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Page créée en juin 2018
Le Christ en gloire dans le tympan de la Transfiguration

L'église Notre-Dame de La Charité-sur-Loire est une fille aînée de Cluny. À ce titre, elle occupe une place importante dans l'histoire de cet ordre monastique, ainsi que dans l'histoire de l'art roman. À l'origine, en 1056, l'ordre de Cluny reçut en donation une terre où s'élevait une église ruinée par les attaques sarrasines. En 1059, l'ordre y fonda une église dédiée à Notre-Dame dont le premier prieur, Gérard, sera le premier constructeur. Bâtie sur un plan bénédictin, elle était composée d'un chœur flanqué de trois absidioles au nord et au sud, d'un transept et de deux travées (voir plans). L'église Notre-Dame fut consacrée par le pape Pascal II en 1107. Un destin peu commun attendait l'édifice. En effet, La Charité se situe sur l'une des principales routes de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle en venant de Vézelay. Rapidement, les pèlerins firent halte dans le bourg, profitant de «la charité des bons pères». Le nom restera à la ville.
Dans la première moitié du XIIe siècle, l'édifice fut considérablement agrandi : le chœur s'étoffa, la nef s'allongea et l'ensemble atteignit la longueur impressionnante de 122 mètres (voir plans). La Charité était devenue la plus grande église d'Europe après Cluny. Corrélativement, la prieurale commença à créer des filiales en Bourgogne (près d'une centaine), dans les régions françaises voisines et certains pays étrangers (Angleterre, Italie, Portugal). Dès les travaux du XIIe siècle, l'accent fut mis sur la beauté artistique et la multiplication des chapiteaux, notamment dans le chœur. Notre-Dame de La Charité est une véritable vitrine du style roman et de son ornementation. Cette page développe abondamment le thème des chapiteaux. On lira plus bas un commentaire sur l'intéressant concept d'«art charitois» créé lors du Congrès archéologique de France de 1967. En 1209, les bas-côtés nord furent transformés en église paroissiale, l'église Sainte-Croix.
Éprouvée pendant la guerre de Cent Ans (voir les extraits de l'ouvrage d'Heinrich Denifle), l'édifice faillit ne pas survivre au grand incendie du 31 juillet 1559 qui détruisit une partie des bâtiments monastiques et ravagea l'église. En 1569, lors des guerres de Religion, les moines et une partie de la population furent massacrés. La prieurale et les bâtiments conventuels furent lentement restaurés au cours des deux siècles suivants par les prieurs commendataires. Il faut noter l'action, en 1695, de Jacques-Nicolas Colbert, évêque d'Auxerre et fils du grand ministre : quatre des dix travées de la nef sont reconstruites, ainsi que le grand cloître, les locaux conventuels, l'hôtellerie. De plus, un nouvel hôpital est créé.
En 1791, les trois églises paroissiales de La Charité sont supprimées. Notre-Dame devient la seule église paroissiale de la ville. L'ancienne église Sainte-Croix est transformée en magasins et en locaux d'habitation, ce qu'elle est toujours. La prieurale, objet du désintérêt de la commune, fut sauvée de la ruine par Prosper Mérimée qui passa à La Charité en 1834. Elle fut classée monument historique en 1840. Dès lors, les projets de restauration se succédèrent, rarement exécutés. Néanmoins, les bâtiments étaient protégés par la loi. La dernière restauration date des années 2000. Le visiteur a maintenant accès aux bâtiments conventuels et aux ruines aménagées de l'église Saint-Laurent, découverte en 1975, juste au nord de la prieurale, lors de terrassements.
Les vitraux romans, s'il y en a eu un jour, ont disparu depuis longtemps. Au XIXe siècle, des vitraux historiés furent installés dans les chapelles rayonnantes (plusieurs sont donnés dans la dernière partie de cette page). Les autres fenêtres ont reçu, en 1957, des vitraux figuratifs de style géométrique créés par Max Ingrand.

Chapiteau des griffons dans le déambulatoire
Vue d'ensemble de la nef et de l'abside quand on rentre dans l'église Notre–Dame
Vue d'ensemble de la nef et de l'abside quand on rentre dans l'église Notre-Dame.
Le clocher occidental et la Loire.
Le clocher occidental et la Loire.
Vue d'ensemble de la prieurale depuis le rempart nord
Vue d'ensemble de la prieurale depuis le rempart nord.
Après l'importante restauration de 2001 à 2011, les services du Patrimoine ont réaménagé les toitures.
Maquette de l'église vue depuis sa façade occidentale
Maquette de l'église vue depuis sa façade occidentale.
Aucun élément historique ne vient étayer l'hypothèse
d'une seconde tour, au sud, sur la façade.
Maquette de l'église vue avant le XIVe siècle
Maquette de l'église vue avant le XIVe siècle :
la chapelle axiale est encore de style roman.
Au XIVe siècle, elle sera détruite, puis
reconstruite en style gothique.
L'Office du tourisme propose un plan 3D de la ville au Moyen Âge.
L'Office du tourisme propose un plan 3D de la ville au Moyen Âge.
Il permet d'appréhender la superficie occupée par le prieuré.
L'entrée occidentale du bâtiment Le portail principal de la façade ouest
Le portail principal de la façade ouest
date du début du XVIe siècle.
Au XXIe siècle, les services du Patrimoine ont
commencé la restauration de ce portail gothique.

«««--- À GAUCHE
L'entrée occidentale du bâtiment donne sur la place des Pêcheurs. Les contreforts massifs datent du XIVe.

Les phases de la construction.
1. 2e moitié du XIe siècle : la construction commence en 1052 selon un plan bénédictin classique : le chœur roman, à deux niveaux, est bordé, au nord et au sud, de trois chapelles absidiales de profondeur décroissante ; la nef ne comprend que deux travées (à trois niveaux).
2. 1er quart du XIIe siècle : la nef s'allonge de six travées supplémentaires ; l'arc brisé apparaît autorisant un accroissement de l'élévation.
3. 2e quart du XIIe siècle : c'est l'époque des grandes modifications. La nef gagne deux travées ; on édifie le clocher Sainte-Croix et une partie de l'autre clocher. Le chœur est agrandi : faux triforium, déambulatoire avec cinq chapelles rayonnantes. Le transept est surélevé d'un étage. La tour octogonale, dite clocher de la Bertrange, est bâtie à la croisée du transept.
4a. XIIIe siècle : l'incendie de 1204 détruit une partie de l'église et des bâtiments conventuels (sans grand dommage) ; le bas-côté nord est fermé sur sept travées pour créer l'église paroissiale Sainte-Croix.
4b. XIVe siècle : la chapelle axiale est reconstruite en chapelle gothique à plan cruciforme. L'église atteint 130 mètres de long ; après Cluny; La Charité est la plus longue église monastique d'Europe.
4c. Début du XVIe siècle : priorat de Jean de la Magdeleine de Ragny. Le grand portail de la nef est refait ; un passage permettant d'accéder à la ville est créé dans le bras sud du transept.
5. 2e moitié du XVIe siècle, XVIIe et  XVIIIe siècles : terrible incendie de 1559 qui détruit les trois-quarts de l'église. Il faut attendre 1695 pour la reconstruction. En attendant, la nef ne comprend plus que quatre travées, fermées à l'ouest par un nouveau portail de style néo-classique. L'espace laissé libre    ---»»»

La façade occidentale de style néo–classique de l'église Notre–Dame
La façade occidentale de style néo-classique de l'église Notre-Dame
sur la place Sainte-Croix.
Sculptures dans une voussure
Sculptures dans une voussure
de l'arc du portail principal :
Sainte Barbe et sa tour,

Sainte Catherine et sa roue ---»»
Sainte Catherine et sa roue

Les phases de la construction (suite).
---»»»    par la nef détruite devient un cimetière.
6. XIXe et XXe siècles : À la Révolution, l'église est vendue comme bien national ; l'église Sainte-Croix abrite des logements ; Notre-Dame devient temple de la Raison, puis est rendue au culte en 1795. En 1840, Mérimée la fait classer comme Monument historique. En 1999, elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco.
Source : Documents affichés dans la nef.

Les différentes phases de la construction de la prieurale Notre-Dame.
Les différentes phases de la construction de la prieurale Notre-Dame.
LE TYMPAN ROMAN DU CLOCHER SAINTE-CROIX
Le tympan roman à la base du clocher Sainte-Croix.
Le tympan roman à la base du clocher Sainte-Croix.

Les tympans romans (1/2). L'église Notre-Dame offre aux visiteurs deux très beaux tympans romans remontant au second quart du XIIe siècle (c'est du moins à cette époque que les dernières travées de la grande église sont édifiées). Initialement ces tympans ornaient la base du grand clocher Sainte-Croix. L'un deux s'y trouve encore, le second a été déplacé dans le croisillon sud du transept sur instruction de Mérimée en 1834.
Signalons que lors du Congrès archéologique de France tenu à Moulins et à Nevers en 1913, l'historien Louis Serbat rappelle, dans son article sur la prieurale, que le tympan sur la tour Sainte-Croix «demeure caché dans l'une des petites maisons qui se sont accolées aux flancs de la tour.» Une photographie du XIXe siècle, donnée plus bas, en donne un bon aperçu. Ces petites maisons ont donc été supprimées dans le courant du XXe siècle.
Malgré les flétrissures du temps, ces deux tympans sont d'une très haute qualité artistique. Les plissés des vêtements sont remarquables, les expressions des visages très étudiées. Le linteau du tympan extérieur (présenté ci-contre) montre les scènes principales de la Nativité (Annonciation, Visitation, Nativité, Annonce aux bergers). Le linteau du tympan déplacé dans le transept prend la suite de ces scènes. Il propose une Adoration des mages et une Présentation au temple. La scène de la Nativité proprement dite est exceptionnelle : la Vierge est allongée dans un lit (représentation très rare) tandis que, «au-dessus», le bœuf et l'âne réchauffent l'Enfant de leurs souffles. D'où le sculpteur tenait-il l'idée de représenter la Vierge et l'Enfant sur deux niveaux différents? L'historiographie consultée n'en dit rien. Un document dans l'église présente ce tympan comme celui de l'Assomption. Ce qui fait que la Vierge allongée sur son lit serait en fait la représentation d'une Dormition. Le sculpteur aurait ainsi résumé la vie de Marie dans un raccourci surprenant. Dans cet ordre d'idée, le Christ bénissant, dans la mandorle au-dessus, accueille sa mère lors de l'Assomption. Marie se tient devant son fils, ses deux mains sur la mandorle (photo ci-dessous). De l'autre côté, deux anges bienveillants observent la scène des retrouvailles.

Les tympans romans (2/2).
---»»» Dans l'autre tympan, le très beau Christ en gloire dans sa mandorle est une Transfiguration. Jésus transfiguré est entouré d'Élie et de Moïse, tandis que les apôtres, à droite et à gauche, sont représentés apeurés par la scène ou en adoration. Notons que le tympan dans le transept est en bien meilleur état que celui qui est à l'extérieur.
Lors de son voyage dans le Midi de la France, Prosper Mérimée confia à son ministre de tutelle ses impressions très enthousiastes sur ces deux tympans :
«Il est impossible de ne pas admirer la perfection avec laquelle sont rendus certains détails, comme les étoffes et les broderies, - l'ornementation en général. En même temps, il y a lieu de s'étonner que des artistes, en état d'exécuter si bien certaines parties, soient tombés dans des fautes aussi grossières ; les mains, par exemple, sont hors de toute proportion avec les corps, et il y a un tel personnage dont les doigts ont la même longueur que la face. [Il s'agit de Moïse dans le tympan de la Transfiguration] - On observe les plis très fins et tourmentés des draperies, la profusion des broderies et des bijoux, caractères assez constans de la sculpture des XIe et XIIe siècles. - J'ai cherché en vain sur la pierre des traces de peinture. Je n'en ai trouvé que sur les nimbes, peints en bleu, entourés de perles d'or, avec une croix grecque rouge, au milieu. La parfaite conservation des couleurs dans cette seule place, l'absence du moindre vestige de coloration dans le reste des bas-reliefs, me font penser qu'ils n'ont jamais été peints.» Source : Notes d'un voyage dans le Midi de la France par Mérimée, éditions Adam Biro.

