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Page créée en mai 2017
Sainte Solange, patronne en Berry, en prières

Après la cathédrale Saint-Étienne, Saint-Pierre-le-Guillard est la plus intéressante église de Bourges sur un plan architectural. C'est aussi la plus ancienne (voir l'origine du nom plus bas). Sa construction démarre vers 1220. Le narthex et tout le côté sud actuels sont de cette époque. Le style de l'église est le gothique bourguignon, proche du gothique champenois. Ce choix montre l'influence de Nevers, métropole bourguignonne toute proche. Du XIIIe siècle, il reste aussi une fort intéressante chapelle dédiée actuellement à sainte Thérèse, dans le déambulatoire (voir plus bas). Au XVe siècle, d'importantes restaurations sont entreprises sur le côté nord et sur la voûte du vaisseau central (voir l'encadré sur le problème non résolu de l'écroulement du côté nord et du rôle probable du Grand Incendie de 1487). La dissymétrie des élévations nord et sud (bien visible sur la photo ci-dessous) date de cette époque. Au XVe siècle toujours, Jacques Cœur finance une chapelle au nord du chœur. À la même époque, l'architecture de l'église s'enrichit au titre d'un processus coutumier après la guerre de Cent Ans : les riches bourgeois et les corporations de la ville financent la construction de douze chapelles latérales entre les arcs-boutants. Le style retenu est bien sûr le gothique flamboyant.
À la Révolution, l'église Saint-Pierre-le-Guillard, désaffectée, est transformée en salpétrière. Elle arrive cependant au Concordat de 1802 sans trop de dommages et elle est rendue au culte. De 1826 à 1855, on assiste à une nouvelle vague de restaurations pour consolider un ensemble qui reste fragile (reprise de piliers, de contreforts et d'arcs-boutants).
Dans l'Entre-deux-guerres, l'état de l'église se délabre fâcheusement. Les chapelles gothiques, bâties sans fondation, s'affaissent, menaçant dangereusement les voûtes latérales, et par suite celle du vaisseau central. Les eaux de pluie finissent par s'inflitrer partout. Pis ! en 1951, le chanoine qui dessert la messe de minuit meurt d'un sévère refroidissement. En conséquence, l'édifice est fermé au culte. Avec l'aide de la population, la mairie de Bourges lance un emprunt et le bâtiment peut être sauvé de la ruine.
L'église possède quelques tableaux anciens et des fresques des XIIIe et XVIe siècles (notamment dans la chapelle Cujas). Enfin, une chapelle latérale, sur le côté sud, garde quelques fragments de vitraux Renaissance dans le tympan d'une verrière. Si vous êtes de passage à Bourges, ne manquez pas de compléter vos connaissances médiévales en visitant cet édifice. Il est un peu à la cathédrale Saint-Étienne ce que, à Chartres, l'église Saint-Pierre est à la cathédrale Notre-Dame.

Le miracle de la Mule, tableau de Germain Picard, détail
Vue d'ensemble de la nef de l'église Saint-Pierre-le-Guillard.
Vue d'ensemble de la nef de l'église Saint-Pierre-le-Guillard.
La différence d'architecture entre le côté sud et le côté nord saute aux yeux.
Le côté sud (à droite et le plus élaboré) remonte, dans son entier (élévations et bas-côté), au XIIIe siècle.
Le côté nord a été reconstruit au XVIe siècle selon un appareillage architectural simplifié.
La façade occidentale.
La façade occidentale.
Le côté sud remonte au XIIIe siècle.
Le côté sud remonte au XIIIe siècle.
Les chapelles latérales ont été ajoutées entre les contreforts
au cours des XIVe et XVe siècles.
Plan de l'église Saint-Pierre-le-Guillard.
Plan de l'église Saint-Pierre-le-Guillard.
Du XIIIe siècle au XXe siècle.
Longueur : 46,7 mètres ; Largeur : 23,2 mètres ; Hauteur : 14,5 mètres.
Cinq travées, une nef centrale et deux bas-côtés.
À DROITE ---»»»

Narthex du XIIIe siècle.
Selon les documents affichés dans le narthex
sur l'historique de l'église, les arcades qui séparent
le narthex de la nef pourraient être du XIIe siècle.
Le chevet de l'église vu du nord.
Le chevet de l'église vu du nord.

