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Page créée en oct. 2018
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L'église Saint-Étienne-du-Mont fait partie intégrante de l'histoire de l'abbaye Sainte-Geneviève (aujourd'hui le lycée Henri IV). L'abbaye tire son origine de l'église des Saints Apôtres Pierre et Paul fondée par Clovis, vers 508, au sommet de ce qui est à présent la montagne Sainte-Geneviève. L'abbaye abritait les reliques de la sainte et de Clovis. À ce titre, elle devint le lieu de pèlerinage le plus important de la cité.
Au début du XIIIe siècle, Philippe Auguste fait entreprendre la construction d'une nouvelle muraille pour ceinturer Paris. Le quartier de l'abbaye, qui s'étend juste derrière, s'en trouve sécurisé ; sa population s'accroît. Conséquence : l'église abbatiale, qui sert aussi pour les paroissiens, ne suffit plus. Une église paroissiale est alors construite, dédiée à saint Étienne. Elle est intégrée dans le cloître ; les moines conservent la haute main sur sa gestion.
À la fin du XVe siècle, devenue à son tour insuffisante, elle est remplacée par un édifice plus vaste. Les travaux, menés sous la direction de Jean Turbillon, commencent par le chœur. Puis ce chœur s'étoffe de sept chapelles rayonnantes que de riches familles du quartier se font bâtir. La construction complète de l'église va s'échelonner sur plus d'un siècle (de 1492 à 1626) et traverser les guerres de Religion. Parfois elle ralentira par manque de fonds. Les maîtres maçons Nicolas Beaucorps, son fils Antoine, puis Pierre Nicolle se succèdent à la tête du chantier.
La nouvelle église, qui abrite des reliques de saint Étienne, est accolée à l'abbatiale (voir le dessin d'époque). Les moines génofévains la regardent toujours comme partie intégrante de leur fief (le curé de l'église est un membre de leur communauté). Au fil du temps, cette attache va s'atténuer. Au début du XVIIe siècle, la fabrique fait construire, au chevet de l'église, le cloître des Charniers qui accueille encore actuellement la galerie des vitraux des Charniers, vitraux qui comptent parmi les plus beaux de Paris.
Malgré une construction du chœur, puis de la nef, étalée sur une trentaine d'années, l'architecture de l'édifice offre une remarquable uniformité, bien visible au niveau des piles et de la voûte. Le style architectural gothique est enrichi d'une ornementation Renaissance, dans un mariage très harmonieux. Un magnifique jubé (le seul qui reste à Paris) coupe l'édifice en deux et en fait son principal atout artistique.
Dans les premières décennies de son existence, l'église va s'embellir grâce au mécénat privé et aux dons des confréries. Chapelles, tableaux, vitraux et autels se multiplient.
Dès son entrée dans l'église, la luminosité frappe le visiteur. À l'époque, la fabrique l'a voulu ainsi : sauf exceptions, les baies de l'étage médian recevront du verre blanc. Ce choix est une réussite. En dépit de nombreuses verrières historiées et colorées, Saint-Étienne-du-Mont baigne dans la lumière.
Le XVIIIe siècle et ses grands programmes architecturaux ne modifient pas l'église : son aménagement peu commun la protège et le quartier n'est guère dynamique.
Arrive la Révolution qui dépouille entièrement l'édifice. Ne restent que le jubé, l'orgue de tribune et la chaire à prêcher. L'église devient temple de la Piété filiale, à l'usage d'un nouveau culte : la théophilanthropie. Cependant, dès juillet 1795, les prêtres catholiques reviennent et partagent l'église avec les théophilanthropes. En 1807, l'église abbatiale Sainte-Geneviève, dévastée par le pillage, est détruite. Seul subsiste son clocher (actuellement tour Clovis). Les bâtiments du monastère vont devenir le lycée Henri IV. Quant au Panthéon, bâti sous Louis XV pour remplacer l'église abbatiale, la Révolution en avait fait un édifice consacré aux gloires de la France.
Avec le Premier Empire, l'ameublement va s'enrichir ; des tableaux anciens décorent les chapelles (voir l'encadré sur les œuvres d'art). Au cours du XIXe siècle, les dons des paroissiens redonnent vie à son ornementation. Sous Napoléon III, l'architecte Victor Baltard (1805-1874) construit la chapelle des catéchismes (1857).
Ce site consacre trois pages à l'église Saint-Étienne-du-Mont et les vitraux y sont largement représentés.
Page 1 : la nef, son ornementation, ses verrières et le jubé ; page 2 : le chœur et ses grandes verrières ; page 3 : les vitraux des charniers et la chapelle des catéchismes.


Vue d'ensemble de la nef et du chœur de Saint-Étienne-du-Mont.
Le jubé de Saint-Étienne-du-Mont est le seul qui subsiste dans les églises de Paris.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT

La façade occidentale de l'église a été érigée de 1610 à 1622.

Elle a été restaurée par l'architecte Baltard sous le Second Empire.
Toute la statuaire a été refaite.
La façade se présente légèrement de biais par rapport à l'axe de la nef (voir le plan).

Le premier niveau de la façade est coiffé d'un fronton triangulaire orné d'une résurrection.
Statues et bas-reliefs sont du XIXe siècle.

Lors des derniers siècles, l'ordonnancement architectural de la façade, tel qu'on peut le voir aujourd'hui, a été décrié.
Est-ce l'impression donnée par le fronton curviligne du deuxième niveau qui surmonte le fronton triangulaire du premier ? Est-ce le manque de force architecturale des élévations des bas-côtés ? Voir plus bas.


La «Résurrection du Christ» date de 1862.
Œuvre d'Auguste-Hyacinthe de Bay (1804-1865).
Fronton triangulaire du premier niveau de la façade occidentale.

Le deuxième niveau de la façade et le fronton du premier niveau.
Bas-reliefs et statues sont du XIXe siècle.
La rose est encadrée par une Annonciation : l'ange Gabriel et la Vierge.