Le Christ bénissant est présenté de trois–quarts dans une mandorle
Détail du tympan de l'Assomption du clocher Sainte-Croix.
Le Christ bénissant est présenté de trois-quarts dans une mandorle. Il accueille sa mère lors de son Assomption.
Le linteau du tympan roman du clocher Sainte–Croix illustre quatre scènes autour de la Nativité.
Le linteau du tympan roman du clocher Sainte-Croix illustre quatre scènes autour de la Nativité.
Au centre, la Vierge est présentée couchée dans un lit (disposition très rare). Au-dessus, le bœuf et l'âne réchauffent l'Enfant. La Vierge couchée est-elle une Dormition ?
Le linteau est souligné par une remarquable «grecque», c'est-à-dire une longue frise à dessins géométriques.
LES CLOCHERS
Les deux clochers du prieuré vus depuis le pont sur la Loire.
Les deux clochers du prieuré vus depuis le pont sur la Loire.

Les clochers (1/3). L'église de La Charité-sur-Loire possède deux clochers bien différents. Tous deux datent de la phase des grands travaux entrepris au deuxième quart du XIIe siècle (n°3 sur le plan). C'est la période de l'art bourguignon à son apogée.
Le clocher octogonal qui se dresse au-dessus de la coupole est appelé clocher de la Bertrange. La toiture constituée d'une flèche d'ardoise avec lanternons date du début du XVIe siècle. L'octogone (du XIIe siècle) est posé sur une souche rectangulaire (photo à droite). Son ornementation romane est de toute beauté, mais il faut une paire de jumelles pour vraiment l'apprécier (photo ci-dessous). Une suite de semi-colonnes engagées et de pilastres abrite une série de grandes arcades en plein cintre ornées de chaînes perlées. Ces arcades sont chacune subdivisées en deux petits arcs brisés, bordés de perles et garnis de redents. Dans chacun de ces arcs se niche une petite statue, souvent difficile à identifier. Quoi qu'il en soit, l'ensemble offre une très belle ornementation romane sur le thème classique des «arcades dans les arcades».
Le clocher sud de l'ancienne façade occidentale est d'un style très différent. Il a été bâti en même temps que l'on prolongeait la nef de deux travées. Voir ci-dessous deux photographies partielles du clocher. Une galerie d'arcatures, semblable à celle du triforium de la nef, est située au premier niveau. Les deux étages terminaux affichent un triplet d'arcades en plein cintre abritant des baies géminées. Chaque baie est surmontée d'un petit arc en plein cintre garni de trois redents. Mais la partie la plus intéressante est sans conteste le bandeau carré qui relie la galerie d'arcatures à la base des baies géminées. Ce bandeau est incrusté de «toute une décoration de rosaces et de panneaux rectangulaires qui sont ornés de motifs demi-circulaires  ---»»» 2/3

Le clocher octogonal sur le chevet, dit clocher de la Bertrange
Le clocher octogonal sur le chevet, dit
clocher de la Bertrange. L'octogone est
orné d'une belle ornementation romane.
Le clocher de la Bertrange.
Le clocher de la Bertrange.
Les statues de son octogone sont nichées dans un enchevêtrement d'ornementations romanes.
Le clocher nord et ses deux étages de baies géminées.
Le clocher nord et ses deux étages de baies géminées.
Sur le premier niveau de la photo se trouve une longue frise de bas-reliefs
composés de rosaces et d'animaux.
Une fenêtre romane dans le clocher nord.
Une fenêtre romane dans le clocher nord.
Les baies sont surmontées d'arcs en plein
cintre garnis de trois redents.
Frise d'animaux et de rosaces sur le clocher sud
Plan de l'église et des alentours
Plan de l'église et des alentours.

Plan. Dans le plan ci-dessus, on voit nettement les quatre contreforts construits sur la façade occidentale après l'écroulement probable de la tour sud à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe. Le contrefort le plus au nord a toutefois été érigé au XVIe alors que les trois autres sont du XIVe siècle.

«««--- Frise d'animaux et de rosaces sur le clocher sud.
Au-dessous : série d'arcatures en plein cintre
dont l'arc est à cinq redents.
Arcades sur la façade occidentale
Ces deux arcades sur la façade occidentale
correspondaient aux portails d'accès vers le bas-côté nord.
Portails et baies ont été bouchés après
le probable écroulement de la tour sud
à la fin du XIIIe ou au tout début du XIVe siècle.

Les clochers (2/3).
---»»» avec rinceaux, palmettes et entrelacs» [Louis Serbat, Congrès archéologique de France, 1913]. Voir photo ci-dessus.
Aucun document médiéval ne relate l'existence d'une tour sud qui fasse pendant à la tour nord. De même, on ne possède nulle trace, dans les archives, de l'«accident» qui entraîna d'importants travaux de restauration datés du XIVe siècle (c'est du moins à cette période que leur style fait penser). On sait qu'ils furent commencés, puis brutalement interrompus. Sur cette importante question, Jean Vallery-Radot écrit dans son long rapport sur l'église Notre-Dame à l'occasion du Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967 : «On considère généralement comme acquis qu'il existait du côté sud de la façade une tour semblable à la tour septentrionale. Comme aucun témoin visible n'en subsiste, on ne peut qu'émettre des hypothèses à son sujet. On peut aussi supposer qu'elle s'était écroulée en ruinant, dans sa chute, la façade, les deux premières travées de la nef et leurs voûtes. C'est en effet cette partie de l'édifice qui fit l'objet, au XIVe siècle, d'une importante restauration commencée, puis interrompue brusquement. En même temps, la tour nord fut considérablement renforcée à sa base, comme si l'on avait voulu prévenir le retour de semblable catastrophe, et la reconstruction de la tour méridionale fut amorcée.»
Il faut donc poser la question : l'architecte qui avait conçu ces deux clochers s'était-il fourvoyé en ouvrant beaucoup trop de fenêtres et d'arches dans la moitié basse de son projet, compte tenu du poids de la moitié haute? C'est vraisemblable car, sur la tour nord, portails et baies furent partiellement aveuglés (photo ci-contre). Sur la tour sud (ou du moins ce qu'il en restait), on maçonna l'espace entre les deux arcades qui ouvraient sur les bas-côtés. Enfin, ce qui est encore bien visible, on renforça la structure basse de la tour nord par un contrefort massif, épais de 2 mètres et long de plus de 2,50 mètres. L'autre contrefort, plus au nord, a été édifié au XVIe siècle. Sur le côté sud détruit, on construisit d'emblée deux contreforts pour encadrer un portail de style gothique, aux profondes voussures et peuplées de statuettes. Une photo de la façade occidentale donnée plus haut donne un bon aperçu des contreforts centraux qui datent tous les deux  ---»»» 3/3

Portail en style gothique avec profondes voussures
Portail en style gothique avec profondes voussures
et statuettes construit au XIVe siècle,
après le probable écroulement de la tour sud.
Les statuettes du portail gothique sud
Les statuettes du portail gothique sud
ont été mutilées. Lors de quels événements ? Guerres
de Religion ? Révolution ?

Les clochers (3/3).
---»»»  du XIVe siècle. La consolidation continua à l'intérieur de la nef : les deux premières piles nord furent renforcées. Mais cette campagne de restauration fut interrompue. Pourquoi? L'explication ne figure pas dans les documents à disposition des historiens, mais tout le monde pense évidemment à la guerre de Cent Ans.
À cet égard, le formidable travail d'érudition accompli par le père dominicain Heinrich Denifle donne quelques indications intéressantes. Rappelons que ce clerc, à la fin du XIXe siècle, a passé au crible des milliers de suppliques adressées aux papes par les monastères dans les premières décennies de la guerre de Cent Ans. Ils y racontent leur malheur et demandent des secours. Le gros ouvrage La Désolation des églises, monastères & Hôpitaux en France pendant la guerre de Cent Ans rapporte ainsi que, en 1336, c'est-à-dire avant même le déclenchement de la guerre, les comtés de Bourgogne et de Franche-Comté furent ravagés. Le comte de Bourgogne Eudes IV avait attiré la haine contre lui. Une ligue de puissants seigneurs ravageaient sa terre, aidés en secret par les subsides du roi d'Angleterre, Édouard III. Heinrich Denifle écrit : «Ces seigneurs renversèrent les murs de l'abbaye cistercienne [en réalité clunisienne] de La Charité, diocèse de Besançon.» Trois décennies plus tard, les grandes Compagnies se mirent à sévir dans toute la France, chaque région y passant tour à tour.
Notre clerc poursuit : «Dès 1363, la Compagnie de Louis de Navarre ravageait le pays situé entre la Loire et l'Allier, mais surtout les environs de Moulins, de Saint-Pierre-le-Moutier et de Saint-Pourçain. La manière dont cette compagnie exerça ses ravages nous est conservée dans une supplique dressée par le prieur du prieuré bénédictin Lieu-Dieu, du diocèse de Bourges. Sur la fin de 1363, cette bande envahit l'église et les maisons du monastère, qu'elle détruisit de fond en comble, après en avoir pris tous les biens-meubles. Vers le même temps, en octobre 1363, Bernard de la Salle et son frère Hortigo, avec quatre cents compagnons, s'emparèrent par surprise de la ville de La Charité-sur-Loire, du diocèse d'Auxerre et de son célèbre prieuré de l'Ordre de Cluny, qu'ils occupèrent pendant seize ou dix-sept mois, c'est-à-dire jusque dans la première partie de l'année 1365. C'est seulement au prix d'une somme de 25.000 francs, versée à la Compagnie, que le prieur put racheter le prieuré et la ville, après que celle-ci avait été inutilement assiégée par les royaux. Pendant l'occupation de La Charité-sur-Loire, ce lieu était la grande place d'armes d'où les Compagnies pillaient et ravageaient les deux rives de la Loire.» Si la ville de La Charité a bien été occupée en 1363, puis rançonnée, on comprend que les travaux de restauration se soient arrêtés, puis que les fonds aient manqué pour les poursuivre, une fois la Compagnie partie.
Sources : 1) Congrès archéologiques de France tenus en 1913 et 1967 ; 2) La Désolation des églises de France pendant la guerre de Cent Ans par Heinrich Denifle, Alphonse Picard et Fils, éditeurs, 1899.

LES COURS INTÉRIEURES
Le premier niveau de la tour occidentale nord.
Le premier niveau de la tour occidentale nord.
Là s'élevaient les deux premières travées nord de la nef
construites vers le deuxième quart du XIIe siècle.
Les arcades brisées du premier niveau sont moins hautes que dans les précédentes travées et le triforium affiche des pilastres resserrés
ornés de petits arcs polylobés (voir commentaire plus bas.)
La Cour Sainte-Croix
La Cour Sainte-Croix.
Élévation de l'ancienne nef et vestiges de l'église Ste-Croix.
Arcature du triforium de l'ancienne nef (1er quart du XIIe siècle).
Arcature du triforium de l'ancienne nef (1er quart du XIIe siècle).
La décoration est à deux niveaux.
Voir le commentaire sur la nef de la prieurale.

