 |
 |
L'église Saint-Pierre-de-Montmartre est,
comme Saint-Julien-le-Pauvre,
l'une des plus anciennes de Paris.
À l'époque gallo-romaine, la colline de Montmartre rassemblait des
villas et un temple, vraisemblablement dédié au dieu Mercure. Sous
les mérovingiens, le lieu est marqué par le souvenir des martyrs
: saint Denis, saint Éleuthère et saint Rustique y auraient été
décapités.
Selon les récits carolingiens, il devait exister à cette époque
une chapelle sur le versant méridional de la colline. Sans doute
détruite par les Normands à la fin du IXe siècle, elle fut rebâtie,
puis détruite en 944 par un ouragan. En 1096, Gauthier Payen, vicomte
de Meulan, donna la chapelle et le terrain environnant au prieuré
de Saint-Martin-des-Champs.
En 1133, ce dernier céda l'ensemble de la propriété au roi Louis
VI le Gros et à sa femme Adélaïde de Savoie contre l'église Saint-Denis-de-la-Chartre
et ses dépendances. Les souverains en firent donation à des moniales
bénédictines qui y fondèrent une abbaye.
L'église de cette abbaye fut construite en commençant par le chœur.
En avril 1147, les travaux étaient assez avancés pour que le sanctuaire
fût consacré par le pape Eugène III, assisté de Bernard de Clairvaux
et de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny. La partie orientale était
réservée aux moniales ; la partie ouest, au service paroissial.
La nef est ensuite
achevée et l'abside refaite à la fin du XIIe siècle ou au début
du XIIIe. En 1153, la reine Adélaïde, veuve et remariée, se retire
à l'abbaye de Montmartre et y meurt l'année suivante. Elle est enterrée
devant le maître-autel de l'église abbatiale.
Au XVe siècle, la guerre de Cent Ans oblige les moniales à quitter
leur couvent bien délabré et à se réfugier à Paris.
Sous Louis XI, des réparations sont entreprises, financées par le
temporel de l'abbaye. C'est à cette époque que la
voûte de la nef
a dû être refaite.
En 1611, on découvrit sur la colline la crypte du martyrium avec
ce qui parut être le tombeau de saint Denis. L'antique chapelle
fut rebâtie, érigée en prieuré en 1622 avec bâtiments attenants.
Ce fut l'abbaye d'en bas. En 1686 eut lieu le transfert de
l'abbaye d'en haut vers l'abbaye d'en bas avec la
démolition des anciens bâtiments devenus vétustes.
Dans l'abbaye d'en haut, seule l'église fut conservée. C'est
l'église actuelle.
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, la façade ouest de l'édifice
est refaite, tout comme le mur gouttereau nord de la nef.
De plus, une large sacristie fut élevée à hauteur de la quatrième
travée.
À la Révolution, le couvent est supprimé. En 1794, les bâtiments
sont vendus. L'église est transformée en une tour où Claude Chappe
installe son premier télégraphe aérien. Nef
et transept sont
rendus au culte en 1803.
En 1814, les troupes russes occupent l'édifice et installent un
four à pain dans l'absidiole nord. Restauré entre 1899 et 1905 par
l'architecte Sauvagot, l'édifice est rendu au culte en 1908.
L'église Saint-Pierre est le seul témoin de la puissance de l'ancienne
abbaye royale de Montmartre. Sur le plan architectural, ce lieu
chargé d'histoire fait la jonction entre l'art roman et le gothique
primitif. Depuis 1953, il est embelli par la verrière de Max
Ingrand qui illustre, entre autres, les grandes étapes de la
vie de l'apôtre Pierre.
|
|

L'église Saint-Pierre-de-Montmartre vue depuis l'entrée ouest. |
| ASPECT EXTÉRIEUR
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE |
|

La façade vue depuis la rue du Mont-Cenis.
À l'arrière-plan, les tours du Sacré-Cœur. |

L'église Saint-Pierre-de-Montmartre vue du chevet.
Le clocher du XIIe siècle s'élève sur la travée droite de l'absidiole
nord. |

La Porte centrale Saint-Pierre.

|
Les trois portes occidentales de l'église
ainsi que la porte de la
Résurrection ont été réalisées en bronze par l'artiste
italien
Tommaso Gismondi et posées en 1980.
|
|
|

Arrivée de Pierre à Rome
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre.
|

Le centurion Corneille, premier païen converti
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre. |
|

Porte de la Résurrection
dans la cour de l'église
Elle donne accès au cimetière du Calvaire
(ancien cimetière paroissial).
Œuvre de Tommaso Gismondi.
|

Porte Notre-Dame.
Bas-reliefs de Tommaso Gismondi. |

Le Reniement de saint Pierre
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre. |

Le Martyre de saint Pierre
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre. |
|

