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Page créée en mars 2011
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L'église Saint-Pierre-de-Montmartre est, comme Saint-Julien-le-Pauvre, l'une des plus anciennes de Paris.
À l'époque gallo-romaine, la colline de Montmartre rassemblait des villas et un temple, vraisemblablement dédié au dieu Mercure. Sous les mérovingiens, le lieu est marqué par le souvenir des martyrs : saint Denis, saint Éleuthère et saint Rustique y auraient été décapités.
Selon les récits carolingiens, il devait exister à cette époque une chapelle sur le versant méridional de la colline. Sans doute détruite par les Normands à la fin du IXe siècle, elle fut rebâtie, puis détruite en 944 par un ouragan. En 1096, Gauthier Payen, vicomte de Meulan, donna la chapelle et le terrain environnant au prieuré de Saint-Martin-des-Champs.
En 1133, ce dernier céda l'ensemble de la propriété au roi Louis VI le Gros et à sa femme Adélaïde de Savoie contre l'église Saint-Denis-de-la-Chartre et ses dépendances. Les souverains en firent donation à des moniales bénédictines qui y fondèrent une abbaye.
L'église de cette abbaye fut construite en commençant par le chœur. En avril 1147, les travaux étaient assez avancés pour que le sanctuaire fût consacré par le pape Eugène III, assisté de Bernard de Clairvaux et de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny. La partie orientale était réservée aux moniales ; la partie ouest, au service paroissial.
La nef est ensuite achevée et l'abside refaite à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe. En 1153, la reine Adélaïde, veuve et remariée, se retire à l'abbaye de Montmartre et y meurt l'année suivante. Elle est enterrée devant le maître-autel de l'église abbatiale.
Au XVe siècle, la guerre de Cent Ans oblige les moniales à quitter leur couvent bien délabré et à se réfugier à Paris.
Sous Louis XI, des réparations sont entreprises, financées par le temporel de l'abbaye. C'est à cette époque que la voûte de la nef a dû être refaite.
En 1611, on découvrit sur la colline la crypte du martyrium avec ce qui parut être le tombeau de saint Denis. L'antique chapelle fut rebâtie, érigée en prieuré en 1622 avec bâtiments attenants. Ce fut l'abbaye d'en bas. En 1686 eut lieu le transfert de l'abbaye d'en haut vers l'abbaye d'en bas avec la démolition des anciens bâtiments devenus vétustes.
Dans l'abbaye d'en haut, seule l'église fut conservée. C'est l'église actuelle.
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, la façade ouest de l'édifice est refaite, tout comme le mur gouttereau nord de la nef. De plus, une large sacristie fut élevée à hauteur de la quatrième travée.
À la Révolution, le couvent est supprimé. En 1794, les bâtiments sont vendus. L'église est transformée en une tour où Claude Chappe installe son premier télégraphe aérien. Nef et transept sont rendus au culte en 1803.
En 1814, les troupes russes occupent l'édifice et installent un four à pain dans l'absidiole nord. Restauré entre 1899 et 1905 par l'architecte Sauvagot, l'édifice est rendu au culte en 1908.
L'église Saint-Pierre est le seul témoin de la puissance de l'ancienne abbaye royale de Montmartre. Sur le plan architectural, ce lieu chargé d'histoire fait la jonction entre l'art roman et le gothique primitif. Depuis 1953, il est embelli par la verrière de Max Ingrand qui illustre, entre autres, les grandes étapes de la vie de l'apôtre Pierre.

La nef de Saint-Pierre-de-Montmartre
L'église Saint-Pierre-de-Montmartre vue depuis l'entrée ouest.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE

La façade vue depuis la rue du Mont-Cenis.
À l'arrière-plan, les tours du Sacré-Cœur.

L'église Saint-Pierre-de-Montmartre vue du chevet.
Le clocher du XIIe siècle s'élève sur la travée droite de l'absidiole nord.

La Porte centrale Saint-Pierre.

Les trois portes occidentales de l'église ainsi que la porte de la
Résurrection ont été réalisées en bronze par l'artiste italien
Tommaso Gismondi et posées en 1980.


Arrivée de Pierre à Rome
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre.


Le centurion Corneille, premier païen converti
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre.

Porte de la Résurrection
dans la cour de l'église
Elle donne accès au cimetière du Calvaire
(ancien cimetière paroissial).
Œuvre de Tommaso Gismondi.

Porte Notre-Dame.
Bas-reliefs de Tommaso Gismondi.

Le Reniement de saint Pierre
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre.

Le Martyre de saint Pierre
Bas-relief en bronze de la porte Saint-Pierre.

Partie haute du clocher roman du XIIe siècle.
ASPECT INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERREE-DE-MONTMARTRE : LA NEF ET LES BAS-CÔTÉS

Élévation sud de la nef et bas-côté.
Travées 2, 3 et 4.
L'église Saint-Pierre-de-Montmartre suit la règle du chœur dirigé vers l'orient.

Plan de l'église Saint-Pierre-de-Montmartre.