Architecture extérieure. La partie la plus intéressante de cette architecture est la façade occidentale et son clocher. La façade, du XIIIe siècle, possède trois portes, celle du milieu, avec trois cintres, étant la plus large. Plus modestes, les deux autres portes n'ont que deux cintres.
Le clocher est un édifice massif, quadrangulaire, soutenu par des contreforts saillants placés aux angles. Il a cependant pu être remanié au XVe siècle. Autrefois, son sommet était couronné d'une belle flèche pyramidale que l'on voit encore dans les anciens plans de la ville. Il est possible que cette flèche ait été détruite lors du terrible incendie de 1487 qui a mis à bas une partie de la ville de Bourges. Aujourd'hui, le clocher se termine par un cône très simple.
En 1854, le curé Rochereau se réjouit du travail récent réalisé par la municipalité, surtout pour la partie extérieure : «Elle [l'église] était encaissée dans des places d'un mètre, des terrasses de deux mètres au-dessus de son aire, dont les terres venaient presque battre les bases des chapelles latérales et les arbres précipiter leurs racines sous les murs et dans les caveaux. La ville, que la fabrique ne saurait assez remercier, a déblayé, en 1851, d'immenses terrains et démoli quelques superfétations du XVIIe siècle. D'ignobles constructions datant de 1626 étaient adossées à la droite de la façade et formaient d'humides sacristies au détriment de la régularité de l'église tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et surtout au détriment d'un des piliers du clocher dont on avait complètement bûché la base pour rendre la sacristie plus spacieuse. Ce pilier vient d'être consolidé ; et maintenant au lieu de ces constructions à fenêtres d'échoppe ; au lieu de rustiques auvents, nous avons la grande porte primitive à double cintre [en réalité triple] figurant au plan de l'église, ainsi que celle de gauche qui était obstruée par une tour enfermant un escalier commencé sur une vaste échelle, il est vrai, mais qui, par son inachèvement, son toit plat et son prolongement avancé dans la rue, était fort disgracieuse : ce qui donne à la façade, percée de trois grandes portes ouvrant sur les trois nefs, un air de sévérité grave, de solennité même.»
Ajoutons que l'architecte (inconnu) de l'édifice a retenu pour Saint-Pierre le système de contreforts et d'arcs-boutants adopté pour les grandes églises. À cette différence que ces deux éléments n'ont à Saint-Pierre que l'aspect «soutien», alors qu'ils ont aussi, ailleurs, l'aspect «ornement». D'ailleurs, le curé Rochereau n'apprécie pas trop le côté frustre des arcs-boutants de son église. Il précise, dans sa notice de présentation, que la plupart des contreforts et des arcs-boutants ont été réparés de 1822 à 1828 sans qu'on cherche à les embellir dans le respect du style de l'église.
Source : Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par H. Rochereau, curé de l'église, 1854.

La Vierge et l'Enfant
La Vierge et l'Enfant
Détail central d'un vitrail de la chapelle axiale
Atelier Lobin, Tours, vers 1870.
L'église actuelle dans un rondel
L'église actuelle dans un rondel
Détail central d'un vitrail de la chapelle axiale
Atelier Lobin, Tours, vers 1870.

Le narthex est la partie la plus ancienne de l'église Saint-Pierre-le-Guillard. Selon l'architecte J. Barge (cité par Jean Vallery-Radot), au XIIIe siècle, le narthex était certainement ouvert sur la rue, ce qui lui vaudrait alors le simple qualificatif de «porche». L'église était fermée au niveau de la nef (portes en bois dans l'image ci-dessous). C'est lors des grands travaux du XVe siècle que le porche aurait été fermé.
Le porche ne compte qu'une travée flanquée de bas-côtés. Le tout est couvert de voûtes d'ogives sans clé de voûte. L'image ci-dessous montre clairement que les supports trapus, constitués de faisceaux de colonnes et de colonnettes, reçoivent à la fois la retombée des nervures des voûtes et celle des arcs. Il faut reconnaître que l'aspect de ce point de rencontre architectural n'est pas d'une grande beauté.
Seule la travée médiane est surmontée d'une tribune voûtée (voir remarque plus bas) ouvrant sur la nef. Dans sa note de 1854, le curé Rochereau ajoute qu'on peut voir dans le narthex l'orifice d'un puits (chose commune au XIIIe siècle) ainsi que l'ouverture d'un caveau. En 1854, il conservait les dépouilles de deux de ses prédécesseurs.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot ; 2) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854

Narthex du XIIIe siècle
«Notre-Dame de Lourdes»
«Notre-Dame de Lourdes»
Vitrail de l'atelier Julien Fournier, dans le narthex
Années 1870 (?)

On pourra juger, dans l'extrait du vitrail donné à droite, de la maîtrise des verriers de la seconde moitié du XIXe siècle. Les progrès de la peinture sur verre autorisaient cette perfection dans le rendu artistique.

Suite de colonnettes avec chapiteaux à thème floral dans le narthex.
Suite de colonnettes avec chapiteaux à thème floral dans le narthex.
Elles reçoivent la retombée des nervures des voûtes et celles des arcs.
Cul-de-lampe à thème floral
Cul-de-lampe à thème floral
dans le narthex.
Agneau pascal
Agneau pascal
dans une clé de voûte du narthex.
«Notre-Dame de Lourdes», détail du vitrail.
«Notre-Dame de Lourdes», détail du vitrail.
«Le Miracle de la mule»
«Le Miracle de la mule»
Huile sur toile par Germain Picard, peintre berruyer, seconde moitié du XVIIe siècle.

Le miracle de la mule est lié à l'église Saint-Pierre-le-Guillard, mais aussi à saint Antoine de Padoue. La tradition rapporte que, à l'époque où ce saint prêchait à Bourges (XIIIe siècle), il y avait dans la ville un juif, nommé Zacharie Guillard, qui ne cessait de blasphémer contre le sacrement de l'Eucharistie. Et le pouvoir de persuasion de saint Antoine butait sur son obstination. Le juif finit par lancer cette boutade : si sa mule s'agenouillait devant l'Eucharistie, alors il croirait que Dieu y était renfermé ! Le prédicateur le prit au mot. On fit jeûner l'animal pendant trois jours, puis on lui présenta un appétissant picotin d'avoine d'un côté, et le Saint Sacrement de l'autre. Délaissant le premier, la mule s'agenouilla devant l'objet sacré. À la vue de ce miracle, le juif ne put faire autrement que de se convertir. En reconnaissance pour la grâce reçue, il fit bâtir l'église appelée aujourd'hui Saint-Pierre-le-Guillard, tout près du lieu où le prodige s'était opéré.
Dans sa notice de 1854, l'abbé Rochereau relate que l'église existait déjà sous ce nom avant la prédication de saint Antoine. Le saint est né en 1195, a pris l'habit franciscain en 1221, et s'est éteint en 1231. Or, déjà en 1164, le pape Alexandre III inclut la paroisse de Saint-Pierre dans les possessions du monastère Saint-Hyppolite à Bourges. De plus, il existe un acte, daté de 1190, relatif à l'abbaye de Noirlac, concernant un certain Geoffroy du Mont, chapelain de Saint-Pierre le Jaliart. Mieux encore, en 1190 toujours, «le chapitre de Bourges consacre à l'anniversaire de Pierre de La Châtre un cens dans la paroisse de Saint-Pierre du Jaillard (...) à gauche de la rue qui conduit aux arènes» [Rochereau]. Et l'abbé Rochereau conclut : «on ne peut guère douter que le surnom de Jaliart, de Jaillard que l'église portait dans l'origine, ne soit devenu le Guillard d'aujourd'hui.»
Pour terminer, ajoutons que, comme notre historien abbé croit dur comme fer à cette histoire de mule agenouillée, il émet l'idée que le juif, en   ---»»»