C'est dans la cour Sainte-Croix que l'on voit l'élévation des travées occidentales de la nef. Voir le commentaire de la nef de la prieurale plus bas. En passant dans cette cour avant d'entrer dans l'église, le visiteur doit jeter un œil attentif au triforium et aux tracés des arcades brisées de l'ancienne élévation nord de la nef.

Prosper Mérimée et l'église Sainte-Croix. Après être passé à La Charité en 1834, Prosper Mérimée y revient en 1844 et dresse un constat sans appel des particuliers qui ont investi l'ancienne église Sainte-Croix. Il écrit à Ludovic Vitet, président de la Commission des Monuments historiques :
«Aujourd'hui, le chœur de Sainte Croix est entouré d'une quantité de baraques abominables, qui non seulement en masquent l'admirable décoration, mais qui portent le plus grand préjudice aux gros murs. Toutes les eaux sont rejetées au pied des apsides. Lorsque j'ai vu l'église, c'était un jour de pluie, et le chevet avait l'air de sortir d'un lac. Outre cela il y a des tuyaux de cheminée et des fosses d'aisance qu'on a laissé établir depuis des siècles et qui minent lentement les vieilles constructions. L'acquisition de toutes ces baraques et leur suppression aurait [sic] le meilleur effet. La dépense ne peut être considérable, mais je ne crois pas qu'il faille balancer à y souscrire. (...) La grande tour, aujourd'hui séparée de l'église, est également entourée à son pied de masures qu'il faudra acheter et démolir.»
Plus loin dans sa lettre, il parle des notables avec qui il doit traiter : le curé et le maire. Le curé a demandé à ses paroissiens d'ouvrir leur porte-monnaie pour aider à financer la restauration de leur église.
«J'ai trouvé là un curé homme d'esprit qui a déjà promesses souscrites de la part de ses paroissiens pour plus de 10 000 f. On croit qu'on pourrait obtenir 40 000 f. si le gouvernement accordait une allocation suffisante pour une restauration complette [sic]. Quant au maire, il m'a paru bien mou, et au seul mot d'expropriation que j'ai prononcé, il s'est effrayé. Je lui demande de poursuivre les gens qui compromettent les murs de l'église par leurs fumiers et leurs cheminées. Il m'a promis, mais si timidement, que je n'en attends rien d'énergique.»
Source : La naissance des Monuments historiques, la correspondance de Prosper Mérimée avec Ludovic Vitet (1840-1848), éditions du CTHS, 1998.

Après la destruction du bas–côté sud, le terre–plein devint un cimetière.
Après la destruction du bas-côté sud, le terre-plein devint un cimetière.
Aujourd'hui, c'est une place et un parking.
La cour du château (ou cour du Prieuré).
La cour du château (ou cour du Prieuré).

Le chevet. Le visiteur peut flâner auprès des absidioles, chercher les modillons, les chapiteaux et admirer de près la série de statues sur l'élévation sud du chœur (photo ci-dessous). Tout cela est roman et date du début du XIIe siècle, à part la chapelle axiale qui a été reconstruite en style gothique au XIVe siècle.

LE CHEVET ET LES ABSIDIOLES
Ce magnifique chevet roman remonte au début du XIIe siècle.
Ce magnifique chevet roman remonte au début du XIIe siècle.
La chapelle axiale (partie gauche de la photo) a été détruite au XIVe siècle et reconstruite en style gothique.
Ornementation romane (influencée par l'art arabe) de l'élévation sud de l'abside
Ornementation romane (influencée par l'art arabe) de l'élévation sud de l'abside
avec sa suite de statues (difficilement reconnaissables).
Bas-relief roman sur le pilier d'une absidiole sud.
Bas-relief roman sur le pilier d'une absidiole sud.

«««--- Cette série de personnages, incrustés dans une arcature étroite, scandée de pilastres sculptés, est très proche de celle de la tour centrale.

Une absidiole romane dans le chevet.
Une absidiole romane dans le chevet (début du XIIe siècle).
Trois statues, vraisemblablement de prophètes, sur l'élévation  sud de l'abside (début du XIIe siècle).
Trois statues, vraisemblablement de prophètes, sur l'élévation sud de l'abside (début du XIIe siècle).
Pour Émile Mâle, les arcs quintilobés qui ferment les niches seraient
le résultat d'une influence artistique arabe, originaire de Tolède.
Voir le commentaire sur le chœur et l'influence artistique arabe plus bas.
Plan de l'église prieurale Notre-Dame telle qu'elle se présente  actuellement
Plan de l'église prieurale Notre-Dame telle qu'elle se présente actuellement.
Modillons sur une absidiole du chevet
Modillons sur une absidiole du chevet
Début du XIIe siècle.
LA NEF DE L'ÉGLISE PRIEURALE
Vitrail de la façade ouest
Vitrail de la façade occidentale
Atelier Max Ingrand, 1957.
La nef et l'élévation sud
La nef et l'élévation sud. Ici, les deux travées de la première phase de construction (entre 1059 et 1087).

L'architecture de la nef. La nef a été élevée en trois fois, de l'est vers l'ouest, et, à chaque fois, dans un style différent. N'oublions pas que la moitié occidentale de la nef est maintenant à l'extérieur, dans la cour Sainte-Croix. Historiquement, lors de la première phase de construction (entre 1059 et 1087), on amorça l'enveloppe des quatre premières travées orientales, mais, seules, les deux travées qui bordaient le transept furent élevées (voir plan). Puis, entre 1087 et 1110-1115, vint la construction des six autres travées. Dans son étude pour le Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967, Jean Vallery-Radot écrit que ce vaste vaisseau à huit travées, en dépit des deux phases de construction, «n'en devait pas moins présenter une unité de conception et de plan (...) : nef flanquée de doubles collatéraux, piles du type de celles de la croisée, massifs cruciformes flanqués de quatre demi-colonnes engagées, élévation à trois niveaux.» Les deux travées les plus anciennes (celles qui bordent le transept) possèdent une grande arcade en plein cintre et un triforium aveugle de six petits arcs en plein cintre par travée. Ce qu'illustre la photo ci-contre. Les six travées suivantes ont des arcades brisés et un triforium aveugle à trois arcs par travée (voir photo de la cour Sainte-Croix).
Avant 1110, les travées de la nef étaient donc à trois niveaux, celles du chœur et du transept n'en avaient que deux. Cette dissymétrie ne doit pas étonner. Dans l'ouvrage sur le décor sculpté de la prieurale, édité par les Amis de la Charité, les auteurs rappellent que «La Charité-sur Loire, tout comme Saint-Étienne de Nevers et Saint-Benoît-sur-Loire, servait de champ d'expérimentation, de laboratoire, à l'abbé de Cluny, Hugues de Semur, qui avait déjà en tête son grand projet de Cluny III, à trois niveaux.»
Enfin, troisième style de la nef : dans les deux travées les plus récentes (voir photo de la tour Sainte-Croix), les grandes arcades sont toujours en arc brisé, mais moins hautes que les précédentes et leur triforium est à petits arcs brisés polylobés.
Il est intéressant de se pencher sur le beau triforium que l'on voit dans la cour Sainte-Croix. Il occupe le deuxième niveau de l'ancienne élévation nord de la prieurale (voir photo plus haut à droite). Ce triforium, bien conservé, montre «un double motif décoratif continu, l'un encadrant l'autre» [Vallery-Radot]. Le bord extérieur est orné de grandes feuilles découpées qui s'alignent pour dessiner le motif ; le bord intérieur est «une suite de petites crosses disposées obliquement l'une à côté de l'autre, et dont l'extrémité s'enroule sur elle-même [Vallery-Radot].
En 1107, l'église est consacrée par le pape Pascal II, mais celui-ci a dû trouver l'édifice en plein chantier car les travaux étaient interrompus. Jean Vallery-Radot commente : «(...) à ce stade de sa construction, l'édifice, avec sa nef à trois niveaux, devait présenter un déséquilibre choquant avec le chœur et le transept demeurés à deux niveaux. Il fallait harmoniser cet ensemble disparate. C'est ce qui explique les travaux de la campagne suivante dont le chœur et le transept sortiront transformés, le premier prolongé à l'est sur un nouveau plan et reconstruit avec une élévation à trois niveaux, le second, surhaussé d'un niveau et doté de sa nouvelle tour centrale.»
Arriva donc la dernière période (entre 1110-1115 et 1135) qui ajouta les deux travées occidentales et donna à la prieurale un nouveau chœur. Aux deux travées s'ajouta la tour Sainte-Croix sur laquelle on voit encore l'ancienne élévation nord : trois niveaux, grandes arcades brisées, triforium aveugle et fenêtres hautes. Jean Vallery-Radot souligne que cette élévation est semblable à celle du chœur et possède le même luxueux décor : «le petit arc brisé polylobé étant le "leitmotiv" de cet ensemble». Voir plus bas le long commentaire à propos de cet arc brisé polylobé. Ajoutons que Jean Vallery-Radot donne une description du triforium qui est pleine de saveur (puisqu'il ne parle pas de l'influence arabe dans l'art roman de la prieurale) : «triforium aveugle constitué par de petits arcs brisés, à l'intrados découpé en cinq redans, qui retombent sur des pilastres surchargés du plus riche décor : cannelures, rinceaux, entrelacs, méandres, chevrons en relief enchâssés les uns dans les autres, etc.» Photo ci-contre.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967, article sur l'église Notre-Dame par Jean Vallery-Radot ; 2) Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de La Charité.

Élévations des deux travées jouxtant le transept
Élévations des deux travées proches du transept
On aperçoit bien la trace du triforium à six petits arcs (flèche).
Vitrail de Max Ingrand dans la nef.
Vitrail de Max Ingrand dans la nef, 1957.
Le triforium des deux travées occidentales de l'ancienne nef
Le triforium des deux travées occidentales de l'ancienne nef
est maintenant, à l'extérieur, sur la tour Sainte-Croix.
La photo montre le motif décoratif des arcs polylobés
et des pilastres qui le parcourent.
Chapiteau montrant deux hommes se tenant par la barbe
Chapiteau montrant deux hommes se tenant par
la barbe et illustrant la discorde et la colère.
Chapiteau montrant deux hommes barbus
Chapiteau montrant deux hommes barbus
qui se défient avec leur hache.

Les chapiteaux de la nef. L'incendie de 1559 et la Révolution n'ont pas épargné les décorations de la nef et ses chapiteaux. Hormis les chapiteaux à feuillages ou illustrant des animaux adossés, on trouve deux bas-reliefs intéressants (situés vers le transept) sur le thème de la discorde et de la colère.
Le premier (photo ci-dessus) montre une pomme de pin, symbole de paix, sur chaque face. Sur les deux arêtes, deux hommes s'empoignent par la barbe. Expression de la discorde ou de la colère? Sans doute les deux. Même si la colère fait partie des sept péchés capitaux, et non la discorde, ce bas-relief veut adresser une leçon de sagesse aux fidèles. L'Église les invite à laisser leurs conflits personnels de côté avant de rentrer dans le lieu saint.
Le chapiteau au-dessous montre deux individus barbus (signe négatif à l'époque médiévale), brandissant leur hache l'un vers l'autre. Et celles-ci se détachent sur un carré de pierre. Ce sont vraisemblablement des tailleurs de pierre, pleins de courroux l'un envers l'autre, qui se défient. Sur la gauche (non représenté ici), un troisième homme, les mains jointes, semble les supplier d'arrêter leur dispute. On peut aussi voir dans ce chapiteau l'illustration de la colère. Dans la prieurale, il fait face au précédent et renforce son sens moral.
Source : Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de La Charité.

