du Carmel du Mans, Ferdinand Hucher, 1893.
Baie 6, le Pèlerinage de sainte Anne d'Auray, partie centrale
Baie 6, le Pèlerinage de sainte Anne d'Auray, partie centrale.

En 1875, l'atelier des peintres verriers A. Meuret et J. Lemoine, de Nantes, réalise un vitrail tableau représentant le Couronnement de sainte Anne d'Auray, scène du célèbre pèlerinage. L'année de création (1875) donne à ce vitrail une connotation politique et sociale certaine. Plusieurs évêques se tiennent sur le devant de l'estrade, forts de la certitude de leur foi et conscients de leur pouvoir sur les âmes. Derrière eux, les notables affluent. Les bannières sont celles de l'Église, du roi et de la nation. Devant l'estrade, des paysans, un genou à terre, s'inclinent humblement devant les prélats. Dans ce vitrail tableau, par ces paysans soumis à l'Église, c'est toute la Bretagne qui proclame sa foi.

L'orgue de tribune
L'orgue de tribune
Il est dû à Lehelloco, 1674. Il a été restauré en 1990.
Le buffet d'orgue date de 1677.
BAIE 6, LE COURONNEMENT DE SAINTE ANNE D'AURAY
Baie 6, Sainte Anne d'Auray
Baie 6, Sainte Anne d'Auray
Atelier d'A. Meuret et J. Lemoine, Nantes, 1875.
La nef vue depuis le bas-côté nord
La nef vue depuis le bas-côté nord. À gauche, la chapelle Notre-Dame du Roncier (ancienne chapelle Sainte-Catherine).
Baie 6, Sainte Anne d'Auray, le soubassement peint des paysans en prière
Baie 6, Sainte Anne d'Auray, le soubassement illustre une scène de la campagne : des paysans prient devant une représentation de sainte Anne.
Atelier d'A. Meuret et J. Lemoine, Nantes, 1875.
La nef et l'orgue de tribune vus depuis le chœur
La nef et l'orgue de tribune vus depuis le chœur.
Les bas-côtés sont pourvus de fausses voûtes d'ogives en bois.

Documentation : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005
+ Congrès archéologique de France tenu dans à Brest et à Vannes en 1914, article sur la basilique Notre-Dame du Roncier par Roger Grand
+ Congrès archéologique de France tenu dans le Morbihan en 1988, article sur la basilique par Roger Barrié
+ Guide pour la visite, disponible dans la basilique
+ Bretagne gothique de Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, éditions Picard
+ Histoire des villes de France par Aristide Guilbert, 1844.
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