---»»» reconnaissance de la grâce reçue par le biais du miracle, aurait fait reconstruire l'église. Il va même plus loin et pose la question : pourquoi ne pas envisager que, s'appelant jusque-là Zacharie tout court, il aurait reçu de la voix publique, le surnom de l'église elle-même?
Dans son article sur l'église pour le Congrès archéologique de France tenu à Bourges en 1931, Jean Vallery-Radot écrit que la bulle d'Alexandre III, datée de 1164, et dont nous avons parlé plus haut, «est certainement antérieure à l'édifice

actuel, dont le début de la construction peut se placer aux environs de 1220, date qui serait celle de la consécration (...)» Il y avait donc un édifice antérieur, du même nom. Alors, le juif Zacharie aurait fait reconstruire l'église?... Nous laissons le lecteur se faire son opinion.
Sources : 1) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854 ; 2) Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot

LA NEF ET SON ARCHITECTURE
L'élévation sud remonte au deuxième quart du XIIIe  siècle.
L'élévation sud remonte au deuxième quart du XIIIe siècle.
Elle est typique du style gothique utilisé à l'époque en Bourgogne et en Champagne, trahissant par-là des influences étrangères certaines arrivées jusqu'en Berry.
L'élévation nord, assež simple, remonte au XVe ou au XVIe siècle.
L'élévation nord, assez simple, remonte au XVe ou au XVIe siècle.
Elle est marquée par de nombreuses irrégularités dans la disposition des colonnettes et des baies.

Architecture interne. Le côté sud, non affecté par l'écroulement, remonte au XIIIe siècle. Son élévation est à deux étages, nettement séparés par un bandeau mouluré qui prend le pas sur toutes les colonnettes qu'il rencontre. Les grandes arcades sont en arc brisé (photo ci-dessus). Leur intrados n'est qu'un simple bandeau plat dégagé par des boudins. L'ensemble retombe sur des piles monocylindriques... que l'on a du mal à se représenter car elles sont flanquées de quatre colonnes, reprises en sous-œuvre au XIXe siècle. Ces piles sont les piles fortes recevant les retombées de la voûte sexpartite. Il n'y a pas de piles faibles. À la place, ne se trouve qu'une colonnette en délit qui se termine par une console décorée d'un masque.
Entre les piles fortes, les baies vont par deux. Elles sont percées de profonds arcs couverts d'une voûte en berceau brisé. Le point intéressant est le passage de service, sorte d'étroit triforium ménagé à hauteur du bandeau qui coupe l'élévation dans le sens de la hauteur. Ce système d'ouverture des baies et de coursière est typique du style utilisé à l'époque gothique en Bourgogne et en Champagne, voire aussi en Normandie, mais pas en Berry. L'architecture de Saint-Pierre-le-Guillard est donc pénétrée de traditions étrangères. Il ne faut pas en chercher l'explication bien loin : Nevers et le style bourguignon de sa cathédrale sont tout proches.
Le côté nord a été reconstruit après son écroulement. Les architectes ont opté pour un schéma plus simple (photo ci-contre) : suppression du passage de service et mise en place de supports puissants pour recevoir un mur nu percé de fenêtres. Les grandes arcades brisées sont sobres. Les piles fortes (renforcement des anciennes piles) sont de vrais pans de mur. Lors de la restauration, on a pu réutiliser les anciens supports de voûte du XIIIe siècle. Ils sont souvent décalés par rapport à leur vis-à-vis au sud. Cet effet est très visible dans la photo ci-contre : le Christ en croix est au centre du pan de mur, mais pas la colonnette terminée par une console. Idem pour la retombée des doubleaux intermédiaires : les consoles qui les terminent ne sont pas situées au-dessus de la clé des grandes arcades. Il en va de même des baies nord qui ne sont pas exactement dans l'axe des travées. On a ainsi la trace des hésitations et des repentirs des restaurateurs du XVIe siècle.
Sources : Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot

Suite des baies du côté sud (XIIIe siècle) et de l'architecture des colonnettes à la retombée des voûtes
Suite des baies du côté sud (XIIIe siècle) et de l'architecture des colonnettes à la retombée des voûtes.
On remarquera l'étroit passage de service, sorte de triforium, au-dessus du bandeau mouluré qui sépare l'élévation en deux parties.

