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L'église Saint-Étienne-du-Mont fait partie
intégrante de l'histoire de l'abbaye Sainte-Geneviève (aujourd'hui
le lycée Henri IV). L'abbaye tire son origine de l'église des Saints
Apôtres Pierre et Paul fondée par Clovis, vers 508, au sommet de
ce qui est à présent la montagne Sainte-Geneviève. L'abbaye abritait
les reliques de la sainte et de Clovis. À ce titre, elle
devint le lieu de pèlerinage le plus important de la cité.
Au début du XIIIe siècle, Philippe Auguste fait entreprendre la
construction d'une nouvelle muraille pour ceinturer Paris.
Le quartier de l'abbaye, qui s'étend juste derrière, s'en
trouve sécurisé ; sa population s'accroît. Conséquence : l'église
abbatiale, qui sert aussi pour les paroissiens, ne suffit plus.
Une église paroissiale est alors construite, dédiée à saint Étienne.
Elle est intégrée dans le cloître ; les moines conservent la haute
main sur sa gestion.
À la fin du XVe siècle, devenue à son tour insuffisante, elle est
remplacée par un édifice plus vaste. Les travaux, menés sous la
direction de Jean Turbillon, commencent par le chœur. Puis
ce chœur s'étoffe de sept chapelles rayonnantes que de riches familles
du quartier se font bâtir. La construction complète de l'église
va s'échelonner sur plus d'un siècle (de 1492 à 1626) et traverser
les guerres de Religion. Parfois elle ralentira par manque de fonds.
Les maîtres maçons Nicolas Beaucorps, son fils Antoine,
puis Pierre Nicolle se succèdent à la tête du chantier.
La nouvelle église, qui abrite des reliques de saint Étienne, est
accolée à l'abbatiale (voir le dessin
d'époque). Les moines génofévains la regardent toujours comme partie
intégrante de leur fief (le curé de l'église est un membre de leur
communauté). Au fil du temps, cette attache va s'atténuer. Au début
du XVIIe siècle, la fabrique fait construire, au chevet de l'église,
le cloître des Charniers qui accueille encore actuellement la
galerie des vitraux des Charniers, vitraux qui comptent parmi
les plus beaux de Paris.
Malgré une construction du chœur, puis de la nef, étalée sur une
trentaine d'années, l'architecture de l'édifice offre une remarquable
uniformité, bien visible au niveau des piles et de la voûte. Le
style architectural gothique est enrichi d'une ornementation Renaissance,
dans un mariage très harmonieux. Un magnifique jubé
(le seul qui reste à Paris)
coupe l'édifice en deux et en fait son principal atout artistique.
Dans les premières décennies de son existence, l'église va s'embellir
grâce au mécénat privé et aux dons des confréries. Chapelles, tableaux,
vitraux et autels se multiplient.
Dès son entrée dans l'église, la luminosité frappe le visiteur.
À l'époque, la fabrique l'a voulu ainsi : sauf exceptions, les baies
de l'étage médian recevront du verre blanc. Ce choix est une réussite.
En dépit de nombreuses verrières historiées et colorées, Saint-Étienne-du-Mont
baigne dans la lumière.
Le XVIIIe siècle et ses grands programmes architecturaux ne modifient
pas l'église : son aménagement peu commun la protège et le quartier
n'est guère dynamique.
Arrive la Révolution qui dépouille entièrement l'édifice. Ne restent
que le jubé, l'orgue
de tribune et la chaire
à prêcher. L'église devient temple de la Piété filiale, à l'usage
d'un nouveau culte : la théophilanthropie. Cependant, dès juillet
1795, les prêtres catholiques reviennent et partagent l'église avec
les théophilanthropes. En 1807, l'église abbatiale Sainte-Geneviève,
dévastée par le pillage, est détruite. Seul subsiste son clocher
(actuellement tour Clovis). Les bâtiments du monastère vont devenir
le lycée Henri IV. Quant au Panthéon,
bâti sous Louis XV pour remplacer l'église abbatiale, la Révolution
en avait fait un édifice consacré aux gloires de la France.
Avec le Premier Empire, l'ameublement va s'enrichir ; des tableaux
anciens décorent les chapelles (voir l'encadré
sur les œuvres d'art). Au cours du XIXe siècle, les dons des paroissiens
redonnent vie à son ornementation. Sous Napoléon III, l'architecte
Victor Baltard (1805-1874) construit la chapelle
des catéchismes (1857).
Ce site consacre trois pages à l'église Saint-Étienne-du-Mont et
les vitraux y sont largement représentés.
Page 1 : la nef, son ornementation, ses verrières et le jubé
; page
2 : le chœur et ses grandes verrières ; page
3 : les vitraux des charniers et la chapelle des catéchismes.
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Vue d'ensemble de la nef et du chœur de Saint-Étienne-du-Mont.
Le jubé de Saint-Étienne-du-Mont est le seul qui subsiste dans les
églises de Paris. |
| ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT |
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La façade occidentale de l'église a été érigée de 1610 à 1622.

Elle a été restaurée par
l'architecte Baltard sous le Second Empire.
Toute la statuaire a été refaite.
La façade se présente légèrement de biais par rapport à l'axe
de la nef (voir le plan).
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Le premier niveau de la façade est coiffé d'un fronton triangulaire
orné d'une résurrection.
Statues et bas-reliefs sont du XIXe siècle. |
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Lors des derniers siècles, l'ordonnancement
architectural de la façade, tel qu'on peut le voir aujourd'hui,
a été décrié.
Est-ce l'impression donnée par le fronton curviligne du deuxième
niveau qui surmonte le fronton triangulaire du premier ?
Est-ce le manque de force architecturale des élévations des
bas-côtés ? Voir plus
bas.
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La «Résurrection du Christ» date de 1862.
Œuvre d'Auguste-Hyacinthe de Bay (1804-1865).
Fronton triangulaire du premier niveau de la façade occidentale. |

Le deuxième niveau de la façade et le fronton du premier niveau.
Bas-reliefs et statues sont du XIXe siècle.
La rose est encadrée par une Annonciation : l'ange Gabriel et
la Vierge. |

Le chevet de Saint-Étienne-du-Mont.
Depuis la rue, il n'est pas possible de voir le chevet de face. |

L'église paroissiale Saint-Étienne-du-Mont et l'église abbatiale
Sainte-Geneviève.
L'abbatiale est détruite de 1802 à 1807.
Seul subsiste son clocher : la tour Clovis actuelle. |
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La
façade occidentale.
Ce n'est qu'en 1610 que le conseil de fabrique de Saint-Étienne
arrêta les dispositions définitives de la façade. Dans
les faits, ce fut la première grande façade à l'antique
de la capitale. Le dessin était signé de l'architecte
Claude Guérin et la construction s'étala de 1611
à 1622. La première pierre fut posée par la reine Margot
le 2 août 1610. Celle-ci donna en outre mille écus à
la fabrique pour les travaux.
Malgré ce don, les sources de financement manquèrent.
En effet, les paroissiens, qui avaient tout loisir d'imposer
l'utilisation de leurs dons, préféraient offrir des
vitraux (où ils pouvaient être représentés en tant que
donateurs) plutôt que d'œuvrer, quasi anonymement, à
l'élévation d'une maçonnerie.
Le style de la façade, bien qu'éclectique, reste harmonieux.
Le premier niveau forme l'entrée d'un temple grec. Deux
paires de colonnes rustiques cannelées, à chapiteaux
corinthiens, encadrent un portail. L'ensemble est surmonté
d'un fronton triangulaire. Au deuxième niveau, une rose
est coiffée d'un fronton curviligne. Ces variations
rappellent l'architecture romaine. Enfin, le troisième
et dernier niveau prend la forme d'un pinacle gothique
orné d'une rose et d'un vase Renaissance enrichi d'un
angelot.
La façade a été critiquée parce qu'elle torture les
règles académiques et le modèle romain. Certains puristes
la jugent «chaotique». La comparaison avec celle de
Saint-Gervais,
conçue par Salomon de Brosse vers 1615 et qui
représente le type même de la façade à l'italienne à
Paris,
n'est pas à son avantage.
Dans l'ouvrage cité en source, Étienne Hamon
et Françoise Gatouillat invitent le visiteur à voir
les choses différemment : la façade traduit le
renouveau du dynamisme dans l'architecture religieuse
au retour du roi Henri IV dans sa capitale (1594). La
paix retrouvée déclenchait l'ambition des créateurs.
Sans oublier que Saint-Étienne-du-Mont, édifiée sur
la colline Sainte-Geneviève, domine Paris
et qu'elle côtoie l'illustre église abbatiale Sainte-Geneviève.
En 1860, Victor Baltard entreprit la restauration
de la façade en en respectant en grande partie la structure
primitive. La Révolution avait brisé toutes les statues.
Baltard les fit reconstruire en renouvelant leur iconographie.
Il donna d'ailleurs dans la surenchère en multipliant
les statues et les bas-reliefs, ce qui accentua le caractère
baroque, à l'origine assez discret, de la façade.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, Éd. Picard,
2016.
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Le fronton curviligne est sculpté aux armes de France (les lis)
et de Navarre (la chaîne).
(Deuxième niveau de la façade). |

Sainte Geneviève
dans une niche de la façade,
par Pierre Hébert (1804-1869). |

Saint Étienne
dans une niche de la façade,
par Joseph-Marius Ramus
(1805-1888). |

La Vierge de l'Annonciation
au deuxième niveau de la façade,
par Joseph Félon (1818-1896). |
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Le Panthéon vu de l'église Saint-Étienne-du-Mont. |

«La Lapidation de saint Étienne» par Gabriel-Jules Thomas (1824-1905).
Tympan du portail central. |
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Le Panthéon.
Au XVIIIe siècle, l'édifice a été construit en tant qu'église
pour abriter la châsse de sainte Geneviève. Il a été achevé
en 1780. La Révolution a transformé l'église en monument national
pour honorer les gloires de la France.
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| LA NEF, LE TRANSEPT
ET LEURS CHAPELLES LATÉRALES |
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L'élévation sud et le chœur.
Avec la cathédrale
Notre-Dame et le Sacré-Cœur
de Montmartre, l'église Saint-Étienne-du-Mont
est l'un des édifices religieux les plus visités de Paris. |
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La nef
de Saint-Étienne-du-Mont.
Cette nef n'a pas sa pareille dans la capitale. Mis à part
le jubé (pièce unique à Paris),
son originalité architecturale repose dans la présence d'une
coursive scandée de balcons circulaires qui relie à mi-hauteur
les hautes piles de la nef. En coupant la hauteur de la nef
en deux, cette balustrade de pierre brise l'élancement de
l'élévation.
Sans cette coursive, on imagine aisément l'effet que produiraient
les piles monocylindriques nues qui séparent le vaisseau central
des bas-côtés. L'impression d'élancement en serait accentuée,
mais la froideur envahirait l'espace.
À l'origine, la coursive servait, lors des fêtes, à accrocher
des tapisseries illustrant la vie de saint Étienne. Malheureusement,
elle barre la vue de celui qui veut observer avec du recul
les verrières qui sont à mi-hauteur.
Si l'architecture de Saint-Étienne-du-Mont relève du gothique
flamboyant (voûtes d'ogives, clés pendantes), l'ornementation
de l'église est celle de la Renaissance italienne.
Les colonnes monocylindriques, l'arcature en plein cintre,
les putti et les têtes d'angelots le rappellent abondamment.
Les baies sont disposées sur trois niveaux et la majorité
ne reçoit que du verre blanc, notamment celles à mi-hauteur.
Les autres sont enrichies, dans leur grande majorité, de verrières
Renaissance qui font toute la richesse artistique de l'église.
La croisée possède une magnifique clé
de voûte Renaissance. Elle fait l'objet de plusieurs images
plus bas.
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Le bas-côté sud et les balcons de la coursive. |

Plan de l'église Saint-Étienne-de-Mont. |

«Le Baptême du Christ» par Théodore Caruelle d'Aligny, 1850.
Peinture murale dans la chapelle des Fonts baptismaux. |
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Plan
de l'église.
Il y a plus à admirer que l'église en elle-même.
En effet, l'ancien cimetière fait place aujourd'hui
à trois galeries (Sud, Est et Nord) et à la chapelle
des catéchismes.
La galerie Sud accueille la réception où l'on peut se
procurer livres et cartes postales. On y voit aussi
un petit vitrail Renaissance. La galerie Est expose
les vitraux
des charniers.
Avec de la chance, la porte de la galerie Nord sera
peut-être ouverte. Vous pourrez y contempler cinq autres
vitraux Renaissance (certains sont donnés à page consacrée
à la chapelle
des catéchismes).
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La voûte de la nef, de la croisée et du chœur.
Bien que la construction
du chevet et de la nef se soit
étalée sur plus de trente ans,
la voûte est remarquable par son uniformité. |
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Le retable de la chapelle des Fonts baptismaux. |

Bas-relief en marbre de la Sainte Famille sur le retable (avant
le XVIIe)
Chapelle des Fonts baptismaux. |
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Chapelle
des Fonts. La cuve baptismale d'origine a
été détruite en 1793. Celle que l'on voit est une vasque
de marbre posée sur une console de pierre du XVIIIe
siècle. La statue est un Saint Jean-Baptiste enfant
de Joseph-Marius Ramus.
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Chapelle des Fonts baptismaux. |
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«Le Martyre de saint Jean l'Évangéliste»
Tableau anonyme, XVIIe siècle. |

Baie 32 : Christ en croix, début du XVIIe siècle.
Chapelle des Fonts baptismaux. |
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Les
œuvres d'art de l'église.
Grâce aux documents et aux marchés du XVIe siècle
en possession des historiens, nous savons que
l'église Saint-Étienne-du-Mont disposait de nombreux
ornements, notamment dans les chapelles.
La Révolution l'a dépouillée de tout, à l'exception
du jubé,
de l'orgue
et de la chaire
à prêcher. Autels, marbres et œuvres d'art
avaient disparu. Avec le Concordat, l'église fut
rouverte au culte, mais elle était à présent propriété
de l'État.
Celui-ci devait veiller à l'entretien des édifices
cultuels et avait la haute main sur leur ornementation.
Le Premier Consul (le général Bonaparte), soucieux
de ramener la paix de l'Église, fut très sensible
à la question. Il initia une très large opération
de reconstitution des ornements dans la quarantaine
de paroisses parisiennes qui subsistait.
En 1806, puis en 1811, l'État impérial répartit,
de manière aléatoire, deux cent cinquante-cinq
tableaux anciens du musée Napoléon. Une bonne
partie de ces toiles provenait évidemment d'églises
détruites.
À ce titre, on trouve à Saint-Étienne les
neuf chœurs des esprits célestes de Louis
Licherie de Beurie (donné ci-contre), auparavant
à l'église des Pères de Saint-Lazare, ou encore
La
Charité de saint Charles de Borromée de Quentin
Varin qui se trouvait à Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
Les dons de hauts prélats du clergé se multiplièrent
aussi. Ainsi, La
Chute de la manne de Jean-Baptiste de Champaigne
fut offerte (avec d'autres tableaux) en 1811 par
le cardinal Fesch, oncle de l'empereur, grand
aumônier de France et archevêque de Lyon. En 1803,
ce sont les vitraux Renaissance des charniers
qui retrouvèrent leur place.
Une politique d'enrichissement de l'église en
œuvres d'art vint aussi d'une vaste création contemporaine.
Sous l'Empire, les paroissiens contribuèrent à
la création du maître-autel et des autels secondaires
en marbre. De la Restauration au Second Empire,
les commandes publiques prirent le relais. Les
créations étaient d'abord exposées au Salon officiel,
puis attribuées à un édifice religieux. Il leur
arrivait aussi d'être captées par l'État pour
ses collections nationales.
Il faut s'arrêter un instant sur le tableau donné
juste en haut, à droite : La
Vierge à l'Enfant entre saint Pierre et sainte
Lucie de Syracuse. C'est une peinture sur
bois de Pier Ilario Mazzola, datée de 1518. Les
sources indiquent qu'elle a été enlevée à l'église
Sainte-Lucie de Parme en 1803. Elle fait donc
partie des très nombreuses œuvres d'art prises
par les armées françaises lors des conquêtes révolutionnaires
et napoléoniennes. Et elle n'a pas été rendue
après la chute de l'Empire.
Rappelons ici les principes qui guidèrent la gestion
des œuvres d'art après la chute de Napoléon Ier.
Lors du Congrès de Vienne, avant les Cent-Jours,
la France eut le droit de conserver toutes les
œuvres d'art que les armées de la Révolution,
du Directoire, du Consulat et de l'Empire avaient
saisies dans les palais et les églises d'Europe
(les musées n'existaient pas encore).
Après les Cent-Jours, les têtes couronnées du
Congrès, excédées, décidèrent de frapper fort
: ordre fut donné à la France de rendre aux pays
spoliés toutes les œuvres d'art saisies, à l'exception
de celles qui seraient déjà exposées dans les
églises. L'église Saint-Eustache
possède une de ces rares toiles : Tobie et
l'ange du peintre italien Santi di Tito (1536-1603).
Il est vraisemblable que la peinture sur bois
de Mazzola fait aussi partie de ce lot.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat,
éditions Picard, 2016.
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«La Vierge à l'Enfant entre saint Pierre
et sainte Lucie de Syracuse»
Peinture sur bois de Pier Ilario Mazzola, 1518.
Enlevée en 1803 à l'église Sainte-Lucie de Parme. |

«Calvaire», anonyme, XVIIe siècle.
Chapelle du Saint-Sépulcre.

Aristote se tient
aux côtés de la Vierge,
tandis que saint Jean est suivi
de Louis XIII et de saint Louis.
Ce tableau veut illustrer le lien indéfectible
entre la dynastie royale
et la religion catholique. |
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«Les neuf chœurs des esprits célestes» de Louis Licherie de
Beurie (1629-1687), détail. |
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La Mise au tombeau du XVIe siècle dans la chapelle du Saint-Sépulcre. |

La Vierge et saint Jean.
Détail de la Mise au tombeau.
Vers 1540. |
| BAIE 28 - LE VITRAIL
DES CONVIÉS |
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Baie 28 : LA PARABOLE DES CONVIÉS AUX NOCES, 1568
Chapelle du Crucifix. |

«Le Jugement dernier» attribué (peut-être à tort) à Martin Fréminet,
1605.
Chapelle Saint-Bernard.

Les historiens s'accordent
pour voir un moine de l'abbaye Sainte-Geneviève
dans le donateur en bas à gauche. Le tableau vient vraisemblablement
de cette abbaye. |
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La Force (vertu cardinale) et la Charité (vertu théologale)
sur la cuve de la chaire.
Dans le bas-relief, saint Étienne est appréhendé par ses persécuteurs. |
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Baie 28, détail.
Un homme vient de se marier et ne peut participer au banquet.

| Un pauvre vient
participer au banquet ---»»» |
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Baie 28, détail.
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Baie
28 : le vitrail des conviés.
Daté de 1568, ce beau vitrail illustre une parabole
peu connue.
Dans la lancette centrale, un seigneur (qui symbolise
le Père céleste) appelle ses amis fortunés à un banquet
(qui consiste en fait à célébrer l'Eucharistie). Chacun
trouve une excuse pour ne pas venir : l'un se marie,
un autre veut voir la maison qu'il vient d'acquérir,
un troisième vient d'acheter une paire de bœufs. Ces
scènes figurent dans la lancette de gauche. Ce sont
donc les pauvres qui vont participer au banquet.
Moralité de la parabole : les pauvres, ne possédant
rien, n'ont pas d'obligation et sont ainsi ouverts à
la parole du Christ.
Les panneaux inférieurs ont été renouvelés en 1887.
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«Le Jugement dernier», détail. |

Baie 30 : Sainte Élisabeth de Hongrie
distribuant des aumônes.
Vers 1560.
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La chaire à prêcher
du maître menuisier Germain Pillon,
1651.

| Samson tenant la cuve de la chaire à prêcher
---»»» |
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L'ange trompettiste sur l'abat-son
de la chaire à prêcher. |
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La
chaire à prêcher.
Épargnée par la Révolution, la chaire est l'œuvre du
maître menuisier Germain Pillon. Elle est datée
de 1651. Les sources rapportent que la fabrique fit
appel à trois de ses confrères, fin 1651, pour expertiser
son œuvre. À la suite de quoi, elle lui régla la somme
de 4800 livres.
Tous les anciens historiens attribuent l'ensemble des
sculptures et des bas-reliefs à Claude Lestocard,
bien qu'aucun document ne soit là pour nous en convaincre.
Lestocard aurait ainsi réalisé le Samson, mué en atlante,
qui supporte la chaire ainsi que les sept Vertus théologales
et cardinales.
On lui devrait aussi les bas-reliefs de la cuve et le
manteau de l'escalier : six médaillons aux effigies
des Évangélistes, de saint Jérôme et de saint
Augustin, puis des panneaux illustrant des épisodes
de la vie de saint Étienne, dessinés par Laurent de
la Hyre.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions
Picard, 2016.
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Cuve de la chaire à prêcher : l'Espérance, la Tempérance, la
Force et la Charité. |
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L'élévation nord dans la nef. |
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L'ornementation
de la nef et des arcades
Cette ornementation est assez simple. Les piles sont
monocylindriques. Nous sommes dans le style Renaissance
avec sa suite d'arcades en plein cintre, ornées d'une
double moulure assez pauvre. La coursive à mi-hauteur
habille l'ensemble.
À la retombée des voûtes, l'architecte de la nef a néanmoins
enrichi quelque peu la nudité des supports. L'image
ci-dessus au centre en donne une illustration. Le double
liseré qui joint les retombées des voûtes devient une
petite corniche en arrivant sur la colonne montante.
L'intrados de cette corniche reçoit une élégante bague
creusée d'une série d'oves (photo à droite).
On retrouve cette bague ornée d'oves au second
niveau, à la retombée de l'arcature.
Dans le chœur, ces colonnes qui descendent des voûtes
sont laissées totalement nues. Rappelons que la nef
a été construite deux décennies après le chœur.
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Les bagues des piliers de la nef
reçoivent des oves ornementaux. |

«La Charité»
Charles-René Laitié, 1824.
Chapelle de l'Immaculée-Conception. |
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Baie 22 : L'ÉDUCATION DE LA VIERGE par Guillaume le Vieil.
Panneau peint vers 1712 pour l'église Saint-Roch. |

Bague ornée d'oves sur la partie haute des colonnes de la nef. |

«La Chute de la manne» de Jean-Baptiste de Champaigne, vers
1662. |
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La base du clocher vue depuis le bas-côté nord de la nef.

Derrière les deux ouvertures du premier étage se trouve une salle
qui servait
aux réunions des marguilliers aux XVIIe et XVIIIe siècles. |

«La Déploration sur le corps du Christ»
Amélie Legrand de Saint-Aubin, 1827. |
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Le
clocher. Sa base est le seul vestige du XVe
siècle. En 1624, il a subi un rehaussement qui a respecté
son allure générale : élancée et étroite. Dans la photo
ci-contre, la pile sud qui le soutient accuse un diamètre
trois fois supérieur à celui des autres piles (voir
plan).
Ce clocher a sans cesse subi le regard inquisiteur des
moines de l'abbaye Saint-Geneviève. En aucun cas il
ne devait prendre le dessus, par sa masse et sa hauteur,
sur celui de l'église abbatiale. Pas question de le
surmonter d'une flèche ni de grossir son gabarit. Ainsi
limité, on ne pouvait augmenter le nombre de cloches
et leur taille : elles ne résonneraient pas plus loin
que celles de l'abbatiale !
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| BAIE 115 - VITRAIL
DE L'APOCALYPSE |
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Baie 15 : L'APOCALYPSE, 1614.
Le Père céleste du haut est du XIXe siècle. |

Baie 15, détail : le vêtement d'un roi qui adore
la Bête |
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Baie 15, tympan : l'Éducation de la Vierge entourée de
saint Jean avec le calice et de saint Jean écrivant son évangile.
C'est l'une des rares parties de ce grand vitrail à être entièrement
du début du XVIIe siècle. |
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Baie
115. Vitrail de l'Apocalypse.
Ce très beau vitrail Renaissance mérite quelques développements.
Il se trouve que son histoire est connue grâce aux registres
de délibérations de la paroisse conservés aux Archives
nationales.
La construction de Saint-Étienne-du-Mont a toujours
été mise en péril par le manque de fonds. Vers 1608-1609,
le projet d'une nouvelle façade prend forme. Il faut
alors redoubler les quêtes et les appels aux dons.
C'est dans ce contexte qu'en 1609 un marchand de vins
et ancien marguillier, Jean le Juge, propose d'offrir
un vitrail à l'église pour orner le bas-côté nord. Le
chapitre essaya de l'en dissuader : financer la construction
du portail ou la fonte d'une nouvelle cloche était plus
utile. Cette noble assemblée rappela aussi le
besoin de luminosité : mieux valait poser un vitrail
en verre blanc pour éclairer la nef que l'obscurcir
par un vitrail coloré supplémentaire.
Toutefois, pour le marchand, les deux donations étaient
bien différentes. Dans un vitrail, on pouvait s'afficher
en prière avec femme et enfants dans le registre inférieur.
C'était voyant, reconnaissable et prestigieux. À l'inverse,
comment laisser une marque aussi visible dans une élévation
de pierres ? Pis, dans une fonte de cloches ?
Le chapitre eut beau lui proposer, en compensation,
de placer ses armoiries dans le bas du vitrail en verre
blanc, rien n'y fit. Jean le Juge ne céda pas et obtint
gain de cause.
Le vitrail illustre les grands thèmes de l'Apocalypse.
Dans la partie haute, le Père céleste tient le livre
des sept sceaux. L'agneau (c'est-à-dire Jésus-Christ)
a ouvert le livre et les calamités commencent à se répandre,
apportées par les quatre cavaliers (partie médiane).
Les vingt-quatre vieillards célèbrent la gloire du Créateur.
Des anges penchent leurs coupes dans les puits et les
sources, y versant la colère divine.
Toujours dans la partie médiane, les peuples et leurs
rois adorent la Bête.
Au niveau inférieur, le donateur en prière et sa nombreuse
famille jettent un regard (de fierté ?) vers l'observateur.
En les voyant, on comprend que Jean le Juge ne pouvait
pas se contenter d'inscrire simplement ses armoiries
au bas d'un vitrail en verre blanc...
Que subsiste-t-il réellement de l'époque Renaissance
dans cette verrière ? Peu de choses. D'une part,
la magnifique rangée des donateurs (presque entièrement
du début du XVIIe siècle) d'autre part, le tympan
(scène de l'Éducation de la Vierge entourée de deux
saint Jean). Le reste a été très restauré au XIXe.
Ainsi, le Père céleste et toute la lancette centrale
qui l'entoure sont modernes. Parmi les vieillards qui
adorent le Père et parmi les rois qui adorent la Bête,
certaines têtes et certains vêtements sont de la Renaissance.
Quant à la Bête
tout en couleurs, elle semble venir en majorité de la
Renaissance.
Source : Vitraux parisiens
de la Renaissance (Délégation à l'Action artistique
de la ville de Paris).
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Baie 15, détail : la famille de Jean le Juge :
Vue partielle des donateurs.
Partie presque entièrement du début du XVIIe siècle. |
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Baie 15, détail : les donateurs (la mère). |

Baie 15, détail : les donateurs (le père). |
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La
Bête du vitrail de l'Apocalypse de Saint-Étienne-du-Mont,
par sa petite taille, rappelle un peu la tarasque traditionnellement
tenue en laisse par sainte Marthe (voir la tarasque
du musée
d'Art et d'Histoire de Chaumont).
Pour avoir d'autres illustrations de la Bête de l'Apocalypse,
on pourra se reporter au vitrail du Jugement dernier
à l'église Saint-Nizier
de Troyes.
Un vitrail contemporain à l'église Saint-Pierre
de Caen
propose un dessin assez simple, mais suggestif.
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Baie 15, détail : la Bête de l'Apocalypse.
Les anges versent la colère divine dans les puits et les sources. |

«Madeleine contemplant le Christ en croix»
Tableau anonyme.
XVIIe siècle.
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La chapelle Saint-Louis avec le buste de Pascal. |

Baie 15, détail : les Vieillards. |

Buste de Racine par J. Frère, 1899.
Chapelle de l'Ange gardien. |

Baie 215 : L'ARBRE DE JESSÉ (registre du bas), 1858, atelier
Laurent Gsell

L'atelier n'a mis que peu de couleurs pour conserver le ton du vitrail
de Marie, à côté (donné ci-dessous). |

Buste de Pascal par J. Frère, 1899.
Chapelle Saint-Louis. |
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Baie 213 : LA VIERGE DES LITANIES
Vitrail attribué à Nicolas Pinaigrier, vers 1586.

«««--- La nef et l'élévation
sud près de la croisée.
Les baies en verre blanc, au niveau médian, sont en place depuis
le XVIe siècle. |
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Les vitraux
de l'église Saint-Étienne-du-Mont.
La vitrerie Renaissance est l'une des richesses de l'église.
On y dénombre près de cinquante verrières anciennes, plus
que n'importe quelle autre église de Paris.
On peut partager la vitrerie en trois groupes : les vitraux
du chœur ; ceux du transept et de la nef (chapelles et parties
hautes) ; enfin ceux qui sont actuellement dans les trois
galeries des Charniers,
près de la chapelle des Catéchismes
Ce qui rend cette collection exceptionnelle, c'est sa permanence
historique. Dans le chœur, les fenêtres hautes ont gardé la
totalité de leur vitrerie du XVIe siècle, alternant vitraux
historiés et verres blancs bordés de rinceaux. Dans les parties
hautes de la nef et du transept, c'est pratiquement aussi
le programme primitif du XVIe siècle que l'on peut admirer.
En revanche, ceux des chapelles ont connu quelques déboires.
On y trouve des parties d'anciens vitraux (comme Sainte-Élisabeth
de Hongrie dans une chapelle sud de la nef) ou des créations
du XIXe siècle, dont certaines sont fort belles (voir le vitrail
de la
Cène de l'atelier Charles Champigneulle, daté de 1899,
dans la chapelle du Sacré-Cœur).
Enfin, les vitraux
des charniers, de plus faible dimension et créés pour
être vus de près, ont connu quelques vicissitudes (notamment
à la Révolution). Dans leur majorité, après avoir quitté
les lieux, ils ont pu regagner leur emplacement d'origine
au début du XIXe siècle.
La première campagne de vitrage concerne les baies du chœur
(puisque celui-ci a été construit avec la nef). Ce sont les
années 1540-1542. La seconde campagne a lieu quarante ans
plus tard : les fenêtres hautes de la partie occidentale reçoivent
leurs verrières entre 1586 et 1588.
Chaque campagne s'est donc été étalée sur deux à trois ans. C'est bien court pour une surface à vitrer
aussi grande. On en déduit que la fabrique a monopolisé
le gratin des maîtres verriers parisiens à son seul profit
pendant la période.
Qui sont ces maîtres verriers ? La découverte récente
de seize marchés dans les archives de la fabrique a clarifié
la réponse à cette question et permis d'écarter définitivement
des noms comme ceux de Claude Henriet ou d'Engrand Le Prince,
ce dernier étant l'une des gloires des vitraux Renaissance
du Beauvaisis.
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Paris
ne manquait pas d'ateliers ni de maîtres verriers de première
force.
À côté d'artisans de moindre renommée, on note trois noms
célèbres : Jean Chastellain et Nicolas Beaurain
pour la première campagne, Nicolas Pinaigrier pour
la seconde. Au tout début du XVIIIe siècle, bien que la mode
du vitrail fût passée, Guillaume Le Vieil créa encore
deux verrières pour l'église. Lui-même et son fils Pierre
furent ensuite en charge de l'entretien des vitraux de Saint-Étienne-du-Mont,
charge qui s'étala pratiquement jusqu'à la Révolution.
Par un habile équilibre entre les vitraux historiés et ceux
posés en verre blanc pour assurer une bonne luminosité,
l'église a pu passer le dangereux cap du XVIIIe siècle. On
sait que ce siècle a souvent été fatal à la vitrerie des églises trop sombres.
Avec le recul, on peut dire que Guillaume Le Vieil et son
fils Pierre ont réalisé un excellent travail d'entretien tout
au long du XVIIIe.
Qui a offert ces verrières ? Assurément, pour les plus
grandes, des confréries et des riches familles (comme le marchand
de vins Jean le Juge qui offrit, vers 1610, le vitrail de
l'Apocalypse).
Celles, de plus petite taille, des chapelles latérales ont
aussi été offertes par des particuliers qui habitaient vraisemblablement
la Montagne Sainte-Geneviève ou ses alentours. Cependant,
dans ce dernier cas, l'offrande d'un vitrail doit être pensée
comme l'élément d'un don plus important : celui d'une chapelle
et de sa décoration.
Au XIXe siècle, quelques dons de particuliers vinrent enrichir
cette impressionnante collection. Cette fois, ce furent les
chapelles du chevet qui furent à l'honneur.
Parmi ces vitraux, signalons l'intéressante création, datée
de 1882, de l'atelier d'Édouard Didron dans la chapelle Sainte-Geneviève.
Ce vitrail illustre une procession
de la châsse de la sainte, telle qu'elle devait se dérouler
avant la Révolution. L'atelier a utilisé un dessin du XVIIe
siècle qui montre les églises Saint-Étienne et Sainte-Geneviève
(le Panthéon actuel) côte-à-côte.
Les trois pages consacrées à Saint-Étienne-du-Mont dans ce
site présentent la quasi-totalité des vitraux Renaissance
de l'église. En page 1, ceux de la nef ; en page
2, ceux du chœur ; en page
3, ceux des charniers.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard,
2016.
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Baie 216 : LES QUATRE SAINTS (et les donateurs), 1586.
Les saints sont les patrons de la famille Bouchinet (Nicolas, Jean-Baptiste,
Olivier et Agnès). |

Baie 221 : LA RÉSURRECTION DU CHRIST.
2e ou 3e quart du XVIe siècle. |

Baie 220 : LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU, fin du XVIe siècle. |

Baie 214 : LA RÉSURRECTION DU CHRIST de Nicolas Pinaigrier,
1586.
Le donateur (à droite) est présenté par saint Guillaume.

Ce vitrail s'inspire d'une
peinture maniériste sur bois d'Antoine Caron, «La Résurrection
du Christ»,
une œuvre où le Christ ressemble étrangement à Henri III !
Voir cette œuvre au Musée
départemental de l'Oise à Beauvais. |
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«Saint Bernard en oraison»
François-Vincent Latil.
D'après Philippe de Champaigne, vers 1825.
Chapelle Saint-Bernard. |
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«Jésus enfant prêchant, la Vierge, sainte Anne et saint Joachim»
Anonyme XVIIe siècle.

| «««--- «La Crucifixion»,
anonyme, 2e quart du XVIIIe siècle. |
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Baie 224 : L'INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS, fin du XVIe siècle. |

Baie 226 : L'ASCENSION
Fin du XVIe siècle.. |

Baie 219, détail : LE COURONNEMENT DE LA VIERGE, vers
1550.
Le visage de la Vierge est clairement une re-création de la
fin du XIXe siècle. |

«Le Martyre de sainte Catherine»
Tableau attribué à Thomas Goussé, vers 1650. |
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LES DISCIPLES D'EMMAÜS, vers 1587, registre central (baie 222).
Atelier de Nicolas Pinaigrier.

«««--- Baie 223 : LA CRUCIFIXION
ET LA DESCENTE DE CROIX, vers 1587.
Œuvre de l'atelier de Nicolas Pinaigrier. |
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| LES CLÉS PENDANTES
DE LA CROISÉE ET DE LA PREMIÈRE TRAVÉE DE LA NEF |
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Jubé, voûte et élévations du chœur. |
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La
voûte de la croisée.
C'est l'un des chefs-d'œuvre de l'église. Elle a été
posée vers 1584-1586, puis restaurée par Victor Baltard
vers 1858.
Cette voûte est un magnifique exemple de la transition
du gothique tardif vers le style Renaissance. Les tiercerons
qui divisent l'espace sont gothiques, tout comme les
clés pendantes et les disques ajourés qui meublent l'espace.
Les autres motifs de l'ornementation sont totalement
Renaissance.
La fantaisie artistique de l'ensemble est aussi typique
de la fin du XVIe siècle : les symboles ailés des évangélistes
(ci-contre le taureau de Luc) sont associés à des putti,
eux aussi ailés. La clé pendante centrale accuse une
hauteur de 2,40 mètres. Elle est «maintenue en équilibre
près de cinq mètres sous le sommet de la voûte grâce
à des liens courbes raidis par une armature métallique
invisible, présente dès l'origine (...)», lit-on dans
l'ouvrage sur l'église Saint-Étienne-du-Mont (éditions
Picard, 2016).
Le visiteur qui prend le temps d'admirer ce système
de clés pendantes y reconnaîtra une allégorie de la
voûte étoilée, les disques ajourés aux fines ciselures
tenant le rôle des étoiles.
La voûte qui orne la première travée de la nef (photo
ci-dessous), devant le grand orgue, a été posée vers
1624. Elle applique le modèle avec liernes et tiercerons,
un classique du gothique flamboyant.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions
Picard, 2016.
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Clés pendantes au-dessus de la première travée de la nef. |
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Les clés pendantes à la voûte de la croisée
ou le mariage de l'art gothique et de l'ornementation Renaissance.
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Le taureau ailé de saint Luc entouré de têtes d'angelots ailés
à la voûte de la croisée. |
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Clé pendante ornée d'angelots
au-dessus de la première travée de la nef
(style gothique flamboyant).
«««--- L'imposante
clé pendante
de la voûte de la croisée
s'étire sur 2,40 mètres de haut. |
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Vue d'ensemble du jubé. |

L'escalier sud du jubé et sa luxuriante ornementation. |

La porte nord du jubé. |

Le jubé vu du chœur avec l'orgue de chœur. |
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La porte sud du jubé, partie supérieure. |

Renommée ailée païenne (un sein est dévoilé) en bas-relief dans
un écoinçon du jubé. |
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Le
jubé de l'église Saint-Étienne.
C'est le seul qui subsiste à Paris.
Sa conception date du début des années 1530, celle des
escaliers nord et sud, des années 1540. Les portes latérales
et la statuaire sont du XVIIe siècle.La tribune, de
neuf mètres de long, est soutenue par une voûte en anse
de panier qui culmine à quatre mètres.
Une ornementation typique de la première Renaissance
(les écoinçons) s'allie au style gothique classique
de la balustrade et des escaliers, style non dénué d'influence
mauresque.
L'incertitude la plus complète règne sur l'auteur ou
les auteurs de ce jubé. Les sources manquent. On a parlé
de Pierre Biard (auteur d'un Calvaire sur la tribune,
mais définitivement écarté), puis de Philibert Delorme
pour la conception des escaliers. On y a ajouté la piste
des maîtres d'œuvre de l'église au XVIe siècle (Nicolas
et Antoine Beaucorps, Pierre Nicolle). Et un dernier
ajout, celui d'un «maître Clément», assez mystérieux.
Au cours de son histoire, le jubé a été remanié selon
les caprices du temps et les modes décoratives. Sous
Louis XVI, la tribune ne portait qu'un crucifix et les
deux piliers nord et sud accueillaient chacun un autel.
À la Révolution, toute la statuaire a disparu. Aux écoinçons
de la tribune, les anges porteurs des instruments de
la Passion ont fait place à des renommées païennes tenant
des palmes, des rameaux ou des couronnes (voir la photo
ci-dessus).
Après le Concordat, un Christ de pitié et deux anges
ont été placés sur la tribune. Depuis 1851 s'y dresse
un grand Christ en croix provenant de la chapelle de
l'École polytechnique. Il a été sculpté dans les années
1820 par l'artiste autrichien Ulrich de Grienewald,
à la suite d'une commande du duc d'Angoulême, protecteur
officiel de l'École depuis 1816.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions
Picard.
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L'intrados du jubé, détail. |

Le Christ en croix d'Ulrich de Grienewald
Vers 1825, détail. |
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Vue du jubé et de la porte sud depuis le bas-côté sud. |
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Quand
le jubé faillit être détruit...
La Contre-Réforme sonna le glas des jubés. Véritables murs
séparant la nef du chœur, les réformistes ne voulaient
plus que les desservants fussent isolés des fidèles.
Le Concile de Trente (1542-1563) décida de faire disparaître
cette barrière pour réunir l'ensemble de la a communauté lors des offices.
Dans les années 1730, Saint-Germain-l'Auxerrois
perdit son jubé qui datait du XVIe siècle. La destruction
de celui de Saint-Étienne-du-Mont se rapprochait.
En 1737, le conseil de fabrique délibéra sur une offre proposée
par une personne qui désirait rester anonyme : 3000 livres
pour détruire le jubé. Mais le principal problème relevait
de l'architecture : la disparition du jubé risquait-elle de
fragiliser l'édifice ? Bien avisé, le conseil de fabrique avait
déjà consulté les hommes de l'art et la réponse était négative.
La démolition fut donc votée, mais à une condition : elle
ne pourrait être validée qu'après obtention d'un rapport écrit,
et dûment signé, concluant à l'absence de risques d'éboulement.
Cependant l'opération fut ajournée car d'anciens marguilliers
s'y opposaient farouchement.
En 1740, deuxième offensive des partisans de la démolition.
Un architecte, Hivert, excédé par ce jubé qu'il regardait
comme un pont cachant la célébration des saints Mystères,
en proposait le démontage. Mieux : il proposait aussi le réemploi
de ses éléments dans la construction de deux autels blottis
contre les piliers de l'entrée du chœur. Et son rapport précisait
: «comme à Notre-Dame».
Le sieur Hivert voyait-il dans cette comparaison un atout
décisif ? On ne sait.
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Toujours est-il que la fabrique
temporisa à nouveau. Visiblement, l'unanimité n'était pas
faite, d'autant plus qu'une perte substantielle de revenus
était à craindre. En effet, des particuliers louaient des
emplacements sur la tribune du jubé, ce qui rapportait 60
à 80 livres par an à la fabrique.
Autre point décisif : à cette époque l'église subissait un vaste
réaménagement dans les chapelles du chœur et du jubé ainsi
qu'un transfert de la sacristie. Ce qui réclamait des
moyens financiers d'une certaine importance.
Or, c'est aussi dans ces années, en 1758 précisément, que
l'architecte Jacques-Germain Soufflot commença à consolider
le terrain - gorgé de galeries plusieurs fois centenaires
- prévu pour la nouvelle église abbatiale Sainte-Geneviève
érigée non loin. Louis XV en personne ne viendra poser la première pierre de cet édifiice,
qui deviendra le Panthéon, qu'en 1764.
Évidemment, les donateurs préféraient privilégier cette nouvelle
église où allaient reposer les reliques de la
sainte patronne de Paris,
plutôt que de donner pour l'aménagement de l'église paroissiale.
Pour la fabrique de Saint-Étienne-du-Mont, les ressources
se tarissaient. Mais il y eut pis : en 1760, un incendie consuma
une partie du mobilier de l'église, au sud de la nef.
L'orgue de tribune fut gravement touché. Maçons, charpentiers,
couvreurs, serruriers et facteurs d'orgue ne terminèrent la
restauration qu'en 1768. Et on ne parla plus de la démolition
du jubé.
Source : Saint-Étienne-du-Mont,
éditions Picard, 2016.
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| L'ORGUE DE TRIBUNE
DU XVIIe SIÈCLE |
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L'orgue de tribune et la clé pendante sur la voûte.
Le Christ ressuscité sur
la tourelle centrale ---»»»
de l'orgue de tribune. |
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L'orgue
de tribune
C' est l'un des chefs-d'œuvre de l'église Saint-Étienne,
l'un des plus beaux de la capitale et le plus ancien
totalement conservé.
Le devis de la construction remonte à 1631 : Pierre
Pescheur pour l'instrument et Jean Buron
pour la menuiserie. La beauté du buffet saute aux yeux
des visiteurs. Harpies, anges accroupis, anges musiciens,
angelots et Christ ressuscité contribuent à ce déploiement
de faste, encore accentué par les bas-reliefs du positif.
L'orgue a été choyé pendant le premier siècle de son
existence. En 1760, il est victime d'un incendie ; le
facteur Nicolas Somer en entreprend la restauration
en 1766. En 1772, François-Henri Clicquot en fait un
grand instrument qui porte en lui tout le classicisme
français tardif.
Dans les années 1830, une restauration ratée aggrave
son état. En 1862, Cavaillé-Coll en entreprend une autre
- sans l'accord de la fabrique qui manque de ressources.
Enfin, en 1929, arrive le jeune compositeur et organiste
Maurice Duruflé.
Sous son impulsion, la ville de Paris
charge la maison Gonzalez, en 1934, d'une restauration
profonde. Interrompue par la guerre, celle-ci reprend
sous la houlette de la manufacture Beuchet-Debierre.
Ce n'est qu'un demi-succès et Maurice Duruflé ne cache
pas sa déception. Aussi, en 1975, la maison Gonzalez,
de nouveau à la manœuvre, procède-t-elle à une ré-harmonisation
complète.
À ce jour, c'est le facteur Bernard Dargassies qui entretient
l'instrument présenté comme un orgue néoclassique.
Source : Saint-Étienne-du-Mont
par Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions
Picard, 2016, article d'Henri de Rohan-Csermak.
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Harpie soutenant la tourelle sud de l'orgue de tribune.
(Menuisier Jean Buron, 1631). |
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Buffet de l'orgue de tribune : Christ ressuscité et anges musiciens
sur les tourelles ;
deux anges adolescents sur l'entablement des plates-faces. |

La croisée du transept avec l'autel de messe et le jubé.
Cliquez sur la photo pour aller en page 2. |

La nef et l'orgue de tribune vus de la croisée. |
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Documentation : «Saint-Étienne-du-Mont» par
Étienne Hamon & Françoise Gatouillat, éditions Picard, 2016
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et
Ané - Paris, 1936
+ «Les églises flamboyantes de Paris» par Agnès Bos, éditions Picard,
2003
+ «Corpus Vitrearum, les vitraux de Paris, de la Région parisienne,
de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais», éditions du CNRS, 1978
+ «Vitraux parisiens de la Renaissance» édité par La Délégation à
l'Action artistique de la ville de Paris
+ «Saint-Étienne-du-Mont, au cœur du quartier latin», brochure de
l'association «Art, Culture et Foi-Paris», 2012
+ Feuillets de présentation de l'église disponibles dans l'église
Saint-Étienne-du-Mont. |
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