Le bas–côté sud et sa voûte (près de l'entrée ouest)
Le bas-côté sud et sa voûte (près de l'entrée ouest).
Autrefois, les bas-côtés étaient doubles. Ils furent réunis en un seul au XVIIe siècle.
Le bas–côté nord et le retable de 1626.
Le bas-côté nord et le retable de 1626.
Ce mur date de la seconde moitié du XIe siècle.
Retable édifié dans l'église en 1626
Retable édifié dans l'église en 1626,
puis transporté dans l'église Sainte-Croix en 1695. Il est revenu dans l'église en 1926.
L'Éducation de la Vierge
L'Éducation de la Vierge
dans le retable de 1626.
Détail du vitrail de Max Ingrand (1957)
Détail du vitrail de de Max Ingrand (1957)
sur la façade occidentale.
LE TRANSEPT

Le transept (1/2). Initialement, il a été édifié, sous la direction du prieur Gérard, en même temps que le chœur, lors de la première phase de construction (1059 à 1087). Chœur et transept, sur un plan typiquement bénédictin, s'élevaient sur deux niveaux. Le second niveau était largement ouvert grâce à une série de grandes fenêtres romanes en plein cintre (on le voit aisément dans la photo ci-contre). Au nord et au sud, le transept servait d'entrée à trois absidioles, de profondeur plus accentuée dès lors qu'on se rapprochait du chœur (voir plan). Les quatre absidioles extérieures subsistent toujours. Au XIIe siècle, les deux absidioles tangentes à l'ancien chœur sont devenues les bas-côtés du nouveau.
Il ne reste aucune trace archéologique de l'ancien chœur à deux niveaux. En revanche, on peut encore imaginer l'aspect de l'ancien transept à deux niveaux car les travaux du XIIe siècle n'ont fait que l'exhausser d'un niveau supplémentaire, après, bien sûr, consolidation de l'ex-second niveau (aveuglement de toutes les fenêtres). Les piles de la croisée ont été, elles aussi, surhaussées. Notons que, sur la photo ci-contre, on voit que la partie inférieure de la pile sud-est du chœur (en partie cachée par le banc d'œuvre) est devenue un puissant massif. Cette consolidation magistrale date de la restauration de 1695 et non pas des travaux du XIIe siècle. Lors du Congrès archéologique de France en Nivernais en 1967, l'historien Jean Vallerot-Radot écrit dans son rapport sur l'église de la Charité : «Les bras du transept (...) présentaient dans leur premier état, c'est-à-dire avec leur élévation à deux niveaux, un remarquable spécimen d'ordre colossal, qui subsiste encore intégralement, mais dont la majestueuse ordonnance a été complètement faussée par l'addition du troisième.  --»» 2/2

Croisillon sud du transept, élévation est.
Croisillon sud du transept, élévation est.
Au rez-de-chaussée : entrée sud du bas-côté du chœur, puis entrée des chapelles du transept ;
Au deuxième niveau : baies romanes rendues aveugles au XIIe siècle ;
Au troisième niveau : petites baies ajoutées lors de la transformation du XIIe siècle.
Croisillon sud du transept : les baies romanes du troisième niveau (2e quart du XIIe siècle).
Croisillon sud du transept : les baies romanes du troisième niveau (2e quart du XIIe siècle).
Les pilastres ont été prolongés pour recevoir la retombée des arcs doubleaux de la voûte.
La façade du croisillon sud du transept.
La façade du croisillon sud du transept.
Au XIIe siècle, elle a été rehaussée d'un mur qui reçoit
une grande baie en plein cintre entourée de deux plus petites.
Le tympan de la Transfiguration est en bas, à droite.

Le transept (2/2).  --»»  niveau. Il suffit d'ailleurs de supprimer par la pensée cette addition pour rendre parfaitement lisible le dessin de cette belle composition architecturale, qui devait être aussi celle du chœur disparu.»
Dans son premier état, le transept à deux niveaux était-il voûté? Jean Vallery-Radot nous donne sa réponse : «Ce n'est pas sûr en raison du nombre et des dimensions des baies du deuxième niveau. En tout cas il ne subsiste aucun vestige de voûte et si cette voûte avait existé elle aurait été dépourvue de doubleaux, faute de place dans les élévations latérales pour les recevoir.»
Au 2e quart du XIIe siècle, l'église est transformée : nouveau chœur ; travées supplémentaires dans la nef ; transept surhaussé. Les fenêtres romanes de l'ex-second niveau sont aveuglées. Au troisième niveau, une série de petites baies romanes jumelées surmonte à présent la série de grandes baies aveugles (à l'exception de la première travée du transept qui ne comprend qu'une baie afin de ne pas mettre en péril le mur voisin de la croisée). La photo ci-dessus à gauche donne un gros plan sur ces baies du 3e niveau : les arcs doubleaux de la voûte viennent reposer sur les chapiteaux des pilastres engagés, eux-mêmes construits dans le prolongement des tailloirs et des hautes demi-colonnes édifiés au XIe siècle. Au nord et au sud, les façades qui ferment le transept (photo ci-contre) ont été rehaussées d'un arc brisé qui reçoit une grande baie en plein cintre et, de part et d'autre, deux plus petites.
La voûte en berceau brisé actuelle du transept est-elle du XIIe siècle? Jean Vallery-Radot répond non. Il fait état du tracé de l'arc brisé de cette voûte, sur les murs nord et sud, qui empiète sur les arcs des petites baies. «On peut en déduire, écrit-il, que ces voûtes en briques bloquées, dont le profil est médiocre, et dont les doubleaux ne sont pas doublés, ne sont pas d'origine et ont dû être reconstruites après l'incendie de 1559, comme celle du chœur qui présente les mêmes caractères.» Un document d'époque révèle en effet que, à la suite de l'incendie, le chœur avait été «couvert de bois».
Source : Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967, article sur l'église Notre-Dame par Jean Vallery-Radot.

Vitrail dans le croisillon sud du transept,
Vitrail dans le croisillon sud du transept,
Atelier Max Ingrand, 1957.
La croisée avec vue sur le croisillon nord du transept.
La croisée avec vue sur le croisillon nord du transept.
Nef et banc d'œuvre sont au 1er plan. Le chœur est sur la droite.
Vitrail dans le croisillon nord du transept
Vitrail dans le croisillon nord du transept
Atelier Max Ingrand, 1957.
Le croisillon sud du transept avec le tympan de la Transfiguration
Le croisillon sud du transept avec le tympan de la Transfiguration.
Ce tympan a été réinstallé à l'intérieur de l'église sur instruction de Prosper Mérimée en 1834.
Croisillon sud du transept
Croisillon sud du transept
À gauche : entrée dans le bas-côté sud du chœur ;
À droite, entrée des deux chapelles sud. Celle proche de la façade est le baptistère.
La voûte du transept et la croisée.
La voûte du transept avec la croisée.
D'après une analyse archéologique, la voûte a été
reconstruite lors des travaux démarrés en 1695.
Vitrail dans le croisillon sud
Vitrail dans le croisillon sud
Atelier Max Ingrand, 1957.
«««--- Les murs du transept remontent à la seconde moitié du XIe siècle.
LE TYMPAN ROMAN DU PORTAIL OCCIDENTAL DÉPLACÉ DANS LA NEF SUR INSTRUCTION DE MÉRIMÉE
Tympan de la Transfiguration.
Tympan de la Transfiguration.

Le tympan de la Transfiguration. D'une très haute qualité, il présente, dans le linteau, deux scènes relatives à la Nativité et à l'Enfance de Jésus. Dans la partie supérieure, le Christ transfiguré est entouré d'Élie et de Moïse. Se reporter à la présentation des tympans plus haut pour avoir plus de détails.

Le Christ de la Transfiguration.
Le Christ de la Transfiguration.
Moïse
Moïse
Tympan de la Transfiguration, début du XIIe siècle.
«les doigts ont la même longueur que la face» (Mérimée, voir plus haut)
L'Adoration des mages
L'Adoration des mages
Tympan de la Transfiguration, début du XIIe siècle.
La Présentation au temple
La Présentation au temple
Tympan de la Transfiguration, début du XIIe siècle.
Présentation de Jésus au Temple, détail
Présentation de Jésus au Temple, détail
Tympan de la Transfiguration.
Conformément aux règles de l'art roman, l'Enfant a la tête d'un homme adulte.
Voir un autre de cette règle artistique à l'église Saint-Pierre de Douai.

Mérimée et la défense du patrimoine. Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la défense du patrimoine depuis les années 1830 connaissent le combat incessant de Prosper Mérimée contre le mépris des particuliers et des municipalités envers les vieilles pierres et les chefs-d'œuvre du passé. Ce site en donne deux exemples : à Saintes avec l'Arc de Germanicus et à Angers avec l'abbaye de tous les Saints.
La ville de La Charité-sur-Loire en fournit un autre avec les tympans de la façade occidentale de l'ancienne église prieurale. Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, passe à la Charité en 1834, s'alarme de l'état de ces tympans et ordonne que l'un d'entre eux soit mis à l'abri à l'intérieur de l'église. Précisons que, à l'époque, des échoppes surmontées de logements s'élevaient contre la façade occidentale. Une photographie du XIXe siècle, visible dans la salle d'exposition de l'ancien prieuré, en donne une bonne idée (ci-dessous à gauche). Penchons-nous sur la lettre de Mérimée adressée en 1834 au ministre de l'Intérieur, dont il relève, et arrêtons-nous sur le passage relatif aux tympans : «Toutes ces curieuses sculptures sont cachées par deux misérables échoppes adossées aux murs des tours. Deux serruriers les occupent et se sont construit des  --»»

Les Apôtres apeurés
Les Apôtres apeurés
dans la tympan de la Transfiguration.
 
La façade occidentale
La façade occidentale, dans sa partie nord, était
affublée d'échoppes et de logements.
Photo du XIXe siècle affichée dans la salle
d'exposition de l'ancien prieuré.