Console à l'une des retombées de voûte dans la nef ---»»»
Console qui termine la colonnette
Console qui termine la colonnette
recevant la tombée du doubleau
intermédiaire de la voûte sexpartite.
dans l'élévation sud.
Console à la retombée de voûte dans la nef

L'écroulement du côté nord et sa reconstruction. L'édifice actuel, dont la construction remonte aux environs de 1220, a dû être assez rapidement bâti si l'on en juge par son style typique du deuxième quart du XIIIe siècle. Les chapelles latérales datent de la fin du XIVe et du XVe siècle. Toute la partie méridionale nous est parvenue presque intacte depuis le XIIIe siècle (élévation et bas-côté). Elle est donnée dans la photo plus haut. En revanche, la partie nord (photo ci-dessus) est une reconstruction partielle de la fin du XVe et du début du XVIe.
Pourquoi cette reconstruction? Sur ce point, les sources divergent. Dans sa notice rédigée en 1854, le curé, H. Rochereau, parle de l'incendie de 1487 «qui réduisit alors en cendres la moitié de la ville. Cet incendie, ajoute-t-il, renversa la partie septentrionale de l'église et «il a fallu soutenir en sous-œuvre les arcades de la moitié méridionale que le sinistre avait grandement ébranlé.» Mais, dans son étude pour l'église Saint-Pierre rédigée en 1931 pour la session du Congrès archéologique de France, Jean Vallery-Radot ne fait nullement intervenir l'incendie. Il écrit : «L'écroulement des voûtes du vaisseau central et du bas-côté nord, survenu à une époque que l'on ignore, était dû vraisemblablement à une mauvaise répartition des charges sur le rein des voûtes des collatéraux (...).» Et notre historien de citer un confrère, J. Barge, auteur d'une étude sur Saint-Pierre, réalisée à l'issue du Congrès : «Les arcs-boutants, mal placés, n'ont pu remplir leur rôle de contrebutement et un renversement général après rupture des voûtes du bas-côté nord a entraîné la ruine des voûtes hautes, du mur gouttereau nord et des voûtes du bas-côté nord.» L'explication est donc complètement différente. Mais, dans ce dernier cas, on ne comprend pas pourquoi les arcs-boutants au nord auraient été mal placés, et pas ceux au sud. Il n'y avait donc pas de symétrie ?
Quoi qu'il en soit de l'origine de cet écroulement, la reconstruction fut opérée en deux phases (remarque faite par madame la Marquise de Maillé lors du Congrès). Dans un premier temps : élévation nord, bas-côté nord et sa voûte en pierre, ainsi qu'une voûte en bois couvrant le vaisseau central. Puis, au début du XVIe siècle, on bâtit une voûte en pierre au-dessus de la nef centrale et du chœur, ce qui a pour effet de masquer la charpente et de modifier la disposition des baies hautes du côté nord de la nef.
Reprenons l'article de Jean Vallery-Radot. L'historien écrit que l'on ignore l'époque de l'écroulement du côté nord et il ajoute que la seconde phase de la restauration (voûte en pierre au-dessus du vaisseau central) date du début du XVIe siècle. On

sait que lorsqu'une catastrophe frappait un édifice cultuel important, fragilisant gravement l'ensemble et rendant le service du culte impossible, les têtes couronnées, évidemment sollicitées, avaient l'habitude d'ouvrir leur porte-monnaie : il fallait lancer les travaux de restauration le plus vite possible. Le chapitre de l'église n'avait pas le temps de se livrer à des quêtes ou d'attendre d'éventuels legs lors de décès. Si l'on compte bien, cela donne une première phase de la reconstruction située à la fin du XVe et au tout début du XVIe, de façon à coller à la seconde phase, située au début du XVIe siècle. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas retenir l'hypothèse de l'incendie de 1487 pour expliquer l'écroulement du côté nord et de la voûte? De toute évidence, il se trouvait des maisons et des échoppes en bois accolées aux côtés nord et sud de l'église, aptes à propager le feu.
Les documents sur l'historique de l'église, affichés dans le narthex, donnent une version différente. On lit en effet : «Au début du XVe siècle, la voûte de pierre, en arcs doubleaux [on comprend donc que la voûte est en berceau et non ogivale], qui n'était pas soutenue par des arcs-boutants, s'écroula, entraînant dans sa chute le haut du mur nord de la grande nef et la voûte du collatéral nord.» Cette version est tout à fait surprenante par ses incohérences. Au XIIIe siècle, la voûte d'ogives était bien maîtrisée. Pourquoi faire une voûte en berceau ? Le texte indique que la voûte était en pierre. Y a-t-il erreur et la voûte était-elle en bois? Généralement, on se contentait d'une voûte en bois quand les moyens de financement manquaient. Et, dans ce cas-là, les arcs-boutants étaient inutiles car le poids de la charpente était bien moindre que celui de la pierre. Le seul risque était l'incendie, pas l'écroulement de la voûte. D'autre part, comment peut-on avoir l'idée saugrenue de faire une voûte en pierre sans arcs-boutants quand on opte pour le style gothique? La faible épaisseur des murs (par rapport à celle du style roman) et l'absence de contreforts seraient totalement suicidaire pour la construction...
Une autre source rapporte aussi que la voûte de la nef, au XIIIe siècle, était en bois et que c'est elle qui a été consumée lors de l'incendie de 1487... Bref, le lecteur aura compris que les historiens butent sur un mystère : on ne sait pas exactement quand et pourquoi le côté nord de l'église Saint-Pierre s'est écroulé...
Sources : 1) Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot ; 2) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854 ; 3) notes sur l'histoire de l'église affichées dans le narthex.

«Triforium» et colonnettes dans l'élévation sud
«Triforium» et colonnettes dans l'élévation sud,
XIIIe siècle.
Statue de saint Pierre
Statue de saint Pierre
adossée à la tribune.
Statue de saint Paul
Statue de saint Paul
adossée à la tribune.
Chapelle Saint-Pierre et ses fragments de verrière du XVIe siècle
Chapelle Saint-Pierre et ses fragments de verrière du XVIe siècle
Un ange dans le tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre
Un ange
Tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre, XVIe siècle.

Les vitraux XIXe viennent de l'atelier Lobin, de l'atelier Fournier (tous deux à Tours) et de l'atelier Charles Jurie. Ils sont des années 1870. On peut les voir dans les différentes chapelles. Le Corpus Vitrearum signale qu'une verrière, exécutée vers 1850 par Thévenot et dédiée à sainte Jeanne de Valois, a disparu.
Pour ce qui est des vitraux anciens, le Corpus signale aussi que, au XIXe siècle, on pouvait voir une «Pietà du XVe siècle» et deux rondels montrant une Crucifixion et une Vierge de Pitié. Ces vitraux ne sont plus dans l'église. Des vitraux du XVIe siècle, il ne reste que le tympan de la verrière de la chapelle Saint-Pierre, dont de larges extraits sont donnés ici. À son sommet, saint Pierre donne le baptême. Dans les ajours, des disciples et des anges l'accompagnent. On y décèle de nombreuses pièces restaurées au XIXe et au XXe siècle.
Selon la notice sur l'église disponible dans le narthex, les autres vitraux Renaissance ont dû être détruits pendant les guerre de Religion. Cependant, le curé Rochereau, dans sa notice écrite en 1854, parle «des anciens vitraux dont le vandalisme révolutionnaire a dépouillé l'église tout entière.»
Sources : 1) Corpus Vitrearum, Les vitraux du Centre et des pays de la Loire, Éditions du CNRS ; 2) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854.

Chapiteau avec armoiries dans l'élévation nord.
Chapiteau avec armoiries dans l'élévation nord.
Chapiteau avec deux anges tenant un écusson (élévation nord).
Chapiteau avec deux anges tenant un écusson (élévation nord).
La tribune s'ouvre sur la nef par un grand arc brisé.
La tribune s'ouvre sur la nef par un grand arc brisé.
La voûte, maladroitement construite, au–dessus de l'orgue de tribune.
La voûte, maladroitement construite, au-dessus de l'orgue de tribune.

La voûte au-dessus de l'orgue. La tribune s'ouvre sur la nef par un grand arc brisé (photo ci-contre). Ses multiples voussures retombent sur des supports engagés, couronnés de chapiteaux à crochets. Jean Vallery-Radot poursuit : «La voûte sexpartite, qui couvre cette tribune, est une réfection assez maladroite, paraissant dater de la fin du XVe siècle (...). L'arc intermédiaire est lancé si gauchement qu'il ne traverse pas la clef» On le voit bien dans la photo ci-dessus.
Source : Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot.

LES FRAGMENTS DE VITRAUX DU XVIe SIÈCLE DANS LA CHAPELLE SAINT-PIERRE
Le tympan du vitrail de la chapelle Saint–Pierre abrite les seuls fragments des vitraux du XVIe siècle de l'église.
Le tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre abrite les seuls fragments des vitraux du XVIe siècle de l'église.
Les disciples de Pierre assistent au baptême
Les disciples de Pierre assistent au baptême.
Tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre, XVIe s.
Saint Pierre baptisant.
Saint Pierre baptisant.
Tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre, XVIe siècle.
Les disciples de Pierre assistent au baptême
Les disciples de Pierre assistent au baptême. La tête «trop parfaite» au centre est évidemment une recréation du XIXe siècle.
Tympan du vitrail de la chapelle Saint-Pierre, XVIe siècle.
Le bas-côté sud de la nef remonte au XIIIe siècle.
Le bas-côté sud de la nef remonte au XIIIe siècle.
Saint François Xavier, détail
Saint François Xavier, détail
Vitrail de l'atelier Lobin, Tours, années 1870.
Bas–relief de la Nativité, XVIe siècle, dans une chapelle latérale.
Bas-relief de la Nativité, XVIe siècle, dans une chapelle latérale.

Le donateur, agenouillé à gauche, est assisté par l'apôtre Pierre.
Sa femme (?), agenouillée à droite, est assistée par l'apôtre Paul.
Bas-relief d'un ange tenant un phylactère
Bas-relief d'un ange tenant un phylactère
Tableau de saint Fulgent, XVIIIe siècle.
Tableau de saint Fulgent, XVIIIe siècle.
Saint François d'Assise et la Vierge
Saint François d'Assise et la Vierge
Fresque de la fin du XIIIe siècle.
Statue d'un roi en robe à col d'hermine.
Statue d'un roi en robe à col d'hermine.
Fresque de sainte Claire
Fresque de sainte Claire
Fin du XIIIe siècle.
Christ en croix dans la nef
Christ en croix dans la nef
Époque non précisée.
Statue de sainte Solange, patronne du Berry
Statue de sainte Solange, patronne du Berry
par Jules Dumoutet, sculpteur berruyer,
auteur du maître-autel en 1854.
Clé de voûte dans un bas-côté.
Clé de voûte dans un bas-côté.
Le bas-côté nord avec la première chapelle.
Le bas-côté nord avec la première chapelle.
Toute cette partie de l'église a été reconstruite à la fin du XVe et au début du XVIe siècle.
La reconstruction du côté nord au XVIe siècle a laissé sa signature dans cette belle porte Renaissance
La reconstruction du côté nord au XVIe siècle a laissé sa signature
sous la forme de cette porte Renaissance desservant la sacristie.
«La Résurrection», tableau du premier quart du XVIIe siècle
«La Résurrection», tableau du premier quart du XVIIe siècle
avec le donateur Pierre Fradet au premier plan.
La voûte sexpartite du vaisseau central, XVIe siècle.
La voûte sexpartite du vaisseau central, XVIe siècle.
Vitrail de sainte Solange, vers 1870.
Vitrail de sainte Solange, vers 1870.
Atelier Charles Jurie enTouraine.
Statue de sainte Solange, patronne du Berry
Statue de sainte Solange, patronne du Berry
par Jules Dumoutet, détail.

La vie de sainte Solange. Solange, native du Berry, est morte jeune et martyre. La brièveté de sa vie en a fait un champ propice à l'invention des hagiographes et à l'imagination des éducateurs qui voulaient œuvrer à l'édification des jeunes filles. Comme sainte Élisabeth de Hongrie, Solange est une jeune fille parée de toutes les grâces et de toutes les vertus. On ne sait pas trop le siècle où elle est née. Certains récits annoncent le IXe siècle, d'autres se contentent d'un vague «après l'an 400».
Solange est donc une bergère du Berry, née au lieu-dit Villemont, à trois lieues de Bourges. Elle est bien sûr d'une rare beauté. Beauté du visage (ce qui va causer sa perte) et beauté morale. Ses parents, chrétiens fervents, l'élèvent dans la vertu, «lui imprimant dans l'esprit une haine mortelle du péché et de tout ce qui déplaît à Dieu», lit-on sous la plume d'un hagiographe anonyme du XVIIIe siècle ou du début du XIXe. Bien sûr, elle donne toute sa personne à Jésus-Christ et veut rester vierge. Elle prend l'habitude de mener son troupeau au champ dit «de sainte Solange», mais ne prend guère soin de ses bêtes, passant son temps «en prières et en entretien avec Dieu». Jésus-Christ la récompense de plusieurs dons : elle chasse le diable des corps possédés, guérit les malades, détourne les orages et apaise les tempêtes. «De plus on a vu souvent une étoile marcher devant elle jour et nuit, comme si celle qui était toute céleste en sa conversation, devait avoir en terre devant ses yeux une image du Ciel». L'imagination des hagiographes est sans limite...
Attiré par sa beauté, le «fils du Prince du pays», au cours d'une partie de chasse, la trouve en prières. Il descend de cheval, lui prodigue toute l'affection qu'il peut et lui apprend qu'il la veut pour épouse, lui faisant miroiter les richesses qui l'attendent. Évidemment, c'est un refus sec : Solange s'est consacrée à Dieu et a pris Jésus-Christ pour époux. Le jeune homme s'impatiente. Il veut user de violence, ce qui fait fuir la jeune fille. Il la rattrape et la met sur son cheval. Mais, à six cents pas du lieu de leur rencontre, elle parvient à se dégager de ses mains et se jette à bas en passant un petit ruisseau. Alors, ce fils de Prince   ---»»

---»»  change son amour en haine, tire son épée et lui tranche la tête. L'hagiographie nous apprend que, bien que la tête fût séparée du corps, ses lèvres prononcèrent trois fois le saint nom de Jésus. Puis la sainte prit sa tête entre ses mains et la porta à l'église de Saint-Martin-du-Cros où son corps fut inhumé. S'ensuivent les miracles traditionnels sur son tombeau : les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les malades sont guéris. «On y a ouï les concerts mélodieux des anges», ajoute notre hagiographe anonyme. L'église Saint-Martin fut rebaptisée Sainte-Solange, de même que tout le bourg.
Le vitrail de sainte Solange, réalisé par Charles Jurie (1840-1919), illustre deux épisodes tragiques de la vie de la sainte : 1) le fils du Prince l'aperçoit alors qu'elle est en prières ; 2) le fils du Prince, furieux de ses refus, se prépare à la décapiter avec son épée.
Source : La Vie de sainte Solange, patronne du Berry, texte anonyme du XVIIIe ou du début du XIXe siècle sur Gallica.bnf.fr.

Le «fils du Prince du pays» découvre sainte Solange en prières.
Le «fils du Prince du pays» découvre sainte Solange en prières.
Vitrail de Charles Jurie, années 1870.
Le «fils du Prince du pays», éconduit, s'apprête à frapper sainte Solange.
Le «fils du Prince du pays», éconduit, s'apprête à frapper sainte Solange.
Vitrail de Charles Jurie, années 1870.
«La Cène», auteur inconnu
«La Cène», auteur inconnu
Tableau du premier quart du XVIIe siècle.
Statue de saint Pierre
Statue de saint Pierre
Époque inconnue.
Un prophète dans une console
Un prophète dans une console
Chapelle nord Saint-Augustin.
Bas-relief (très mutilé) illustrant le Massacre des Innocents.
Bas-relief (très mutilé) illustrant le Massacre des Innocents.
Époque Renaissance.
«La Mort de saint Joseph»
«La Mort de saint Joseph»
Atelier Lobin, Tours, années 1870.
LA CHAPELLE LATÉRALE NORD CUJAS (fin XVe ou début XVIe siècle) ET SES FRESQUES