Architecture intérieure.
L'église Saint-Pierre se présente selon le schéma traditionnel des églises romanes. S'étendant sur quatre travées, la nef est flanquée de bas-côtés simples. Le transept peu saillant se prolonge par un chœur en hémicycle bordé de deux absidioles.
Selon la règle, le chœur est dirigé vers l'orient.
En 1936, dans Les Églises de France, Paris et la Seine, l'historien Maurice Dumolin rappelle que, dans les travaux entrepris de 1834 à 1874, on supprima la saillie des deux croisillons du transept.
Il fallut attendre l'architecte Louis Sauvageot et le début du XXe siècle pour que la saillie du croisillon nord soit rétablie dans son état ancien. La saillie du croisillon sud n'a jamais été rebâtie.
La nef remonte à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe. Elle possède des murs massifs (qui sont bien utiles à l'heure actuelle pour étouffer le bruit des orchestres et des saltimbanques de la place du Tertre toute proche ou simplement l'animation de la rue du Mont-Cenis devant le parvis).
Les arcades en arc brisé sont surmontées de discrètes baies gémellées qui servent à éclairer les combles.
Le troisième niveau de l'élévation, que ni corniche ni ruban ne sépare de l'étage inférieur, reçoit les vitraux abstraits de Max Ingrand réalisés en 1953.
La voûte de la nef est datée du XVe siècle après sa très probable réfection sous Louis XI. Les clés de voûte représentent des fleurs. L'une des clés porte un écusson avec les armoiries d'une abbesse de Montmartre.
Les piliers sont élégamment cantonnés d'une multitude de colonnettes et couronnés d'intéressants chapiteaux romans et gothiques primitifs à thèmes floraux ou historiés. Des exemples de chapiteaux sont donnés plus bas.
Sur un plan général, l'ancienneté de l'église et les restaurations qu'elle a subies ont créé des irrégularités. La quatrième travée, celle qui jouxte le transept, est antérieure aux autres. Ce qui conduit à des disparités de style dignes d'intérêt.


Élévation nord de la nef. Travées 1, 2 et 3.

La quatrième travée.
Cette travée a été construite au XIIe siècle en même temps que le chœur.
Son élévation et ses fenêtres, où se remarquent les tâtonnements des maîtres maçons, se distinguent de celles des autres travées, mieux conçues, bâties soit à la fin du même siècle, soit au début du siècle suivant.
La photo de l'élévation sud donnée ci-dessus montre bien les différences entre les deux époques de construction. On les voit dans les colonnettes des piles, dans les fenêtres gémellées du deuxième niveau et dans le profil de la fenêtre isolée au troisième.
Enfin, on remarque un système de retombées d'ogives plutôt hésitant dans la 4e travée par rapport à celui des travées bâties postérieurement.



Pierre tombale de Dame Adélaïde de Savoie.

Adélaïde de Savoie.
Épouse de Louis VI le Gros et reine de France, Adélaïde de Savoie fonda l'abbaye bénédictine de Montmartre en 1133.
Morte en 1154, elle fut enterrée dans l'église Saint-Pierre de cette même abbaye.


«««--- L'élévation des trois premières travées de la nef (n°1, 2 et 3) suit un style architectural uniforme : système de colonnettes, tombées d'ogives, chapiteaux, fenêtres gémellées au deuxième niveau.


Notre-Dame-de-Montmartre
Elle est dite aussi Notre-Dame de Beauté,
patronne des artistes.

Le Reniement de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953.

Le bas-côté sud aboutit à la chapelle absidiale sud du baptistère.
Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes.

Travée du bas-côté sud éclairée par le vitrail de Max Ingrand, la Vocation de Pierre.

La chaire à prêcher.
Elle est de style classique (XVIIIe ou XIXe siècle).

Christ sculpté en chêne
Henri-Léon Gréber (1854-1941).

Des bas-côtés voûtés en berceau à l'origine ?
Les bas-côtés, qui ont été entièrement refaits, sont voûtés d'arêtes. Dans Les églises de France, Paris et la Seine, l'historien Maurice Dumolin rappelle qu'ils l'étaient déjà au XVIIIe siècle comme l'atteste un rapport daté de 1834.
Cependant, l'historien s'interroge sur leur forme originelle et se livre à une analyse approfondie.
En effet, il écrit : «(...) la grande longueur des travées par rapport à leur largeur et les difficultés de la construction rendent peu vraisemblable qu'ils l'aient été dès l'origine [voûtés d'arêtes]. Le dispositif extérieur des trois premières piles de la nef fait pressentir des voûtes d'ogives; mais elles auraient nécessité une modification de la quatrième pile et de la pile nord-ouest du carré du transept. La présence de voûtes originelles sur la nef excluant pour les bas-côtés l'hypothèse d'un plafond, on peut supposer qu'ils étaient d'abord en berceau.»



Vocation de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953.

Tu es Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953.

