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Page créée en 2011
et refondue en mars 2022
Archange Michel dans une clé de voûte du chœur, milieu du XVIe siècle (partiel)

On ne connaît que les grandes lignes de l'histoire de l'église Saint-Michel. Son clocher, daté du XIIe siècle, indique toutefois que l'édifice a des racines anciennes. Le faubourg de Vaucelles, que l'Orne sépare du centre-ville de Caen, était jadis une localité indépendante. C'était aussi le siège d'un doyenné dont l'existence est attestée dès le XIe siècle et qui comprenait trente-quatre paroisses. Dans sa Statistique monumentale du Calvados, Arcisse de Caumont écrivait en 1842 que le curé de Saint-Michel était nommé par l'abbaye de Saint-Étienne de Caen qui percevait les deux tiers des dîmes. Le dernier tiers revenait à l'abbaye de Sainte-Trinité. L'histoire a donc commencé par une église romane, reconstruite dans la seconde moitié du XVe siècle et agrandie pour répondre à l'augmentation de la population de la paroisse.
Le chœur de Saint-Michel est daté du XVe siècle, tandis que les voûtes et la nef sont du siècle suivant. L'église offre ainsi le profil instructif d'un édifice en partie rebâti après la guerre de Cent Ans. Cependant, c'est le clocher roman du XIIe siècle qui retient en général l'attention des passionnés d'architecture ancienne (voir description plus bas).
La façade occidentale, de style classique, et son clocher octogone à lanternon datent de 1780. Même si l'ensemble nous paraît aujourd'hui un peu terne, il répondait au goût de l'époque.
Située dans la partie sud de Caen, l'église fut peu touchée par les bombardements de 1944. Toutefois, les vitraux actuels datent de 1946. Ils ont été créés par l'atelier Sagot et Jondot de Bayeux. Il faut croire que quelques obus sont tombés à proximité de l'édifice et que l'effet de souffle a détruit la vitrerie en place.
Le visiteur pourra également s'attarder dans le chœur pour voir les peintures du XVIe siècle sur la voûte. Elles ont été redécouvertes en 1882 lors d'une opération de nettoyage des clés de voûte des deux travées orientales. Enfin, en déambulant dans les bas-côtés, il ne faut pas oublier de lever la tête car on y voit de belles clés de voûte sculptées datées des XVe et XVIe siècles.

Sainte Catherine dans les peintures de la voûte, XVIe siècle
Vue d'ensemble de la nef et du chœur de l'église Saint-Michel
Vue d'ensemble de la nef et du chœur de l'église Saint-Michel.
Le profil des piles de la nef, différent au nord et au sud, frappe dès l'entrée.
La façade occidentale est de style classique
La façade occidentale et son clocher à lanternon sont de style classique.
Ils ont été construits en 1780 sur la cassette du curé de l'époque.
Vue d'ensemble du côté sud de l'église
Vue d'ensemble du côté sud de l'église avec sa tour romane du XIIe siècle.

Architecture extérieure. En passant devant l'église, la façade de style classique et le clocher octogone que l'on découvre peuvent faire croire à un édifice du XVIIIe siècle. Il n'en est rien car la nef et le chœur sont plus anciens. Cette façade, qui présente une harmonie certaine, date de 1780 et a été édifiée sur la cassette personnelle du curé de l'époque, un certain Robert Fauvel.
Le chevet plat, en photo ci-dessous, présente trois grandes fenêtres de style gothique rayonnant dont les réseaux diffèrent. À l'heure actuelle, ils reçoivent une vitrerie très stylisée, réalisée en 1946 par un atelier bayeusain. L'usage fait dater ce chevet du XVe siècle, tout comme l'ensemble des élévations du chœur. Cependant, Philippe Lenglart dans son ouvrage Caen, Architecture et Histoire (2008) le fait remonter au XIIIe siècle, ce qu'aucun document ne permet d'infirmer. Voir le clocher roman plus bas.

La façade de style classique avec ses pilastres ioniques et son fronton
La façade de style classique avec ses pilastres ioniques et son fronton dédié au Sacré-Cœur.
Le chevet plat oriental
Le chevet plat et ses trois fenêtres au remplage de style gothique rayonnant.
Dessin de l'église Saint-Michel de Vaucelles à Caen en 1890
Dessin de l'église Saint-Michel de Vaucelles à Caen en 1890.