--»»  chambres le long de ces magnifiques tympans. L'un des bas-reliefs est masqué presque entièrement par un plancher qui le sépare en deux parties. Plus loin, on a entaillé profondément les moulures saillantes d'une archivolte pour élargir le passage d'un escalier, ou plutôt d'une échelle, qui conduit aux chambres supérieures de la baraque. Là, des fagots sont entassés devant un bas-relief... Ajoutez à cela des poules et des enfants vivant pêle-mêle dans ces réduits infects et les salissant à qui mieux mieux.»
Dans le tympan de la Transfiguration, le bas-relief de l'Adoration des mages montre une croix à la place de la tête de l'Enfant. Dans la même lettre, Mérimée nous en donne l'explication : «Il y a un mois, un soldat, c'était je crois un chasseur d'Afrique, fut logé chez un des serruriers. On le coucha dans l'intérieur de l'une des portes, en haut d'un cintre. Le fond de cette étrange alcôve était un bas-relief représentant le Père Éternel assis sur les nuages, entouré de ses anges et de ses saints. Peu sensible à cette décoration, le soldat ne pensa qu'au mauvais grabat de son hôte et aux punaises qui le tourmentèrent la nuit. Le matin, faisant son bagage, il avise le bas-relief, et s'adressant au Père Éternel : "C'est toi", dit-il, "qui as inventé les punaises; voilà pour te remercier!» Un coup de bâton qui cassa la tête de la statue, termina la prosopopée.» Un texte affiché dans l'église donne une version approchée de cette destruction. Cette fois, c'est Alexandre Dumas - bien connu pour son pillage littéraire - qui rapporte l'anecdote dans son ouvrage Le Midi de la France. On lit sur l'affiche : «En 1834, ce tympan fut détérioré par un cuirassier logé dans une habitation se trouvant contre la tour sainte Croix. Au premier étage, dans la chambre du maître où le bas-relief décorait le mur du fond, le meilleur lit lui avait été cédé. Mais les "punaises" se révélèrent si nombreuses que le pauvre soldat ne put dormir.
Au petit jour, alors que, résolu à se venger de ses assaillants, il "poursuivait les fuyards, il aperçut (...) au milieu du bas-relief, la tête de Dieu le père". S'en prenant à celui qui lui parut être le premier coupable, il prit son sabre et, s'écriant "Ah bon Dieu de bois (...) c'est toi qui as ordonné à Noé de mettre une paire de punaises dans l'arche ! (...), il fit sauter la tête divine à l'autre bout de l'appartement." Ce fut d'ailleurs l'enfant Jésus qu'il décapita !» Sous la plume de Dumas, les faits sont enrichis de détails pour captiver le lecteur, mais ils n'en sont pas forcément plus vrais.
Revenons à Mérimée et citons ici une note qui accompagne son texte (en respectant l'orthographe) : «Les habitans de la Charité montrent une bien coupable indifférence pour ces restes précieux. Il y a peu de temps que le propriétaire d'une maison attenant à l'église a démoli, sans obstacle de la part de l'administration, le portail latéral de droite; le tympan qui le décorait, du même style que ceux que je viens de décrire, a été entièrement perdu.» Puis notre écrivain ajoute : «D'après mes réclamations, et au moyen d'une allocation accordée par M. le ministre de l'intérieur, les bas-reliefs existans vont être transportés dans l'intérieur de l'église.»
Sources : 1) Notes d'un voyage dans le Midi de la France par Prosper Mérimée, éditions Adam Biro ; 2) Affiche dans l'église Notre-Dame donnant l'anecdote sur le tympan.

LES CHAPELLES DU TRANSEPT
Le baptistère
Le baptistère est installé dans une chapelle
du croisillon sud du transept (XIe siècle).
Samson terrasse le lion

Les chapelles du transept.
Lors de la première campagne de construction (1059-1087), ces chapelles étaient au nombre de six. Disposées par trois au nord et au sud du chœur bénédictin, leur profondeur s'accroissait en se reprochant de l'abside principale. C'était une disposition typique de l'art bénédictin (dessin n°1 du plan).
Au deuxième quart du XIIe siècle, lors de la transformation de l'église, seules ont subsisté les quatre absidioles extérieures. Les deux autres, prolongées par un déambulatoire, devinrent les bas-côtés du nouveau chœur (dessin n°3 du plan). Les quatre chapelles qui nous restent accusent donc près de mille ans. Leur architecture est typiquement romane : voûtes en cul-de-four dans les hémicycles, arcs doubleaux soutenant les voûtes en berceau, ouvertures en plein cintre. N'étant ouvertes que sur le transept, elles dégagent une atmosphère d'intimité pleine de chaleur, propice au recueillement. Leurs chapiteaux méritent d'être admirés longuement (voir présentation plus bas).

LES CHAPITEAUX DU TRANSEPT
Samson terrasse le lion
Samson terrasse le lion (ci-dessus et à gauche), XIIe siècle.
Un homme pointe le doigt vers lui pour montrer
la symbolique de cette action.
Chapelle dans le croisillon sud du transept.
Chapelle dans le croisillon sud du transept.
avec son ornementation romane de la seconde moitié du XIe siècle.

Samson. Un envoyé de Dieu, richement vêtu, désigne Samson de sa main pour que chacun prenne acte de l'événement. Samson, en terrassant le lion, est vu ici comme le précurseur du Christ qui répondra à la force par l'amour.

LES CHAPITEAUX DU TRANSEPT ET DE SES CHAPELLES
Chevaux affrontés dans le baptistère
Chevaux affrontés dans le baptistère.

Les chapiteaux des chapelles du transept sont plongés dans la pénombre et les visiteurs les négligent. À base de feuilles ou d'animaux, principalement de lions, ils sont tous riches d'un très large tailloir, souvent finement ciselé. Au XIe siècle, la sculpture animale des chapiteaux ne revêt pas encore de message caché (contrairement au XIIe). Les animaux sont représentés adossés ou affrontés. Front contre front, il arrive que les têtes se rejoignent pour n'en former qu'une seule. Certains dessins seraient marqués par l'influence sassanide issue de tissus importés d'Orient depuis le VIe siècle.

Deux lions affrontés sous un large tailloir.
Deux lions affrontés sous un large tailloir.
Lions dans le baptistère.
Lions dans le baptistère.
Chapiteau du XIe siècle à feuillages
Chapiteau du XIe siècle à feuillages
dans le baptistère.
Lions affrontés
Lions affrontés.
Oiseaux s'abreuvant (baptistère).
Oiseaux s'abreuvant (baptistère).
Un homme se bat contre deux serpents (XIe siècle).
Un homme se bat contre deux serpents (XIe siècle).
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE PRIEURALE NOTRE-DAME
Vue d'ensemble du chœur et des stalles. Elles datent de 1579.
Vue d'ensemble du chœur et des stalles. Elles datent de 1579.

Architecture du chœur (1/3). Lors de la première phase de construction (1059-1087), le chœur était à deux niveaux. On ne possède aucune description de son architecture, mais il est vraisemblable qu'elle imitait celle du transept, lui aussi à deux niveaux (voir commentaire plus haut). Pourquoi l'avoir détruit, puis reconstruit lors des grands travaux du deuxième quart du XIIe siècle (phase n°3) ? D'abord pour gagner en superficie et permettre, via un déambulatoire, une circulation plus fluide des pèlerins. Rappelons que La Charité se trouvait sur l'une des grandes voies de circulation vers Saint-Jacques de Compostelle en venant de Vézelay. Il y avait donc beaucoup de pèlerins pour profiter de l'accueil du prieuré. Deuxièmement, détruire permet de rebâtir sur trois niveaux, donc plus grand, plus prestigieux. Et pour la plus grande gloire de Dieu : rebâtir sur trois niveaux, c'est faire rejaillir la Sainte-Trinité dans la pierre.
Dans son nouvel aspect (photo ci-contre), l'arcature du premier niveau, en arc brisé, ceinture le sanctuaire. Les piliers, fort resserrés, soutiennent un triforium aveugle. Au troisième niveau, une série de petites fenêtres romanes, encadrées de colonnettes, parcourt le chœur et ses travées. Les vitraux assez aérés de Max Ingrand, posés en 1957, laissent passer beaucoup de lumière.
La beauté de ce chœur se rattache à l'art bourguignon tant par l'architecture que par la sculpture des chapiteaux. Lors du Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967, l'historien Jean Vallery-Radot commente l'aspect du monument : «Les traditions régionales l'emporteront dans le chœur, l'un des chefs-d'œuvre de la création romane. On le place souvent dans la descendance directe de Cluny III comme engagent à le faire son élévation, son décor et le beau développement de son plan, mais, à y regarder de près, ce chœur n'est pas, comme celui de Paray-le-Monial, par exemple, une réplique réduite de Cluny III, mais une interprétation très libre de l'illustre modèle.» S'il y a influence d'une église sur une autre, Jean Vallery-Radot y voit plutôt la marque de Saint-Étienne de Nevers ou celle de Saint-Benoît-sur-Loire. En effet, ces deux édifices possèdent un chœur et une abside qui «règnent à la même hauteur». Comprenons par là qu'il n'y a aucun décrochage entre les différents niveaux quand on quitte l'élévation des travées du chœur pour passer à celle de l'abside proprement dite. C'est bien ce que l'on constate dans la photo ci-dessous.
Toujours en 1967, notre historien aborde alors un thème crucial : l'aspect artistique de l'élévation. Il écrit : «Structure architecturale de tradition ligérine et décor bourguignon : ainsi se définit cet admirable chœur, auquel les petits arcs brisés du triforium aveugle, à l'intrados découpé en cinq redans, donnent un accent si particulier. Ces arcs (...) sont caractéristiques de l'art roman charitois, qui a rayonné aux environs de La Charité jusqu'à Auxerre.» Fort bien, mais qu'est-ce que l'art charitois? Comment le définir? D'où vient-il et quelle influence a-t-il subie? En outre, pourquoi l'arcature à cinq redans du triforium aveugle a-t-elle un «accent si particulier» ? L'adjectif est un peu vague. Et Jean Vallery-Radot ne dit rien de plus. --»» 2/3.

Le chœur de la prieurale et son ornementation d'influence arabe.
Le chœur de la prieurale et son ornementation d'influence arabe.
Faut-il y voir la marque des souvenirs artistiques d'Ode Harpin, parti à la première croisade,
fait prisonnier, puis libéré, et nommé plus tard prieur de La Charité-sur-Loire ?
L'élévation du chœur vue depuis le sud.
L'élévation du chœur vue depuis le sud.
Les deux arcades à gauche correspondent aux travées du bas-côté.
LES STALLES
Vue partielle des stalles et de leurs pieds si particuliers.
Vue partielle des stalles et de leurs pieds si particuliers.
Il n'y a pas de sculpture sur les miséricordes,
mais les accoudoirs sont ornés de feuillage.

Architecture du chœur (2/3).
--»»  Dans la collection Zodiaque, l'ouvrage de Jean Dupont sur le Nivernais-Bourbonnais roman édité en 1976, n'en touche pas un mot non plus. Dans la description qu'il propose du chœur, l'auteur écrit simplement : «(...) le faux triforium de la nef se poursuit par une série d'arcatures polylobées sur pilastres cannelées, ou ornés de chevrons, de rosaces, d'entrelacs, de galons perlés.» Jean Dupont ne parle pas d'«art charitois».
Pour obtenir des éléments de réponse aux questions posées, il faut remonter quarante ans en arrière. En 1923, vraisemblablement à la suite d'un voyage en Espagne, le grand historien Émile Mâle rédigea une étude dans la Revue des Deux Mondes sur les influences arabes dans l'art roman. Le vecteur de cette influence est l'arc en plein cintre polylobé, ou plus simplement «l'arc polylobé». Dans la photo ci-dessus, l'arcature du triforium du chœur en donne une bonne illustration (c'est le fameux «intrados à cinq redans» de Jean Vallery-Radot). Émile Mâle suit à la trace cette forme décorative dans les églises qui parsèment les grandes routes françaises du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle (Auvergne, Bourgogne, Aquitaine, etc.). Engageant son analyse sur quelques grands édifices religieux français (notamment l'église du Puy), il souligne la similarité entre les arcs polylobés du triforium de La Charité et l'arcature des monuments de Tolède et de Rabat.
Restons sur Tolède. Située au centre de l'Espagne, cette ville était profondément imprégnée d'architecture musulmane - ce qu'elle est toujours quand Émile Mâle la visite. Lors de la Reconquista, elle a été reprise aux Arabes en 1085 par les troupes du roi de Castille et de León, Alphonse VI. Émile Mâle rappelle abondamment que Cluny, par le prêche enflammé de ses moines, a été l'âme  --»» 3/3.

La Vierge dans le vitrail axial de l'abside
La Vierge dans le vitrail axial de l'abside
Atelier Max Ingrand, 1957.
Le faux triforium du chœur, scandé par l'«arc polylobé arabe»
Le faux triforium du chœur, scandé par l'«arc polylobé arabe»,
et les vitraux de Max Ingrand (1957).

Les stalles de la prieurale sont au nombre de cinquante et datent de 1579.
La photographie ci-dessus montre que les miséricordes ne possèdent aucun ornement. Le menuisier s'est contenté d'un simple cône légèrement évasé. Sans doute les fonds manquaient-ils pour faire mieux.
En revanche, les pieds des stalles méritent un regard attentif parce qu'ils reproduisent des sabots et des griffes d'animaux. On a pu en trouver quatre sortes qui sont reproduites plusieurs fois. On donne ici les plus élégantes : un pied de bœuf, une patte de rapace (ou d'aigle) et un pied à trois griffes qui pourrait être celui d'un autre rapace.
Faut-il y voir un hommage aux pieds des pèlerins, si importants dans leur marche vers Saint-Jacques de Compostelle ?
Curieusement, aucun des documents présentant la prieurale ne fait état de cet étrange bestiaire.

Sabot de bœuf
Sabot de bœuf
dans les stalles de 1579.
Patte d'aigle dans les stalles du chœur
Patte d'aigle dans les stalles du chœur
Pied à trois griffes dans les stalles.
Pied à trois griffes dans les stalles.

Architecture du chœur (3/3).
--»»  de cette Reconquista ; les armées espagnoles étaient d'ailleurs renforcées par un très important contingent français qui comptait nombre de chevaliers et de nobles. Ce qu'Alphonse VI n'oublia pas une fois la victoire obtenue : Cluny reçut des fonds importants pour l'extension de son abbaye et un moine clunisien, venant d'Auch, devint le premier evêque de Tolède. D'après Émile Mâle, c'est à Tolède que l'arc polylobé arabe se rencontrait le plus fréquemment.
L'historien rapporte ensuite un fait déterminant : «Lorsqu'Alphonse VI se fut emparé de Tolède, écrit-il, non seulement il n'expulsa pas les Maures, mais il leur permit d'y pratiquer leur religion, d'y observer leurs lois et d'y exercer tous leurs métiers. Ces Maures soumis s'appelaient les mudejars. Les conquérants avaient grand besoin de leurs nouveaux sujets, car longtemps les purs Espagnols se contentèrent fièrement d'être prêtres, soldats, laboureurs ; ils n'étaient pas artistes, à peine consentaient-ils à être artisans. Ils furent donc heureux d'y trouver des corporations musulmanes parfaitement organisées, où les arts s'enseignaient, où se pratiquaient les métiers. Après la conquête, il n'y avait pas d'autres maçons, d'autres décorateurs et d'autres architectes à Tolède que les mudéjars. Ce sont les infidèles qui y bâtirent les premières églises chrétiennes et qui les décorèrent comme des mosquées.» L'opposition féroce qui existait entre Christianisme et Islam, sur le champ de bataille et dans les joutes oratoires, disparaissait dès qu'il s'agissait d'art. L'influence des styles opérait sans entraves. L'abbaye de Cluny, favorisée par les vainqueurs, reporta cette faveur sur La Charité qui était sa fille-aînée : il ne faut pas chercher ailleurs l'influence artistique de l'Espagne sur l'église Notre-Dame lors des grands travaux qui la transformèrent au début du XIIe siècle. Émile Mâle écrit à ce propos : «Il est certain que l'architecte de l'église de La Charité avait franchi les Pyrénées, et il est très probable qu'il avait vu Tolède. L'église de La Charité, construite au XIe siècle, fut profondément transformée dans la première moitié du XIIe : c'est alors qu'elle reçut ses arcatures arabes. Tolède, qui, aujourd'hui encore, fait penser aux villes du Maghreb, devait conserver, vingt ans après la conquête, une physionomie toute musulmane.» Pour expliquer la facilité de ce transfert stylistique, ajoutons que les Français vivaient nombreux à Tolède ; un quartier entier leur était réservé.
On a donc une définition de l'art charitois. C'est un art roman profondément imprégné de style arabo-musulman, originaire de Tolède. L'«intrados à cinq redans» de Jean Vallery-Radot n'est en fait que l'arc polylobé arabe très répandu dans cette ville.
Il y a plus encore. Dans l'ouvrage consacré au décor sculpté intérieur de l'église Notre-Dame, l'Association des Amis de La Charité rappelle l'histoire d'Ode Harpin. Vicomte de Bourges, ce noble vend son domaine pour partir à la première croisade. Il y est fait prisonnier. À son retour, il rentre à Cluny comme moine. Plus tard, il obtiendra la charge du prieuré de La Charité qu'il dirigera à l'époque des grands travaux. Pourquoi n'aurait-il pas souhaité revoir dans son église le style artistique qu'il avait côtoyé en Orient, notamment en y influençant le décor animal et végétal ? Les pèlerins revenant de Saint-Jacques de Compostelle et les moines clunisiens de retour d'Espagne, en racontant ce qu'ils avaient vu, ont vraisemblablement aussi une part dans ce transfert artistique du monde musulman vers le monde chrétien.
Sources : 1) Notre-Dame de La Charité, le décor sculpté, édité par les Amis de La Charité-sur-Loire, 2007; 2) Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967 ; 3) Les influences arabes dans l'art roman par Émile Mâle, Revue des Deux Mondes, 1923.

LE BESTIAIRE DU CHŒUR, UNE PRÉSENCE POLÉMIQUE
L'hyène
L'hyène
Avec sa double tête, elle évoque la duplicité.
L'éléphant.L'éléphant
Représentation assez fantaisiste.
Le sculpteur n'avait jamais dû voir d'éléphant !
Vitrail du chœur par Max Ingrand (1957).
Vitrail du chœur par Max Ingrand (1957).
Le dragon.
Le dragon
C'est le symbole du Mal.
La grue.
La grue
Elle évoque la prudence et l'entraide.
Le dromadaire.
Le dromadaire
Sa bosse a donné lieu à de nombreuses allégories.
Christ en croix de 1662.
Christ en croix de 1662.
Le griffon.
Le griffon.
Par sa double nature (lion et aigle), il évoque soit les forces démoniaques, soit le Christ.
Le basilic ou la vouivre.
Le basilic ou la vouivre.
Vue partielle des chapiteaux du chœur et des bas-reliefs du bestiaire.
Vue partielle des chapiteaux du chœur et des bas-reliefs du bestiaire.

Le bestiaire du chœur. Parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture présents dans la prieurale, on peut observer une étrange couronne de huit bas-reliefs au-dessus de la colonnade du rond-point du chœur. La photo ci-dessus en montre trois, dont l'agneau nimbé, sur la gauche, qui incarne le Christ. (C'est le seul qui n'est pas reproduit en gros plan sur la gauche). La présence de ces bas-reliefs a créé une petite polémique au sein de la communauté des historiens médiévistes aux XIXe et XXe siècles.
D'abord, quelle est leur origine? Certains ont vu une ressemblance entre ces sculptures rectangulaires et d'autres bas-reliefs, eux aussi rectangulaires, sur le clocher nord de la façade occidentale. Ils ont donc supposé qu'ils avaient été conçus pour le clocher sud. D'autres historiens ont objecté que le programme iconographique du clocher nord correspond à une partie du zodiaque. L'autre partie était-elle prévue pour décorer le clocher sud ? D'autre part, les dimensions du bestiaire et du zodiaque ne sont pas les mêmes. Enfin, la griffe artistique diffère elle aussi. Bref, il ne peut s'agir de bas-reliefs prévus pour le clocher sud que l'on aurait, pour diverses raisons, incrustés dans le chœur.
Deuxièmement, le thème des animaux du bestiaire a-t-il une signification cachée? À la charnière entre les XIXe et XXe siècles, l'abbé Crosnier, qui participait à cette époque aux séances des Congrès archéologiques de France, voyait dans l'agneau nimbé, entouré d'animaux, «les fruits de la prédication de l'évangile» et de «la douceur de sa morale». L'évangile a adouci les mœurs de nations barbares et belliqueuses. Ce que les animaux - apparemment domptés - symbolisent ici. L'interprétation est osée.
D'autres ont répliqué en évoquant la recherche permanente de la beauté chez les moines de l'ordre de Cluny. Ces bas-reliefs, dirent-ils, n'avaient qu'un but décoratif. Leur style artistique s'inspirait de celui des étoffes et des ivoires orientaux que des marchands ramenaient en Europe. D'ailleurs, ajoutaient-ils, si Bernard de Clairvaux, fondateur de l'ordre de Cîteaux et grand pourfendeur du gaspillage financier induit par ces décorations, n'y voyait que ridicule et source de dissipation dans la prière, c'est bien qu'il n'y avait rien à y trouver ! Argument bien fallacieux, on en conviendra. En réalité, comme on peut le penser, les moines clunisiens concevaient la décoration d'une église comme un ensemble symbolique propre à l'enseignement et à l'édification morale. Ces animaux doivent donc être décrits à l'aide des bestiaires médiévaux. Ils sont tous rattachés à des symboles.
L'hyène (représentée avec un corps tacheté). Elle a deux têtes liées par un collier qui, croyait-on, symbolisent sa nature hermaphrodite. C'est un charognard qui évoque la duplicité.
Le dragon. C'est un peu l'agent du diable et la quintessence de l'agressivité : gueule de lion, queue de serpent, ailes et serres d'aigle. Le dragon incarne les quatre éléments : l'eau, la terre, l'air, auxquels on ajoute le feu qu'il crache par sa bouche. Le dragon, c'est le Mal qui sera vaincu par Dieu.
L'éléphant. Sa représentation est très fantaisiste. Son corps est entouré d'une large sangle qui évoque sans doute son utilité première : transporter de lourdes charges. Les artistes étaient souvent obligés d'imaginer les traits de cet animal - qu'ils n'avaient jamais vu. Ici, le sculpteur devait savoir que la bête avait une trompe. L'animal est adossé à un arbre car on croyait, comme l'indique le Physiologus du moine Théobald écrit au XIIe siècle, qu'il ne pouvait pas plier les pattes. Aussi, pour se reposer et dormir, devait-il se tenir contre un arbre sinon il tombait à terre et et ne pouvait plus se relever !
Voir à l'abbaye aux Dames à Caen, un autre éléphant fantaisiste dans un chapiteau. Voir aussi à l'église Saint-Martin-es-Vignes à Troyes le panneau d'un vitrail avec des animaux fabuleux (probablement inventés par l'auteur du carton).
La grue. C'est un animal qui vit en groupe. La nuit, l'une d'entre elle veille sur les autres, et ainsi à tour de rôle. Elles offrent donc un exemple de l'entraide que pratiquent les membres de la communauté chrétienne. Par sa veille, la grue symbolise aussi la prudence.
Le griffon possède un corps de lion avec des ailes et des pattes d'aigle. Il recouvre un double symbole : soit, évoquant le désordre, il se rattache aux forces démoniaques ; soit, par sa double nature, il évoque le Christ. L'artiste a orné le bout de sa queue d'une petite tête animale (photo ci-contre).
Le dromadaire. Avec sa bosse, cet animal s'est offert à toutes les allégories, si chères aux théologiens chrétiens. La bosse, c'est le fardeau des péchés accepté par le Christ pour sauver l'humanité. La soumission du dromadaire à sa tâche de porteur de charges, c'est aussi l'obéissance du Christ à son destin terrestre. La bosse symbolise également la communauté chrétienne et ses épreuves, tout comme le dromadaire endure la traversée du désert.
Le basilic (photo ci-contre) est un animal fantastique. Il est conçu comme un reptile avec des pattes et des ailes d'oiseau. D'autres médiévistes voient plutôt dans ce bas-relief une vouivre, c'est-à-dire une vipère. Ils justifient leur choix par ce qu'écrit le moine Théobald dans son Physiologus (XIIe siècle) : la vipère donne le jour à ses petits par le côté. N'est-ce pas justement un vipéreau qui sort de l'extrémité de l'aile de sa mère? Mais ceux qui penchent pour le basilic ne voient là qu'un élément de décoration, comme sur la queue du griffon représenté juste au-dessus.
Source : Notre-Dame de la Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de la Charité-sur-Loire, 2007.