Les vitraux de Max Ingrand à Saint-Pierre-de-Montmartre.
Lors de leur pose, ces vitraux ont déclenché une polémique : des membres de l'épiscopat leur reprochèrent de ne respecter en rien l'atmosphère romane de l'édifice. Et de plus ils n'appréciaient guère le style d'Ingrand (1908-1969).
Voir l'église Saint-Pierre à Yvetot (Seine-Maritime) et son immense verrière de Max Ingrand pour plus de détails.
Vous pouvez voir d'autres vitraux de ce peintre verrier à la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise, à l'église Saint-Sauveur de Caen, à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais ou encore à l'église Saint-Germain à Rennes.


Sainte Geneviève gardant les moutons
Lucile Doux (1821-1896)

Clé de voûte à thème floral.
Fin du XVe siècle.

Élévation sud de la nef avec ses quatre travées.

Christ sculpté en chêne, détail.
Henri-Léon Gréber (1854-1941).

Saint Joseph et l'Enfant Jésus, détail.

La Marche sur les eaux
Atelier Max Ingrand, 1953.

Délivrance de Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953.

Chapiteau roman illustrant la luxure.
4e travée du bas-côté nord.
XIIe siècle.

La luxure. Un homme barbu à tête de porc monte un bouc à
l'envers. Il part pour le sabbat en tenant la queue de l'animal.

Martyre de saint Pierre
Atelier Max Ingrand, 1953.

Saint Vincent
Statue en bois.
Commanderie du Clos Montmartre.
Sculpteur Paul, 2006.

Clé de voûte ornée
des armoiries d'une abbesse de Montmartre.

«««--- La Drachme d'or
Atelier Max Ingrand, 1953.
LE TRANSEPT ET LA CROISÉE

La croisée du transept et l'autel de messe.
Cette croisée dégage une belle atmosphère romane et gothique primitif.

Chapiteaux romans.
Au premier plan, deux têtes grimaçantes encadrent des enroulements de tiges et de feuilles.

L'autel de messe est en cuivre émaillé.
Création de Jean-Paul Froidevaux, 1977.

Chapiteau roman à tête de lion ou de cheval.

Chapiteaux romans dans la quatrième travée du bas-côté nord.
«««--- Croisillon nord
du transept. (reconstruit par
Louis Sauvageot au XIXe siècle).


Sainte Geneviève
Atelier Max Ingrand, 1953.
Croisillon nord du transept.
Chapiteaux gothiques à thème floral

Le bras sud du transept est percé de deux baies.

Ce bras a été refait en 1874 par l'architecte Millet qui l'a voûté d'ogives et n'a pas rétabli la sailie extérieure.

Saint Benoît et saint Ignace
Atelier Max Ingrand, 1953.
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE

Le chœur médiéval de Saint-Pierre-de-Montmartre.
Fin du XIIe siècle ou début du XIIIe siècle.
Au premier plan, l'autel de messe dans la croisée du transept.

Le chœur de l'église Saint-Pierre de Montmartre.
À l'origine, l'abside était voûtée en cul-de-four. Elle a été transformée en abside pentagonale à la fin du XIIe siècle, si bien qu'on peut voir actuellement six branches d'ogives éclairées indirectement par les vitraux de Max Ingrand : saint Pierre et saint Denis encadrent une Crucifixion (donnée ci-contre).
Le chœur est séparé de l'abside par un arc-doubleau (bien visible sur la photo ci-dessus) qui repose sur deux colonnes antiques des IIe et IIIe siècles. Ces colonnes sont coiffées de chapiteaux mérovingiens en marbre (VIe et VIIe siècles) qui malheureusement ont subi l'usure du temps.


Le Christ est dépouillé de ses vêtements
Tableau anonyme.

La Crucifixion, détail.
Atelier Max Ingrand, 1953.
La photographie d'une tête est intégrée dans le vitrail. Est-ce le donateur des vitraux de l'abside ?

La Crucifixion
Atelier Max Ingrand, 1953.

Saint Pierre
Vitrail de Max Ingrand dans l'abside, 1953.


Le Christ au jardin des Oliviers
Joseph-François Parrocel (1704-1781).
Ce tableau a été présenté au Salon de 1767.

Saint Denis
Vitrail de Max Ingrand dans l'abside, 1953.

LES CHAPELLES ABSIDIALES

Absidiole sud.
La chapelle absidiale des Fonts baptismaux possède une atmosphère romane très séduisante.

La cuve baptismale date de 1537. Elle est en pierre de liais ornée de motifs Renaissance
(rinceaux, figures de génies, etc.). Ils sont encore assez visibles malgré l'usure du temps.

Absidiole nord.
Chapelle du Saint-Sacrement.

La cuve baptismale date de 1537.
C'est l'une des plus anciennes de Paris.

Le Reniement de saint Pierre
Giovanni-Francesco Barbieri dit Le Guerchin (1591-1666).
Chapelle du Saint-Sacrement.
L'ORGUE DE TRIBUNE

L'orgue de tribune est un Cavaillé-Coll de 1868.

Le buffet d'orgue et sa décoration classique du XVIIIe siècle.

Le buffet date du XVIIIe siècle et provient de l'église
Saint-Pierre-des-Arcis (autrefois sur l'Île de la Cité).

Vue d'ensemble de la nef depuis le chœur.

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et Ané, 1936
+ Panneaux d'information dans l'église.
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