La tourelle d'angle abrite un escalier à vis. ---»»»
Le clocher roman remonte au XIIe siècle
Le clocher roman remonte au XIIe siècle.
Le clocher de la façade (XVIIIe siècle)
Le clocher octogone de la façade date de 1780.
Dernier niveau du clocher roman avant la flèche datée du XIVe ou du XV siècle
Troisième et dernier étage du clocher roman.
La flèche est datée du XIVe ou du XV siècle.
La tourelle d'angle abrite un escalier à vis. ---»»»
Les arcatures de la tourelle d'angle du clocher roman
Arcature de la tourelle d'angle du clocher roman.
Détail des arcatures du dernier étage du clocher (XIIe siècle)
Détail de l'arcature romane du troisième étage du clocher.
XIIe siècle.

Le clocher roman du XIIe siècle (1/2).
C'est l'élément architectural le plus intéressant de l'édifice. Il s'agit en fait de toute une tour romane. À ce titre, elle est souvent citée par l'historien Eugène Lefèvre-Pontalis dans sa longue étude sur les clochers du Calvados rédigée pour le Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908.
La tour romane comprend trois étages (voir photo plus haut). Celui du bas ne présente, sur l'extérieur, qu'une petite ouverture en plein cintre dans un mur nu. (Une photographie de la partie intérieure, visible plus bas, donne une idée de l'impressionnante épaisseur du mur.) L'ornementation romane de la tour n'intervient qu'à partir du deuxième étage, faisant contraste avec la simplicité de sa base. Lefèvre-Pontalis souligne que ce contraste était voulu par les architectes normands et qu'on le trouve dans bien des clochers du Calvados.
C'est donc au deuxième étage que commence le réseau d'arcatures. Sur le côté sud, on y voit cinq baies très allongées et sans ornement. Celle du centre est ouverte. Ce deuxième étage est séparé du premier par un simple chanfrein droit.
L'arcature du troisième étage est plus élaborée. Lefèvre-Pontalis rappelle que «l'école romane normande se plaisait à tapisser d'arcatures tous les murs nus». (La façade de l'église de la Trinité à Caen donne un bon exemple de cette pratique régionale.) Séparé du précédent par un nouveau chanfrein, le dernier étage de la tour présente trois riches arcades en plein cintre baignant dans une architecture complexe (photo ci-contre). Ce système à colonnes doubles (avec la seconde en retrait sur la première) surmontées de tailloirs est coiffé d'une archivolte très travaillée : boudin dans une gorge, puis deux rangs de bâtons brisés et, au-dessus, un cordon à billettes. ---»» Suite 2/2 ci-dessous.

Le clocher roman du XIIe siècle (2/2).
---»» Dans l'ange sud-ouest, une tourelle abrite un escalier à vis. Son arcature en plein cintre surhaussé prolonge celle de la tour. Il en va de même pour la corniche à modillons qui surmonte l'ensemble.
La tour est surmontée d'une flèche de pierre à quatre pans. L'absence de sources fait que les historiens ignorent l'époque exacte de sa création. Dans son article sur l'église Saint-Michel rédigé pour le Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908, Louis Serbat se contente de citer son collègue Victor Ruprich-Robert. Ce dernier fait remonter la flèche au XIVe ou au XVe siècle. Louis Serbat note encore que la lucarne ouest est moderne ; celle du sud, plus petite, en plein cintre sur pilastres, est ancienne. Eugène Lefèvre-Pontalis, dans son étude sur les clochers du Calvados en 1908, rappelle que «les architectes des clochers romans du Calvados firent un emploi précoce des lucarnes, qui prirent une grande importance au XIIIe siècle. Les plus anciennes se composent d'une baie en plein cintre encadrée par des jambages nus et surmontée d'un petit fronton aigu (...)». C'est le cas de la lucarne sud de la flèche de Saint-Michel. Notons que les exemples authentiques de ce genre d'ouverture sur les flèches sont rares. Lefèvre-Pontalis suppose que les architectes qui ont rebâti ces lucarnes ont reproduit les modèles primitifs.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908, article de Louis Serbat sur l'église et article sur les clochers du Calvados par Eugène Lefèvre-Pontalis ; 2) Caen, Architecture & Histoire par Philippe Lenglart, éditions Charles Corlet, 2008.

LA NEF DE L'ÉGLISE SAINT-MICHEL
La nef et le bas-côté nord vus de l'entrée de l'église
La nef et le bas-côté nord vus de l'entrée de l'église.
Chemin de croix moderne : Jésus meurt sur la croix
Chemin de croix moderne
Station XII : Jésus meurt sur la croix.
Plan de l'église
Plan de l'église Saint-Michel de Vaucelles.
Notre-Dame de Sainte-Paix
Notre-Dame de Sainte-Paix.

Notre-Dame de Sainte-Paix.
Cette statue était autrefois au fronton d'une chapelle située dans la rue d'Auge à Caen. En 1943, un bombardement eut raison de la chapelle. La statue, qui en sortit intacte, fut transférée au couvent des Pères franciscains. Après la fermeture du monastère, elle gagna l'église Saint-Michel.
Source : note affichée dans l'église.

La nef. Ce n'est pas la voûte du XVIe siècle, assez basse, et ses clés pendantes qui étonnent l'observateur curieux, mais le profil bien différent des piles au nord et au sud. Cette caractéristique, assez rare, s'explique en général par une construction étalée sur plusieurs périodes ou, peut-être ici, par la volonté de l'architecte de contrer la poussée du clocher par des piles voisines renforcées. Ce qui dénoterait un homme prudent ne voulant prendre aucun risque. Peut-être d'ailleurs les piles romanes contemporaines du clocher étaient-elles déjà plus massives qu'au nord.
Au nord, bordant le bas-côté, la photo ci-dessus montre des piles ondulées, toutes identiques, qui reçoivent la retombée des voûtes sur des chapiteaux. Ceux-ci ne sont que de larges bandeaux ornés de motifs floraux.
Au sud, la photo ci-dessous montre des piles plus massives. Il ne faut pas s'y tromper : celle du premier plan remonte à la reconstruction de la façade en 1780 (voir plan ci-contre). Les deux suivantes sont du XVe siècle. «Ce sont des fûts cylindriques, écrit l'historien Louis Serbat en 1908, flanqués, sur trois côtés, de trois colonnettes isolées et sur le quatrième, d'un groupe de trois autres, pour les retombées des collatéraux.»
En 1780, on a construit une pile (premier plan dans la photo ci-dessous) différente des autres. Le système de retombée des voûtes a visiblement contraint l'architecte à opter pour un large tailloir, tandis que les autres piles peuvent se contenter d'un petit tailloir au-dessus d'un chapiteau floral surmontant une colonnette semi-engagée.
Même chose pour les moulures des intrados. Au premier plan, elles retombent sur un chapiteau à simple bandeau ; au second, elles pénètrent directement dans la pile (à l'exception de la moulure centrale qui retombe sur un petit chapiteau floral). Ces différences ne contribuent pas à l'élégance de la nef.
Source : Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908, article de Louis Serbat.

La nef et le bas-côté sud vus de l'entrée de l'église
La nef et le bas-côté sud vus de l'entrée de l'église.
Le piliers du côté sud sont bien différents de ceux du côté nord.
Chaire à prêcher (XVIIIe siècle?)
Chaire à prêcher
XVIIIe siècle.
L'Assomption sur la cuve de la chaire à prêcher
L'Assomption sur la cuve de la chaire à prêcher
XVIIIe siècle.
CLÉS DE VOÛTE ET CLÉS PENDANTES DE LA NEF ET DES BAS-CÔTÉS
Jésus devant Caïphe
La Passion : Jésus devant Caïphe.
La Passion : Jésus porte sa croix
La Passion : Jésus porte sa croix.

Les clés de voûte de la nef et des bas-côtés. Elles sont nombreuses dans l'église et leurs thèmes sont très variés. Si la nef reçoit des clés pendantes, assez banales, en forme de fleur (ci-contre), les bas-côtés sont ornés de clés très travaillées illustrant la Passion (ci-dessus), l'Archange Michel, des anges, l'Évangéliste Matthieu, une Piéta (assez stylisée), l'Agneau pascal ci-dessous), ou encore des emblèmes royaux ou liturgiques. Il faut prendre son temps pour les repérer et les admirer car, dans les bas-côtés, les clés de voûte sont toujours plongées dans la pénombre.

L'Archange Michel avec cuirasse médiévale et épée
L'Archange Michel, avec une cuirasse médiévale, terrasse le démon.
Écusson portant l'Agneau pascal
Écusson portant l'Agneau pascal.
TROIS CLÉS PENDANTES
Une fleur dans une clé pendante
Une fleur dans une clé pendante
Une fleur dans une clé pendante
Nef, avant–nef et bas–côtés vus depuis le bas–côté nord
Nef, avant-nef et bas-côtés vus depuis le bas-côté nord.

Architecture. La photo ci-dessus est tout un symbole. Certains se demandent parfois pourquoi des gens s'intéressent aux églises. En dehors de toute foi, on pourrait répondre comme Prosper Mérimée, anticlérical notoire à son époque : une église, c'est de l'architecture et de l'art. On peut aussi être plus précis et dire qu'une église, c'est avant tout un vaste espace pour recevoir des milliers de gens qui doivent être abrités des éléments, donc un espace couvert. D'où les questions : comment se présente le couvrement ? Y a-t-il une voûte et comment tient-elle ? Qu'ont fait les architectes ?
Dans la photo ci-dessus, les piliers qui soutiennent les voûtes montrent que les architectes de l'âge gothique savaient créer des espaces couverts et robustes qui dégageaient un cachet certain.