Partie haute du clocher roman du XIIe siècle. |
|
| ASPECT INTÉRIEUR
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERREE-DE-MONTMARTRE : LA NEF ET LES BAS-CÔTÉS |
|

Élévation sud de la nef et bas-côté.
Travées 2, 3 et 4.
L'église Saint-Pierre-de-Montmartre suit la règle du chœur dirigé
vers l'orient. |

Plan de l'église Saint-Pierre-de-Montmartre. |
|
Architecture
intérieure.
L'église Saint-Pierre se présente selon le schéma traditionnel
des églises romanes. S'étendant sur quatre travées,
la nef est flanquée de bas-côtés simples.
Le transept
peu saillant se prolonge par un chœur
en hémicycle bordé de deux absidioles.
Selon la règle, le chœur est dirigé vers l'orient.
En 1936, dans Les Églises de France, Paris et la
Seine, l'historien Maurice Dumolin rappelle que,
dans les travaux entrepris de 1834 à 1874, on supprima
la saillie des deux croisillons du transept.
Il fallut attendre l'architecte Louis Sauvageot et le
début du XXe siècle pour que la saillie du croisillon
nord soit rétablie dans son état ancien. La saillie
du croisillon sud n'a jamais été rebâtie.
La nef remonte à la fin du XIIe siècle ou au début du
XIIIe. Elle possède des murs massifs (qui sont bien
utiles à l'heure actuelle pour étouffer le bruit des
orchestres et des saltimbanques de la place du Tertre
toute proche ou simplement l'animation de la rue du
Mont-Cenis devant le parvis).
Les arcades en arc brisé sont surmontées de discrètes
baies gémellées qui servent à éclairer les combles.
Le troisième niveau de l'élévation, que ni corniche
ni ruban ne sépare de l'étage inférieur, reçoit les
vitraux
abstraits de Max Ingrand réalisés en 1953.
La voûte de la nef est datée du XVe siècle
après sa très probable réfection
sous Louis XI. Les clés de voûte représentent
des fleurs. L'une des clés porte un écusson
avec les armoiries d'une abbesse de Montmartre.
Les piliers sont élégamment cantonnés d'une multitude
de colonnettes et couronnés d'intéressants chapiteaux
romans et gothiques primitifs à thèmes floraux ou historiés.
Des exemples de chapiteaux sont donnés
plus bas.
Sur un plan général, l'ancienneté de l'église et les
restaurations qu'elle a subies ont créé des irrégularités.
La quatrième travée, celle qui jouxte le transept, est
antérieure aux autres. Ce qui conduit à des disparités
de style dignes d'intérêt.
|
|

Élévation nord de la nef. Travées 1, 2
et 3. |
|
|
La quatrième
travée.
Cette travée a été construite au XIIe siècle en même temps
que le chœur.
Son élévation et ses fenêtres, où se remarquent les
tâtonnements des maîtres maçons, se distinguent
de celles des autres travées, mieux conçues, bâties
soit à la fin du même siècle, soit au début du siècle suivant.
La photo de l'élévation sud donnée ci-dessus montre bien les
différences entre les deux époques de construction.
On les voit dans les colonnettes des piles, dans les fenêtres
gémellées du deuxième niveau et dans le profil de la
fenêtre isolée au troisième.
Enfin, on remarque un système de retombées d'ogives plutôt
hésitant dans la 4e travée par rapport à celui des travées
bâties postérieurement.
|


Pierre tombale de Dame Adélaïde de Savoie.

|
Adélaïde
de Savoie.
Épouse de Louis VI le Gros et reine de France, Adélaïde de
Savoie fonda l'abbaye bénédictine de Montmartre en 1133.
Morte en 1154, elle fut enterrée dans l'église Saint-Pierre
de cette même abbaye.
|

|
«««--- L'élévation
des trois premières travées de la nef (n°1, 2 et 3) suit un
style architectural uniforme : système de colonnettes, tombées
d'ogives, chapiteaux, fenêtres gémellées au deuxième
niveau.
|
|

Notre-Dame-de-Montmartre
Elle est dite aussi Notre-Dame de Beauté,
patronne des artistes. |

Le Reniement de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953. |

Le bas-côté sud aboutit à la chapelle absidiale sud du baptistère.
Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes. |

Travée du bas-côté sud éclairée par le vitrail de Max Ingrand,
la Vocation de Pierre. |