La chapelle Cujas. Avec son pendant, la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul, la chapelle Cujas esquisse la forme d'un vague transept.
Construite au XVe siècle (une époque où les riches bourgeois et les corporations de la ville mettent un point d'honneur à financer leur chapelle personnelle), l'intérêt de la chapelle Cujas est avant tout artistique. Hormis les trois prophètes et le roi David dans les consoles à la retombée des arêtes de la voûte, on y voit deux très belles peintures murales dont la polychromie n'a pas entièrement disparu.
La première est une Mise au tombeau de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle. Cette scène, fréquente en sculpture, est rare en peinture. On y retrouve les personnages traditionnels de la Mise au tombeau.
La seconde, datée de la fin du XVIe siècle, orne la voûte de la chapelle (photo ci-contre). Chaque voûtain reçoit, sur un fond ocre, l'ange ou un animal du Tétramorphe, associé à un phylactère portant le nom de l'évangéliste. Le nom est écrit en français et en caractères gothiques. Voir plus bas, en gros plan, le taureau de Luc.
Source : Document affiché dans l'église.

Vue d'ensemble des peintures murales (XVIe siècle)
Vue d'ensemble des peintures murales (XVIe siècle)
de la chapelle Cujas.
Le Tétramorphe est peint sur les quatre voûtains de la chapelle Cujas (fin du XVIe siècle)
Le Tétramorphe est peint sur les quatre voûtains de la chapelle Cujas (fin du XVIe siècle).
L'ange, ainsi que chaque animal, est associé à un phylactère qui porte, en français, le nom de l'évangéliste.

C'est dans la chapelle Cujas que fut inhumé le célèbre jurisconsulte Cujas (1520-1590).

Le roi David et sa lyre dans une console.
Le roi David et sa lyre dans une console.
Chapelle Cujas.
Un prophète dans une console.
Un prophète dans une console.
Chapelle Cujas.
Un prophète dans une console.
Un prophète dans une console.
Chapelle Cujas.
Peinture murale d'une Mise au tombeau, fin XVe ou début XVIe siècle (chapelle Cujas)
Peinture murale d'une Mise au tombeau, fin XVe ou début XVIe siècle (chapelle Cujas)
Le taureau de Luc dans le Tétramorphe
Le taureau de Luc dans le Tétramorphe
peint sur la voûte de la chapelle Cujas.
CLÉS DE VOÛTE DANS LE VAISSEAU CENTRAL
Clé de voûte avec armoiries dans le vaisseau central (XVIe s.) Clé de voûte avec armoiries
TROIS CLÉS DE VOÛTE avec armoiries
dans le vaisseau central (XVIe siècle).
Clé de voûte avec armoiries dans le vaisseau central (XVIe s.)
Clé de voûte à l'entrée du chœur (XVIe  siècle).
Clé de voûte à l'entrée du chœur (XVIe siècle).
Clé de voûte dans le chœur (XVIe siècle).
Clé de voûte dans le chœur (XVIe siècle).
Statue de sainte Radegonde.
Statue de sainte Radegonde.
XVIe siècle.
La voûte du chœur
La voûte du chœur
Début du XVIe siècle.


Le Martyre de saint Sébastien ---»»»
Statue de sainte Claire ---»»»--»»»
Vitrail de saint Augustin
Vitrail de saint Augustin
Atelier Lobin, Tours, années 1870.
Le Martyre de saint Sébastien Statue de sainte Claire
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-LE-GUILLARD
Le chœur du XIIIe siècle possède une arcature très fermée
Le chœur du XIIIe siècle possède une arcature très fermée
qui retombe sur des piles monocylindriques.
Le passage de service, présent dans toute l'élévation sud,
se poursuit dans l'abside.
Le chœur est embelli d'un maître–autel créé par le sculpteur berruyer Jules Dumoutet en 1854.
Le chœur est embelli d'un maître-autel créé par le sculpteur berruyer Jules Dumoutet en 1854.

Architecture du chœur. L'ensemble du chœur remonte au XIIIe siècle. On voit parfaitement la continuation, depuis l'élévation sud, du passage de service au second niveau de l'abside. Le point le plus frappant, ce sont les arcades «de tracé aigu et d'ouverture étroite» [Vallery-Radot] du chevet à cinq pans. Les belles piles monocylindriques, que l'on voyait autrefois dans la nef, sont ici bien présentes. Les arcades retombent sur ces piles «appareillées en tambours et couronnées de chapiteaux à crochet d'un beau style» [Vallery-Radot]. Les tailloirs sont savamment découpés selon la retombée des colonnettes. Ils surplombent des chapiteaux enrichis, côté sanctuaire, de têtes d'homme ou de femme qui émergent, pour certaines d'entre elles, des feuillages de la corbeille (voir les deux photos ci-dessous).
Dans sa notice de 1854, le curé de l'époque, H. Rochereau, se plaint amèrement de la présence d'un horrible retable de plâtre, installé au fond du chœur et qui cache la vue sur les chapelles rayonnantes. Ce retable, écrit-il, serait mieux à sa place dans les jardins de Versailles ou de Saint-Cloud. Le curé nous indique néanmoins que la démolition en a été signée à la mairie et que tout le monde attend le financement. On notera la présence d'un beau maître-autel de 1854, orné de bas-reliefs à son soubassement.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot ; 2) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854.

Détail du soubassement du maître-autel
Détail du soubassement du maître-autel
Bas-relief représentant la crucifixion de saint Pierre
par le sculpteur Jules Dumontet, 1854.
Cuve d'une ancienne chaire à prêcher du XIXe siècle
Cuve d'une ancienne chaire à prêcher du XIXe siècle
avec bas-reliefs illustrant la prédication de Jésus.
Tête d'homme sous un tailloir du chœur.
Tête d'homme sous un tailloir du chœur.
Tête d'homme au sein d'un feuillage dans un tailloir.
Tête d'homme au sein d'un feuillage dans un tailloir.
LE DÉAMBULATOIRE ET LES CHAPELLES RAYONNANTES

Architecture des chapelles. Le visiteur peut être un peu déçu par les chapelles rayonnantes. Avec leur aspect similaire, à cinq pans et trois baies vitrées, elles semblent sorties tout droit du XIXe siècle. En fait, trois chapelles suscitent un réel intérêt.
D'abord la première chapelle sud, dédiée à sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle date du XIIIe siècle et présente une disposition d'origine champenoise, assez rare dans une chapelle rayonnante. Jean Vallery-Radot explique pourquoi : «Elle communique, en effet, avec le déambulatoire, non par une grande arcade selon la règle habituelle, mais par deux petites arcades retombant sur une pile intermédiaire. Cette pile minuscule, d'ailleurs restituée, formée d'un massif cylindrique cantonné de quatre colonnettes, reçoit en outre la retombée des six nervures de la chapelle qui convergent vers elle, et aussi la retombée d'une cinquième nervure de la travée du déambulatoire.»
Le pendant de cette chapelle, au nord, est la chapelle Saint-Paul. Son architecture est identique, mais elle a été refaite au XIXe siècle. On donne en gros plan le réseau des nervures de cette chapelle.
Au nord toujours, se trouve la chapelle Notre-Dame de Fatima, construite vers 1450 sur la cassette de Jacques Cœur. Elle possède une corniche ornée de feuilles de chou frisées et une clé de voûte portant les armoiries de Jacques Cœur.
Source : Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot.

Le déambulatoire nord et le chœur.
Le déambulatoire nord et le chœur.
Au XIIIe siècle, toute la nef était scandée de piliers monocylindriques, comme ceux qui entourent le sanctuaire ci-dessus.
Chapelle rayonnante Saint-Antoine de Padoue,
Chapelle rayonnante Saint-Antoine de Padoue,
Antoine de Padoue a été prédicateur à Bourges de 1225 à 1230.
Le déambulatoire remonte au XIIIe siècle.
Le déambulatoire remonte au XIIIe siècle.
Chapelle axiale dédiée à Notre-Dame la Blanche.
Chapelle axiale dédiée à Notre-Dame la Blanche.
Le déambulatoire sud.
Le déambulatoire sud.
Au 1er plan, à gauche, la chapelle axiale dédiée à Notre-Dame-la-Blanche
Au fond, la chapelle Saint-Antoine de Padoue, XIXe siècle.
Chapelle rayonnante Sainte–Thérèse de l'Enfant Jésus, XIIIe siècle.
Chapelle rayonnante Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, XIIIe siècle.
Sa voûte à six nervures est de style champenois.
C'est la plus intéressante de toutes les chapelles rayonnantes.
Clé de voûte avec armoiries de Jacques Cœur dans la chapelle Notre–Dame de Fatima
Clé de voûte avec armoiries de Jacques Cœur dans la
chapelle rayonnante Notre-Dame de Fatima, XVe siècle.
Chemin de croix : Jésus devant Caïphe.
Chemin de croix : Jésus devant Caïphe.
Chapelle rayonnante Saint-Paul, patron des vignerons
Chapelle rayonnante Saint-Paul, patron des vignerons
(refaite au XIXe siècle).
L'orgue de tribune est de 1872, remanié en 1889 et au XXe siècle.
L'orgue de tribune est de 1872, remanié en 1889 et au XXe siècle.

L'orgue de tribune. Dans sa notice de 1854, le curé de l'église écrit que la tribune «est veuve de son grand buffet d'orgues d'autrefois que l'on dit être aujourd'hui, par on ne sait quel événement, dans la remarquable église de la Charité-sur-Loire.» Et il lance cette plainte : «Quand aurons-nous donc à Saint-Pierre un orgue digne du monument?» Le grand orgue de la Charité ne vient nullement de l'église Saint-Pierre puisqu'il a été créé en 1886. L'orgue que l'on voit sur le buffet ci-dessus a été créé par un jeune facteur berruyer de 22 ans en 1872, Jules Bruneau. Il a été remaniée en 1889, 1923, et à cinq reprises depuis 1985.
Sources : 1) Documents affichés dans l'église ; 2) Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854.

La somptueuse voûte de la chapelle rayonnante Saint–Paul (refaite au XIXe siècle).
La somptueuse voûte de la chapelle rayonnante Saint-Paul (refaite au XIXe siècle).
Son réseau de nervures, de style champenois, est identique à celui
de la chapelle Sainte-Thérèse qui, elle, est entièrement du XIIIe siècle.
La nef vue depuis le chœur.
La nef vue depuis le chœur.

Documentation : Congrès archéologique de France, session tenue à Bourges en 1931, article sur l'église Saint-Pierre par Jean Vallery-Radot
+ «Notice sur l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges» par le curé de l'église, H. Rochereau, 1854
+ Dictionnaire des églises de France, éditions Robert Laffont, 1967
+ Note disponible dans l'église Saint-Pierre-le-Guillard
+ Corpus Vitrearum, Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Éditions du CNRS, 1981.
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