Clé de voûte représentant le Sacré–Cœur de Jésus
Clé de voûte représentant le Sacré-Cœur de Jésus.

Clé de voûte représentant une Piéta. ---»»
Clé de voûte représentant une Piéta
Un ange avec ses ailes
Clé de voûte : un ange avec ses ailes.
L'évangéliste Matthieu et l'ange
Clé de voûte avec l'Évangéliste Matthieu et l'ange.
Clé de voûte aux lys de France
Clé de voûte aux lys de France.
L'Archange Michel terrassant le démon, XVIIIe siècle
L'Archange Michel terrassant le démon
XVIIIe siècle.
Chapelle latérale sud du Sacré-Cœur
Chapelle latérale sud du Sacré-Cœur.
Le Père céleste présentant son fils (XVIIIe siècle?)
Le Père céleste présentant son fils
(XVIIIe siècle?)
L'Archange Michel terrassant le démon, détail
L'Archange Michel terrassant le démon, détail.
Le Sacré-Cœur, détail du vitrail
Le Sacré-Cœur, détail du vitrail : Jésus sur la croix
avec des ailes d'oiseau.
Signature des peintres verriers dans le vitrail de la Crucifixion
Signature des peintres verriers Sagot et Jondot
dans le vitrail de la Crucifixion.
La chapelle des Morts dans le bas-côté nord
La chapelle des Morts dans le bas-côté nord.
La Crucifixion, détail du vitrail
Le Sacré–Cœur, vitrail de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux, 1946
Le Sacré-Cœur,
Vitrail de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux 1946
Chapelle du Sacré-Cœur.
La Crucifixion, vitrail de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux, 1946
La Crucifixion ou vitrail du Souvenir
Œuvre de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux 1946
Chapelle des Morts dans le bas-côté nord.

Vitrail de la Crucifixion ou du Souvenir. Ce très riche vitrail, réalisé par l'atelier bayeusain Sagot et Jondot en 1946, multiplie les thèmes relatifs au second conflit mondial : d'un côté les combattants (armée de terre, aviateurs, marins, partisans) ; de l'autre, les victimes de la guerre (prisonniers, blessés, travailleurs forcés, déportés, torturés, fusillés) ; mais aussi les bombardements, la famine et la misère.
Si le drapeau de la France libre domine toute la composition, on n'en remarque pas moins, en grand format, le drapeau du Brésil, pays entré en guerre contre l'Allemagne nazie à la suite d'attaques de navires par les sous-marins de l'Axe.
Le personnage de la Mort, sur la partie gauche du vitrail, est habillé de l'aigle germanique et de la croix gammée.

La Crucifixion, détail du vitrail
Vitrail de la Crucifixion ou du Souvenir, détail.

«««--- La Crucifixion, détail du vitrail.
La Mort porte l'aigle germanique et la croix gammée.

LES CHAPELLES ABSIDIALES ET LEURS VITRAUX DE 1946
La chapelle absidiale nord Saint-Joseph avec vue sur le chœur
La chapelle absidiale nord Saint-Joseph avec vue sur le chœur.
Vitrail de saint Joseph (1946)
Vitrail de saint Joseph (1946).
Chapelle absidiale sud dédiée à la Vierge
Chapelle absidiale sud dédiée à la Vierge.
Vitrail des Trois scènes de la Vie de la Vierge : Entrée  de Marie au Temple (1946)
Entrée de Marie au Temple
dant le tympan du vitrail des Trois scènes de la Vie de la Vierge (1946).

Les deux autres scènes sont la Visitation et le Couronnement de la Vierge.
Vitrail de saint Joseph : Nativité dans le tympan (1946)
La Nativité
Tympan du vitrail de saint Joseph (1946).
Vitrail de saint Joseph : La Mort de Joseph dans le tympan (1946)
La Mort de Joseph
Tympan du vitrail de saint Joseph (1946).
Vitrail des scènes de la Vie de la Vierge (1946), partie haute  avec le tympan
Vitrail des Trois scènes de la Vie de la Vierge (1946), partie haute avec le tympan
LA BASE DU CLOCHER ET L'ARC ROMAN
L'autel de messe et la base nord du clocher roman avec son arcature à  trois colonnes
L'autel de messe et la base nord du clocher avec son arcature romane à trois colonnettes.

La base du clocher.
À l'intérieur de l'église, c'est de loin la partie la plus ancienne, datée du XIIe siècle. Elle se trouve dans le bas-côté sud au niveau de la première travée du chœur.
Au sud, le clocher repose sur un mur gouttereau très épais ; au nord, ouvrant vers le chœur, sur deux piliers massifs ; dans le bas-côté, sur deux pans de mur partiellement ouverts par un arc brisé permettant de circuler.
Vers le chœur, la base s'ouvre par un très bel arc roman à trois colonnettes, surmonté d'une frette crénelée. De toute évidence, l'ensemble a été refait.
Plus ancien apparaît l'environnement de la petite fenêtre romane. Son intrados est orné d'une belle construction florale, tandis que le chambranle n'est souligné que par une double rangée verticale de motifs divers. Au-dessous, une belle frise horizontale de trèfles rouges et or enrichit la fenêtre.
À l'est et à l'ouest, sur le mur gouttereau, les deux retombées de la voûte du bas-côté reposent sur un chapiteau surmonté d'un tailloir. Celui-ci se prolonge vers le bas par une colonnette terminée, elle-même, par une console. Sur cette console, on peut voir, d'un côté, un bas-relief sculpté en forme d'atlante soutenant la pierre. Cet atlante, bien dans le style roman, est donné ci-dessous. De l'autre côté, le bas-relief montre un visage avec de longues tresses, peut-être féminin.

Sur le côté sud, la base du clocher est soutenue par un imposant  pan de mur
Pour soutenir le clocher, le bas-côté sud est interrompu par un imposant pan de mur.
Culot sculpté sur l'arcature de la fenêtre cintrée au premier étage du clocher roman
Console sculptée en forme d'atlante
à la retombée de la voûte
qui se trouve à la base du clocher.
Arc roman (restauré) sous le côté nord du clocher
Arc roman (restauré) sous le côté nord du clocher.
La fenêtre romane dans le côté sud du clocher donne une idée de l'épaisseur du mur
Cette fenêtre romane dans le côté sud du clocher
donne une idée de l'épaisseur du mur.
Culot sculpté sur l'arcature de la fenêtre cintrée au premier étage du clocher roman
Culot sculpté à la retombée de la voûte qui se trouve à la base du clocher.
Détail des peintures de la fenêtre romane sous le clocher
Détail des peintures de la fenêtre romane sous le clocher.
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-MICHEL
Vue d'ensemble du chœur de Saint-Michel de Vaucelles (XVe et XVIe siècles)
Vue d'ensemble du chœur de l'église Saint-Michel de Vaucelles (XVe et XVIe siècles).
La différence de hauteur des voûtes est impressionnante
La voûte du chœur s'élève nettement plus haut que celle de la nef.
Partie d'une ancienne stalle devant l'orgue de chœur
Partie d'une ancienne stalle devant l'orgue de chœur.
L'archange Michel chassant le démon, détail : Le Sacrifice d'Abraham
Le Sacrifice d'Abraham.
Détail du vitrail de l'Archange Michel.

L'Archange Michel chassant le démon ---»»»
Vitrail de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux, 1946.

Le chœur. Comme la photo ci-contre le montre, sa voûte s'élève bien plus haut que celle de la nef. S'étalant, comme la nef, sur quatre travées, le chœur est à deux niveaux. Au premier, les piles présentent, au nord et au sud, les mêmes différences que celles de la nef : au sud, les piles massives poursuivent jusqu'au sol la mouluration de l'arc (à l'exception de l'arc roman) ; au nord, ce sont les mêmes piliers ondulés que dans la nef.
Ce premier niveau se poursuit par un haut mur nu. Le second niveau, scandé de petites fenêtres sous les ogives, reçoit la retombée des voûtes. La séparation est marquée par un élégant bandeau de feuillage typique du gothique flamboyant. Ce bandeau s'interrompt entre chaque fenêtre par une console sculptée de même style où se rejoignent les retombées des ogives.
C'est dans le chœur qu'est disposé l'orgue de l'église. Devant lui, on peut voir deux anciennes stalles riches de beaux accoudoirs sculptés. Enfin, ce chœur est illuminé, à l'est, par un grand vitrail réalisé en 1946 par l'atelier bayeusain Sagot et Jondot. Les deux lancettes centrales, d'une tonalité jaune, représentent l'Archange Michel terrassant le démon. Les autres panneaux illustrent des thèmes bibliques faisant intervenir des anges.