Vue d'ensemble du chœur de l'église prieurale de La Charité-sur-Loire.
Vue d'ensemble du chœur de l'église prieurale de La Charité-sur-Loire.
LES CHAPITEAUX DU CHŒUR AU NIVEAU I
Un homme et une femme en lutte
Un homme et une femme luttent contre
des serpents qui symbolisent leurs péchés.
Ils ont péché par la chair et par le verbe.
Chapiteau à feuillages dans le chœur.
Chapiteau à feuillages dans le chœur.
Tortue à la langue épanouie en volutes et, sur les arêtes, des chauves–souris la tête en bas.
Tortue à la langue épanouie en volutes et, sur les arêtes, des chauves-souris la tête en bas.
XIIe siècle.
Chapiteau à tresses entrelacées
Ce chapiteau à tresses entrelacées
trahit un héritage artistique celte.
XIIe siècle.
Griffons dévorant un porc et une chouette (XIIe siècle).
Griffons dévorant un porc et une chouette (XIIe siècle).
Les proies sont situées sur les arêtes du chapiteau.
Griffons dévorant un porc par les pattes arrières.
Griffons dévorant un porc par les pattes arrières.
Le porc est représenté la tête en bas, symbole négatif.

Les chapiteaux du chœur au niveau I (1/2).
Ce sont les chapiteaux qui font en grande partie la réputation de la prieurale Notre-Dame de La Charité. Ceux du transept et de ses chapelles, sont présentés plus haut. Certains remontent aussi loin que le XIe siècle. Ceux de la nef, de l'abside et du chœur sont du XIIe siècle. La plupart sont authentiques, quelques-uns sont des moulages, les originaux se trouvant dans des musées américains.
Ces chapiteaux portent la marque d'un homme : Pierre de Montboissier, dit Pierre le Vénérable. Huitième abbé de Cluny (de 1122 à 1156), ce moine fougueux et déterminé donna à la pensée clunisienne un aspect combattant. L'Église devait terrasser ses ennemis : le diable, les Maures, les Juifs et les hérétiques. La grande église abbatiale de Cluny était terminée, mais la prieurale de La Charité, sa «Fille aînée», était en travaux d'agrandissement. Alors c'est à La Charité qu'il imprima sa griffe : les scènes des chapiteaux du XIIe siècle sont la traduction de ses écrits et de la toute-puissance de sa foi. --»» 2/2

Les chapiteaux du chœur au niveau I (2/2)   --»» On donne ici plusieurs chapiteaux ornant le chœur au premier niveau. Ils présentent des scènes allégoriques, fidèles à la pensée de Pierre le Vénérable ou tirées de l'Ancien Testament.
Le premier, en haut à gauche, accumule les symboles. Les exégètes y voient deux êtres humains aux prises avec de monstrueux serpents. Une femme se fait mordre les seins par deux d'entre eux, signe qu'elle a péché par la chair. L'homme est mordu à la langue, signe de ses mensonges répétés.
Passé le chapiteau à feuillages, le suivant propose une succession de tortues, à la carapace semblable à un bouclier, et de chauves-souris. C'est le type de décoration qui s'offre à toutes les interprétations. La tortue, qui a la tête vers le haut, c'est l'immortalité de l'âme, le sacrifice du Christ ; la chauve-souris, qui a la tête en bas, représente les ténèbres et le peuple juif.
Le très beau chapiteau des griffons, représenté par deux photographies ci-dessus, est lui aussi ouvert à tous les symboles. Les griffons, réunis par couple, dévorent goulûment des chouettes et des porcs, sculptés la tête en bas). Au VIe siècle, l'évêque Isidore de Séville, qui restera célèbre pour ses Etymologiae, voyait dans le griffon, association de l'aigle et du lion, la représentation du Christ. Idée qui a toujours été rejetée par les théologiens : la violence (et le dépeçage des proies est un acte violent)

ne peut être associée au Christ qui n'est qu'amour. C'est pourquoi le griffon représente plutôt l'Église militante en lutte contre ses ennemis. La chouette, animal nocturne, fuit la lumière, donc la vérité. Elle symbolise le peuple juif qui refuse de voir que le Christ est le Messie attendu. Quant au cochon, second mets des griffons, c'est un animal soumis à l'opprobre. Pierre le Vénérable, à la plume très alerte, traite de la sorte les ennemis du Christianisme (Maures, hérétiques et Juifs). Le cochon du chapiteau est-il l'un de ces trois ennemis en particulier ou tous à la fois ? Nul ne le sait.
Le chapiteau ci-dessous, à droite, représente Daniel dans la fosse aux lions. Jeté là parce qu'il a adoré un autre dieu que le roi lui-même, les lions, loin de le tuer, le laissent en paix et l'un est accroupi à ses pieds. Daniel porte la main à son oreille pour écouter la parole de Dieu.
Le dernier chapiteau figuré représente, sur chaque face, deux lions dressés et adossés, surmontés d'une tête humaine, parfois souffrante. Les lions symbolisent l'immortalité du Christ., soutien de la vie ici-bas. Ce chapiteau a été regardé comme une allégorie de l'Église, protectrice de l'humanité.
Source : Notre-Dame de la Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de la Charité-sur-Loire, 2007.

Vitrail du transept, Max Ingrand
Vitrail du transept, Max Ingrand
Daniel, dans la fosse aux lions, prête l'oreille vers Dieu.
Daniel, dans la fosse aux lions, prête l'oreille vers Dieu.
Un lion accroupi devant lui respecte sa foi.
Lions dressés et surmontés d'une tête humaine.
Lions dressés et surmontés d'une tête humaine.
Vitrail du chœur
Vitrail du chœur
Atelier Max Ingrand, 1957.
LES CHAPITEAUX DU CHŒUR AU NIVEAU II
Deux pécheurs en sursis. Allégorie de l'avarice.
Deux pécheurs en sursis. Allégorie de l'avarice.
Un pécheur en sursis
Un pécheur en sursis repousse
sa part d'animalité.
Saint Jérôme enseignant son lion.
Saint Jérôme enseignant son lion.
Un moine, soldat du Christ, combat le diable.
Un moine, soldat du Christ, combat le diable.
Pilastre et bas-relief dans le faux triforium
Pilastre et bas-relief dans le faux triforium
Le dragon poussé par le diable
Le dragon poussé par le diable (---»»»)

Les chapiteaux du chœur au niveau II. On donne ici sept chapiteaux ornant le faux triforium du chœur. Rappelons que ce faux triforium est scandé de pilastres ornés, reliés par une arcature en arcs polylobés, typique de l'art maure (voir plus haut). Comme ceux du premier niveau vus plus haut, ces chapiteaux présentent des scènes allégoriques ou tirées de l'Ancien Testament. Les scènes allégoriques ont reçu des explications, parfois très poussées (trop?) de certains exégètes. Ci-dessus, à gauche, les deux sculptures montrent des «pécheurs en sursis». Les deux hommes nus, penchés sur un seau dans une position humiliante, ont été interprétés comme une allégorie de l'avarice. Sont-ils des commerçants qui auraient fraudé sur le poids des denrées qu'ils vendaient? Ils devront en répondre après leur mort. Dans le chapiteau d'à-côté, l'être humain est tiraillé entre le Bien et le Mal. Avec son bâton, il essaie de repousser la part animale qui vit en lui. Tout à droite, une autre allégorie illustre la tâche des moines : promouvoir la sainteté en combattant le diable. Ici, le moine revêt les habits du chevalier et en porte les armes (épée et bouclier). Le chapiteau à gauche montre saint Jérôme, la main sur l'arête du chapiteau, enseignant son lion. C'est la victoire de la spiritualité sur l'animalité. Le lion s'est redressé et écoute : il a gagné en humanité.
Ci-dessous, le chapiteau de gauche est une autre allégorie du combat des moines contre le Mal : un moine tranche la tête d'un centaure, symbole des ennemis de l'Église. On remarquera la magnifique ornementation du tailloir. À côté, un homme nu lutte contre l'emprise d'un serpent, c'est-à-dire du Mal, qui lui susurre la mauvaise parole à l'oreille. Qui est-il? Les quelques éléments de relief visibles sur son corps correspondent au costume des grands prêtres juifs dans l'Exode, personnages toujours vilipendés par le Christianisme et Pierre le Vénérable en particulier, à cause de leur refus de voir en Jésus le Messie. Le chapiteau de droite illustre une scène montrant les ruses du diable : il pousse un dragon mi-homme mi-oiseau, à la face amène, à séduire un chevalier qui tient son bouclier, comme un boxeur, en garde basse. Il ne se méfie pas et risque de tomber dans le piège du Malin. C'est une illustration des «menaces» qui guettent le croyant et dont parle Pierre le Vénérable.
Source : Notre-Dame de la Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de la Charité-sur-Loire, 2007.

Le centaure, persécuteur des moines.
Le centaure, persécuteur des moines.
Un prêtre juif sous l'emprise du Mal.
Un prêtre juif sous l'emprise du Mal.
Le diable pousse un dragon tentateur contre un chevalier.
Le diable pousse un dragon tentateur contre un chevalier.
(Ce dernier se tient sur la face cachée du chapiteau.)
LE DÉAMBULATOIRE ET SES CHAPITEAUX
Déambulatoire nord en sortant de la chapelle d'axe.
Déambulatoire nord en sortant de la chapelle d'axe.
On reconnaît le chapiteau des griffons en haut à gauche.
Architecture romane
Architecture romane à l'entrée
d'une chapelle rayonnante de l'abside.
Pilastre avec grappes de raisins
Pilastre avec grappes de raisins
à l'entrée d'une chapelle.
L'entrée du déambulatoire sud.
L'entrée du déambulatoire sud.
Chapiteau roman à feuillages.
Chapiteau roman à feuillages.
Chapiteau roman à feuillages.
Chapiteau roman à feuillages.
Chapiteau roman avec des lions affrontés.
Chapiteau roman avec des lions affrontés.
Accumulation de chapiteaux, de colonnettes et de pilastres
Accumulation de chapiteaux, de colonnettes et de
tailloirs dans le déambulatoire nord, près d'une fenêtre.
Un singe sculpté dans un chapiteau
Le singe, sculpté sur l'arête de ce chapiteau,
est le symbole de l'homme pécheur.
Chapiteau roman avec des lions affrontés et adossés.
Chapiteau roman avec des lions affrontés et adossés.
Chapiteau roman avec des lions adossés.
Chapiteau roman avec des lions adossés.