Le chevet de Saint-Étienne-du-Mont.
Depuis la rue, il n'est pas possible de voir le chevet de face.

L'église paroissiale Saint-Étienne-du-Mont et l'église abbatiale Sainte-Geneviève.
L'abbatiale est détruite de 1802 à 1807.
Seul subsiste son clocher : la tour Clovis actuelle.

La façade occidentale.
Ce n'est qu'en 1610 que le conseil de fabrique de Saint-Étienne arrêta les dispositions définitives de la façade. Dans les faits, ce fut la première grande façade à l'antique de la capitale. Le dessin était signé de l'architecte Claude Guérin et la construction s'étala de 1611 à 1622. La première pierre fut posée par la reine Margot le 2 août 1610. Celle-ci donna en outre mille écus à la fabrique pour les travaux.
Malgré ce don, les sources de financement manquèrent. En effet, les paroissiens, qui avaient tout loisir d'imposer l'utilisation de leurs dons, préféraient offrir des vitraux (où ils pouvaient être représentés en tant que donateurs) plutôt que d'œuvrer, quasi anonymement, à l'élévation d'une maçonnerie.
Le style de la façade, bien qu'éclectique, reste harmonieux. Le premier niveau forme l'entrée d'un temple grec. Deux paires de colonnes rustiques cannelées, à chapiteaux corinthiens, encadrent un portail. L'ensemble est surmonté d'un fronton triangulaire. Au deuxième niveau, une rose est coiffée d'un fronton curviligne. Ces variations rappellent l'architecture romaine. Enfin, le troisième et dernier niveau prend la forme d'un pinacle gothique orné d'une rose et d'un vase Renaissance enrichi d'un angelot.
La façade a été critiquée parce qu'elle torture les règles académiques et le modèle romain. Certains puristes la jugent «chaotique». La comparaison avec celle de Saint-Gervais, conçue par Salomon de Brosse vers 1615 et qui représente le type même de la façade à l'italienne à Paris, n'est pas à son avantage.
Dans l'ouvrage cité en source, Étienne Hamon et Françoise Gatouillat invitent le visiteur à voir les choses différemment : la façade traduit le renouveau du dynamisme dans l'architecture religieuse au retour du roi Henri IV dans sa capitale (1594). La paix retrouvée déclenchait l'ambition des créateurs. Sans oublier que Saint-Étienne-du-Mont, édifiée sur la colline Sainte-Geneviève, domine Paris et qu'elle côtoie l'illustre église abbatiale Sainte-Geneviève.
En 1860, Victor Baltard entreprit la restauration de la façade en en respectant en grande partie la structure primitive. La Révolution avait brisé toutes les statues. Baltard les fit reconstruire en renouvelant leur iconographie. Il donna d'ailleurs dans la surenchère en multipliant les statues et les bas-reliefs, ce qui accentua le caractère baroque, à l'origine assez discret, de la façade.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, Éd. Picard, 2016.


Le fronton curviligne est sculpté aux armes de France (les lis) et de Navarre (la chaîne).
(Deuxième niveau de la façade).

Sainte Geneviève
dans une niche de la façade,
par Pierre Hébert (1804-1869).

Saint Étienne
dans une niche de la façade,
par Joseph-Marius Ramus
(1805-1888).

La Vierge de l'Annonciation
au deuxième niveau de la façade,
par Joseph Félon (1818-1896).

Le Panthéon vu de l'église Saint-Étienne-du-Mont.

«La Lapidation de saint Étienne» par Gabriel-Jules Thomas (1824-1905).
Tympan du portail central.

Le Panthéon. Au XVIIIe siècle, l'édifice a été construit en tant qu'église pour abriter la châsse de sainte Geneviève. Il a été achevé en 1780. La Révolution a transformé l'église en monument national pour honorer les gloires de la France.

LA NEF, LE TRANSEPT ET LEURS CHAPELLES LATÉRALES

L'élévation sud et le chœur.
Avec la cathédrale Notre-Dame et le Sacré-Cœur de Montmartre, l'église Saint-Étienne-du-Mont
est l'un des édifices religieux les plus visités de Paris.

La nef de Saint-Étienne-du-Mont.
Cette nef n'a pas sa pareille dans la capitale. Mis à part le jubé (pièce unique à Paris), son originalité architecturale repose dans la présence d'une coursive scandée de balcons circulaires qui relie à mi-hauteur les hautes piles de la nef. En coupant la hauteur de la nef en deux, cette balustrade de pierre brise l'élancement de l'élévation.
Sans cette coursive, on imagine aisément l'effet que produiraient les piles monocylindriques nues qui séparent le vaisseau central des bas-côtés. L'impression d'élancement en serait accentuée, mais la froideur envahirait l'espace.
À l'origine, la coursive servait, lors des fêtes, à accrocher des tapisseries illustrant la vie de saint Étienne. Malheureusement, elle barre la vue de celui qui veut observer avec du recul les verrières qui sont à mi-hauteur.
Si l'architecture de Saint-Étienne-du-Mont relève du gothique flamboyant (voûtes d'ogives, clés pendantes), l'ornementation de l'église est celle de la Renaissance italienne. Les colonnes monocylindriques, l'arcature en plein cintre, les putti et les têtes d'angelots le rappellent abondamment.
Les baies sont disposées sur trois niveaux et la majorité ne reçoit que du verre blanc, notamment celles à mi-hauteur. Les autres sont enrichies, dans leur grande majorité, de verrières Renaissance qui font toute la richesse artistique de l'église.
La croisée possède une magnifique clé de voûte Renaissance. Elle fait l'objet de plusieurs images plus bas.


Le bas-côté sud et les balcons de la coursive.

Plan de l'église Saint-Étienne-de-Mont.

«Le Baptême du Christ» par Théodore Caruelle d'Aligny, 1850.
Peinture murale dans la chapelle des Fonts baptismaux.

Plan de l'église.
Il y a plus à admirer que l'église en elle-même. En effet, l'ancien cimetière fait place aujourd'hui à trois galeries (Sud, Est et Nord) et à la chapelle des catéchismes.
La galerie Sud accueille la réception où l'on peut se procurer livres et cartes postales. On y voit aussi un petit vitrail Renaissance. La galerie Est expose les vitraux des charniers.
Avec de la chance, la porte de la galerie Nord sera peut-être ouverte. Vous pourrez y contempler cinq autres vitraux Renaissance (certains sont donnés à page consacrée à la chapelle des catéchismes).


La voûte de la nef, de la croisée et du chœur.

Bien que la construction du chevet et de la nef se soit
étalée sur plus de trente ans,
la voûte est remarquable par son uniformité.

Le retable de la chapelle des Fonts baptismaux.

Bas-relief en marbre de la Sainte Famille sur le retable (avant le XVIIe)
Chapelle des Fonts baptismaux.

Chapelle des Fonts. La cuve baptismale d'origine a été détruite en 1793. Celle que l'on voit est une vasque de marbre posée sur une console de pierre du XVIIIe siècle. La statue est un Saint Jean-Baptiste enfant de Joseph-Marius Ramus.


Chapelle des Fonts baptismaux.

«Les neuf chœurs des esprits célestes»
Tableau de Louis Licherie de Beurie (1629-1687).

Chapelle du Saint-Sépulcre et sa Mise au tombeau du XVIe siècle.

La chapelle du Saint-Sépulcre.
Image ci-dessus. Cette chapelle abritait jadis un passage qui faisait communiquer la nef de Saint-Étienne avec celle de l'abbatiale Sainte-Geneviève.
Le nom de Saint-Sépulcre vient à l'évidence de la grande Mise au tombeau qui ne laisse aucune place pour un autel. Cette œuvre du XVIe siècle a été installée en 1825, après son acquisition par le curé de l'église.
Les huit grandes statues qui la composent ont été commandées en 1539 par Yolande Bonhomme, veuve du libraire Thielman Kerver. La famille Kerver possédait une chapelle dans l'église Saint-Benoît-le-Bétourné (disparue depuis). Les personnages étaient peints dans des rehauts de couleurs et d'or, aujourd'hui réduits à l'état de traces.
On n'a aucune certitude sur le sculpteur, mais l'historien Guy-Michel Leproux propose Lorenzo Naldini, artiste florentin installé à Paris en 1528.
Le vitrail de cette chapelle (baie 24) n'a guère d'intérêt. Il réunit des débris de vitraux du XVIe siècle. Au tympan, on y voit les restes d'un Jugement dernier.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016.


«Charles Borromée distribuant des aumônes»
Tableau de Quentin Varin, 1627.

«Le Martyre de saint Jean l'Évangéliste»
Tableau anonyme, XVIIe siècle.

Baie 32 : Christ en croix, début du XVIIe siècle.
Chapelle des Fonts baptismaux.

Les œuvres d'art de l'église.
Grâce aux documents et aux marchés du XVIe siècle en possession des historiens, nous savons que l'église Saint-Étienne-du-Mont disposait de nombreux ornements, notamment dans les chapelles.
La Révolution l'a dépouillée de tout, à l'exception du jubé, de l'orgue et de la chaire à prêcher. Autels, marbres et œuvres d'art avaient disparu. Avec le Concordat, l'église fut rouverte au culte, mais elle était à présent propriété de l'État.
Celui-ci devait veiller à l'entretien des édifices cultuels et avait la haute main sur leur ornementation. Le Premier Consul (le général Bonaparte), soucieux de ramener la paix de l'Église, fut très sensible à la question. Il initia une très large opération de reconstitution des ornements dans la quarantaine de paroisses parisiennes qui subsistait.
En 1806, puis en 1811, l'État impérial répartit, de manière aléatoire, deux cent cinquante-cinq tableaux anciens du musée Napoléon. Une bonne partie de ces toiles provenait évidemment d'églises détruites.
À ce titre, on trouve à Saint-Étienne les neuf chœurs des esprits célestes de Louis Licherie de Beurie (donné ci-contre), auparavant à l'église des Pères de Saint-Lazare, ou encore La Charité de saint Charles de Borromée de Quentin Varin qui se trouvait à Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
Les dons de hauts prélats du clergé se multiplièrent aussi. Ainsi, La Chute de la manne de Jean-Baptiste de Champaigne fut offerte (avec d'autres tableaux) en 1811 par le cardinal Fesch, oncle de l'empereur, grand aumônier de France et archevêque de Lyon. En 1803, ce sont les vitraux Renaissance des charniers qui retrouvèrent leur place.
Une politique d'enrichissement de l'église en œuvres d'art vint aussi d'une vaste création contemporaine. Sous l'Empire, les paroissiens contribuèrent à la création du maître-autel et des autels secondaires en marbre. De la Restauration au Second Empire, les commandes publiques prirent le relais. Les créations étaient d'abord exposées au Salon officiel, puis attribuées à un édifice religieux. Il leur arrivait aussi d'être captées par l'État pour ses collections nationales.
Il faut s'arrêter un instant sur le tableau donné juste en haut, à droite : La Vierge à l'Enfant entre saint Pierre et sainte Lucie de Syracuse. C'est une peinture sur bois de Pier Ilario Mazzola, datée de 1518. Les sources indiquent qu'elle a été enlevée à l'église Sainte-Lucie de Parme en 1803. Elle fait donc partie des très nombreuses œuvres d'art prises par les armées françaises lors des conquêtes révolutionnaires et napoléoniennes. Et elle n'a pas été rendue après la chute de l'Empire.
Rappelons ici les principes qui guidèrent la gestion des œuvres d'art après la chute de Napoléon Ier. Lors du Congrès de Vienne, avant les Cent-Jours, la France eut le droit de conserver toutes les œuvres d'art que les armées de la Révolution, du Directoire, du Consulat et de l'Empire avaient saisies dans les palais et les églises d'Europe (les musées n'existaient pas encore).
Après les Cent-Jours, les têtes couronnées du Congrès, excédées, décidèrent de frapper fort : ordre fut donné à la France de rendre aux pays spoliés toutes les œuvres d'art saisies, à l'exception de celles qui seraient déjà exposées dans les églises. L'église Saint-Eustache possède une de ces rares toiles : Tobie et l'ange du peintre italien Santi di Tito (1536-1603). Il est vraisemblable que la peinture sur bois de Mazzola fait aussi partie de ce lot.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016.


«La Vierge à l'Enfant entre saint Pierre
et sainte Lucie de Syracuse»
Peinture sur bois de Pier Ilario Mazzola, 1518.
Enlevée en 1803 à l'église Sainte-Lucie de Parme.

«Calvaire», anonyme, XVIIe siècle.
Chapelle du Saint-Sépulcre.

Aristote se tient aux côtés de la Vierge,
tandis que saint Jean est suivi
de Louis XIII et de saint Louis.
Ce tableau veut illustrer le lien indéfectible
entre la dynastie royale
et la religion catholique.

«Les neuf chœurs des esprits célestes» de Louis Licherie de Beurie (1629-1687), détail.

La Mise au tombeau du XVIe siècle dans la chapelle du Saint-Sépulcre.

La Vierge et saint Jean.
Détail de la Mise au tombeau.
Vers 1540.
BAIE 28 - LE VITRAIL DES CONVIÉS

Baie 28 : LA PARABOLE DES CONVIÉS AUX NOCES, 1568
Chapelle du Crucifix.

«Le Jugement dernier» attribué (peut-être à tort) à Martin Fréminet, 1605.
Chapelle Saint-Bernard.

Les historiens s'accordent pour voir un moine de l'abbaye Sainte-Geneviève
dans le donateur en bas à gauche. Le tableau vient vraisemblablement de cette abbaye.

La Force (vertu cardinale) et la Charité (vertu théologale) sur la cuve de la chaire.
Dans le bas-relief, saint Étienne est appréhendé par ses persécuteurs.

Baie 28, détail.
Un homme vient de se marier et ne peut participer au banquet.

Un pauvre vient participer au banquet ---»»»

Baie 28, détail.

Baie 28 : le vitrail des conviés.
Daté de 1568, ce beau vitrail illustre une parabole peu connue.
Dans la lancette centrale, un seigneur (qui symbolise le Père céleste) appelle ses amis fortunés à un banquet (qui consiste en fait à célébrer l'Eucharistie). Chacun trouve une excuse pour ne pas venir : l'un se marie, un autre veut voir la maison qu'il vient d'acquérir, un troisième vient d'acheter une paire de bœufs. Ces scènes figurent dans la lancette de gauche. Ce sont donc les pauvres qui vont participer au banquet.
Moralité de la parabole : les pauvres, ne possédant rien, n'ont pas d'obligation et sont ainsi ouverts à la parole du Christ.
Les panneaux inférieurs ont été renouvelés en 1887.


«Le Jugement dernier», détail.

Baie 30 : Sainte Élisabeth de Hongrie
distribuant des aumônes.
Vers 1560.
LA CHAIRE À PRÊCHER

La chaire à prêcher
du maître menuisier Germain Pillon,
1651.

Samson tenant la cuve de la chaire à prêcher ---»»»

L'ange trompettiste sur l'abat-son
de la chaire à prêcher.

La chaire à prêcher.
Épargnée par la Révolution, la chaire est l'œuvre du maître menuisier Germain Pillon. Elle est datée de 1651. Les sources rapportent que la fabrique fit appel à trois de ses confrères, fin 1651, pour expertiser son œuvre. À la suite de quoi, elle lui régla la somme de 4800 livres.
Tous les anciens historiens attribuent l'ensemble des sculptures et des bas-reliefs à Claude Lestocard, bien qu'aucun document ne soit là pour nous en convaincre. Lestocard aurait ainsi réalisé le Samson, mué en atlante, qui supporte la chaire ainsi que les sept Vertus théologales et cardinales.
On lui devrait aussi les bas-reliefs de la cuve et le manteau de l'escalier : six médaillons aux effigies des Évangélistes, de saint Jérôme et de saint Augustin, puis des panneaux illustrant des épisodes de la vie de saint Étienne, dessinés par Laurent de la Hyre.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016.


Cuve de la chaire à prêcher : l'Espérance, la Tempérance, la Force et la Charité.

L'élévation nord dans la nef.

L'ornementation de la nef et des arcades
Cette ornementation est assez simple. Les piles sont monocylindriques. Nous sommes dans le style Renaissance avec sa suite d'arcades en plein cintre, ornées d'une double moulure assez pauvre. La coursive à mi-hauteur habille l'ensemble.
À la retombée des voûtes, l'architecte de la nef a néanmoins enrichi quelque peu la nudité des supports. L'image ci-dessus au centre en donne une illustration. Le double liseré qui joint les retombées des voûtes devient une petite corniche en arrivant sur la colonne montante. L'intrados de cette corniche reçoit une élégante bague creusée d'une série d'oves (photo à droite).
On retrouve cette bague ornée d'oves au second niveau, à la retombée de l'arcature.
Dans le chœur, ces colonnes qui descendent des voûtes sont laissées totalement nues. Rappelons que la nef a été construite deux décennies après le chœur.


Les bagues des piliers de la nef
reçoivent des oves ornementaux.

«La Charité»
Charles-René Laitié, 1824.
Chapelle de l'Immaculée-Conception.

Baie 22 : L'ÉDUCATION DE LA VIERGE par Guillaume le Vieil.
Panneau peint vers 1712 pour l'église Saint-Roch.

Bague ornée d'oves sur la partie haute des colonnes de la nef.

«La Chute de la manne» de Jean-Baptiste de Champaigne, vers 1662.

La base du clocher vue depuis le bas-côté nord de la nef.

Derrière les deux ouvertures du premier étage se trouve une salle qui servait
aux réunions des marguilliers aux XVIIe et XVIIIe siècles.

«La Déploration sur le corps du Christ»
Amélie Legrand de Saint-Aubin, 1827.

Le clocher. Sa base est le seul vestige du XVe siècle. En 1624, il a subi un rehaussement qui a respecté son allure générale : élancée et étroite. Dans la photo ci-contre, la pile sud qui le soutient accuse un diamètre trois fois supérieur à celui des autres piles (voir plan).
Ce clocher a sans cesse subi le regard inquisiteur des moines de l'abbaye Saint-Geneviève. En aucun cas il ne devait prendre le dessus, par sa masse et sa hauteur, sur celui de l'église abbatiale. Pas question de le surmonter d'une flèche ni de grossir son gabarit. Ainsi limité, on ne pouvait augmenter le nombre de cloches et leur taille : elles ne résonneraient pas plus loin que celles de l'abbatiale !

BAIE 115 - VITRAIL DE L'APOCALYPSE

Baie 15 : L'APOCALYPSE, 1614.
Le Père céleste du haut est du XIXe siècle.

Baie 15, détail : le vêtement d'un roi qui adore la Bête

Baie 15, tympan : l'Éducation de la Vierge entourée de saint Jean avec le calice et de saint Jean écrivant son évangile.
C'est l'une des rares parties de ce grand vitrail à être entièrement du début du XVIIe siècle.

Baie 115. Vitrail de l'Apocalypse.
Ce très beau vitrail Renaissance mérite quelques développements. Il se trouve que son histoire est connue grâce aux registres de délibérations de la paroisse conservés aux Archives nationales.
La construction de Saint-Étienne-du-Mont a toujours été mise en péril par le manque de fonds. Vers 1608-1609, le projet d'une nouvelle façade prend forme. Il faut alors redoubler les quêtes et les appels aux dons.
C'est dans ce contexte qu'en 1609 un marchand de vins et ancien marguillier, Jean le Juge, propose d'offrir un vitrail à l'église pour orner le bas-côté nord. Le chapitre essaya de l'en dissuader : financer la construction du portail ou la fonte d'une nouvelle cloche était plus utile. Cette noble assemblée rappela aussi le besoin de luminosité : mieux valait poser un vitrail en verre blanc pour éclairer la nef que l'obscurcir par un vitrail coloré supplémentaire.
Toutefois, pour le marchand, les deux donations étaient bien différentes. Dans un vitrail, on pouvait s'afficher en prière avec femme et enfants dans le registre inférieur. C'était voyant, reconnaissable et prestigieux. À l'inverse, comment laisser une marque aussi visible dans une élévation de pierres ? Pis, dans une fonte de cloches ? Le chapitre eut beau lui proposer, en compensation, de placer ses armoiries dans le bas du vitrail en verre blanc, rien n'y fit. Jean le Juge ne céda pas et obtint gain de cause.
Le vitrail illustre les grands thèmes de l'Apocalypse. Dans la partie haute, le Père céleste tient le livre des sept sceaux. L'agneau (c'est-à-dire Jésus-Christ) a ouvert le livre et les calamités commencent à se répandre, apportées par les quatre cavaliers (partie médiane). Les vingt-quatre vieillards célèbrent la gloire du Créateur. Des anges penchent leurs coupes dans les puits et les sources, y versant la colère divine.
Toujours dans la partie médiane, les peuples et leurs rois adorent la Bête.
Au niveau inférieur, le donateur en prière et sa nombreuse famille jettent un regard (de fierté ?) vers l'observateur. En les voyant, on comprend que Jean le Juge ne pouvait pas se contenter d'inscrire simplement ses armoiries au bas d'un vitrail en verre blanc...
Que subsiste-t-il réellement de l'époque Renaissance dans cette verrière ? Peu de choses. D'une part, la magnifique rangée des donateurs (presque entièrement du début du XVIIe siècle)  d'autre part, le tympan (scène de l'Éducation de la Vierge entourée de deux saint Jean). Le reste a été très restauré au XIXe.
Ainsi, le Père céleste et toute la lancette centrale qui l'entoure sont modernes. Parmi les vieillards qui adorent le Père et parmi les rois qui adorent la Bête, certaines têtes et certains vêtements sont de la Renaissance. Quant à la Bête tout en couleurs, elle semble venir en majorité de la Renaissance.
Source : Vitraux parisiens de la Renaissance (Délégation à l'Action artistique de la ville de Paris).


Baie 15, détail : la famille de Jean le Juge : Vue partielle des donateurs.
Partie presque entièrement du début du XVIIe siècle.

Baie 15, détail : les donateurs (la mère).

Baie 15, détail : les donateurs (le père).

La Bête du vitrail de l'Apocalypse de Saint-Étienne-du-Mont, par sa petite taille, rappelle un peu la tarasque traditionnellement tenue en laisse par sainte Marthe (voir la tarasque du musée d'Art et d'Histoire de Chaumont). Pour avoir d'autres illustrations de la Bête de l'Apocalypse, on pourra se reporter au vitrail du Jugement dernier à l'église Saint-Nizier de Troyes. Un vitrail contemporain à l'église Saint-Pierre de Caen propose un dessin assez simple, mais suggestif.


Baie 15, détail : la Bête de l'Apocalypse.
Les anges versent la colère divine dans les puits et les sources.

«Madeleine contemplant le Christ en croix»
Tableau anonyme.
XVIIe siècle.

La chapelle Saint-Louis avec le buste de Pascal.

Baie 15, détail : les Vieillards.

Buste de Racine par J. Frère, 1899.
Chapelle de l'Ange gardien.

Baie 215 : L'ARBRE DE JESSÉ (registre du bas), 1858, atelier Laurent Gsell

L'atelier n'a mis que peu de couleurs pour conserver le ton du vitrail de Marie, à côté (donné ci-dessous).

Buste de Pascal par J. Frère, 1899.
Chapelle Saint-Louis.

Baie 213 : LA VIERGE DES LITANIES
Vitrail attribué à Nicolas Pinaigrier, vers 1586.

«««--- La nef et l'élévation sud près de la croisée.
Les baies en verre blanc, au niveau médian, sont en place depuis le XVIe siècle.

Les vitraux de l'église Saint-Étienne-du-Mont.
La vitrerie Renaissance est l'une des richesses de l'église. On y dénombre près de cinquante verrières anciennes, plus que n'importe quelle autre église de Paris.
On peut partager la vitrerie en trois groupes : les vitraux du chœur ; ceux du transept et de la nef (chapelles et parties hautes) ; enfin ceux qui sont actuellement dans les trois galeries des Charniers, près de la chapelle des Catéchismes
Ce qui rend cette collection exceptionnelle, c'est sa permanence historique. Dans le chœur, les fenêtres hautes ont gardé la totalité de leur vitrerie du XVIe siècle, alternant vitraux historiés et verres blancs bordés de rinceaux. Dans les parties hautes de la nef et du transept, c'est pratiquement aussi le programme primitif du XVIe siècle que l'on peut admirer.
En revanche, ceux des chapelles ont connu quelques déboires. On y trouve des parties d'anciens vitraux (comme Sainte-Élisabeth de Hongrie dans une chapelle sud de la nef) ou des créations du XIXe siècle, dont certaines sont fort belles (voir le vitrail de la Cène de l'atelier Charles Champigneulle, daté de 1899, dans la chapelle du Sacré-Cœur).
Enfin, les vitraux des charniers, de plus faible dimension et créés pour être vus de près, ont connu quelques vicissitudes (notamment à la Révolution). Dans leur majorité, après avoir quitté les lieux, ils ont pu regagner leur emplacement d'origine au début du XIXe siècle.
La première campagne de vitrage concerne les baies du chœur (puisque celui-ci a été construit avec la nef). Ce sont les années 1540-1542. La seconde campagne a lieu quarante ans plus tard : les fenêtres hautes de la partie occidentale reçoivent leurs verrières entre 1586 et 1588.
Chaque campagne s'est donc été étalée sur deux à trois ans. C'est bien court pour une surface à vitrer aussi grande. On en déduit que la fabrique a monopolisé le gratin des maîtres verriers parisiens à son seul profit pendant la période.
Qui sont ces maîtres verriers ? La découverte récente de seize marchés dans les archives de la fabrique a clarifié la réponse à cette question et permis d'écarter définitivement des noms comme ceux de Claude Henriet ou d'Engrand Le Prince, ce dernier étant l'une des gloires des vitraux Renaissance du Beauvaisis.

Paris ne manquait pas d'ateliers ni de maîtres verriers de première force.
À côté d'artisans de moindre renommée, on note trois noms célèbres : Jean Chastellain et Nicolas Beaurain pour la première campagne, Nicolas Pinaigrier pour la seconde. Au tout début du XVIIIe siècle, bien que la mode du vitrail fût passée, Guillaume Le Vieil créa encore deux verrières pour l'église. Lui-même et son fils Pierre furent ensuite en charge de l'entretien des vitraux de Saint-Étienne-du-Mont, charge qui s'étala pratiquement jusqu'à la Révolution.
Par un habile équilibre entre les vitraux historiés et ceux posés en verre blanc pour assurer une bonne luminosité, l'église a pu passer le dangereux cap du XVIIIe siècle. On sait que ce siècle a souvent été fatal à la vitrerie des églises trop sombres.
Avec le recul, on peut dire que Guillaume Le Vieil et son fils Pierre ont réalisé un excellent travail d'entretien tout au long du XVIIIe.
Qui a offert ces verrières ? Assurément, pour les plus grandes, des confréries et des riches familles (comme le marchand de vins Jean le Juge qui offrit, vers 1610, le vitrail de l'Apocalypse). Celles, de plus petite taille, des chapelles latérales ont aussi été offertes par des particuliers qui habitaient vraisemblablement la Montagne Sainte-Geneviève ou ses alentours. Cependant, dans ce dernier cas, l'offrande d'un vitrail doit être pensée comme l'élément d'un don plus important : celui d'une chapelle et de sa décoration.
Au XIXe siècle, quelques dons de particuliers vinrent enrichir cette impressionnante collection. Cette fois, ce furent les chapelles du chevet qui furent à l'honneur.
Parmi ces vitraux, signalons l'intéressante création, datée de 1882, de l'atelier d'Édouard Didron dans la chapelle Sainte-Geneviève. Ce vitrail illustre une procession de la châsse de la sainte, telle qu'elle devait se dérouler avant la Révolution. L'atelier a utilisé un dessin du XVIIe siècle qui montre les églises Saint-Étienne et Sainte-Geneviève (le Panthéon actuel) côte-à-côte.
Les trois pages consacrées à Saint-Étienne-du-Mont dans ce site présentent la quasi-totalité des vitraux Renaissance de l'église. En page 1, ceux de la nef ; en page 2, ceux du chœur ; en page 3, ceux des charniers.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016.


Baie 216 : LES QUATRE SAINTS (et les donateurs), 1586.
Les saints sont les patrons de la famille Bouchinet (Nicolas, Jean-Baptiste, Olivier et Agnès).

Baie 221 : LA RÉSURRECTION DU CHRIST.
2e ou 3e quart du XVIe siècle.

Baie 220 : LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU, fin du XVIe siècle.

Baie 214 : LA RÉSURRECTION DU CHRIST de Nicolas Pinaigrier, 1586.
Le donateur (à droite) est présenté par saint Guillaume.

Ce vitrail s'inspire d'une peinture maniériste sur bois d'Antoine Caron, «La Résurrection du Christ»,
une œuvre où le Christ ressemble étrangement à Henri III !
Voir cette œuvre au Musée départemental de l'Oise à Beauvais.

«Saint Bernard en oraison»
François-Vincent Latil.
D'après Philippe de Champaigne, vers 1825.
Chapelle Saint-Bernard.

«Jésus enfant prêchant, la Vierge, sainte Anne et saint Joachim»
Anonyme XVIIe siècle.

«««--- «La Crucifixion», anonyme, 2e quart du XVIIIe siècle.

Baie 224 : L'INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS, fin du XVIe siècle.

Baie 226 : L'ASCENSION
Fin du XVIe siècle..

Baie 219, détail : LE COURONNEMENT DE LA VIERGE, vers 1550.
Le visage de la Vierge est clairement une re-création de la fin du XIXe siècle.

«Le Martyre de sainte Catherine»
Tableau attribué à Thomas Goussé, vers 1650.

LES DISCIPLES D'EMMAÜS, vers 1587, registre central (baie 222).
Atelier de Nicolas Pinaigrier.

«««--- Baie 223 : LA CRUCIFIXION ET LA DESCENTE DE CROIX, vers 1587.
Œuvre de l'atelier de Nicolas Pinaigrier.
LES CLÉS PENDANTES DE LA CROISÉE ET DE LA PREMIÈRE TRAVÉE DE LA NEF

Jubé, voûte et élévations du chœur.

La voûte de la croisée.
C'est l'un des chefs-d'œuvre de l'église. Elle a été posée vers 1584-1586, puis restaurée par Victor Baltard vers 1858.
Cette voûte est un magnifique exemple de la transition du gothique tardif vers le style Renaissance. Les tiercerons qui divisent l'espace sont gothiques, tout comme les clés pendantes et les disques ajourés qui meublent l'espace. Les autres motifs de l'ornementation sont totalement Renaissance.
La fantaisie artistique de l'ensemble est aussi typique de la fin du XVIe siècle : les symboles ailés des évangélistes (ci-contre le taureau de Luc) sont associés à des putti, eux aussi ailés. La clé pendante centrale accuse une hauteur de 2,40 mètres. Elle est «maintenue en équilibre près de cinq mètres sous le sommet de la voûte grâce à des liens courbes raidis par une armature métallique invisible, présente dès l'origine (...)», lit-on dans l'ouvrage sur l'église Saint-Étienne-du-Mont (éditions Picard, 2016).
Le visiteur qui prend le temps d'admirer ce système de clés pendantes y reconnaîtra une allégorie de la voûte étoilée, les disques ajourés aux fines ciselures tenant le rôle des étoiles.
La voûte qui orne la première travée de la nef (photo ci-dessous), devant le grand orgue, a été posée vers 1624. Elle applique le modèle avec liernes et tiercerons, un classique du gothique flamboyant.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016.


Clés pendantes au-dessus de la première travée de la nef.

Les clés pendantes à la voûte de la croisée
ou le mariage de l'art gothique et de l'ornementation Renaissance.

Le taureau ailé de saint Luc entouré de têtes d'angelots ailés à la voûte de la croisée.

Clé pendante ornée d'angelots
au-dessus de la première travée de la nef
(style gothique flamboyant).

«««--- L'imposante clé pendante
de la voûte de la croisée
s'étire sur 2,40 mètres de haut.
LE JUBÉ (1530-1540)

Vue d'ensemble du jubé.

L'escalier sud du jubé et sa luxuriante ornementation.

La porte nord du jubé.

Le jubé vu du chœur avec l'orgue de chœur.

La porte sud du jubé, partie supérieure.

Renommée ailée païenne (un sein est dévoilé) en bas-relief dans un écoinçon du jubé.

Le jubé de l'église Saint-Étienne.
C'est le seul qui subsiste à Paris. Sa conception date du début des années 1530, celle des escaliers nord et sud, des années 1540. Les portes latérales et la statuaire sont du XVIIe siècle.La tribune, de neuf mètres de long, est soutenue par une voûte en anse de panier qui culmine à quatre mètres.
Une ornementation typique de la première Renaissance (les écoinçons) s'allie au style gothique classique de la balustrade et des escaliers, style non dénué d'influence mauresque.
L'incertitude la plus complète règne sur l'auteur ou les auteurs de ce jubé. Les sources manquent. On a parlé de Pierre Biard (auteur d'un Calvaire sur la tribune, mais définitivement écarté), puis de Philibert Delorme pour la conception des escaliers. On y a ajouté la piste des maîtres d'œuvre de l'église au XVIe siècle (Nicolas et Antoine Beaucorps, Pierre Nicolle). Et un dernier ajout, celui d'un «maître Clément», assez mystérieux.
Au cours de son histoire, le jubé a été remanié selon les caprices du temps et les modes décoratives. Sous Louis XVI, la tribune ne portait qu'un crucifix et les deux piliers nord et sud accueillaient chacun un autel.
À la Révolution, toute la statuaire a disparu. Aux écoinçons de la tribune, les anges porteurs des instruments de la Passion ont fait place à des renommées païennes tenant des palmes, des rameaux ou des couronnes (voir la photo ci-dessus).
Après le Concordat, un Christ de pitié et deux anges ont été placés sur la tribune. Depuis 1851 s'y dresse un grand Christ en croix provenant de la chapelle de l'École polytechnique. Il a été sculpté dans les années 1820 par l'artiste autrichien Ulrich de Grienewald, à la suite d'une commande du duc d'Angoulême, protecteur officiel de l'École depuis 1816.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard.


L'intrados du jubé, détail.

Le Christ en croix d'Ulrich de Grienewald
Vers 1825, détail.

Vue du jubé et de la porte sud depuis le bas-côté sud.

Quand le jubé faillit être détruit...
La Contre-Réforme sonna le glas des jubés. Véritables murs séparant la nef du chœur, les réformistes ne voulaient plus que les desservants fussent isolés des fidèles. Le Concile de Trente (1542-1563) décida de faire disparaître cette barrière pour réunir l'ensemble de la a communauté lors des offices.
Dans les années 1730, Saint-Germain-l'Auxerrois perdit son jubé qui datait du XVIe siècle. La destruction de celui de Saint-Étienne-du-Mont se rapprochait.
En 1737, le conseil de fabrique délibéra sur une offre proposée par une personne qui désirait rester anonyme : 3000 livres pour détruire le jubé. Mais le principal problème relevait de l'architecture : la disparition du jubé risquait-elle de fragiliser l'édifice ? Bien avisé, le conseil de fabrique avait déjà consulté les hommes de l'art et la réponse était négative. La démolition fut donc votée, mais à une condition : elle ne pourrait être validée qu'après obtention d'un rapport écrit, et dûment signé, concluant à l'absence de risques d'éboulement. Cependant l'opération fut ajournée car d'anciens marguilliers s'y opposaient farouchement.
En 1740, deuxième offensive des partisans de la démolition. Un architecte, Hivert, excédé par ce jubé qu'il regardait comme un pont cachant la célébration des saints Mystères, en proposait le démontage. Mieux : il proposait aussi le réemploi de ses éléments dans la construction de deux autels blottis contre les piliers de l'entrée du chœur. Et son rapport précisait : «comme à Notre-Dame».
Le sieur Hivert voyait-il dans cette comparaison un atout décisif ? On ne sait.

Toujours est-il que la fabrique temporisa à nouveau. Visiblement, l'unanimité n'était pas faite, d'autant plus qu'une perte substantielle de revenus était à craindre. En effet, des particuliers louaient des emplacements sur la tribune du jubé, ce qui rapportait 60 à 80 livres par an à la fabrique.
Autre point décisif : à cette époque l'église subissait un vaste réaménagement dans les chapelles du chœur et du jubé ainsi qu'un transfert de la sacristie. Ce qui réclamait des moyens financiers d'une certaine importance.
Or, c'est aussi dans ces années, en 1758 précisément, que l'architecte Jacques-Germain Soufflot commença à consolider le terrain - gorgé de galeries plusieurs fois centenaires - prévu pour la nouvelle église abbatiale Sainte-Geneviève érigée non loin. Louis XV en personne ne viendra poser la première pierre de cet édifiice, qui deviendra le Panthéon, qu'en 1764.
Évidemment, les donateurs préféraient privilégier cette nouvelle église où allaient reposer les reliques de la sainte patronne de Paris, plutôt que de donner pour l'aménagement de l'église paroissiale.
Pour la fabrique de Saint-Étienne-du-Mont, les ressources se tarissaient. Mais il y eut pis : en 1760, un incendie consuma une partie du mobilier de l'église, au sud de la nef. L'orgue de tribune fut gravement touché. Maçons, charpentiers, couvreurs, serruriers et facteurs d'orgue ne terminèrent la restauration qu'en 1768. Et on ne parla plus de la démolition du jubé.
Source : Saint-Étienne-du-Mont, éditions Picard, 2016.

L'ORGUE DE TRIBUNE DU XVIIe SIÈCLE

L'orgue de tribune et la clé pendante sur la voûte.

Le Christ ressuscité sur la tourelle centrale ---»»»
de l'orgue de tribune.

L'orgue de tribune
C' est l'un des chefs-d'œuvre de l'église Saint-Étienne, l'un des plus beaux de la capitale et le plus ancien totalement conservé.
Le devis de la construction remonte à 1631 : Pierre Pescheur pour l'instrument et Jean Buron pour la menuiserie. La beauté du buffet saute aux yeux des visiteurs. Harpies, anges accroupis, anges musiciens, angelots et Christ ressuscité contribuent à ce déploiement de faste, encore accentué par les bas-reliefs du positif.
L'orgue a été choyé pendant le premier siècle de son existence. En 1760, il est victime d'un incendie ; le facteur Nicolas Somer en entreprend la restauration en 1766. En 1772, François-Henri Clicquot en fait un grand instrument qui porte en lui tout le classicisme français tardif.
Dans les années 1830, une restauration ratée aggrave son état. En 1862, Cavaillé-Coll en entreprend une autre - sans l'accord de la fabrique qui manque de ressources.
Enfin, en 1929, arrive le jeune compositeur et organiste Maurice Duruflé.
Sous son impulsion, la ville de Paris charge la maison Gonzalez, en 1934, d'une restauration profonde. Interrompue par la guerre, celle-ci reprend sous la houlette de la manufacture Beuchet-Debierre. Ce n'est qu'un demi-succès et Maurice Duruflé ne cache pas sa déception. Aussi, en 1975, la maison Gonzalez, de nouveau à la manœuvre, procède-t-elle à une ré-harmonisation complète.
À ce jour, c'est le facteur Bernard Dargassies qui entretient l'instrument présenté comme un orgue néoclassique.
Source : Saint-Étienne-du-Mont par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016, article d'Henri de Rohan-Csermak.


Harpie soutenant la tourelle sud de l'orgue de tribune.
(Menuisier Jean Buron, 1631).

Buffet de l'orgue de tribune : Christ ressuscité et anges musiciens sur les tourelles ;
deux anges adolescents sur l'entablement des plates-faces.

La croisée du transept avec l'autel de messe et le jubé.
Cliquez sur la photo pour aller en page 2.

La nef et l'orgue de tribune vus de la croisée.

Documentation : «Saint-Étienne-du-Mont» par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et Ané - Paris, 1936
+ «Les églises flamboyantes de Paris» par Agnès Bos, éditions Picard, 2003
+ «Corpus Vitrearum, les vitraux de Paris, de la Région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais», éditions du CNRS, 1978
+ «Vitraux parisiens de la Renaissance» édité par La Délégation à l'Action artistique de la ville de Paris
+ «Saint-Étienne-du-Mont, au cœur du quartier latin», brochure de l'association «Art, Culture et Foi-Paris», 2012
+ Feuillets de présentation de l'église disponibles dans l'église Saint-Étienne-du-Mont.
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