Le chœur vu de la chapelle absidiale nord Saint-Joseph
Le chœur vu de la chapelle absidiale nord Saint-Joseph.
L'archange Michel chassant le démon, vitrail de G. Sagot et L. Jondot, Bayeux, 1946
Bonhomme sculpté sur l'accoudoir d'une ancienne stalle  (XVIIIe siècle?)
Bonhomme sculpté sur l'accoudoir
d'une ancienne stalle (XVIIIe siècle ?).
L'archange Michel chassant le démon, détail :  Adam et Ève chassés du Paradis terrestre
Jeanne d'Arc et l'Archange Michel.
Détail du tympan du vitrail de l'Archange Michel.

Les deux autres voix perçues par
Jeanne d'Arc étaient celles de
sainte Catherine et de sainte Marguerite.
Le rôle des anges dans la Bible
Partie basse du vitrail de l'Archange Saint Michel.
Atelier G. Sagot et L. Jondot, Bayeux, 1946.
Le thème iconographique est celui des interventions des anges dans la Bible. On reconnaît :
Lancette 1 : le sacrifice d'Abraham ; lancette 2: Adam et Ève chassés du paradis terrestre, Abraham et les trois anges ;
lancette 3 : Annonciation et Songe de Joseph ; lancette 4 : Jésus au jardin des Oliviers.
L'archange Michel chassant le démon, détail (atelier Sagot  et Jondot, Bayeux, 1946)
L'archange Michel chassant le démon, détail.
Atelier Sagot et Jondot, Bayeux, 1946.
Frise et console gothiques dans le chœur
Frise et console de style gothique flamboyant sous les fenêtres hautes du chœur.
La voûte du chœur et ses peintures du XVIe siècle  redécouvertes en 1882
La voûte du chœur et ses peintures du XVIe siècle redécouvertes en 1882.
Le chœur et son élévation nord vue depuis l'arcade du clocher
Le chœur et son élévation nord vue depuis l'arc roman du clocher.

Les peintures du XVIe siècle redécouvertes (1/4).
Deux magnifiques peintures ont été découvertes sur les deux dernières travées de la voûte du chœur en 1882, juste un an avant la tenue de la cinquantième session du Congrès archéologique de France prévue à Caen. Autant dire que l'épisode est parfaitement renseigné et que les noms de tous les intervenants sont connus.
En janvier 1882, il fallait placer de nouveaux vitraux dans les fenêtres hautes, donc monter un échafaudage. Profitant de l'occasion, l'abbé Rohée demanda à l'entreprise Jacquier, désignée pour cette tâche, de raviver les couleurs entièrement effacées des deux clés de voûte du chœur, à savoir l'Archange Michel et la Trinité (données ci-contre). C'est à un certain M. Chifflé, décorateur habile et consciencieux, que fut confiée cette restauration. Eugène de Beaurepaire, historien et secrétaire général du Congrès, écrit dans son rapport détaillé que «(...) M. Chifflé, au moment où il attaquait la première clé de voûte, n'eut pas de peine à constater, sous les éraillures de l'enduit, la présence d'enroulements et d'arabesques qui se prolongeaient au-delà.» Il en informa aussitôt les dirigeants de la société.
Une fois le badigeon enlevé, on aperçut «des décorations accessoires, d'un beau caractère, destinées à relier huit médaillons, de forme circulaire, à la clef de voûte, formant tout à la fois le centre de la travée et de la composition picturale.» Même chose autour de la clé voisine. Il était clair que les deux dessins appartenaient à la même époque et relevaient d'un même style. Un nettoyage sommaire suffit pour visualiser la nature des dessins. Dans la travée de la clé de la Trinité figuraient les quatre Évangélises et leurs attributs : l'ange, l'aigle, le lion et le bœuf. Dans la travée de l'Archange Michel, on distinguait quatorze saints et saintes nommément désignés par un phylactère. Autour de la Trinité, les médaillons étaient cerclés de noir ; autour de l'Archange, de jaune. La peinture a été exécutée à la détrempe.
À quelle date remontent ces dessins ? Eugène de Beaurepaire répond facilement à la question : «Le caractère des figures, l'agencement des draperies, écrit-il, et surtout le dessin général des enroulements indiquent nettement le XVIe siècle.» D'ailleurs, l'abside de l'église Saint-Pierre à Caen présente un même genre de dessin daté de la même époque. L'écusson qui orne la clé de la Trinité permet d'être plus précis encore. Eugène de Beaurepaire le présente ainsi : «d'azur à la croix d'or, cantonnée de quatre clefs d'argent.» Ces armoiries sont celles de la famille La Longny. On compta en son sein un certain Pierre La Longny, professeur ès-droits, recteur de l'Université de Caen, curé de Quilly et de Vaucelles en 1525. Vraisemblablement décédé en 1554, il eut pour successeur l'un de ses parents, Gilles La Longny, lui aussi professeur ès-droits en l'Université et curé de Vaucelles en 1554. L'historien conclut que l'écusson indique, par le fait même de son apposition, que ces deux peintures ont été réalisées sous l'administration de Pierre ou de Gilles. Par conséquent, vers le milieu du XVIe siècle.
Qui a réalisé ces peintures ? Grâce à une nomenclature - fort heureuse - des citoyens illustres de la ville de Caen réalisée à cette époque par Jacques de Cahaignes, Beaurepaire peut mettre le doigt sur un certain Simon Le Pelletier, qu'il décrit comme un «ornemaniste habile et d'une rare fécondité». L'historien précise : «Il délayait ses couleurs dans de l'eau gommée et peignait sur bois, ainsi qu'on pouvait le voir aux panneaux de l'orgue de Saint-Pierre et aux tableaux de la chapelle des Reliques de la même église ; il enluminait merveilleusement les manuscrits, il réussissait passablement le portrait et, particularité notable, il couvrait les murs des édifices de peintures à fresque ou à la détrempe.» Jacques de Cahaignes note encore dans sa nomenclature que, après le décès de Le Pelletier, plus personne ne peignit de la sorte à Caen. Eugène de Beaurepaire en conclut assez logiquement, mais sans certitude absolue, que Simon Le Pelletier est l'auteur des dessins de la voûte de l'église Saint-Michel. ---»» Suite 2/4 à droite.

Peinture des saints dans la voûte du chœur (XVIe siècle)
Peinture des saints dans la voûte du chœur.
Vers le milieu du XVIe siècle.
Clé de voûte du chœur : l'Archange Michel terrassant le démon
L'Archange Michel terrassant le démon
Clé de voûte du chœur
Vers le milieu du XVIe siècle.
Clé de voûte du chœur : la Trinité
La Trinité et l'écusson de la famille La Longny
Clé de voûte du chœur
Vers le milieu du XVIe siècle.
Peinture des saints : saint Pierre et saint Paul (XVIe siècle)
Peinture des saints : saint Pierre saint Paul
Vers le milieu du XVIe siècle.

Les peintures du XVIe siècle (2/4).
---»» Qui a financé les peintures ? Dans son article, le secrétaire général du Congrès se livre à une étude de fond sur la confrérie Saint-Michel.
En 1446, plusieurs «charités» de la paroisse furent rassemblées au sein d'une même confrérie.
Par-delà les activités traditionnelles de mécénat, de prière et d'entraide, ces membres s'occupaient de l'ensevelissement et de l'inhumation des morts. Ce qu'ils firent à la satisfaction générale lors de l'épidémie de 1584 qui aurait fait des milliers de victimes à Caen. C'est d'ailleurs à ce seul titre, note Beaurepaire, qu'elle put survivre pendant une partie de la Révolution. En février 1792, ajoute l'historien, le curé de la paroisse qui était aussi l'évêque constitutionnel du Calvados, «essaya de la soutenir en la réorganisant sur de nouvelles bases.»
La confrérie Saint-Michel avait son siège dans la chapelle Saint-Raphaël, située dans le bas-côté nord de l'église, et paraissait toute-puissante : de par ses statuts, «la confrérie faisait célébrer ses messes hautes et basses et ses services au grand autel.» De la sorte, elle contribua aux frais de la décoration de l'autel, mais aussi du chœur tout entier sur lequel, en imposant ses thèmes, elle exerça une véritable mainmise. Les quatorze saints et saintes qui entourent la clé de l'Archange Michel ne sont autres que les patrons reconnus de la confrérie dans ses statuts de 1446. La même liste de saints se répète dans ses statuts de 1625. ---»» Suite 3/4

 
Peinture des saints dans la voûte du chœur.
Dessin relevé en 1883.
Source : Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1883.

Les peintures du XVIe siècle redécouvertes (3/4).
---»» Beaurepaire précise que la première idée avait été de rattacher la peinture des Évangélistes autour de la Trinité à la confrérie de la Sainte Trinité pour la Rédemption des captifs, mais qu'elle était erronée. Aucun fait ne permet de l'attester. En outre, les patriarches de cette confrérie ne sont pas présents sur la voûte.
Alors pourquoi la Trinité et pourquoi une peinture de l'Assomption (qui semble avoir disparu depuis) dans la travée orientale du chœur ? Tout simplement, répond Beaurepaire, parce que «la sainte Trinité et la Vierge Marie sont les patrons d'honneur, s'il est permis de parler ainsi, de toutes les confréries sans exception.» Il cite ainsi un extrait des statuts de 1515 : «En honneur et révérence de Dieu, notre créateur, de la glorieuse Vierge Marie, de Monsieur saint Michel et des autres glorieux saints et saintes, en l'honneur desquels icelle charité a été érigée et constituée.» Conclusion de notre historien : le peintre s'est conformé aux instructions de la confrérie, des instructions qui restaient fidèles à la tradition.
Sur le financement, Eugène de Beaurepaire est catégorique. Il écrit ainsi : «Bien qu'aucune pièce comptable ne l'établisse, il est pour nous hors de doute que les peintures du chœur ont été exécutées aux frais de la confrérie. Ces largesses étaient au surplus dans ses habitudes et, à différentes reprises, les chapelains, maigrement rémunérés, élevèrent la voix et se plaignirent amèrement de ce qu'ils considéraient comme des dépenses abusives.»
La fin de l'étude sur ces peintures redécouvertes recèle deux piques intéressantes, bien ancrées dans leur époque. On sait que la Société Française d'Archéologie, fondée en 1834 par Arcisse de Caumont, ancrée sur les savoirs régionaux, se voulait fédératrice des travaux des sociétés savantes de province. À ce titre, elle se trouvait en opposition larvée avec le Pouvoir central et la Commission des Monuments historiques, créée en 1830, pour laquelle Prosper Mérimée avait d'ailleurs longtemps œuvré en tant qu'inspecteur général. ---»» Suite 4/4 à gauche.

Les peintures du XVIe siècle redécouvertes (4/4).
---»» C'est pourquoi Beaurepaire, défenseur corps et âme de la Société et du rôle des régions, termine son article par une pointe à l'encontre de l'Administration. Après s'être loué de l'excellent travail de l'entreprise Jacquier (dessins relevés au moyen de calques, puis consciencieusement restaurés), il écrit : «La Société française d'Archéologie et la Société des Antiquaires de Normandie ont été heureuses d''apporter leur obole à cette restitution, de tout point satisfaisante. Quelques personnes avaient cru pouvoir compter sur l'assistance de l'administration. Leurs illusions n'ont pas été de longue durée.»
Très en verve, Eugène de Beaurepaire y va également de sa pique envers l'active politique scolaire de Jules Ferry qui accapare tous les fonds. (En cette année 1883, le même auteur déverse d'ailleurs aussi son fiel à propos du couvrement de la rivière Odon qui baignait jusque-là le chevet de l'église Saint-Pierre - voir le musée des Beaux Arts de Caen). L'historien écrit à la toute fin de son article sur les peintures de Saint-Michel : «Il y a lieu ni de s'étonner ni de se plaindre. À l'heure actuelle, ce n'est pas seulement en Normandie que les corps élus, follement prodigues des deniers publics lorsqu'il est question de bâtiments scolaires, se montrent d'une parcimonie aussi mesquine que mal entendue quand il s'agit d'édifices religieux.»
Source : Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1883, article Peintures du XVIe siècle dans l'église Saint-Michel de Vaucelles par Eugène de Beaurepaire.

Peinture des saints : sainte Catherine
Peinture des Évangélistes : l'ange de saint Matthieu.
Peinture des saints : sainte Catherine
Peinture des saints : sainte Catherine.
Peinture des évangélistes : saint Jean en gros plan
Peinture des Évangélistes : saint Marc en gros plan.
Peinture des évangélistes dans la voûte du chœur (XVIe siècle)
Peinture des Évangélistes dans la voûte du chœur.
Vers le milieu du XVIe siècle.

Peinture des Évangélistes dans la voûte du chœur.
Dessin relevé en 1883.
Source : Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1883.
Peinture des évangélistes : saint Marc et son lion
Peinture des Évangélistes : saint Marc et son lion.
L'église Saint-Michel de Vaucelles vue depuis le chœur
La nef de l'église Saint-Michel de Vaucelles vue depuis le chœur.

Documentation : Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908, article de Louis Serbat sur l'église Saint-Michel
+ Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1908, article sur les clochers du Calvados par Eugène Lefèvre-Pontalis
+ Congrès archéologique de France tenu à Caen en 1883, article sur les peintures du chœur par Eugène de Beaurepaire
+ «Caen, Architecture & Histoire» de Philippe Lenglart, éditions Charles Corlet, 2008
+ «Statistique monumentale du Calvados, tome 1» d'Arcisse de Caumont, réédition de 2018
+ «Dictionnaire des églises de France», éditions Robert Laffont, 1968.
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