La chaire à prêcher.
Elle est de style classique (XVIIIe ou XIXe siècle). |

Christ sculpté en chêne
Henri-Léon Gréber (1854-1941). |
|
|
Des bas-côtés
voûtés en berceau à l'origine ?
Les bas-côtés, qui ont été entièrement refaits, sont voûtés
d'arêtes. Dans Les églises de France, Paris et la Seine,
l'historien Maurice Dumolin rappelle qu'ils l'étaient déjà
au XVIIIe siècle comme l'atteste un rapport daté de 1834.
Cependant, l'historien s'interroge sur leur forme originelle
et se livre à une analyse approfondie.
En effet, il écrit : «(...) la grande longueur des travées
par rapport à leur largeur et les difficultés de la construction
rendent peu vraisemblable qu'ils l'aient été dès l'origine
[voûtés d'arêtes]. Le dispositif extérieur des trois
premières piles de la nef fait pressentir des voûtes d'ogives;
mais elles auraient nécessité une modification de la quatrième
pile et de la pile nord-ouest du carré du transept. La présence
de voûtes originelles sur la nef excluant pour les bas-côtés
l'hypothèse d'un plafond, on peut supposer qu'ils étaient
d'abord en berceau.»
|

Vocation de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953. |
|
|

Christ sculpté en chêne, détail.
Henri-Léon Gréber (1854-1941). |

Saint Joseph et l'Enfant Jésus, détail. |

La Marche sur les eaux
Atelier Max Ingrand, 1953. |
|

Délivrance de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953. |

Chapiteau roman illustrant la luxure.
4e travée du bas-côté nord.
XIIe siècle.

La luxure. Un homme
barbu à tête de porc monte un bouc à
l'envers. Il part pour le sabbat en tenant la queue de l'animal. |
|

Martyre de saint Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953. |

Saint Vincent
Statue en bois.
Commanderie du Clos Montmartre.
Sculpteur Paul, 2006. |
 |

Clé de voûte ornée
des armoiries d'une abbesse de Montmartre.
«««--- La Drachme d'or
Atelier Max Ingrand, 1953. |
|
| LE TRANSEPT ET
LA CROISÉE |
|

La croisée du transept et l'autel de messe.
Cette croisée dégage une belle atmosphère romane et gothique primitif.
|

Chapiteaux romans.
Au premier plan, deux têtes grimaçantes encadrent des enroulements
de tiges et de feuilles. |

L'autel de messe est en cuivre émaillé.
Création de Jean-Paul Froidevaux, 1977. |
 |

Chapiteau roman à tête de lion ou de cheval. |
|

Chapiteaux romans dans la quatrième travée du bas-côté nord. |
«««--- Croisillon
nord
du transept. (reconstruit par
Louis Sauvageot au XIXe siècle). |


Sainte Geneviève
Atelier Max Ingrand, 1953.
Croisillon nord du transept. |
 |
| Chapiteaux
gothiques à thème floral |
|
 |
|
|
|
|
| LE CHŒUR DE L'ÉGLISE
SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE |
|

Le chœur médiéval de Saint-Pierre-de-Montmartre.
Fin du XIIe siècle ou début du XIIIe siècle.
Au premier plan, l'autel de messe dans la croisée du transept. |
|
Le
chœur de l'église Saint-Pierre de Montmartre.
À l'origine, l'abside était voûtée en cul-de-four. Elle
a été transformée en abside pentagonale à la fin du
XIIe siècle, si bien qu'on peut voir actuellement six
branches d'ogives éclairées indirectement par les vitraux
de Max Ingrand : saint Pierre et saint Denis encadrent
une Crucifixion (donnée ci-contre).
Le chœur est séparé de l'abside par un arc-doubleau
(bien visible sur la photo ci-dessus) qui repose sur
deux colonnes antiques des IIe et IIIe siècles. Ces
colonnes sont coiffées de chapiteaux mérovingiens en
marbre (VIe et VIIe siècles) qui malheureusement ont
subi l'usure du temps.
|
|

Le Christ est dépouillé de ses vêtements
Tableau anonyme. |

La Crucifixion, détail.
Atelier Max Ingrand, 1953.
La photographie d'une tête est intégrée dans le
vitrail. Est-ce le donateur des vitraux de l'abside ? |
|

La Crucifixion
Atelier Max Ingrand, 1953. |

Saint Pierre
Vitrail de Max Ingrand dans l'abside, 1953.
|

Le Christ au jardin des Oliviers
Joseph-François Parrocel (1704-1781).
Ce tableau a été présenté au Salon de 1767. |

Saint Denis
Vitrail de Max Ingrand dans l'abside, 1953.
|
|
|
|
|
|

La cuve baptismale date de 1537.
C'est l'une des plus anciennes de Paris.
|

Le Reniement de saint Pierre
Giovanni-Francesco Barbieri dit Le Guerchin (1591-1666).
Chapelle du Saint-Sacrement. |
|
|

L'orgue de tribune est un Cavaillé-Coll de 1868. |

Le buffet d'orgue et sa décoration classique du XVIIIe siècle.


Le buffet date du XVIIIe siècle et provient de l'église
Saint-Pierre-des-Arcis (autrefois sur l'Île de la Cité).
|
|

Vue d'ensemble de la nef depuis le chœur. |
Documentation : «Paris d'église en église»,
Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et
Ané, 1936
+ Panneaux d'information dans l'église. |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |