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Page créée en août 2015
Voir la nef et les collatérauxVoir le chœur et le transeptVoir le déambulatoire et la chapelle de la Vierge
Un ange sur les contreforts du portail central

La cathédrale de Rouen fait partie des grandes cathédrales de France avec celles d'Amiens, Paris, Chartres, Reims et Bourges. Mais celle de Rouen a failli ne pas survivre à la dernière guerre mondiale. Comme tout grand ensemble architectural presque millénaire, elle possède deux ou trois points d'attraction qui méritent vraiment de la connaître.
L'histoire commence dès le IVe siècle avec la construction d'un groupe cathédral au centre de la cité : c'est une affirmation politique de l'importance de la nouvelle religion (d'ordinaire les grands édifices chrétiens étaient bâtis sur les tombes des martyrs, toujours enterrés à l'extérieur des villes). À ce groupe cathédral paléochrétien succède une cathédrale romane. Sa construction commence dans les années 1020. L'édifice est consacré en 1063, en présence du duc Guillaume, le futur Conquérant. Sans doute inspiré par le gothique naissant de la cathédrale Saint-Denis, l'archevêque Hugues d'Amiens, vers le milieu du XIIe siècle, commence la modification de son église métropolitaine : la tour Saint-Romain s'élève à partir de 1145. Et L'archevêque Gautier le Magnifique fait abattre la nef romane en 1185. Les premières travées gothiques peuvent enfin s'élever. En 1200, un gigantesque incendie, qui détruit le quartier et une bonne partie de l'édifice roman, en accélère la transformation. De plus, le roi Jean sans Terre offre une grosse somme pour la reconstruction. En 1204, achevant la conquête de la Normandie, Philippe Auguste peut assister à un Te Deum dans la nef quasiment achevée. Dans la décennie 1240, l'essentiel est construit : la nef avec une élévation sur quatre niveaux ; le chœur avec une élévation à trois niveaux. Suivront les chapelles latérales à partir de 1270, la chapelle d'axe au début du XIVe siècle, la façade occidentale, le cloître des chanoines, les portails du transept (Libraires et Calende). Après la guerre de Cent Ans, le gothique flamboyant subit un coup de fouet : ultime étage de la tour Saint-Romain et construction de la tour de Beurre.
En 1562, la cathédrale subit le sac des huguenots, dommageable pour le mobilier, mais sans suite pour le gros œuvre. Si la Révolution l'épargne, la seconde guerre mondiale, en revanche, va faire des ravages (voir l'encadré).
Dans ce site, la cathédrale Notre-Dame de Rouen est présentée sur quatre pages. L'accent est mis sur les caractéristiques de l'édifice, celles qui justifient une visite : la magnifique chapelle axiale dédiée à la Vierge, les vitraux des XIIIe, XIVe, XVe, XVIe et XXe siècles ; enfin le surprenant appareil architectural en quillage dans les collatéraux.

Sculptures flamboyantes dans l'ébrasement du portail central

Cette page est consacrée à l'architecture extérieure : façade ouest et ses tours, transept et tour-lanterne.

Vue d'ensemble de la nef de la cathédrale de Rouen
Vue d'ensemble de la nef de la cathédrale de Rouen
Le visiteur peut voir, dès l'entrée, que l'élévation de la nef est à quatre niveaux. C'est la marque architecturale des cathédrales
de l'époque du gothique classique (fin du XIIe siècle). Le chœur ne possède que trois niveaux.
La façade en gothique flamboyant de la cathédrale
La façade occidentale, en gothique flamboyant, de la cathédrale se distingue
par la présence de deux contreforts encadrant le portail central
et de quatre flèches pyramidales qui la surplombent.
Le chevet de la cathédrale et la tour-lanterne
Le chevet de la cathédrale et la tour-lanterne
qui culmine à 151 mètres (plus haute flèche de cathédrale de France).
La Vierge dorée
La Vierge dorée
de Nicolas Quesnel, 1541
domine le faîtage en plomb
de la chapelle de la Vierge.
«««--- À GAUCHE
Le côté sud du chœur est obstrué par
des locaux utilisés par le chapitre
de la cathédrale : sacristie des
chanoines, revestiaire et chartrier.
Maquette de la cathédrale
Maquette de la cathédrale, visible dans une chapelle latérale.
Longueur totale : 137 mètres
Hauteur de la flèche (reconstruite au XIXe siècle) : 151 mètres.
Les trois portails de la façade occidentale
Les trois portails de la façade occidentale.
Partie centrale de la façade occidentale au–dessus des portails.
Partie centrale de la façade occidentale au-dessus des portails. À droite, l'élancement de la tour de Beurre.
La partie centrale mêle le foisonnement du gothique flamboyant, notamment dans les gables, et (ce qui est plus traditionnel), dans les rangées de statues.
Rangée de statues sur la façade
Rangée de statues sur la façade.
Un clocheton au sommet de la façade
Un clocheton au sommet de la façade
Il faut y voir une influence anglaise.

La façade occidentale de la cathédrale de Rouen n'a pas l'harmonie de celle de Paris ou de Reims. Construite du XIIe au XVIe siècle, elle se distingue par une irrégularité générale, issue des changements de plans, des arrêts, des restaurations et des additions diverses. Un point la différencie des façades des autres cathédrales : les tours nord et sud ne font pas bloc avec l'ensemble (voir plus bas). Ce fut vers les années 1180-1190 que l'on commença la construction des trois portails. Interrompue par l'incendie de l'an 1200, elle reprit avec force décorations, colonnettes et statues. Les tympans des portails nord et sud, qui illustrent l'histoire de saint Jean-Baptiste et celle de la lapidation de saint Étienne, sont du troisième quart du XIIIe siècle. Quant au portail central, il fut détruit au tout début du XVIe siècle. Pour des raisons de robustesse de la façade, on décida de bâtir deux puissants contreforts dans le prolongement des grandes arcades de la nef. Ces contreforts, de forme pyramidale, furent amplement décorés : des niches y abritaient des rangées de statues surmontées de dais et de clochetons, le tout ciselé dans l'art du gothique finissant. La récente restauration (terminée en 2015) met bien en évidence toute cette luxuriance, bien que la rangée basse des statues ait disparu.
L'Arbre de Jessé de Pierre des Aubeaux, orne le tympan, lui-même entouré d'une riche archivolte consacrée aux prophètes, aux sibylles et aux patriarches. Toutes les parties hautes de la façade, telles qu'on les voit dans la photo ci-dessus, datent de la fin du XIVe siècle et du début du XVe. Exception faite pour le gâble, très élancé, qui domine le portail principal et qui a le malheur de cacher en partie la rose flamboyante : il date de 1514. Notons enfin l'un des signes distinctifs de la façade de la cathédrale de Rouen : ce sont les quatre clochetons très ajourés, en forme de pyramide, qui surplombent la partie centrale. On a pu montrer l'influence anglaise des grandes cathédrales de Wells, Lichfield et Salisbury dans leur dessin. Ces clochetons furent conçus, au XIVe siècle, par le maître d'œuvre Jean Périer qui connaissait l'art anglais.
Source : Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen en 1926, article La cathédrale de Rouen par Marcel Aubert.

LE CENTRE DE LA FAÇADE OCCIDENTALE : LE PORTAIL SAINT-ROMAIN ET L'ARBRE DE JESSÉ
Le tympan et l'archivolte du portail central de la cathédrale de Rouen et son Arbre de Jessé.
Le tympan (avec son Arbre de Jessé) et l'archivolte du portail central de la cathédrale de Rouen.
À gauche et à droite : les contreforts de la façade ornés de statues posant sous leur dais.
(Photographie prise après la restauration de la façade qui s'est terminée en juin 2015.)
L'Arbre de Jessé sur le tympan du portail central de la façade  occidentale
L'Arbre de Jessé sur le tympan du portail central de la façade occidentale.
Arbre créé par Pierre des Aubeaux au début du XVIe siècle et mutilé par les Huguenots en 1562.
(Sur la photo, le «point blanc» et le «point noir» ont été accentués de manière à faire ressortir les volumes.)
Portail central, voussures droites
Ange tenant un phylactère au sommet de l'archivolte du portail  central
Ange tenant un phylactère au sommet de l'archivolte du portail central.
La luxuriance de la décoration gothique donne une idée du temps nécessaire
à la restauration de l'édifice et de son coût...
Sibylle dans la voussure médiane
Sibylle dans la voussure médiane
du portail central.
Prophète dans la voussure externe
Prophète dans la voussure externe
du portail central.
«««--- À GAUCHE
Les treize voussures du portail central entourant l'Arbre de Jessé
(début du XVIe siècle).
Pour les trois voussures principales, on a de gauche à droite : Patriarches, Sibylles et Prophètes.
Scènes bibliques et personnages dans les ébrasements du portail central
Scènes bibliques et personnages dans les ébrasements du portail central.
LE NORD DE LA FAÇADE OCCIDENTALE : LE PORTAIL SAINT-JEAN
Le portail nord de la façade occidentale, dédié à  saint Jean-Baptiste
Le portail nord de la façade occidentale, dédié à saint Jean-Baptiste.

Le portail Saint-Jean est remarquable par les voussures de son archivolte. On quitte ici les séries habituelles de statues de rois ou de prophètes pour faire place à la dentelle de pierre - au sens propre. Les quatre voussures de l'archivolte sont ornées, alternativement, de dessins géométriques percés à l'archet (suivant l'habitude normande) et de feuilles découpées et refouillées, bien détachées de leur fond. La dentelle de pierre brille ici d'un éclat extraordinaire. De plus, la base des deux voussures à feuilles, au nord, est enrichie de bustes d'un style très séduisant. Le tympan (troisième quart du XIIIe siècle) illustre des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste : banquet d'Hérode, danse de Salomé, décollation et offrande du chef de saint Jean de Salomé à Hérodiade. Le registre supérieur illustre l'ensevelissement de saint Jean-Baptiste.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen en 1926, article La cathédrale de Rouen par Marcel Aubert ; 2) Haute-Normandie gothique par Yves Bottineau-Fuchs, éditions Picard.

Le tympan (entre 1250 et 1275) et les magnifiques voussures du portail Saint-Jean
Le tympan (entre 1250 et 1275) et les magnifiques voussures du portail Saint-Jean.
Les bustes à la base des voussures nord
Les bustes à la base des voussures nord.
Portail Saint-Jean.
Le bourreau
Le bourreau qui décapite le saint
a un aspect négroïde affirmé.
Base des colonnettes dans l'ébrasement nord du portail Saint–Jean (fin du XIIe – début du XIIIe siècle)
Base des colonnettes dans l'ébrasement nord du portail Saint-Jean (fin du XIIe - début du XIIIe siècle).
Ébrasement sud du portail Saint-Jean (fin du XIIe - début  du XIIIe siècle)
Ébrasement sud du portail Saint-Jean (fin du XIIe - début du XIIIe siècle).
LE PORTAIL OCCIDENTAL NORD SAINT-ÉTIENNE

Le portail Saint-Étienne (porte sud de la façade principale) est d'allure plus classique, avec un thème floral dans les voussures de l'archivolte. Le tympan illustre la lapidation de saint Étienne (troisième quart du XIIIe siècle). La décoration de cette porte a été très mutilée au XVIIe ou au XVIIIe siècle.

Le portail des Libraires, sur la façade du transept nord, a été construit à peu près dans le même temps que celui du transept sud (fin du XIIIe, début du XIVe siècle). Le décor a été conçu par Jean Davy. Sur la photo de droite, on voit une construction architecturale belle et équilibrée, faite de gâbles et de rosaces, qui est en fait inspirée du transept de la cathédrale Notre-Dame de Paris (voir plus bas). Le portail est entouré de bâtiments : il s'agit de la bibliothèque des chanoines construite par Guillaume Pontifs à partir de 1477. Elle sera reliée à la cathédrale, dès 1479, par le bel escalier, bâti par le même architecte, et que l'on voit dans le transept nord de l'édifice.
La cour abrita d'abord des changeurs, puis des libraires. Les chanoines percevaient ainsi des droits sur les emplacements qu'ils louaient. Ils finirent par y édifier des petites maisons de rapport.
Source : La cathédrale Notre-Dame de Rouen, éditions du Patrimoine.

Le portail sud de la façade occidentale est dédié à saint Étienne
Le portail sud de la façade occidentale est dédié à saint Étienne.
La Lapidation de saint Étienne (partie supérieure du tympan)
LE PORTAIL DES LIBRAIRES (TRANSEPT NORD)
Le très élégant portail des Libraires et la cour des Libraires
Le très élégant portail des Libraires et la cour des Libraires.
«««---À GAUCHE
La Lapidation de saint Étienne dans le tympan
du portail sud de la façade occidentale.
Le registre supérieur représente un Christ en majesté dans une mandorle.
Le bas du tympan du portail des Libraires (fin du XIIIe, début du XIVe siècle)
Le bas du tympan du portail des Libraires (fin du XIIIe, début du XIVe siècle).

Le registre du bas illustre la résurrection des morts qui sortent de leurs tombeaux par milliers.
Au-dessus, les justes sont séparés des damnés. Un chaudron infernal est sculpté sur la droite.
La partie supérieure, qui n'a jamais été sculptée, aurait dû représenter un Christ en majesté.

LA COUR D'ALBANE (NORD)
La cour d'Albane et son jardin (vue en juillet 2015, à la fin de la restauration)
La cour d'Albane et son jardin (vue en juillet 2015, à la fin de la restauration).
LE PORTAIL DE LA CALENDE (TRANSEPT SUD)
Le portail sud de la calende (fin du XIIIe – début du XIVe siècle)
Le portail sud de la Calende (fin du XIIIe - début du XIVe siècle).
Le Couronnement de la Vierge au-dessus de la rosace
Le Couronnement de la Vierge au-dessus de la rosace.
LE PORTAIL DE LA CALENDE (TRANSEPT SUD)
Le portail de la calende et le transept sud
Le portail de la Calende et le transept sud.
Statue d'un apôtre
Statue d'un apôtre dans un
contrefort du portail de la Calende.

Le portail de la Calende obéit au même principe architectural que celui des Libraires : une porte avec tympan et archivolte surmontée d'un gâble ajouré, assez pentu ; derrière le gâble se tient une grande fenêtre à claire-voie portant une rose, surmontée elle aussi d'un gâble. C'est le profil créé à la cathédrale de Paris. On notera toutefois une différence entre les deux portails des transepts : le dessus de la grande rose, dans le portail de la Calende, est orné d'un groupe sculpté représentant le Couronnement de la Vierge. Malheureusement, cette œuvre (donnée ci-dessous à gauche) est très élimée.
Sur le trumeau se tient le Christ qui est accompagné, dans les ébrasements et les contreforts de droite et de gauche, des apôtres et des premiers diacres. Les voussures sont peuplées d'anges, de prophètes et de martyrs.
Le magnifique tympan, intact, mais très usé par les ans, illustre le Mystère pascal. Le registre médian comprend les scènes de la Passion : baiser de Judas, Christ aux outrages, retrait des vêtements et Mise au tombeau. Celui du bas accueille une Résurrection et une Ascension. Enfin, le registre supérieur couronne le tout avec une Crucifixion très riche en personnages.
Source : La cathédrale Notre-Dame de Rouen, éditions du Patrimoine.

Le tympan du portail de la calende
Le tympan du portail de la Calende.
En haut, la Crucifixion. Au milieu : des scènes de la Passion. En bas, Résurrection et Ascension.

La cathédrale dans la seconde guerre mondiale. En 1938, dès la crise de Munich, un plan global de protection fut mis au point. Les échafaudages garnis de sacs de sables s'élevèrent à l'extérieur et dans la chapelle de la Vierge. Les vitraux anciens (c'est-à-dire à l'exclusion de ceux du XIXe siècle) furent mis en caisse et expédiés au donjon de Niort.
Les Allemands entrent dans la ville le 9 juin 1940. Un bref combat de chars entraîne un incendie entre la cathédrale et les quais de la Seine. Le feu gagne l'échafaudage de bois installé autour de la tour de Beurre et se propage aux combles du collatéral sud. Charpentes et toitures sont détruites. Il faut réparer et restaurer. L'entreprise Lanfry, chargée de la tâche, achève l'ouvrage à la fin de 1941.
En avril 1944, en préparation du débarquement de Normandie, la RAF veut détruire le nœud ferroviaire et la gare de triage près de Sotteville-les-Rouen. Comme à Nevers au mois de juin suivant (ce qui sera fatal à la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte), l'aviation anglaise va largement déborder de son objectif et bombarder des zones situées à plusieurs kilomètres de sa cible. Dans la nuit du 18 au 19 avril, le cœur historique de Rouen est gravement touché lors d'un raid des bombardiers alliés. Cinq bombes et torpilles frappent presque à mort la cathédrale. C'est d'abord le collatéral sud qui reçoit deux engins explosifs : toutes les chapelles latérales sud sont détruites à l'exception de la chapelle Sainte-Catherine. Ses arcs-boutants ont résisté et, par chance, ils vont réussir à contenir la poussée des voûtes de la nef et empêcher la chute du mur gouttereau dont les piliers ont pourtant été fragilisés par les explosions. Plus grave encore, une torpille vient frapper la pile sud-est de la croisée du transept. Ce qui endommage la pile voisine et projette des milliers d'éclats alentour. L'effet de souffle pulvérise la rose nord du transept et déforme la rose sud. Une autre torpille vient frapper le déambulatoire et détruit une partie des stalles. Spectacle de désolation : des morceaux de piliers et de murs jonchent le sol par milliers, le mobilier est détruit, la vitrerie réduite en miettes, les murs sont troués, les remplages soufflés. Les tours de la façade ne sont pas atteintes. Pour l'instant...
Il y a pis : la structure elle-même du bâtiment est menacée car la pile sud-est de la croisée, atteinte de plein fouet par une torpille, peut s'effondrer sous les huit mille tonnes de la tour-lanterne et de sa flèche. Il faut étayer sous la croisée de toute urgence. Jean-Pierre Chaline [cf source] nous apprend que, faute de madriers disponibles, les ouvriers de l'entreprise Lanfry s'en vont en pleine nuit (!) dans la forêt du Rouvray abattre les arbres nécessaires. Des cintres en bois, renforcés d'une maçonnerie de briques, soutiennent enfin les piles endommagées de la croisée. Sur le côté sud de la nef, le collatéral a été détruit. On implante des tirants métalliques dans les élévations pour soulager la pression de la voûte sur les arcs-boutants de la chapelle Sainte-Catherine, seule chapelle sud à être encore debout. --»» 2/2

La partie terminale de la flèche de la tour-lanterne
L'archange Saint Michel pèse les âmes
dans le gâble au-dessus de l'archivolte du portail.

2/2 --»» Puis vient la «semaine rouge». Du 30 mai au 5 juin 1944, une série de bombardements frappe Rouen et sa périphérie. Le soir du 1er juin, c'est le feu qui embrase la ville. La tour Saint-Romain est atteinte dans ses parties hautes. Charpente et toiture s'effondrent. Les cloches du beffroi tombent sur la voûte... qui ne cède pas. Le feu, attisé par un vent violent, gagne les combles du collatéral nord et ceux de la nef. Mais à une hauteur que les lances des pompiers ne peuvent atteindre. Alors, c'est une chaîne humaine qui les remplace avec des seaux d'eau montés jusqu'au bas de la flèche. Dans la nuit, le vent se calme, ce qui permet enfin d'éteindre l'incendie. À nouveau, en toute hâte, il faut consolider et étayer toutes les parties fragilisées. L'entreprise Lanfry est au four et au moulin, nous disent les sources. Après la guerre, c'est elle qui sera chargée des très nombreux travaux de réparation et de restauration. La cathédrale ne sera rendue au culte qu'en 1956.
La restauration de certaines parties de l'édifice exigera encore plus de temps. Ainsi, le toit de la tour Saint-Romain ne sera achevé qu'en 1987.
Que se serait-il passé si...? Si les secours n'avaient pas été aussi rapides, si les arcs-boutants de la chapelle Sainte-Catherine n'avaient pas été assez robustes, il est vraisemblable que toute la voûte de la nef se serait écroulée et, avec elle, le collatéral nord. La pile sud-est cédant sous le poids, la tour-lanterne se serait effondrée en détruisant le chœur et le transept. N'auraient sans doute subsisté de la cathédrale de Rouen que la façade, ses deux tours et la chapelle de la Vierge...
Notons, pour terminer, que la «semaine rouge» vit la destruction de quelques grands édifices publics rouennais, comme la bourse, le théâtre des Arts et l'hôtel des douanes. L'église Saint-Vincent a, elle aussi, été totalement détruite. Ses vitraux Renaissance, heureusement mis en caisse avant la guerre, ont été remontés dans la nouvelle église Sainte-Jeanne d'Arc. Ils n'y sont pas tous. L'abside de la chapelle d'axe de la cathédrale, dite chapelle de la Vierge, abrite quelques vitraux de Guillaume Barbe (vers 1470) issus de Saint-Vincent.
Sources : 1) Rouen, Primatiale de Normandie, éditions La Nuée Bleue, collection «La Grâce d'une cathédrale», article «La cathédrale à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale» de Jean-Pierre Chaline ; 2) Rouen, La reconstruction, Itinéraire du Patrimoine.

La partie terminale de la flèche de la tour-lanterne
Flagellation, Passion et Mise au tombeau
dans le tympan du portail de la Calende.
LES TOURS DE LA FAÇADE OCCIDENTALE
LA TOUR SAINT-ROMAIN (NORD)

La tour Saint-Romain (82 mètres de haut ) est la partie la plus ancienne de la cathédrale. Son aspect la rapproche plus d'un beffroi que d'une tour d'un édifice religieux. À l'origine, sa partie inférieure fut conçue comme partie intégrante de l'enclos canonial. Les historiens la datent des années 1150-1160. Sa succession de baies géminées, qui s'agrandissent à mesure que l'étage s'élève, conserve un petit air roman. Enfin, la partie supérieure, que l'on distingue très facilement grâce au changement de couleurs (elle n'a pas été restaurée récemment), a été élevée de 1469 à 1477 par Guillaume Pontifs (qui construira juste après la bibliothèque des chanoines). Cet étage, en gothique flamboyant, est surmonté d'un toit en pavillon (détruit en 1944 et reconstruit). Le dernier étage «roman» accueille les cloches. Le carillon de la cathédrale de Rouen est l'un des plus importants de France. Dans la salle basse de la tour Saint-Romain se trouve le baptistère de la cathédrale.
Initialement, la tour Saint-Romain ne devait être réunie à la cathédrale que par un pont de pierre, construit à plus de douze mètres au-dessus du sol. Ce pont donnait directement dans les tribunes de la nef nord. Comme les tribunes n'ont jamais été construites (voir l'encadré), la porte qui reliait les deux bâtiments a été bouchée, le passage transformé en chapelle. Le vide entre les deux bâtiments a, quant à elle, été bouché dès la fin du XIIIe siècle.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen en 1926, article La cathédrale de Rouen par Marcel Aubert ; 2) La cathédrale Notre-Dame de Rouen, éditions du Patrimoine.

La tour Saint-Romain
La tour Saint-Romain.
Le niveau du bas (en gris clair) est du XIIe siècle.
Le niveau supérieur, en gothique flamboyant, a été ajouté au XVe siècle.
Le toit qui domine l'étage flamboyant a été détruit en juin 1944 et rebâti.
LA TOUR DE BEURRE (SUD)
La tour de Beurre et son gothique flamboyant (fin du XVe siècle)
La tour de Beurre et son gothique flamboyant (fin du XVe siècle).
Statues d'Adam et Ève
Statues d'Adam et Ève
sur la tour de Beurre
Côté ouest.
(Fin du XVe siècle) .

La tour de Beurre (75 mètres de haut). Comme la tour nord de la cathédrale de Bourges, elle doit son nom à l'argent collecté par le chapitre auprès des paroissiens qui devaient payer s'ils ne voulaient pas manger maigre pendant le Carême. Cette tour, de style gothique flamboyant, est nettement postérieure à la tour Saint-Romain puisqu'elle a été construite par Guillaume Pontifs à partir de 1485.
À l'origine, dans ce qui est maintenant le rez-de-chaussée de la tour, se trouvait la chapelle de la paroisse Saint-Étienne-la-Grande-Église (en effet, la cathédrale n'était pas une paroisse, mais l'église métropolitaine de Normandie). Cette chapelle, qui semblerait remonter au Xe siècle, occupait en fait un espace plus vaste : c'était le bas de la tour et les deux chapelles latérales sud attenantes, espace auquel il faut encore ajouter les deux travées du collatéral sud qui bordent ces chapelles. En 1496, un accord eut lieu entre les trésoriers de la paroisse Saint-Étienne et le chapitre de la cathédrale : le rez-de-chaussée de la tour fut canoniquement déclaré paroisse. Henri Potin, supérieur des Carmes de Rouen et collaborateur de l'archevêque Georges Ier d'Amboise, vint bénir sa base architecturale afin d'en concrétiser la dédicace. À la Révolution, cette paroisse fut supprimée et la cathédrale prit le relais en une vaste paroisse, Notre-Dame-la-Grande-Église.
Revenons à la construction de la tour de Beurre et suivons ce qu'en dit le Congrès archéologique de France tenu à Rouen en 1926. On savait que la chapelle Saint-Étienne reposait sur un sol de mauvaise qualité et l'on hésitait à construire une tour au-dessus. Toutefois, en 1485, Guillaume Pontifs fit des sondages et informa le chapitre que l'on pouvait élever la tour sur de simples fondations. La construction commença, mais rapidement des tassements se produisirent, qui firent pencher vers le sud l'élévation déjà construite. Pontifs dut reprendre d'aplomb la construction. C'est son successeur, Jacques Leroux, qui termina les parties hautes. Ce qui donna d'ailleurs lieu à d'âpres discussions avec le chapitre. En 1507, Leroux commença à élever une flèche, mais dut arrêter au profit d'une couronne octogonale.
Sur le plan ornemental, cette tour soulève l'intérêt par la présence de grands contreforts enrichis de niches contenant de remarquables statues. Au deuxième étage, sur la face est, se trouve notamment illustrée la légende de l'ara cœli (l'autel céleste) : une sibylle est interrogée par l'empereur Octavien pour savoir s'il doit être adoré comme un dieu et si rien n'est plus puissant que lui dans le monde. La sibylle lui montre alors une vision céleste où l'on voit la Vierge tenant un nouveau-né. Ce qui veut dire que ce nouveau-né est plus puissant que l'empereur. Et Octavien s'agenouille pour l'adorer. On retrouve, dans la pierre de la tour de Beurre, les personnages de cette légende : Octavien, deux de ses officiers, son fauconnier, son connétable, la sibylle et sa servante. Les statues, groupées par deux dans leur niche, sont dominées par la Vierge et l'Enfant adossés à un remplage. La photo ci-dessous à gauche en donne une illustration globale.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen en 1926, article La cathédrale de Rouen par Marcel Aubert ; 2) Rouen aux cent clochers de François Lemoine et Jacques Tanguy, éditions PTC.

Les statues du deuxième étage, côté est, de la tour de Beurre
Les statues du deuxième étage, côté est, de la tour de Beurre.
Elles illustrent la légende de l'ara cœli et de la sibylle de Tibur.
Statues sur le côté ouest de la tour de Beurre
Statues sur le côté ouest de la tour de Beurre.
(Fin du XVe siècle).
LA TOUR-LANTERNE À LA CROISÉE

La tour-lanterne comporte trois niveaux. Le premier, qui n'est pas visible sur les photos de cette page, remonte au XIIIe siècle : c'est le niveau initial, celui par lequel les maçons ont commencé pour édifier la lanterne de la croisée. Ses ouvertures sont aveugles. L'étage au-dessus (étage du bas dans la photo ci-dessous) est de la même époque. Il a été consolidé par Roulland le Roux au début du XVIe siècle. Sur ces deux niveaux subsistent encore des traces de l'incendie de 1514.
Le dernier étage gothique est l'œuvre de ce même Leroux au début du XVIe siècle. Dans l'étage du XIIIe siècle (voir ci-dessous), on a deux arcades en tiers-point ; dans celui du XVIe, quatre arcades aux gâbles flamboyants, séparées par des piles, elles-mêmes surmontées de pinacles. Le style Renaissance est déjà présent : les statues des angles sont nichées sous des dais décorés de coquilles (ornementation typique de la Renaissance que l'on voit bien dans la photo ci-contre).
En 1523, une première flèche en bois fut élevée sur le troisième niveau. Elle disparut dans l'incendie de 1822. À la suite de quoi, elle fut remplacée par la flèche en fonte d'Alavoine.
Sources : 1) Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen en 1926, article La cathédrale de Rouen par Marcel Aubert ; 2) Haute-Normandie gothique par Yves Bottineau-Fuchs aux éditions Picard.

Les niveaux 2et 3 de la tour lanterne
Les niveaux 2 et 3 de la tour lanterne
et leurs sculptures flamboyantes.
Troisième niveau de la tour–lanterne élevé par Roulland Leroux au XVIe siècle
Troisième niveau de la tour-lanterne élevé par Roulland Leroux au XVIe siècle.
Sculptures flamboyantes avec détails Renaissance.
Statue d'un prophète au troisième niveau de la tour-lanterne
Statue d'un prophète au troisième niveau de la tour-lanterne.
Le dais, avec ses coquilles, porte déjà la marque de la Renaissance.
La partie terminale de la flèche de la tour-lanterne
La partie terminale de la flèche de la tour-lanterne
élevée par l'architecte Alavoine au XIXe siècle.
Elle culmine à 151 mètres.
(Plus haute flèche de cathédrale de France.)

PARTIE EXTÉRIEURE
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TRANSEPT ET CHŒUR
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BAPTISTÈRE ET CHAPELLES LATÉRALES
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DÉAMBULATOIRE ET CHAPELLE DE LA VIERGE
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