Le déambulatoire de l'église Notre-Dame possède une ornementation somptueuse. Chapiteaux, pilastres sculptés, colonnettes se succèdent dans une espèce de féerie romane dont les images ci-contre donnent un bon aperçu. C'est un endroit où règne toute la beauté du style roman. Le visiteur doit y circuler avec un œil attentif en essayant de repérer toutes les parties sculptées.
Une comparaison historique montre que ce déambulatoire est un haut-lieu de l'ostentation liturgique telle que la voulaient et la concevaient les moines clunisiens. L'abbatiale de Cluny avait été achevée au tout début du XIIe siècle, sans grande décoration. Alors l'emphase ornementale souhaitée par les moines pour glorifier Dieu avec faste, imprégnée d'un fort désir de beauté, se reporta sur La Charité dont les travaux d'agrandissement allaient commencer.
Par endroits, on assiste même à une vraie surenchère dans l'ornementation : les chapiteaux, les tailloirs, les colonnettes et les pilastres s'accumulent. Les chapiteaux, de très belle qualité artistique, sont à feuillages ou à thème, le plus répandu étant celui des lions (voir les deux photographies ci-dessus). Ces lions, auxquels la Bible attribue un rôle protecteur, sont adossés ou affrontés. Ils se multiplient d'ailleurs dans tout l'édifice puisqu'on en compte plus de trente.
Un chapiteau soulève l'intérêt : celui des singes (voir les photos ci-contre et ci-dessous). Le singe, signe du diable, incarne l'homme qui s'est rabaissé, par son péché, au rang de l'animal. La bête se tient sur l'arête, accroupie, immobile, les mains étalées sur ses genoux : c'est l'homme accablé par sa faute, qui attend la mort et le Jugement. Mais il garde l'espoir d'atteindre la sérénité de l'âme et la paix.
Source : Notre-Dame de la Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de la Charité-sur-Loire, 2007.

Le singe accroupi en gros plan.
Le singe accroupi en gros plan.
La voûte romane du déambulatoire sud
La voûte romane du déambulatoire sud avec ses
arcs-doubleaux et ses chapiteaux figurés et à feuillages.
Chapiteau roman à grandes feuilles
Chapiteau roman à grandes feuilles
dans le déambulatoire.
Chapiteau roman à feuillages
Chapiteau roman à feuillages
dans le déambulatoire
LES CHAPELLES RAYONNANTES, LEURS CHAPITEAUX ET LEURS VITRAUX DU XIXe SIÈCLE
Chapelle rayonnante Notre-Dame
La Sainte Famille
La Sainte Famille
Vitrail dans la chapelle Saint-Joseph , XIXe siècle.
«««--- À GAUCHE
Chapelle rayonnante Notre-Dame
Art roman du deuxième quart du XIIe siècle.

Les chapelles rayonnantes (1/2).
Ces chapelles s'intègrent dans le vaste projet de modification du chœur de la prieurale au début du XIIe siècle. En effet, il faut permettre aux pèlerins de circuler autour des lieux qui abritent les reliques. D'où la construction d'un déambulatoire et de cinq chapelles rayonnantes. Les pèlerins rentrent par le portail nord, parcourent le bas-côté nord, font le tour du déambulatoire, vénèrent les reliques dans les chapelles (où devaient se trouver un certain nombre de troncs pour les aumônes), puis ressortent en empruntant le bas-côté sud. La foi des fidèles a ainsi l'occasion de se fortifier lorsque ceux-ci déambulent dans de nouveaux espaces, proches du sanctuaire et jusqu'alors inaccessibles.
La construction du nouveau chœur passa d'abord par la transformation des deux chapelles absidiales qui --»» 2/2

Personnage en croix qui retient deux animaux par l'oreille
Un personnage en croix (Gilgamesh?) retient deux animaux par l'oreille
dans la chapelle Saint-Étienne. Voir commentaire ci-dessous.

Les chapelles rayonnantes (2/2).
--»» longeaient l'ancien chœur (voir plan, phase n°3). Selon les historiens, leurs chapiteaux du XIe siècle (ou du moins une partie d'entre eux) ont été déposés et réemployés dans les nouvelles chapelles rayonnantes. Ce sont des chapiteaux romans assez simples, sobres, dont le style ne se retrouve pas dans les chapiteaux du siècle suivant. Les autres chapiteaux des chapelles, créés au XIIe siècle, offrent, pour certains, des thèmes singuliers dont l'interprétation est difficile.
L'ouvrage Le décor sculpté de Notre-Dame de La Charité édité par les Amis de La Charité-sur-Loire en 2007, rapproche le chapiteau donné ci-dessus de Gilgamesh, héros de l'art perse à la recherche de l'immortalité. Dans les décors orientaux, Gilgamesh dompte des lions ou des buffles. L'art chrétien transpose cette image :

Gilgamesh devient un pécheur qui combat sa part d'animalité, une part qu'il veut tenir éloignée de lui en tenant les animaux par une oreille, les bras déployés.
Terminons en signalant un chapiteau amusant, donné ci-dessous : deux personnages symétriques semblent se flageller. Ils ne sont pas dos à dos, mais bien «fesses à fesses», ce qui les rend grotesques. Qui sont-ils? Des moines? Pourquoi se flagellent-ils? Pour se punir de mauvaises actions? de mauvaises pensées? Leur visage semble plutôt laid et honteux, pour quelle raison? Est-ce le poids de leurs fautes qui leur donne cet aspect? Quoi qu'il en soit, c'est un chapiteau rempli de symboles et de leçons d'édification.
Source : Notre-Dame de la Charité-sur-Loire, le décor sculpté, édité par les Amis de la Charité-sur-Loire, 2007.

Le Mariage de saint Joseph et de la Vierge
Le Mariage de saint Joseph et de la Vierge
par Henri Chabin, Paris 1896
Vitrail dans une chapelle rayonnante.
Un chien projette sa langue sur un lion
Un chien projette sa langue sur un lion
qui joue de la lyre (absent de la photo).
Deux personnages se flagellant
Deux personnages se flagellant
Chapiteau du XIIe siècle dans une chapelle rayonnante.
Chapelle rayonnante du Sacré-Cœur (XIIe siècle).
Chapelle rayonnante du Sacré-Cœur (XIIe siècle).
Gros plan sur l'un des personnages se flagellant.
Gros plan sur l'un des personnages se flagellant.
Deux coqs dans un chapiteau
Deux coqs dans un chapiteau
d'une chapelle rayonnante.
Chapiteau à feuillages
Ce chapiteau à feuillages, qui n'est plus vraiment du XIe, illustre la lente
évolution du XIe vers le XIIe siècle.
À DROITE ---»»»
Notre-Dame de Lourdes.
Vitrail du XIXe siècle dans une chapelle rayonnante.
Notre-Dame de Lourdes
Un saint homme s'occupe des malades de la peste, vitrail d'une chapelle
Un saint homme s'occupe des malades de la peste, vitrail d'une chapelle rayonnante.
L'Apparition du Sacré–Cœur à Marie–Marguerite Alacoque à Paray–le–Monial
L'Apparition du Sacré-Cœur à Marie-Marguerite Alacoque à Paray-le-Monial
par Gilbert, 1862.
Lions affrontés dans un chapiteau
Lions affrontés dans un chapiteau
d'une chapelle rayonnante.
Une sainte agenouillée au pied de la Vierge
Une sainte agenouillée au pied de la Vierge
Vitrail de la chapelle axiale, Charles Jurie, XIXe siècle.
Saint Matthieu et saint Jean
Saint Matthieu et saint Jean
Vitrail de la chapelle axiale.
LA CHAPELLE AXIALE GOTHIQUE
La chapelle axiale de style gothique, dite du Saint–Sacrement, est en forme de croix latine (XIVe siècle).
La chapelle axiale de style gothique, dite du Saint-Sacrement, est en forme de croix latine et date du XIVe siècle.
Les petits croisillons (qui définissent les bras de la croix) étaient des oratoires privés.
«Stabat Mater Dolorosa», 1930
«Stabat Mater Dolorosa», 1930, dans la chapelle axiale.
Carton de Marie Delorme, élève de Maurice Denis.
Ange à l'entrée de la chapelle axiale, XIVe siècle.
Ange à l'entrée de la chapelle axiale, XIVe siècle.
Un homme dans un culot gothique
Un homme dans un culot gothique
de la chapelle axiale (XIVe siècle).
«««--- Marie au pied de la croix
offre la ville de La Charité à son fils crucifié.

La chapelle axiale du Saint-Sacrement, telle que nous la voyons aujourd'hui, date du XIVe siècle. À l'origine, cette chapelle axiale du déambulatoire était identique aux quatre autres, c'est-à-dire avec une travée et une voûte en cul-de-four. Elle avait été bâtie lors des grands travaux du deuxième quart du XIIe siècle (phase n°3) qui vit s'élever un grand chœur à déambulatoire.
Au XIVe siècle, le style gothique s'était imposé. On reconstruisit la chapelle axiale sous la forme d'une croix latine et selon les normes du nouveau style : trois voûtes à croisée d'ogives, clés de voûte sculptées, baies à remplages (refaits au XVe siècle) accueillant des vitraux. On notera la présence d'anges et de moines dans les culs-de-lampes recevant les retombées d'ogives. Selon l'Association des Amis de La Charité, on y trouve aussi les visages des donateurs.
Le vitrail axial reçoit un Stabat Mater Dolorosa (voir ci-dessous à gauche), réalisé en 1930 sur un carton de Marie Delorme, élève de Maurice Denis. Les autres vitraux sont du XIXe siècle.

Détail d'un vitrail de Charles Jurie dans la chapelle du Saint-Sacrement
Détail d'un vitrail de Charles Jurie dans la chapelle du Saint-Sacrement
Ce vitrail du XIXe siècle illustre une scène non reconnue.
Les Prophètes Éžéchiel et Daniel.
Les Prophètes Ézéchiel et Daniel.
Vitrail de la chapelle axiale, XIXe siècle.
Le prophète Éžéchiel
Le prophète Ézéchiel dans
le vitrail ci-contre, XIXe siècle.
L'imposant orgue de tribune de l'église Notre–Dame possède un grand corps à cinq tourelles, le positif en a trois
L'imposant orgue de tribune de l'église Notre-Dame possède un grand corps à cinq tourelles. Le positif en a trois.
L'instrument date de 1886. Il est dû au facteur Baldner et a été restauré en 1991-1994.
Pour certains historiens, le positif et la partie centrale du grand buffet seraient de la période Louis XIII.
Le positif de l'orgue de tribune possède trois tourelles.
Le positif de l'orgue de tribune possède trois tourelles.
Vue d'ensemble de la nef.
Vue d'ensemble de la nef.
Vue d'ensemble du chœur, de la nef et de l'orgue de tribune depuis l'abside.
Vue d'ensemble du chœur, de la nef et de l'orgue de tribune depuis l'abside.

Documentation : Congrès archéologique de France tenu à Moulins et à Nevers en 1913, article sur l'église Notre-Dame par Louis Serbat
+ Congrès archéologique de France tenu en Nivernais en 1967, article sur l'église Notre-Dame par Jean Vallery-Radot
+ «La Charité-sur-Loire, cité monastique et place forte» par le Dr Jean-Paul Guillon, éditions Eliott B.
+ «Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, le Décor sculpté intérieur», édité par l'Association des Amis de la Charité-sur-Loire, 2007
+ «Notes d'un voyage dans le Midi de la France» par Prosper Mérimée, éditions Adam Brio, 1989
+ «La Naissance des monuments historiques, la correspondance de Prosper Mérimée avec Ludovic Vitet (1840-1848)», éditions du CTHS, 1998
+ «Nivernais-Bourbonnais Roman», éditions Zodiaque, La Nuit des Temps, 1976.
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